M. Paul Mesnard, Histoire de VAcadémiei p
3. Le Vandalisme révolutionnaire, par Eugène Despois. Pai*is, 1868, p. 133 et suiv.
cle 3, qui n'était guère qu'une espérance, un vœu du rapporteur et de la commission, auquel l'Assemblée ne prit pas garde. Ce qui est vrai, c'est que, si Grégoire voyait surtout dans le décret cet article 3, la Convention n'y voyait, elle, que l'article 1''. Elle était, ce jour-là, en humeur de détruire, et elle poussa du pied les académies comme un débris des institutions monarchiques.
Voici le décret proposé par le comité d'instruction publique dans la séance du 8 août 1793, et dont les articles furent, les uns votés immédiatement, les autres ajournés jusqu'à l'entière organisation de l'instruction publique.
« Art. l'^. — Toutes les académies et sociétés littéraires, patentées ou dotées par la nation, sont supprimées.
» Art. 2. — L*Académie des sciences demeure provisoirement chargée des divers travaux qui lui ont été renvoyés par la Convention nationale ; en conséquence, elle continuera de jouir des attributions annuelles qui lui ont été accordées, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
> Art. 3. — La Convention nationale charge son comité d'instruction publique de lui présenter incessamment un plan d'organisation d'une So-
ciété destinée à l'avancement des sciences et des arls.
j Art. 4. — Les citoyens ont droit de se réunir en sociétés libres, pour contribuer aux progrès des. connaissances humaines.
» Art. 5. — La distribution des prix proposés par les académies et sociétés supprimées par le présent décret, est suspendue jusqu'à l'organisation de l'instruction publique.
» Art. 6. — Les cours de sciences, d'arts et métiers mécaniques et chimiques, dépendant des sociétés supprimées par le présent décret, seront continués et payés comme par le passé, jusqu'à l'organisation de l'instruction publique.
> Art. 7. — Les jardins botaniques et autres, les cabinets, muséum, bibliothèques et autres monuments des sciences et des arts, attachés aux académies et sociétés supprimées, sont mis sous la surveillance des autorités constituées, jusqu'à ce qu'il en ait été disposé par les décrets sur l'organisation de Tinstruction publique. »
Ce décret, dans son ensemble, est à peine digne du comité d'instruction publique, où siégeaient Grégoire, Lakanal, Daunôu, Chénier, Villar. Il propose bien de remplacer ce qu'il détruit ; mais il a
le tort grave d'opérer la destruction immédiatement, tandis qu'il ne fait que promettre la reconstruction. Tous les établissements qui passèrent de la garde des académies à celle « des autorités constituées », furent très littéralement abandonnés pendant les années suivantes, et le Directoire le constata lui-même, dans le discours par lequel il inaugura, en 1795, les séances de l'Institut national. « On ne nous accusera plus, dit-il, d'être des barbares. » Le comité d'instruction publique se montra donc imprudent en 1793, puisqu'au lieu de suivre l'exemple de Mirabeau, de Talleyrand, de Gondorcet, qui remplaçaient immédiatement les académies par une Société nationale destinée à Tavancement des sciences et des arts, il se contentait d'une promesse à long terme. Il aurait dû se rendre compte du désordre qui allait se produire dans l'intervalle entre la destruction et la création. La création même, quoique promise, était loin d'être certaine. Comme on ne donnait aucun moyen d'exécution, elle n'était pas autre chose qu'une espérance, qui pouvait être indéfiniment ajournée. Quand on revint le 12 août sur le même sujet, ce fut pour approfondir, pour accomplir la spoliation. « La Convention nationale décrète qu'à la dili-
gence du ministre de l'intérieur, les scellés seront apposés sur les portes des appartements occupés par les académies et sociétés supprimées par son décret du 8 du présent mois, et qu'il sera procédé sans délai à la levée des scellés et à l'inventaire des statues, tableaux, livres, manuscrits et autres effets dont elles avaient la jouissance : charge ledit ministre de pourvoir à la conservation desdits effets, jusqu'à ce que la Convention ait statué sur leur destination ultérieure. »
M. Eugène Despois, qui a toujours beaucoup de peine à reconnaître que l'Assemblée constituante, et même la Législative et la Convention aient pu se tromper, insiste beaucoup sur l'article 3 et l'article i de la proposition du comité d'instruction publique. Il n'en tirerait pas un plus grand parli si ces articles avaient été immédiatement mis en pratique. Il est à peine équitable de tenir compte à la Convention des vœux qu'elle a exprimés, et même des lois qu'elle a votées, quand elle n'a pas passé de la théorie à l'application. On peut en croire à ce sujet Merlin de Douai, dans le mémoire lu par lui à la seconde classe de l'Institut « sur la nécessité de donner à la République un code uniforme ». Il dit formellement que les lois étaient
innombrables, contradictoires, inexécutables, inexécutées, votées très souvent par surprise, et oubliées aussitôt après le vote. Le yœu exprimé par la commission, en août 1793, ne fut réalisé qu'en avril 1796; et il le fut, non en vertu de la loi de 1793, mais en vertu de la loi du 25 octobre 1795. Il en est de même de l'article 4, dont les apologistes de laGo nention font grand bruit. Cet article se rapportait à une opinion soutenue à la tribune par Lanjuinais, qui était libéral dans un temps où personne n'aimait et ne comprenait la liberté, quoique tout le monde crût l'aimer et la comprendre. Lanjuinais ne voulait ni détruire les académies, ni leur conserver leurs dotations et leurs privilèges. Il les repoussait quand elles étaient privilégiées, dotées et gouvernées; il était prêt à les honorer, dès qu'elles consentiraient à n'être plus que des assemblées libres. M. Despois attribue à la Convention l'opinion de Lanjuinais, ce qui est une illusion un peu forte. « Jamais, dit-il dans son savant et spirituel livre du Vandalisme révohitionwaiVe S jamais la Convention n'a détruit les académies. Elle les a délivrées de leur assujettissement