‹ Une académie sous le DirectoireChapitre 8 sur 54 · chez Hachette · texte numérisé non relu

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et de leur budget. » Gela rappelle le mot fameux de Julien l'Apostat : a Les chrétiens se plaignent de moi parce que je leur ai ouvert le chemin du ciel en les débarrassant de leurs richesses. » M. Despois n'est pas éloigné de dire que le décret du 8 août est un service rendu aux académies. Mais ni les académiciens, ni les conventionnels, ni aucun des contemporains n'interprétèrent ainsi la loi. Il fut bien entendu et bien compris par tout le monde que les académies étaient à la fois ruinées et supprimées; et deux ans après, quand Tlnstitui fut créé, il fut également compris que c'était une résurrection des académies sous un autre nom et avec un règlement nouveau. Non seulement la Convention de 1793 ne voulait plus de corps privilégiés, mais elle ne voulait plus de corps. Elle chassait l'Académie française avec colère, et l'Académie des sciences avec respect; la première, parce qu'elle était l'Académie française, et la seconde parce qu'elle était une académie. Et de même que l'Assemblée constituante avait pris soin de déclarer que plusieurs des congrégations reUgieuses qu'elle supprimait avaient bien mérité de la patrie, comme pour mieux marquer qu'elle obéissait à un principe, la Convention plaça côte à

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côte, dans le même décret, la suppression et l'éloge de l'Académie des sciences.

On eut l'occasion, dans le cours de la Révolution, déjuger de la vitalité des académies indépendantes. Ce fut quelques années plus tard, et lorsque l'Institut national des sciences et des arts, académie dotée et patentée s'il en fut, jouissait déjà de tout son éclat. D'anciens membres de l'Académie française, que l'existence de l'Institut ne consolait pas de la suppression de leur chère académie, avaient d'abord tenté de la faire officiellement rétablir, grâce à la protection de Lucien Bonaparte. Lucien était ministre de l'intérieur ; il aimait les lettres, il les cultivait, il ne fut pas insensible au nom de restaurateur de l'Académie française ; il ne vit d'abord aucune difficulté dans un projet qu'autorisait l'article A de la loi du 8 août 1793, et qui lui aurait gagné le cœur d'un certain nombre d'écrivains célèbres. Il ne tarda pas à s'apercevoir que le plan ne réussirait pas de haute lutte, et qu'il fallait déployer quelque habileté. Il conseilla à ses confédérés de s'établir d'abord comme société libre, et de reprendre le nom et le règlement de l'Académie française, à l'abri de l'article 4. Il donnerait d'abord un local, puis une subvention, et

SUPPRESSION DES AGADËMIES. 31

peut-être, par la suite, un rang officiel, pourvu qu'on fût sage. On le crut ; on tint une première séance, le 7 messidor an V II (27 juin 1800), à laquelle furent présents Morellet, le plus fervent champion de l'Académie, Suard, Ducis, Boufflers et Target. A la seconde séance, qui eut lieu cinq jours après, il se trouva deux académiciens de plus : Daguesseau et Saint-Lambert. Le plus pressé était de combler les vides, afin de redevenir « les Quarante ». Lucien conseillait de choisir des hommes puissants, qui seraient autant de protecteurs. On n'y manqua pas. D'ailleurs, une académie composée de personnages officiels est déjà bien près d'être elle-même un corps officiel. Il restait, en tout, dix-sept membres de l'ancienne Académie, savoir : les sept qui étaient présents à la seconde assemblée, et dix autres dont voici les noms : Gaillard, Roquelaure, évêque de Senlis*, Boisgelin de Gucé, archevêque d'Aix^, le comte de Bissy ^ La Harpe, Choiseul-Gouffier, le duc d'Harcourt, l'abbé Delille, le cardinal de Rohan, et le cardinal Maury. On élut dix-huit membres nouveaux, ce qui por-

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