‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 2)Chapitre 120 sur 129 · DANS LE SUD DE LA VILLE D'ANGERS · texte numérisé non relu

DANS LE SUD DE LA VILLE D'ANGERS

C^ttserraiolre de «msl^Mc. — Éeole svpérfettre' et «vtreii éteUiMenienle ede^ntfflqm»».

Lorsque noire villç s^aocroit sans cesse et 8*en ?a rayonnant à Taventuredans toutes les directions; que les sentiers, ombreux qui s'avançaient naguôres .encore au devant des promeneurs jusqu'il Tcoçei^te des boulevards, ont fait place à des rues poudreuses où Toeil se brûle à la blancheur du crépi des iniurâilles; lorsqu^enfin tout ce. dédale pittoresque d^artMCes touffus qui rapprochait de nous la nature ctempètre est disparu sans retour, comme un vmle qui toimb{e,.]pour ne laisser apparaître qu'une plaine rase, ça et là découpée géométriquement de haies taillées, oe cultures màralcbères et de pépinières aux lignes éternellement parallèles, les promenades publiques avec leurs grands ombrages et leurs allées sablées, leurs irais gazoasu leurs exhalaisons végétales et leur calme relatif, ont dâ. soctir de la catégorie des lieux d'agrément pour passer dans les. domaines bosvn. 12

pilaliers de Thygiène publique, et devenir dès-lors une des nécessités de la vie citadine.

N*y a-t-il pas, en effet, toute une notable partie de la population vouée^;au travaiiL (E^t aussi ^tout un monde d'enfants et de vMUàcés^.^ui^ne peuvent respirer Tair pur et trouver un exercice salutaire et fortifiant ailleurs que j^ans \q& jpr^raepfid^s qui son\ rappirocbéjB^ du centre

C'est bien là sans doute ce que pensa notre Edilité quand elle voulut que le jardin botanique, tout en conservant et développant son caractère scientifique, pût, par une-augnientatioa considiteable d'éiendue , offirir en même temp»à^M5^ habituelles longs méaMrês des jardins paysagers ; et quand elle s*est décidée à relier à grands frais les allées du Mail au boulevard du centre par

la création du Jardin dé la Fontaine Hais si ces

promenades, après s'être ainsi complétées, peuvent satisfaire aux exigences de deux des grandes fractions de la ville; une troisième 'est' entièrenient déshéritée de semblables faveurs, celle du Sud, car Taccèâ hebdomadaire des bosquets de la Préfoolure, si' gracieusement qu'il soit d'ailleurs octroyé v«e peut évidemment tenir lieu de h jouissance continue d^p jardin où chacun se sentirait le droit de se croire ches 0oi.> ' • . - •<

Ce sevadt donc une chose à la fois et bonne et juste qne de créer dans le' sad de ta lilte, une promenade qui, sous la forme d'un sqiusr^ qu'elle inaugurerait ici , viendrait remplir cette lacuo» si regrettable, et répondre à desbesoihssi^ieux qui ^demandent à être écoutés : et^ serait une chose (|ui far^itrait (aùM i réailiser en opérant la réunion de la terrasse des musées, de la promenade et des Jardins de Toussaint avec le Jardin fruitier, qui mettrait tout cet ensemble en relation Immédiate avec le boulevard des Lices. V

La situation du square , à tous les points de vue, serait d*ailleurs singulièrement heureuse. Il deviendrait rentrée naturelle, et bien certainement la phis digne de nos musées aux jours d'ouverture, et serait toiyours d'autant plus fréquenté qu'il ofifrirait , en toutes saisous , un abri contre la bise glaciale et ne serait jamais exposé aux tourbillons de sable et de poussière qui rendent parfois inabordable le Jardin du Mail. L'abaissement du terreplein des Musées, un exhaussement correspondant du Jardin firuitier et des Jardins de Toussaint en certaines parties, permettraient des mouvements de terrain qui donneraient une variété et une grftce extrêmes au dessin des allées. La tour Saint-Aubin, le logis Barrault, les ruines et la grande rosace de Toussaint, sa vieille et mélancolique abbaye , seul monastère de son époque qui soit encore debout près de nous , enfin ce rideau imposant de grands édifices derrière lesquels pyramident dans les airs les flèches aiguës de Saint-Maurice, formeraient à cette oasis de fleurs et de verdure un entourage exceptionnel qui aurait le rare mérite de ne pas reproduire la monotonie des lignes de l'architecture moderne, banal encadrement des squares des autres villes.

Mais, dira-t-on, vous parlez ici de Toussaint comme si la ville en avait la libre disposition , tandis que c'est une propriété dont l'Ëtat s'est assuré la jouissance , et dont à une époque peu éloignée (1847), lorsque l'on avait projeté d'y placer un Athénée , il ne s'était montré aucunement disposé à se dessaisir. Hais facette objection, toute. fondée qu'elle soit sur un (ait vrai, il est heureusement une réponse. C'est que jusqu'ici, lorsque l'on a pensé à solliciter ainsi l'abandon de Toussaint, on ne pouvait indiquer en compensation aucun édifice, aucun emplacement même, propre à recevoir une manutention nouvelle , et qu'au contraire aujourd'hui , le château

ayant été débarrassé des prisons, offiriraR des bfttiments el des emplaceraents éminemmeni conTenabl» pour les réserves des vivres de la Goerre et pour la manoteaiioQ. Si nous devions en crœre certain bruit , TAdminisIration ' supérieure elle-môme aurait reconnu les avantages de cette nouveUe installation; du moins est -il certain qu'elle n'aurait aucun des inconvénients que Ton peat redouter pour des établissements de cette nature quand ils se trouvent, à certains moments de trouble, sans protection immédiate comme est le nôtre dans son local actuel. Mais n*en fût^il .pas de même , et l'initiative de la demande dût-elle venir de la ville seule, on ne peut guères douter de la facilité que celle-ci rencontrerait pour la faire agréer, lorsque Ton voit de quelle protection empressée le Gouvernement entoure toutes les entreprises qui peuvent contribuer, comme celle-ci , à Tembellissement, à la salubrité et au bien-être général des grandes villes.

Nous ne craindrons donc pas que Ton nous accuse de trop d'outrecuidance quand nous admetlrons la probabilité d'une rétrocession prochaine de Toussaint, et que nous examinerons, dans cMte hypothèse, quels avantages particuliers la ville y rencontrerait pour ses établissenu^nls scientifiques et artistiques.

Nous ne pensons pas nous tromper en disant que quelle que puisse être l'issue de la polémique engagée à l'occasion de l'hêlel d'Anjou, il est une vérité qui s^eo est dégagée et qui a été acceptée par l'immense msyonté des personnes qui se sont intéressées à ce débat , vérité qui a acquis une sorte de popularité après s'être fait jour parmi les hommes spéciaux, et parmi tous ceux qui sont attirés vers nos établissements par des études sérieuses et non pas seulement pour satisfaire un besoin de curiosité puérile. Celte vérité, c'est comme déjà on l'a dit, que Ton

dmt s^effiMTcer le plus possible d'opérer une concentration raisonnée de tous ceux de ces établissements qui peuvent s*y prêter, et cela tant de ceux consacrés à renseignement scientifique et artistique, que de ceux qui constituent des musées ou des collections publiques quelconques.

Ceci posé, une utilisation complète, et en môme temps profitable pour la ville au point de vue économique, des bâtiments de Toussaint, parait facile à trouver, car on aurait la possibilité d'y placer d^ établissements municipaux qui, quoique très4mportants, ou manquent de locaux, ou n'en ont que d'insuffisants.

Le Cmservaloire de mtuique se {Mrésente tout d'abord. Classé qu'il vient d'être au budget des dépenses ordinaires de la ville, il a perdu, de ce moment, tout caractère précaire, et son avenir ne peut plus rester davantage soumis aux éventualités et aux dépenses incertaines et mobiles d'une location, et cela surtout lorsque cette location , ainsi que les deux administrations qui se sont succédé ont pu le constater, ne peut lui promettre jamais une appropriation qui satisfasse aux exigences les plus impérieuses de son existence. Or, à Toussaint il rencontrerait ce qui lui est indispensable , un logement convenable pour la direction , des classes en nombre nécessaire , éclairées et saines , une position centrale , un entourage tranquille, et enfin ce qu'on a vainement cherché ailleurs , une salle suffisamment vaste pour les exercices publics qui, seuls, peuvent entretenir l'émulation dans les élèves et le zèle dans les professeurs.

L'installation d'une semblable salle devrait, au reste, être faite dans des conditions telles qu'elles lui donneraient un caractère d'utilité générale. Pourquoi, en effet, ne serait-elle pas disposée de telle sorte et dans de telles proportions, que la Mairie pût s'en servir pour toutes les

grandes réunions qui ont un caractère plus oa moins public et municipal, tels que : Concerts pour les pauvres, Concerts d'artistes étrangers ou autres, Orptiéon, Loteries ou eiliibitions de bien&dsance , Expositions artistiques , Distributions de prix, etc., etc.? Toutes ces solennités enflu pour lesquelles il n'y aura plus aucun autre refuge possible, dès que la* Mairie mira décoré et raecAlé les splendides salons de réception qui lui manquent encore.

A côté de renseignement musical, une place ne pourrait-elle pas être également réservée à Y Ecole préparé-- UHre à f enseignement supérieur, institution qui, elle aussi, a acquis et bien mérité son droit de cité , et dont beaucoup de cours n'ont maintenant que des salles sensiblement trop restreintes. Ce (ùt certainement une mesure fort sage de ne procéder à son installation première que dans les conditions provisoires d'un essai , mais il lui ea faut actuellement de nouvelles qui répondent mieux à la position qu'elle a prise, et qui comportent tous les détails et le comfort d'un établissement arrivé à l'état normal. Or, elle trouverait à Toussaint tous les appartements spacieux , commodes et sains que lui a refusés le rez-dechaussée du petit séminaire.

Enfin la vieille abbaye a encore assez d'étendue pour que l'on y pût transporier le musée d'Antiquités, si son installation à Pincé éprouvait des difficultés. Il aurait là aussi une raison d'être dans son rapprochement d^ belles ruines de l'église que les amis des arts et du pittoresque, ainsi que les nombreux étrangers qui sont attirés par leur renommée , ne regretteraient plus alors de ne pouvoir contempler et étudier à l'aise sous leurs divers aspects.

Le musée d^ Antiquités pourrait s'établir largement et dans les meilleures conditions d'avenir dans la partie des bâtiments et des cloîtres la plus voisine de l'église.

laquelle en âeviendrait alors con^Vue ùi^ aùnexe oii plutôt le yesiibute, et autour de iaquelie coutinuerGlieiit à se réunir, comme oela vient d*étré1èiit daùs lé lérdin de^ Thermes, à Paris, cesnombreilïid^is aiicbfteotoraax t colonnes, chapiteaux géants ,rauléls'fôt%, tombetiui de toutes les époques, qui fôrmëiit la partie encbmbrante de toutes les collections archéologiques que Ton veut vendre complètes, et que Ton ne sait jamaii^ trop comment exposer quand on n*a pas, comme ici, de larges espaces «in des cMti^s pour les classer.

AîBsi donc, comme obler^ voit, là création d*une promenade au sud de la ville, dans les terrains que noiaè indiqiuons, projet qui , nous insist^dns à cet égard, n^eM en définitive que Técho d'un' projet anedogue qu'emporta l'ouragan de 1848, aurmt encore' pour une coi^dina-^ tion rationnelle de nos étaUissements municipaux des sciences et des arts, des avantages' si cbn^dér^Ies qu*à eux seuls ils pourraient suffire pour lui mériter un accueil favorable. ...

Peut-être aura4-on fait l'observation que noiis n'avons pas paru jusqu'ici nous préoccuper du JarditI fruitier, et surtout de son avenir après que la Ville sera rentrée en possession do terrain qu'il occupe; mais ce silence tient à ce que ce jardtn n'est en T-éalité qu^un établissement privé, et aussi, à ce que éou transport dans un autre endroit dont le sol ne serait pM efSrilé comme fl l'est iâ pour ce genre de culture , est depuis plusieurs années 4;onsidéré comme nécessaire et imminent par les hommes compétents. Nous ne savons d*ailléiirs si ron ne viendra pas à reconndtre qu'à rmm dé= la juste autorité de savoir et d'expérience qu'oM acqttise nos pépitiiéristes angevins , ainsi que de l'extension énorme qu^^nt prise feeors enltures et leurs relations avec lé dehors, lesédéles de l'espèce de la nôtre ont fait leur temps et^ilisé toue

iQteDedn

;, 4, lie

flj^ili.ftpyii5eli tlMîe qui? la

Il pmluiirln^i «Ion d'une «ofn f l ù\t^ mimé

gaux. Qu'elle naisse obscure, tant leur à y porter la lumière, là est le mal , mais le bien aussi.

ians le slyle le reflet, rîmage pure de rauteur. Le stjle c'est laie plus irréfutable cet adage narl plus que dans les œuvres ëme d'étudier le Caractère et » dirigé la plume. Tout est à ^ faiblesses quelquefois plus iratioos de l'utopiste et Ie:> losophe, niais surtout et bien-être de ses frères et

î le mtmum des études :*s égale pour tous et

h nous occuper de

ii sous rinspiration

^ écrit gon dernier

lecteurs et suscité

'Tîtiques passion-

n est qui ont été

(ge, une pensée

lient expriinée.

•r et d'un sujet

vant de juger,

(Ul^^a^

nut entière,

HT'esl-ce que

me et de la

1 cation des

ble, est-il

uitsaiaoe ,

jOOgle

les services qu'on en pouvait attendre; et si même, à raison 4up^e-ra61e inextricable, de la confusion toujours renaissante entre les espèces ^ue donnera la métl^de. djes semjs , pratiquée comme elle Test maintenant de tcms côtés et sur une griiqde échelle, une collection quelque peu complète et surtout d'une synonymie cer* taine^ au moins à un moment donné, n'est pas devenue une utopie borliçQJe ^t upe impossibilité réelle.

Enfin, si Ton vo,ulait repbercher tous Içs avantages que Ton pourrait obtenir de .la translation à Toussaint de partie de nos ^lablissenfepts ir^unicipauK , Ton pourrait ei^re apercevoir la possibilité de réunir, sous le patronage (te la Mairie, (eûtes les Sociétés savantes de la Ville, fmicontact de labiUiotbèque» des écoles et des musées, en les installant :dans; le petit séminaire qui resterait alors- en partie inoccupé. Deux d'entre elles y ont 4'a* vance reçu une flatteuse hospitalité , et pourraient y être suivies de deux a^Ures qui ne sont plus, depuis longtemps qu'à l'état transitoire dans un pavillon étroit. et humide du Jardin fruiii^.Qi^nt à la cinquième, à raison de la position exç^tiQpnelle qu*eUe occupe , elle nous saurait san^ dpute peu. de gré si nous venions parler de la convenance et des avantages généraux qu'il pourrait y avoir à ce qu'elle ne restât ,pa& alors isolée de ses compagnes.

Si IQMS ces résultats venaient à se réaliser^ où' trouverait^n ijine autre ville qui eût consacré au culte des scieooes et des beaux-arts un monument aussi immense, plus complet, plus instructif, plus varié , que celui qui r$ipprodbkerait ainsi intimement : la Bibliothèque , le Muséum d'histoire naturelle, le Musée de peinture, le Musée de sculpture, Ip Musée archéologique, l'Enseignement supérieur, des sciences, des lettres et des arts, l'École municipale des beaux-arts, le Conservatoire municipal de musique, la. seule Salle appropriée aux solennités

scientifiques et artistiques , et enfin toutes ces Sociétés savantes au sein desquels viennent se grouper les esprits distingués qui vont puiser une partie de la nourriture intellectuelle dans ces divers sanctuaires des sciences et des arts !

Est-ce que le square qui relierait un si magnifique ensemble ne serait pas et la plus intéressante et la plus fréquentée de nos promenades? Et s*il arrivait qu'à raison de la douceur de notre climat, si propice aux productions exotiques des zones tempérées, Ton voulût un jour établir ici une sorte de succursale de la Société impériale d'acclimatation , qui n'en possède encore aucune dans rOuest , ne serait-ce pas précisément encore dans ce même square , et tout à côté du musée de zoologie , que serait sa place la plus naturelle?

Est-'Ce que l'Administration qui aurait accompli toutes ces choses n'aurait pas bien le droit de s'en montrer fière? Est-ce que la Ville n'aurait pas, de son côté, contracté l'obligation d'en perpétuer le souvenir et de consacrer sa reconnaissance en imposant le nom de cette administratiou protectrice du progrès, au square qui aurait été l'occasion d'une œuvre si grandiose? Poser de telles questions c'est être assuré de la réponse.

T.-C. BÉRAUD

Seerétaire-gëDëral.

(Lu à la séance du l»' août 1860).

A PROPOS DE LA PlillE

Par J.

Le défaut capital de M. Michelet, oelui do nMNns qui lui fait le plus de tort auprès d^tin grand nombre de lecteurs, esclaves de la forme, c*est de ite pas écrire comtne tout le monde , j*allais dire de n'écrire comme persbnne. Son style coupé, haché, semble se h&ter pour atteindre et reproduire Tabondance et la rapidité des pensées. C*est répée courte et forte du gladiateur romain bien phit6t que Terme longue et flexible du spadassin au XYni* siècle. Les grandes périodes artistement arrondies ne se succèdent point avec cette régularité étudiée et besogneuse qui fait la gloire et la joie des rhéteurs. Et pourtant', ce n*est point chez cet écrivain impuissance. Loin de là. Fen pourrais citer qui ne dépareraient ni la gravité imposante de H. Guizot , ni la poétique splendeur de Lamartine.

C'est instinct de son génie, ce n'est pas recherche. Car M. Michelet éclate partout par la bonne foi. Il a tellement horreur du mensonge, même vis-à-vis de sa seule conscience, qu'il fatigU4{ rarement sa plume à suivre le précepte de Boileau Et souvent effacez. Il ne doit guère

effacer. Que la phrase naisse boiteuse^ tant pis pour elle. Les boiteux ont droit à la vie , tout aussi bien que ceux

qui marchent à pas égaux. Qu'elle naisse obscure , tant pis encore ; c'est au lecteur à y porter la lumière.

On dira peut-être que là est le mal , mais le bien aussi. Car on est sûr d'avoir dans le style le reflet, Timage exacte de Tâme loyale et pure dé l'auteur. Le style c'est l'homme. Nulle part n'éclate plus irréfutable cet adage d'un grand écrivain. Nulle part plus que dans les œuvres de M. Michelet, on n'est à même d'étudier le caractère et la moralité du cerveau qui a dirigé la plume. Tout est à jour, la grandeur réelle et les faiblesses quelquefois plus apparentes que vraies , les aspirations de l'utopiste et les convictions profondes du philosophe, mais surtout et toujours Tirrésistible désir du bien-être de ses frères et Fardent amour de la justice.

, La justice, tel est en un seul mot le critérium des études historiques de H. Michelet , la justice égale pour tous et présidant aux actes de l'humanité.

Hais comme nous n*avons point k nous occuper de l'histoire, disons tout de suite que c'est sous l'inspiration du même sentiment que l'auteur a écrit son dernier livre, la Femme, qui a conquis tant de lecteurs et suscité tant de critiques , — lecteurs curieux , critiques passionnés trop souvent et prévenus, — car il en est qui ont été jusqu'à blâmer sévèrement , dans l'ouvrage, une pensée toute contraire à celle qui y est formellement exprimée. Quand il s'agit d*un homme de cette valeur et d'un sujet aussi grave, il faudrait au moins bien lire avant de juger, et bien comprendre avant de condamner.

Quel est eu efTet le sujet? La destinée tout entière , l'avenir de la société fondés sur la famille. Qu'est-ce que la famille? La réunion sympathique de l'homme et de la femme, en vue de la procréation et de Téducation des enfants. Dans une telle réunion , est-il désirable , est-il Juste qu'un des membres absorbe toute la puissance ,

toute la science, ne laissant à Tantre qu'one intériorité soumise , une ignorance pleine de respect ou de crainte?

M. Michelet ne le pense pas , et là-dessus les an>robaleurs ne doifent pas lui manquer. Si les fonctions sont diverses, la dignité peut être ^;ale, et la responsalûlité s'ennoblit en se partageant.

Dans les couches inférieures de la société , le travail de la femme n'est pas rémunéré de façon à lui assurer la vie la plus modeste , à garantir par siûte son ind^ndance, autant dire son honneur. A un degré plus élevé , isolée par son éducation , ses goûts, ses habitudes, de rhomioe dont elle devrait être la compagne, elle se trouve forcément rejetée dans un milieu qui ne fiait que Tentratuer davantage vers une séparation plus ou moins complète. De telle sorte que bientôt toute communauté cesse entre Tun et Fautre, Tun allant au cercle ou au sport, je m veux pas dire ailleurs, tandis que Tautre court ch^ sa marchande de modes ou se réfugie dans un confessionnal.

M. Michelet a vu toutes ces choses et beaucoup d'autres de même nature , et son cœur s'en est ému , et il a cherché dans sa pensée, dans ses aspirations, un remède à de si grands maux. S'est-il trompé dans l'application qu'il en veut faire? Peut-être. Mais du moins il lui reste le mérite d'avoir essayé, là où tant d'autres qui le blâment se dispensent de toute sollicitude, en disant : Qu'y fiure ?

Qu'y faire! Chercher, chercher encore et porter à l'œuvre commune le tribut de ses efforts.

A. qui devons-nous la connaissance des lois qui, ré* gissent l'univers? A qui la vaccine? A qui la vapeur et ses applications nombreuses? A des hommes qui^ pleins de respect, sans doule, pour les enseignements du passée et tout à la fois désireux de l^er à l'avenir des con-

quêtes nouvelles, ne se contentèrent pas de reposer leur tête sur Toreill^ de Tindifférence en murmurant : Que mlmporte !

Non, domain ne serait point demain, s'il n'était que la monotone répétition d'aujourd'hui. Dieu a fait le mouvement pour tout ce qui vit, et la légende d'Ahasvérus n'est autre que la légende de l'humanité... marche!

Si les sciences physiques s'avancent sans trêve ni relâche à travers les problèmes qu'un siècle transmet à Tautre, pourquoi les sciences philosophiques et morales, qui sont sœurs des premières , demeureraient-elles fatalement inactives et parquées dans des limites infranchissables, sous prétexte que le dernier mot de toute sagesse a dès longtemps été dit, et que c'est le fait d'un révolutionnaire aveugle de porter la main sur l'arche sainte? L'homme qui s'occupe incessamment dès progrès de Fiadustrie et des arts laissera-t-il en arrière, comme indignes d'occuper ses loisirs, les grandes questions d'amélioration et de perfectionnement de sa race, ou, plus justement, de sou règne? Est-il moins important, moins nécessaire d*avoir des enfants ridies de beauté , d'intelligence et de cœur, que d'avoir des chevaux rapides à la course et durs à la fatigue ?

Pour opérer une telle réforme, à qui s'adresser tout d'abord , si ce n'est au moule dans lequel doit être jetée la forme de l'être futur? A la femme qui, après l'avoir lentement élaboré , nourri de son sang , a pour mission' encore de le soutenir, de le perfectionner avec le lait de ses mamelles , avec ses soins de toutes les heures et les douces paroles de sa tendresse. C'est là qu'est l'avenir, c'est là qu'est le salut.

Et quand j'écris ces mots, je n'exagère rien. Tant que l'homme n'a pas eu conscience de sa destinée, tant qu'il n'a pas distingué uetlement la place qui lui est assignée

dans la création , il a pu s'égarer à la recherche de problèmes pleins de mensonges et de dangers. Mais au XIX* siècle, à Theure où la science lui apporte des ré?élations nouvelles , il serait coupable de ne pas les écouter, afin de préparer aux générations qui viennent les laides voies du bien-être pour tous, et les bienfaits d*une moralité en harmonie avec leur dignité mieux connue.

La famille est aux yeuji de H. Uichelet, une trinité sainte dans laquelle Thomme représente la puissance et la volonté, la femme Tamour, et Tenfant Tesprit saint qui sert de lien entre les deux. Je ne prétends pas que M. Michelet ait écrit ces mots dans son livre. Je crois seulement qu'ils sont Fexact résumé de sa pensée.

Nous sommes loin , on le voit , de ce sombre moyeu âge tant vanté par ceux qui mettent leur intérêt à le regretter, alors qu'un concile de graves docteurs, la science otQcielle , discutait longuement cette question ardue : la femme a-t-elle une âme ? et la résolvait affirmativemoit à la simple m6\jorité de trois voix. Nous remontons plutôt à la source de nos croyances, aux doctrines religieusea et philosophiques de nos pères, les Gaulois, chez lesquels, bien avant les prédications du christianisme , la femme , prêtresse du culte , jouissait de la liberté de sa personne et d'une importance sociide qui, partout ailleurs, lui était refusée.

On a trop facilement crié au novateur, à l'utopiste, & propos du livre de la Femme, oubliant , ou plutôt ne sachant pas que l'auteur, en appelant la femme à la communauté de l'œuvre départie à notre siècle, ne faisait que ressusciter la sève même du druidisme, sève ardente et féconde que n'ont pu tarir ni la conquête romaine, ai les invasions des Germai^, ni les inimitiés intéressées de l'Eglise.

Donc, soyoï^s indul ents à ceux qui cherchent, et ne

jetons point Tansthème aux produoteurs qui sortent de rornière chaque jour oreusée par les adorateurs du .s(a(u qiio. Tout n*est pas pour le mieux dan& le meilleur de$ mondes possible, ni M. Michélet neiloit être damnéjloiagine, ni ses critiques béatifiés, — lui ^ pour avoir écrit (a Femme, — eux, pour avoir vu dans. les prétentions de cet ouvrage le germe de doctrines subversives de Tordre social et de la morale universelle. Ni si haut, ni si bas

uni d'entre nous, pour peu qu*il ait vécu de la Tie de famille, pour fieu qu'iLait porté sur les ténd^ces actuelles des esprits un regard attei^, n'a pas reconnu, d'une part Tinfluence puissante et légitime de la compagne que Dieu voulut donner à Thomme, d autre part rin£ériorité relative et constante que la femme occupe encore dans la hiérarchie sociale ?

Un exemple remarquable de ci^te influence heureuse peut être emprunté à la biographie du poète allemand Schiller. Génie ardent et révolutionnaire , dont ^enthol^siasme juvénile débordait naguère dans son fameux drame: les Brigands, il va se transformer tout-à^eoup, ou plutôt se compléter par la conception de Tidéal et Tampur de la beauté pure, fille de Tantique H^llénie, sous rii^spiraliion neuve de Charlotte de Lengefeld qui , bientôt après, devient sa femme et lat confidente de ses glorieux travaux. Puis, un peu plus tard, c'est encore elle à qui le monde de la science et de la poésie devra le rapprochement inespéré de Schiller et de Goethe, de Télève passionné de Kant et du disciple de Spinosa. Et ce fut un des plus grands événements littéraires et philosophiques du XVIII* siècle, à cause de l'influence réciproque exercée par ces deux esprits d'élite l'un sur l'autre , à cause des brillantes conceptions et des chefs-d'œuvre immortels nés de cette amitié sainte que la mort seule fut assez forte pour briser à jamais.

Il fjBMidrait bien pourtant nous familiariser avec oetle double idée que la femme est destinée à un aatre rôle qu*à celui de mailresse d'un homme, cet homme fût-il le roi Soleil lui-même, et qu'elle n*est ni incapable, ni indigne de briser le triple sceau du livre de la science , elle qui, la première, en cueillit le fruit. Je veux dire que son éducation doit être basée sur des principes analogues, si ce n'est semblables de tout point , à ceux qui président à l'éducation de l'homme dont elle partagera les labeurs, dans les limites de sa force, en même temps qu'elle adoucit et complète son existence.

On a fait à l'œuvre dont nous parlons un singulier reproche , et ceux qui l'ont fait seraient fort embarrassés pour en démontrer la valeur. On a dit qu'elle était immoraie et que pas un père n'en voudrait permettre la lecture à sa fille. Mais la physiologie de Haller ou la BiMe ellemême ne sont pas, que je sache, classiques au Sacré- Gœnr, ou à Saint-Denis. Ce qui n'empêche nullement gae Haller ait du bon et que la Bible ne soit une œuvre sainte. M. Hichelet , je le crois , n'a point écrit son livre pour ks jeunes pensionnaires , mais bien pour les penseurs et les moralistes , pour les médedns amis de tous les progrès physiques ou intellectuds, pour les femmes aussi, qui pourront y puiser d'utiles inspirations et des enseignements pleins d'avenir.

T. RmiaD« d.-m.

Page 1