SEANCE DU 2 FÉVRIER
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Les publications offertes à la Société sont présentées par Tarchiviste el il est ensuite procédé au dépouillotnent de la correspondance.
Le président de la section d*agriculture communique une lettre du D'Sacc, de Strasbourg, qui contient Tin- . dication de faits relatife à la question de la spontanéité de la rage dans la race canine recueillis par lui dans un voyage récent qu*il a fait aux bouchesdu Danube. C*est la magnifique race du chien-loup qu'a figurée Buffon sans en faire connaître Torigine , race si remarquable par sa forte taille, son museau effilé, la blancheur de son pelage soyeux et le panache énorme de sa queue, qui peuple exclusivement le pays limitrophe des deux côtés du fleuve. Sur la rive droite habitée par la population musulmane, les chiens sont comme dans toute la Turquie, abandonnés à eux-mêmes dans un état à demi-
sauvage, et les femelles s*y montrent alors en nombre égal ou au moins proportionnel k celui des mâles, et là aussi, comme en Orient, la rage spontanée est inconnue. Quant à la rive opposée qu'habitent les chréliens, les chiens y sont au contraire soumis à une domesticité absolue et reçoivent lous les soins que Ton accorde aux animaux les plus utiles, car à ces hôtes vigilants autant que redoutables est confiée exclusivement la garde des habitations et des nombreux hameaux disséminés dans ces vastes plaines, et comme c'est principalement aux chiens mâles qu*est dévolu ce soin , les femelles sont réduites au moindre nombre possible ; or , dans ces conditions toutes différentes et anormales au point de vue des précautions qu'avait prises la nature pour assurer la reproduction de l'espèce, les cas de rage spontanée sont toigours fréquents et provoquent de nombreux accidents. Les conséquences de ce double état de choses indiquent ainsi la cause déterminante de la rage spontané, et cette solution se confirmerait pas cette observation admise aussi comme certaine par M. Sacc, à savoir que les femelles des races canines ne sont jamais atteintes spontanément par cette maladie.
Le président remercie Thonorable membre de cette communication qui est renvoyée à la commission nommée pour rechercher les causes de la rage.
M. Quris, avocat, lit un opuscule philosophique sur le Bonheur, dans lequel il s'attache surtout à démontrer que les éléments qui peuvent déterminer cet état de rame qu'on appelle le bonheur, sont le plus souvent, et dans les conditions sociales les plus diverses , à la portée de la plupart des hommes; que la bonté non
moins que la sagesse de Dieu n*a pu vouloir que rhomme fût déshérité ilu bonheur sur cette terre, quand dans cet étal même il devait trouver le plus puissant des rnotils de gratitude pour tourner ses yeux vers Fauteur de tous biens, et que par une conséquence en quelque sorte nécessaire, Dieu n*a pas voulu que le bonheur dépendit surtout de la possession et de la jouissance d*objets extérieurs à Thomme et par trop indépendants de son action et de ses inspirations individuelles. C'est donc en lui-même que Tbomme doit en rechercher et en rencontrer les éléments dans une disposition sagement réglée de son esprit, dans la modération de ses désirs, et principalement dans le devoir accompli, en donnant à ces mots leur sens moral et social le plus étendu.
Ce travail dont la lecture a excité un vif intérêt est renvoyé au comité de rédaction.
H. le professeur Bouché présente la suite de son important mémoire sur YAUraction moléculaire et y traite spécialement de l'Intervalle planétaire. La plus grande partie de ce morceau est consacrée au développement de propositions et de calculs algébriques qui servent de base et de démonstrations au système proposé par Tauteur, mais il est précédé d'un exposé dont notre savant confrère peut donner lecture, car il est accessible à toutes les intelligences. Il s'attache à prouver que sa formule, bien que différente de celle de Newton, conduit néanmoins avec certitude aux mêmes résultats lorsqu'elle est appliquée à rintervalle plané ^ taire» puisque en examinant la question particulière de l'action de la terre prise comme centre fixe d'action sur la marche de la lune, et en supposant que deux
satellites au lieu d*uD parlent ensemble d'un même point et soient soumis, l'un à la loi newtonienne et l'autre à la loi nouyelle proposée par noire docte conflrère , on arrive par le calcul à ce résultat qu'au bout de 500 ans la distance angulaire du centre des deux satellites devrait rester inférieure à un angle d'une seconde, d'où l'on peut ainsi conclure avec lui qu'il n'existe pas de différence véritablement appréciable entre les deux formules. C'est cette même formule que dans une prochaine lecture M. Bouché se propose d'appliquer tout aussi heureusement aux manifestations de l'attraction dans Vintervalle gazeux.
Celle deuxième partie du mémoire de M. Bouché est renvoyée devant le comité de rédaction.
M. Janin présente quelques réflexions sur une question controversée entre les grammairiens. Doit-on dire avec Louis XIY parlant à Yillars : M. le maréchal à notre âge.... Ou bien à nos âges ? Les uns, Domergue en tète, sont pour notre Age ; quelques autres inclinent pour le pluriel et pensent qu'il serait plus logique.
Une discussion s'engage sur ce point à laquelle prennent part un grand nombre de membres, notamment MM. Thouvenel, Léger^ M. l'abbé Descbamps, M. lecommandant Martin , etc.
L'opinion générale est que l'usage a consacré la locution au singulier, et qu'en telle occurence l'usage doit toujours prévaloir dussent les principes logiques d'une langue en être plus plus ou moins froissés. Le secrétaire-général , admettant une opinion moins absolue , pense que Ton peut distinguer des cas selon lesquels notre âge ou nos âges devraient être préférés. Ainsi, par exemple, lorsque Ton tendrait à comparer Fâge d'une
personne à celui d*uDe autre, la comparaison supposant loijyours la coexistence de deux objets restés distincts, il paraîtrait très logique et conyenable de dire alors nos âges, comme dans cette phrase qui serait adressée par un vieillard à un adolescent : Nos goûts différent ainsi que nos âges. Hais lorsque au contraire Ton tend à assimiler et à confondre les &ges de deux personnes de manière à ce qu*ils constituent un tout à savoir : Làge dans un sens abstrait, il parait alors également logique de dire comme Louis XIV notre âge ; c'est-à-dire Vàge qui est commun à nous deux.
M. Charron présente des échantillons de sorgho saccAm/iireprovenant de graines distribuées par la Société. Us sont remarquables par leur taille qui e^t de 2 mètres, bien qu'ils aient été cultivés dans une terre ar* gileuse et consistante.
Dans un sol sablonneux et sous Tinfluence de conditions atmosphériques plus favorables que celles de cette aonée^ ils eussent certainement encore atteint un plus grand développement; car on en a vu s'élever à près de 3 mètres. De toutes les plantes fourragères, c'est bien certainement celle-ci qui donne le rendement le plus considérable, et qui à poids égal doit èlre la plus nutritive. Le bétail la mange avec avidité. On connaît d'ailleurs son utilité comme succédanée de la betterave sucrière et la possibilité d'en faire une excellente boisson fermenlée. Elle pourrait donc remplacer avec de grands avantages la jachère et laisserait la terre libre de bonne heure pour le blé.
L'ordre du jour étant épuisé la séance est levée. Le Secrétaire général,
T,-C. BÉBAun.