SÉANCE DU 6 AVRIL
M. le docteur Dumont, président de la Société, s'assied au fauteuil et est assisté par MM. les Membres du Bureau.
L'Archiviste présente les publications qui ont été reçues pendant le mois qui vient de s'écouler.
M. le Président, au nom du Conseil d'administration, présente au titre de membres titulaires MM. de Saint- Marc, propriétaire, ancien professeur, et Lemarié, professeur au Conservatoire d'Angers, compositeur. Il est procédé immédiatement au scrutin , et ces messieurs sont proclamés en celte qualité membres de la Société.
M. Piquelin fait un rapport sur les comptes présentés par M. le Trésorier. Au nom de la Commission nommée à ta dernière séance pour les examiner, il rend hommage à la clarté méthodique et à la scrupuleuse exactitude avec lesquelles sont établis les divers articles qui figurent dans ce travail, et propose de voter des remerciements bien mérités au collègue qui veut bien se charger d'une tâche si nécessaire et si peu attrayante.
M. le Président, se faisant Toigane de la Société, adresse des paroles de remerciements à M. Janin.
M. le Directeur du jardin botanique communique à la Société une lettre qui lui a été adressée par M. le comte de Solms-Laubach , aide-de*camp du roi de Prusse, qui vient de faire une excursion botanique en Norwège, lettre dont la Société décide qu*un extrait figurera au présent procës-yerbal.
« La Norwège, dit M. de Solms dans cette jetlre, est un si yaste pays, les privations auxquelles un voyageur est exposé dans les déserts des Fields ou hautes plaines alpines sont si nombreuses, que trois mois de voyages ne suffisent guère qu*à efiOeurer les limites de cette végétation alpine , qui , du reste , rappelle en tous les sens celle de nos Alpes méridionales, si ce n*est que dans nos Alpes les phanérogames intéressantes augmentent à mesure que Ton s*élève davantage , et qu'en Norwège , en surpassant des hauteurs de 4000 pieds, on ne trouve guère que de vastes terrains bourbeux, tristes et noirs, où souvent des heures entières ne vous procurent aucune plante intéressante que quelques fnouises ou Uchens, des carex rabougris, les salix herbacea, betula nana, et parfois et très accidentellement quelques ranuneuUus glacUUis... Dans les vallées, au contraire, on est surpris de trouver les silme acaulis, la rhodiola rosea et saUx glauca. Pour les cryptogames, cette différence des hauteurs est encore plus saillante; les «placftnuiti, par exemple, descendent souvent jusque dans les plaines, comme les $pl. viuculosum et rubrum, près de Christiana... A Ghristiana, votre collègue, M. Blyht, directeur du jardin botanique , m*a remis à votre intention plusieurs
plantes curieuses caractéristiques de la Tégétation arctique, telles que, etc. »
M. Bouché reprend la lecture de son Mémoire sur Tattraction moléculaire et se li?re à une seyante dissertation sur la chaleur dans ses rapports avec raction que les molécules des corps exercent réciproquement entre elles.
H. Charles Ménière présente ensuite, sous le titre modeste de notes, un travail important relatif aux diverses phases par lesquelles est passé, à Angers, Texercice de la pharmacie de 1474 à 1800. U y rappelle les règlements qui ont, pendant cette longue période de temps et jusqu'à Tépoque de la révolution française, régi cette profession , et présente une liste des noms des pharmaciens qu'il a relevés çà et là dans les diverses chroniques et documents publiés ou inédits, accompagnant ces indications de détails qui se rattachent soit aux fonctions publiques que ces praticiens ont occupées, soit aux événements politiques et religieux auxquels certains d'entre eux ont pris part.
Le Président félicite M. Ménière de celte communication intéressante, qui peut ouvrir une voie nouvelle aux investigations de notre histoire locale , et il signale Tintérôt qu'il y aurait à rassembler ainsi dans des travaux spéciaux, tous les faits qui se rattachent par un lien quelconque à l'exercice des dififérentes professions publiques ou privées qui acquirent une certaine importance dans notre ville , telles que peuvent être la magistrature, l'ordre des avocats , la médecine, la chirurgie, nos principales industries, notre agriculture même si variée dans ses procédés. On trouverait sans doute ainsi l'occasion de restituer à
notre antique proYÎnce, Tune de celles où la cmliiation marqua ses premiers progrès, la priorité de beaucoup de coutumes et de découvertes qui se sont répandues plus tard dans le reste de la France.
Qui saura, par exemple, lorsque se sera éteinte toute cette génération de praticiens qui constituait la vieille école de médecine d'Angers , qui saura , croit devoir ajouter M. le Secrétaire général en s'associent à la pensée dont M. le Président a eu l'initiative , à moins qu'une chronique spéciale ne vienne le redire, que le premier cours d'accouchement pour les sages- femmes, dans les provinces, fut professé à Angers, sous les auspices de Tintendant de Tours^ par un jeune chirurgien , disciple de Vicq d'Azyr, qui publia à cet effet un manuel qui est resté le livre élémentaire le plus instructif et le plus répandu pour l'enseignement de cet art important, qui n'avait pas jusqu'alors formé une spécialité.
L'assemblée est consultée, et M. le Président renvoie le travail de M. Menière au Comité d'impression.
M. Quris ayant fait imprimer ses études sur les poésies de feu M. Hiron, d'Angers, n'en reprend pas la lecture, le règlement n'autorisant que celle de travaux inédib.
L'heure avancée ne permettant pas d'entamer la discussion orale annoncée sur le mouvement en littérature, M. Thouvenel, auteur de la proposition, se borne à expliquer, avec l'élégance et la précision de langage qui lui sont habituelles, comment il comprend que la discussion pourrait utilement s'établir à une prochaine séance. Il s'agirait préalablement de bien déterminer,
dès ce moment, le terram sur lequel se clrcoascrirail la discussion, et celte donnée admise, quelques membres pourraient alors préparer des trayaux écrits qui serviraient de point de départ à la discussion. Il s'agirait donc,dès ce moment, de déterminer le siJÛel à traiter. M. Thouvenel émet ses idées à cet égard, et. le Président , après avoir consulté rassemblée , annonce que le sijû^^ adopté est un parallèle entre Tidéalisme et le réalisme en littérature, après quoi la séance est levée.
SEANCK DU 4 KAI 1859.
M. le docteur Dumont, président de la Société , occupe le fauteuil. Les autres membres du Bureau, sauf M. r Archiviste, sont présents.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Le Bureau présente à la Société , comme membre titulaire, M. Noirot, artiste musicien, 1*' violon solo honoraire de la chapelle de l'Empereur, et comme correspondant M. Duflls, artiste pianiste, résidante Paris, n est immédiatement procédé au scrutin , et ces messieurs sont proclamés membres de la Société.
M. le Président annonce que les 125 fr. touchés pour la part afiférente à la Société dans la somme de 500 ftr. que le Conseil général , dans sa séance d'août 1858 , avait votée pour prix à distribuer par les quatre So-
ciélés d'Angers, s^oot oonseryés provisoirement pour dire réunis aux nouveaux fonds que le Conseil général pourra accorder pour le même objet, cette somme ayant été reconnue insuffisante pour remplir convenablement le but qu'avait évidemment en vue le Conseil général lorsqu'il avait voulu charger les Sociétés savantes d'Angers d'une distribution de prix.
M. le président Planchenault demande alors la parole et développe avec énergie les raisons qui lui font donner sans restriction son approbation à la mesure dilatoire prise par le Bureau. Il fait ressortir le peu d'influence et même les. conséquences fâcheuses de prix fondés dans des conditions pécuniaires si restreintes. Peut- on jamais espérer que des esprits d'élite, des hommes de savoir étrangers à notre ville, seront assez vivement sollicités par l'appftt de prix si minimes , pour venir prendre part à des concours provinciaux, dont ils ne peuvent attendre que peu de secours pour établir ou étendre leur réputation, et où ils n'auront pas môme l'expectative, au cas d'un succès , de trouver dans la valeur du prix une rémunération convenable de leurs sacrifices pécuniaires , ou ce qui est la même chose pour le savant et le littérateur de profession, du sacrifice de temps et de travail qu'il a dû foire , qui sont ses capitaux à lui , capitaux non moins précieux et tout aussi escomptables. Aussi a-t-on pu voir, en des occasions récentes, des Sociétés savantes se trouver réduites, par suite de cette abstention d'étrangers, à choisir les lauréats de ces trop ché* tives récompenses parmi leurs propres dignitaires, c'est* à-dire parmi ceux-là mêmes qui avaient dû coopérer au choix des sujets pour lesquels ils sont ainsi venus
eosuite concourir! Signaler de tels résultats, n*est-06 pas suflOsamment justifier la décision qui fut prise par la Société dès Tannée dernière, de ne donner un prix qn*autant qu'il aurait atteint une certainp importance quant au chifiBre.
M. Planchenault pense donc qu'il y aurait lieu d'adresser des observations dans ce sens à H. le Préfet. Il croit qu'il conviendrait de revenir à la proposition qui fût faite tout d'abord par notre Société lorsqu'il avait l'bonneur de la présider, proposition qui fût alors loyalement adoptée par la Société d'agriculture, à savoir : d'employer la somme de 500 fir. ou toute autre, votée par le Conseil général, pour distribuer un ou deux prix au plus chaque année , dont le siyet serait choisi par une Commission mixte composée des quatre Sociétés, et alternerait de telle sorte que successivement toutes les études qui sont spéciales et prédominantes dans chacune desdites Sociétés, deviendnût l'objet d'autant de prix séparés. Ces prix, décernés ainsi en commun, seraient distribués dans une séance générale et publique des quatre Sociétés, sauf à M. le Préfet à déterminer l'ordre dans lequel les si^ets des prix seraient choisis, etc., etc.
L'assemblée ayant manifesté de la façon la plus explicite Tapprobation qu'elle donne à la proposition de M. le président Planchenault, le Bureau déclare qu'il prend l'engagement d'agir en conséquence en temps opportun.
Le Président donne communication d'une lettre de S. Exe. M. le Ministre de l'agriculture au sujet de l'insertion qui a été faite, dans le Recueil publié par la Société, du travail de notre confrère, M. Guittet, sur la Morve du cheval et sa trantmisêibiliti à Ihonwne. Le
Ministre apprécie toute rimportance et Vautoritë d*UDe semblable publication lorsqu'elle est faite sous les auspices d'une Société sayante , et adresse, en outre, des félicitations personnelles à Tauteur pour un travail aussi utile que remarquable sous le rapport de la science.
M. Boucbé continue la lecture de son Mémoire sur Tattraction moléculaire, et annonce qu'il espère pouvoir en présenter la fin à la prochaine séance.
M. le président Dumont se livre à Texamen critique et scientifique d*un ouvrage ancien peu connu en France, mais qui eut un grand retentissement en Angleterre : le livre du médecin célèbre Thomas Browhe, intitulé Rdigio medici, qui fût destiné particulièrement à réfuter Hnculpation d'athéisme ou plutôt de matérialisme dont dès ces temps reculés on se montrait prodigue envers les disciples d'Esculape. Le travail de M. le docteur Dumont n'a pas seulement le mérite déjà grand de nous initier aux sentiments intimes d'un homme qui réunit à une réputation d'un grand savoir celle d'une grande indépendance d'opinions , mais il en a un plus personnel à son auteur et plus attachant encore, celui de développer une foule de considérations du plus grand intérêt qui se rapportent aux progrès qu'ont accomplis les sciences d'observation et la science philosophique au xvni« siècle, et aux modifications qu'ont subies sous leur influence salutaire des opinions autrefois absolues et trop souvent incontestées.
Ce travail sérieux et tout de critique scientifique et philosophique a vivement intéressé l'assemblée et est repvoyé devant le Comité de rédaction.
M. Quris, d'après le vœu qui fut exprimé à la der-
nière séance qu'un membre préparât sur la question de YidiaHsme et du réalisme m littirature un travail qui pût devenir Toccasion d'une discussion orale, s'est mis incontinent à l'œuvre et apporte aiJÛourd'hui un Mémoire sur ce double stû^^i ^<^^^ l'étendue ne lui permet que de lire une première partie. (1 terminera cette lecture à la plus prochaine séance,
L'heure avancée ne permettant pas de passer à d'autres lectures, celle du Mémoire de M. Béraud relatif à Vhybridili est renvoyée à la prochaine séance.
La séance est levée.
Le Secrétaire géffUral^
T.-C. BÉRAUD
SÉANCE DU i^ JUIN 1859.
Le Secrétaire général donnelecturedu procès-verbal de la dernière séance qui est adopté sans réclamation.
n est ensuite procédé au dépouillement de la correspondance, puis M. le bibliothécaire fait connaître les titres des publications dont il a été fait hommage à la Société par ses correspondants.
M. Janin lit une notice sur l'origine du monument commémoratif situé au bourg de la Pyramide , à 6 kilomètres de la yille d'Angers sur la route de Saumur . n résulte de recherches faites à ce sujet par M. Port dans le dépôt des archives du département qui lui est
confié, que ce moaument (ùt élevé pour conser?er le 80UYenir de racbèyemeut des levées de FAuthion dans Tannée i7,. par le sieur Launay, architecte angeyin auquel on doit quelques-uns des plus beaux bdtels de cette époque tels que les hdtels Besnardiëre, Maquillé , devenu hôtel Langlois et Tbôtel LanUvy devenu hôtel Chemellier.
Cette notice est renvoyée à la commission de rédaction.
M. Béraud décrit les circonstances et les caractères d'un phénomène qui s'est produit sur un pied du cytisus adami depuis plusieurs années au jardin botanique d'Angers. Des rameaux se sont développés en grand nombre sur Tune des branches, et ont reproduit tous les caractères du cytisuê purpureus, l'un des tjrpes générateurs de l'hybride. Ces faits que l'auteur essaie d'interpréter au point de vue de la physiologie végétale et du concours de l'action vitale lorsqu'elle émane d'espèces distinctes, lui donnent occasion de développer quelques considérations générales et philosophiques sur l'hybridité , sur les conditions particulières dans lesquelles elle peut exister, sur les aflBnités qu'elle suppose entre les types spécifiques ainsi que sur la durée et la puissance de cohésion que pourraient avoir les forces plastiques qui seraient ainsi accidentellement réunies. Ce travail est reavoyé à la commission de rédaction.
M. Bouché termine la lecture de son important travail sur l'attraction moléculaire, et traite de l'influence des couches d'égale densité dans les actions des mdécuks gazeuses. Celte 4« partie est conune les précédentes renvoyée à la conunission de rédaction et
terminera le 6* Tolume des Mémoires de la Société, consacré exclusivement aux sciences pbjrsiques et naturelles.
M. le Président présente au nom du bureau la candidature de M. Cauville fils, professeur au Conservatoire de musique, comme membre titulaire. Le scrutin est renvoyé à la prochaine réunion, cette candidature n'ayant pas été portée à Tordre du jour.
L'heure avancée ne permettant pas de reprendre la lecture du travail de M. Quris sur 1$ réalisme en littérature, elle est portée à la séance de juillet aiosi que celle du travail de M. le D. Ridard sur Touvrage de Micbelet intitulé : L'amour.
La séance est ensuite levée.
Le Seeritaire-giniral T.-C. Béraod.