‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 2)Chapitre 8 sur 129 · TROISIÈME ÉTUDE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉTUDE

Analyse des six livres de la République. — Voyages en Angleterre. — Retour au foyer domestique et relations de famille.

Les cinq livres de la République furent imprimés pour la première fois, en 1576, dans cette année si glorieuse pour leur auteur. Le rôle important et honorable qu'il venait de jouer aux États de Blois -donna à cette publication toute la portée que devait avoir sur Topinion publique une œuvre destinée à avertir les peuples des dangers de ranarchie et à leur ofiPrir, suivant la noble image qui commence la préface , les moyens d'échapper à la tempête politique qui désolait la patrie. Simple passager, il veut mettre, dit-il, la main aux manœuvres pour sauver le vaisseau de l'État et jeter les ancres sacrées.

C'est au ciel qu'il demande son salut et sa route. La religion et la science lui serviront de guides et lui apprendront, suivant sa magnifique expression, les sacrés mystères de la philosophie politique. Ces deux guides , dit-il , ont manqué à Machiavel, lequel a mis pour fondements des républiques l'impiété et l'injustice,

tandis que rexpérience des temps passés, attestée par Polybe, le plus sage politique de son âge, pose la religion comme base des États; elle est la sanction des lois et de Tobéissance des siyets. En même temps qu^elle donne la sagesse et la modération aux princes , elle garantit leurs mutuelles alliances. Si la science n'eût manqué à Machiavel , il eût vu , dans Platon, que ses livres de la République sont intitulés aussi de la Justice, et que toutes les fois que les peuples ou les rois s'écartent de ces r^les étemelles , les États croulent et les rois sont renversés.

Dans Tépltre qui suit cette préface et adressée au président Fabre, Fauteur se préoccupe de ses lecteurs. Il veut stimuler ceux qui sont indolents et soutenir de ses conseils et de ses acclamations ceux qui marchent résolument dans la carrière. Il croit avoir présenté une œuvre agréable au public. Cependant il a trouvé deux genres d'adversaires, les uns s'attachant aux mots et l'attaquant par des injures : il se plaint de Ccyas qui, non content de le poursuivre de ses invectives, aurait dicté.à ses jeunes élèves des libelles contre lui. Il les dédaigne, dit-il, mais à l'instant même, sous prétexte de défendre l'ordre des avocats, nommés vuUures togati, sous la plume de Ciyas, il ajoute : Otit profectd aliter sentiret nisi ab asino apulei rudere potius quam latine loqui a Marco TuUio didicisset. Je n'ai pas besoin de dire que c'étaient de part et d'autre des injures imméritées. Bodin le reconnut plus tard en supprimant les siennes.-

Les autres critiques dont il se plaint sont les Genevois, qui, dans une seconde édition de ses œuvres, se sont permis d'y faire des changements, au mépris de

leur loi, portée aux nones de juin 1559 : « Qu'ai-je écrit, dit-il, qui ne soit d*accord avec la majesté et la dignité de cette-République? Je m'étonne qu*on ait dit que je concédais au pouvoir des rois plus que ne le devait un courageux citoyen. N'ai-jepas fait une juste part à chacun ? En réfutant Topinion de ceux qui soutiennent que les pouvoirs des rois sont au-dessus des lois divines et des constitutions humaines , n'ai-je pas écrit qu'ils ne peuvent lever Timpôt sans Tassentiment des États ? qu'ils sont liés par leurs conventions privées, comme les simples particuliers, et que les lois divines et morales sont plus obligatoires pour eux que pour leurs siyets?

» Hais quand j'ai vu les sijyets se révolter et prendre les armes contre leur prince, publier dans des libelles le refus d'impôts, le changement de la dynastie et le régicide ; quand j'ai vu les fondements de la société ébranlés par de tels excès, j'ai dit qu'il était du devoir du bon citoyen de défendre le prince et même le tyran, laissant à Dieu et aux autres princes la vengeance à en tirer, et j'ai confirmé ma doctrine par les lois divines^ par l'histoire et par la force de la raison. »

Puis Bodin rappelle, à juste titre, ce qui vient de se passer aux États de Blois, sa lutte contre les fauteurs de la guerre civile, au péril de sa tète, non sine capitis mei periado; ses courageux efiPorts pour maintenir l'intégrité de la représentation des ordres; sa ténacité à défendre l'inaliénabilité du domaine de la couronne, à combattre le doublement de l'impôt. « Que devait donc faire de plus un député du peuple? Ni les présents ni les menaces ne m'ont ému. Et cependant le Vermandois qui m'avait nommé, malgré mes répugnances,

ou plutôt quelques émissaires oot voulu révoquer mes pouvoirs. Ils ont été repoussés à leur grande confusion par le Conseil. J'étais fêté au palais du roi, dit>il, et maitre de ses commandements. J'ai perdu ces avantages par la pratique de mes devoirs. Je n'en ai pas moins continué à combattre le régicide et Tanarchie. »

Bodin, dans ses deux préfaces, a donné le plan et Fesprit de son livre. La puissance divine préside aux destinées des États. La raison humaine et la morale sont des émanations de Dieu. Les rois y sont soumis et les peuples doivent l'obéissance aux princes, qui ne peuvent être détrônés que par la main de Dieu ou les armes des empires voisins. Partout le droit domine le fait.

Nous allons présenter l'analyse des six livres dans lesquels Bodin a traité ce vaste sujet; mais la longueur et le volume du travail excédant les bornes d'une lecture, nous nous arrêterons après le chapitre de la souveraineté. Nous aurons suffisamment indiqué l'œuvre et l'esprit de l'auteur par l'extrait du premier livre, sauf à reprendre la suite de notre étude. Cette coupure nous permettra de continuer plus rapidement la partie biographique.

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