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CHAPITRE IV

Les œuvres et les manusorits.

I. Les quodlibets. — II. Manuscrits des quodlibets. — III. Sermons. IV. (Euvres douteuses.

Les quodlibets sont la principale œuvre scientifique — et vraisemblablement la seule — que Ton possède de Godefroid de Fontaines. Fruit d'un labeur considérable, ces disputes rempliront deux ou trois volumes d'impression in-folio. Le manuscrit 15842 de la Bibliothèque Nationale, qui ne comprend que les quodlibets V-XiV, se compose de 1452 colonnes dont chacune équivaut, et au delà, à une page d'impression. Il va sans^dire que tout n'est pas également bien pensé et bien dit dans un ouvrage de pareille envergure. Le style, le plus souvent clair et de bonne latinité (i), s'embarrasse à divers endroits; Tauteur est abondant et se laisse aller parfois à des longueurs inutiles.

Une érudition colossale s'étale dans les quodlibets. Les philosophes grecs et latins, les Pères de l'Église, les scolastiques antérieurs sont longuement cités; et l'on ne pourrait assez s'étonner de cette ce littérature », si l'on ne savait que trèssou-

(^) L'auteur emploie jusqu'à l'abus les tournures : « cum... ideo; non solum... sed... ».

vent, au XIII* siècle, on cite de seconde main les Pères et les Philosophes grecs, et qu'une foule de textes, notamment d'Aristote, se retrouvent stéréotypés dans les écrits de tous. Nous sommes néanmoins convaincu que Godefroid a étudié par lui-même l'encyclopédie aristotélicienne, car il se livre à des discussions exégétiques où il compare le texte du Stagirite à rinterprétation donnée par ses commentateurs arabes (^).

Ainsi qu'il a été remarq^ué précédemment, les disputes quodtibétiques sont un reflet de la vie scientifique du temps. Godefroid fait de nombreuses allusions à des faits contemporains. Celles qui se rapportent aux événements universitaires ont été étudiées dans le chapitre précédent. Il parle aussi longuement, à propos de sépulture, de Robert Grossetéte, de Saint-Edmond de Pontignaco, de Saint-Dominique et de Saint- François (2).

11 est néanmoins difficile de fixer les dates auxquelles furent

prononcés les divers quodlibets, et le silence des manuscrits

est la cause principale de cette difficulté. Tandis que les anciens

Qutnuscrits des quodlibets de Henri de Gand relèvent plusieurs

dates certaines, soigneusement notées par Ehrle (3), on ne

^ouve rien de pareil dans les documents contenant l'œuvre de

Godefroid. Le manuscrit n^" 3117 de la Bibliothèque Nationale

Tious apprend sans doute qu'il fut magister aclu reyens pendant

treize ans (^); mais on ne connaît avec précision ni le terminus

Aftto ni le ierminus ad quem. Nous savons que la troisième

dispute quodlibétique fut prononcée en 1286 (^), et que le

douzième quodlibet, dont la question cinquième vise Simon

de Bucy, est postérieur à 1290; car ce fut cette année-là que

(M Par exemple : Quodlib. V, quest. 2.

(^ Quodlib. VIII, quesl. 9, fol. 153. RB. du manuscrit n* 15842 de Paris.

P) Op. dt.

(^ Voir plus haut, p. 12.

(S) Voir plus haut, p. 55.

Simon de Bucy devint évéque. Là se bornent nos renseignements.

L'étude idéologique des quodiibets fera l'objet de suivants chapitres. Qu'il suffise ici d*une description sommaire des manuscrits, d'un projet de groupement et d'une étude de leur valeur respective.

Les notes qui suivent, résultat de longues recherches, redresseront de nombreuses erreurs, commises par les historiens antérieurs; et sans avoir la prétention d'être complètes, contribueront à jeter un peu de jour sur les sources où l'historien des idées doit chercher la pensée du philosophe liégeois.

De nombreuses copies des quodiibets sont disséminées dans les grandes bibliothèques de France et d'Angleterre. Dans la seule Bibliothèque Nationale à Paris, Lajard cite onze exemplaires (no« 3117, 3H8* et M\S\ 15841, 18842, 1K843, 15844, 15850, 15364, 14311, 14562); et il convient d'ajouter un magnifique exemplaire (n"" 11694) qui lui est demeuré inconnu (^). Puis on trouve un exemplaire à Charleville (n*» 226), à Cambrai (n« 435), à Bordeaux — et peut-être à Reims (n** 391). Il existe trois manuscrits relatifs aux quodiibets au Merton Collège à Oxford (n" 138, 276, 143), un autre à Pembroke Collège de Cambridge (n*" 2038), un à la cathédrale de Worcester. Enfin, la bibliothèque de Valence semble posséder une copie de la même œuvre, ainsi que les princes de Borghèse, à Rome.

En Belgique, aucun manuscrit de Godefroid de Fontaines ne nous est connu : le n"» 4711 de la Bibliothèque royale de

(*) On peut reprocher à Lajard de nombreuses négligences et quelques f impardonnables erreurs dans la description détaiHée qu'il fait de chacun de ces manuscrits. Nous ne pouvons les relever toutes.

Belgique, atiribué à Godefroid par le catalogue, n*a rien de commun avec les quodiibets. Il en est de môme du manuscrit n** 491 de la Bibliothèque de Bruges (i).

Dans les nombreux manuscrits, un premier groupement s'impose d'après leur contenu. On peut sous ce rapport distinguer une triple catégorie (^) :

I. — La plupart des manuscrits ne contiennent que les dix derniers quodiibets; ils commencent au V« et finissent au XIV*. Le texte est copieux, et Fauteur s'abandonne à l'étalage plénier de sa pensée. Cette partie de l'œuvre, où chaque question comporte des développements considérables, contraste avec les quatre premiers quodiibets, dont les proportions sont relativement fort réduites. Il en sera question sous le II.

Le texte intégral des quodiibets V-XIV remplit les codices les plus importants, et notamment trois manuscrits (n^* 3118, 1. 1 et 2, 14311 et 15842) de la Bibliothèque Nationale (ancien n® de la Sorbonne 661), auxquels Lajard attache la plus grande importance. Ce dernier manuscrit présente, en effet, un intérêt (t)nsidërable : il fut légué à la Sorbonne par Godefroid lui-

(*) Comme nous l'avons dit ci-dessus, Tancienne abbaye de Saint- Jacques, à Liège, possédait un exemplaire des Qiiodlibetà, qu'elle tenait <ie l'auteur et qui allait, ce semble, du cinquième au treizième. L'inven- ^ de Streax dit à ce sujet : « Godefridus de Fonlibus : De quo niliil ^^ quis videlicet fuerit, sed tamen ut scripta sua testantur, magnus phi- Wphos et disputator sublilissimus. Scripsit enim non spernendae 'ectionis opus ad utilitatem sacrae theologiae studiosorum. E. 10. Onodlibetorum 13 (a quinto incipiendo Quaerebantur. Ex dono Godefridi). ï) — Les mots entre parenthèses sont d'une ancienne main autre 906 celle de Streax.

De même, on voit consignés divers manuscrits des Quodiibets dans

divers catalogues de la Bibliothèque Vaticane. Voir plus haut, p. 11, n. 1.

(*) Nous avons étudié personnellement les manuscrits dont il sera

même {^). C'est un volume d'une écriture superbe, luxueusement copié, dont le généreux donateur doit avoir lui-même surveillé l'exécution. Quant au n"" 3118 dont s'est servi Lajard, il ne mérite pas le crédit que lui accorde le savant critique : c< ce manuscrit, pense-t-il, le seul qui contienne les quatorze » quodlibets, est une copie authentique, faite au XVI* ou » XVI l« siècle, du précieux manuscrit 15843 légué par Gode- » froid, et cette copie a été faite à une époque où le 1584S » contenait encore l'œuvre totale de Godefroid (2) ». Ce serait donc au XVI« ou au XVll* siècle que le précieux document original aurait été mutilé, pour une raison inconnue, et privé des quatre premiers quodiibets. D'où il résulterait, suivant Lajard, que la copie authentique, offerte par le 3118, tiendrait lieu et place d'une partie de l'original.

Cette thèse est fausse : le manuscrit légué par Godefroid n'a jamais contenu que les quodiibets V-XIV et non les quodiibets I-IV ; car, ainsi qu'il sera dit plus loin, Godefroid n*est pas l'auteur de la rédaction des quodiibets I-IV, telle que nous la possédons. Le professeur de la Sorbonne n'ayant constitué son propre texte qu'à partir du cinquième exercice scolaire des A disputationes quodlibeticae », il est naturel que son premier quodlibet porte le chiffre 5 comme numéro d'ordre, et que tous les manuscrits — y compris le n* 15842 — rédigent leur c( explicit » en tenant compte de cette numération initiale c( Expliciunt XIV quodiib. magistri Godefridi de Fontibus » : de cette rédaction, qui fournit à H. Lajard son seul argument, on ne peut rien conclure. II est faux d'ailleurs que le n* 3118 soit le seul manuscrit complet. Le n"" 14311 (anc. 176 de saint Victor) contient aussi l'œuvre intégrale; étant du XI V« siècle, il a sur le manuscrit utilisé par Lajard, le mérite de l'ancien-

(*) Ainsi qu'il ressort d'une indication écrite sur le dernier feuillet : « Quaestiones magistri Godefridi de Fontibus pertinentes ad domum scolarium sorbonistrarum. . . ex legato ejusdem ».

(*) Op. cit., p. 5o9. Nous résumons la citation de Lajard.

neté. Or il est à noter qu'il respecte le groupement auquel nous faisons allusion; car au lieu de copier les quatorze quodlihets dans leur ordre numérique, il reproduit d*abord la série V-XIV, puis la série I-IV. Enfin, ce qui achève de renverser la thèse de M. Lajard, le copiste du n" 3H8, dans des notes terminales dont M. Lajard fait grand cas, et qui ne sont qu'une compilation sans grande valeur, a soin de décrire Fancien manuscrit de la Sorbonne qui lui a servi de modèle : ce doit être le n^ 15364 (ancien n*" 668) (^). Cette discussion critique — que nous abrégeons — a son importance, parce qu'elle contribue à éclaircir le problème de la rédaction des quatre premiers quodiibets (î).

Le manuscrit légué par maître Godefroid aux sorbonnistes pauvres est celui que nous avons principalement utilisé dans cette élude : cependant, il ne peut nous dispenser de recourir à d'autres sources. Sans vouloir nous étendre ici sur un classement généalogique des manuscrits et leur valeur relative, il est certain que le manuscrit légué par Godefroid n'est pas le manuscrit princeps, puisque en maints endroits le manuscrit de Cambridge, comme aussi le n« 138 d'Oxford et le n" 14311 de Paris, fournissent des leçons plus complètes et évidemment plus conformes à l'original de l'auteur. Mais nous touchons là à an gros problème, dont une édition critique des quodiibets aura à se préoccuper, et qui n'est pas du ressort de cette étude.

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