II. — Les quodiibets /-/F, beaucoup moins répandus que le
(*) Je lis manuscrit n® 31 i 8', folio 344 : « Ante manuscriptum seu aliqao {sic) in manuscripto 4 priorum quodlibetorum m. Godefridi de Fontibas abbreyiatorum habentur quatuor tabulas. » Suit la description ifei tables. Or ces données concordent avec le contenu du n« 15364, qui eontient ces tables.
0 Ajoutons, contre Lajard, qu il faut récuser la valeur intrinsèque da manuscrit n» 3118 dont le copiste a commis de nombreuses erreurs et omissions, et qu'on peut totalement laisser de côté pour dresser les
premier groupe, présentent une double particularité que Lajard et Wittert renoncent à expliquer : ils sont beaucoup plus écourtés, par le nombre des questions traitées et surtout par le développement que chacune d'elles comporte. De plus, ils forment un tout à part, matériellement séparé du bloc principal de l'œuvre.
C'est que le texte des quatre premiers quodlibets est une a reporlatio », c'est-à-dire une rédaction d'élève d'après des notes de cours.
Lajard, qui croyait trouver dans le n" 3118 l'original de Godefroid, aurait pu découvrir son erreur dans les notes mêmes de ce manuscrit. On lit, en effet, tome II, folio 34-1 : « in manuscripto quatuor priorum quodiibetorum magistri Godefridi de Fontibus abbrevialorum », et folio 349 « Repartata sive quaestiones primi quodlibet ».
Nous avons trouvé une preuve péremptoire du fait dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale n"" 15364, légué à la Sorbonne par Gérard de Haestricht. Une seconde main de la fin du XIV« siècle appose en bas du folio 136, R A, où commence le quodlibet I, cette indication : a hic contînentur prima quatuor quodlibet Godefridi de Fontibus quae dicuntur reportata. Incipit primum quodlibet ».
Le texte même de ce quodlibet trahit la main du a reportateur ». En effet :
a) Un petit nombre de questions — les plus écourlées «- se terminent sur ces mots : a R. (Responsio) in libro M(agistri) ». L'élève renvoie au livre du maître. Aucune question des dix derniers quodlibets ne se termine sur ces mots.
b) Certains manuscrits (par exemple n<» 1884S, 18364) contiennent des questions 1 et 2 du quodlibet III, une double <( reportatio », l'une plus étendue que l'autre, et qui se suivent sans solution de continuité.
II est certain que dans leur ensemble et dans leur texte actuel, les quatre premières disputes quodlibétiques ne sont pas l'œuvre de Godefroid. La « responsio in libro magistri »
dont parle la « reportatio » n'inclut pas nécessairement Texistence d un ouvrage plus «étendu, œuvre du maître. Cette formule et d'autres formules similaires constituent probablement des clauses de style auxquelles recourt le reportator pour éviter un débat sur le fond de la thèse.
Depuis que la Classe des lettres nous a fait l'honneur de couronner le présent mémoire, nous avons publié, en collaboration avec un de nos anciens élèves, H. A. Peizer, docteur en philosophie, les quatre premiers quodiibets de Godefroid (^). Une introduction à laquelle nous renvoyons, étudie diverses questions relatives aux quatre premiers quodiibets.
111. — Une troisième catégorie de manuscrits se compose (fes abrégés des quatorze quodiibets; elle comprend la a reportatio » des quodiibets I-IV et un texte nouveau et très réduit des quodiibets V-XIV.
Tel est notamment le contenu du manuscrit de Cambrai (à partir du quodiibet 111, du n"" 1384S de la Bibliothèque Nationale.
L'usage scolaire a nécessité la confection de ces abrégés, et les notes dont le parchemin est chargé rendent témoignage des nombreuses manipulations auxquelles ils ont été soumis. Or, le manuscrit n"" 15844 de la Bibliothèque Nationale, l^é par Régnier de Cologne, nous fait connaître le nom de Tabbréviateur du XIV* quodiibet : ce 14 quodiibet magistri Godefridi de Fontibus abbreviatum per magistrum Henricum Teutonicum, ordinis augustini ». On verra plus loin que (iodefroid fut en rapports scientifiques avec les personnages les plus en vue de l'ordre des ermites de Saint-Augustin.
Est-ce le même Henri le Teutonique qui fit l'abrégé des autres quodiibets? C'est ce que nous lisons et chez Claude
(<) Louvain, 1904, xvi, 360 pages in-fol. T. I. — Lettres, etc.
Héméré (^) et dans la « Domus sorbonicae historia (S) ». L'auteur de cette histoire lui attribue en même temps la « reportatio » des quatre premiers quodiibets.
D'autres documents mettent en avant le nom de Uervé de Nédellec : leurs renseignements seront étudiés ailleurs.
L'epitome (3) de Henri le Teutonique a été soumis ù diverses transcriptions littérales. En outre, son texte a servi de base à d'autres compilations qui intervertissent Tordre des questions et qui les présentent d'après un groupement idéologique. Tel est le cas du manuscrit n* 143 de Merton Collège, et peut-être aussi du manscrît n"" lS8oO de la Bibliothèque Nationale.
IV. — Enfin, pour être complet, disons qu'on a dressé des matières contenues dans les quodiibets diverses tables, destiaées aux recherches, et conçues d'après un plan alphabétique ou un plan idéologique. A noter surtout une table très étendue, dont Fauteur a essayé de grouper les sujets d'après le plan de la somme théologique de Thomas d'Aquin. Ainsi le déclare un manuscrit du début du \l\^ siècle : a nota istam tabulam esse factum quasi secundum ordinem summe fratris Thomae(*)». Enfin, M. Lajard relève à la fin du manuscrit n*" 3118 un tableau des divergences doctrinales qui existent entre Godefroid de Fontaines et ses principaux contemporains. Cette table, dont M. Lajard déclare n'avoir trouvé aucune trace dans les sources anciennes, a été copiée par le manuscrit n* 3H8 sur un manuscrit du XIV« siècle, que M. Lajard doit avoir rapidement feuilleté (Bibliothèque Nationale n» 13843). Elle existe en outre dans le codex 276 de iMerlon Collège (fol. 51,
(*) Man. de TArscnal, n» ilC6, p. 167, R : « Quacslioncs plurimicde Quodlibct magistri Gaufridi de Fonlibus quod est injfcns volumcn (Juodhbetorum guod postea abbreviavit llenricus Tcutonicus ».
(«) Man. de TArsenal, no iOi22, p. III, p. 81.
(') Le mot est de la « Domus Sorbonicae historica », Man, de rArscnil» n» i02.', p. m, p. 8-2.
(*) Man. de la Bibliothèque Nationale, n» 13844, fol. 385, UA.
RA-83, RA). Ces tables seront publiées en appendice aux dix derniers quodlibets dont nous poursuivons Tédition avec M.Â. Pelzer.
La <c licence x), conférée au maître en théologie ne comportait pas seulement le droit d'enseignement, mais encore celui de la prédication. Godefroid a laissé des sermons. Hauréau en cite plusieurs dans les manuscrits latins de la Bibliothèque Nationale (^); et même le manuscrit n* 1022 de l'Arsenal parle d'uD tt liber sermonum (n* 980) « ab ipsomet legato x>, avec pour incipit a ante hominem vita et mors ». Nous ne l'avons pas recherché.
Après les quodlibets et les sermons, reste à mentionner les œuvres douteuses.
1. ~ Godefroid est un admirateur du génie de saint Thomas. En désaccord avec le maître sur de nombreux points de doctrine, il n'hésita pas à le venger des suspicions mesquines dont son enseignement avait été l'objet; il fit aussi copier à grands frais diverses de ses œuvres et les légua à la Biblio-
(') Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque ^aUonale, t. IV, pp. 9, 212 et 213. — Lecoy de la Marche {La chaire hinçaise au moyen âge. spécialement au Xllh siècle, Paris, 1868) ne ïttiseigne de Godefroid qu'une homélie, préchée à Paris, le second dimanche après l'Epiphanie de 1282, d'après le man. latin de la Bibliothèque Nationale, n« 14947, n® 118 (Op. cit., p. 468). — Le même auteur iDggère le nom de Godefroid. à propos d'un manuscrit par lui légué à la Sorbonne (n» 16530), qui contient, dans ses cinq premiers feuillets, un traité anonyme de rhétorique à l'usage des prédicateurs {Op. cit., pp. 183, i84et497)f
thèque de Sorbonne. Or, un de ces manuscrits (Bibliothèque Nationale, n" iS819), laissé par le chanoine liégeois à la grande institution dont il Illustra les débuts, comprend, après la « somma contra Genliles de S. Thomas », et un abrégé de la première partie de cette même œuvre, une série de questions philosophiques sans nom d'auteur (fol. 305-313. « Inc. : cognitio contingit secundum quod (bis) cognitum est in cognoscente. — ExpL : ideo tollitur ratio culpae quia omnis culpa (suivent une déchirure dans le parchemin et deux ou trois mots illisibles) in esse »). De cet ensemble de circonstances, le P. Echard (^) conclut que cette œuvre anonyme, incorporée dans un codex queGodefroid avait en sa possession, est sortie de sa propre main. Voilà une ingénieuse hypothè^, mais elle demeure une hypothèse. Si nous étions en présence d'un autographe de Godefroid, — une petite écriture fine et difticile, — voici quelques autres faits qu'on serait en droit d'en déduire : la même main qui a écrit les questions a apposé les annotations marginales relatives à Tabrégé de la « Somma contra Gentiles » (2); de plus, on la reconnaît dans les nolcset la table d'un autre manuscrit contenant le de virtutibus de saint Thomas et dont il fut question plus haut.
li. — 11 est probable, mais non certain, que Godefroid écrivit un traité contre les ordres mendiants. Nous avons exposé plus haut les éléments pouvant conduire à une solution de cette question. De Montfaucon — sans preuve — attribue soit | à Godefroid, soit à Guillaume de Saint-Amour une a coilectio i )) catholicae et canonicae scripturae ad defensionem ecclesias- ] )) ticae hierarchiae et ad instructionem simplicium fideliuni j
(*) Sancti Thomae summa stio auctori vindicata. Paris, 4708, p. 446.
(<) C'est ce que prétend Uccelli, qui, dans son édition de la somme contre les Gentils (S. Thomae Antiquinatis . . . tummae de veritaU OÊtluf licae contra GentUes, etc. Roraae, 1878, p. xxxiv), publie en appendice (31 pages) les annotations marginales de Godefroid. L'auteur dit qu'il reproduit le Codex 15814 (?) (p. xxxiv).
» Christi et pericula eminentia ecclesiae generalis per hypocritos » pseudopraedicatores et pénétrantes domos, otiosos, curiosos 0 et gyrovagos » {^). Ce style ne nous semble pas convenir à la dignité habituelle de Godefroid. Il y a du reste un moyen de lever le doute : c'est de voir si le manuscrit visé par de Montfaucon répond à la description que donne Flaccus lllyricus et contient la « relatio » que nous avons utilisée plus haut («).