CHAPITRE VII
Les problèmes psychologiques.
Sur le terrain psychologique le XIII« siècle engage ses principales discussions. Ainsi en est-il à toutes les époques où la spéculation brille de son plus vif éclat.
Od peut dire que toute la psychologie est traitée le long des quodlibets de Godefroid de Fontaines; mais certaines questions y obtiennent des développemenis considérables, tandis que d'autres demeurent dans Tombre. Ces prédilections vont aux problèmes du jour, à ceux qui marquent le heurt des Mes. Ils se rapportent aux deux facultés suprasensibles, nntelligence et la volonté, et à la nature du composé humain.
§ 1. — L'idéologie.
î- Critique de Tidéogénie augustinienne. — II. L'idéologie aristotélicienne. De quelle nature est l'efficience de l'intellect actif. — ni. Godefroid rejette une fausse notion de la « species întentionalis ». — IV. Intellect agent et mémoire. Critique de la théorie de l'illumination spéciale.
Le problème de Torigine des idées, comme n'importe quelle question de philosophie, présuppose chez les scolastiques certains principes universellement admis, et sur lesquels viennent se greffer, ensuite, des opinions personnelles. Dans Ib matière qui nous occupe, ces principes constitutionnels de la scolastique se rattachent tous à Vidée spiritualiste, ou de la
distinction essentielle entre les phénomènes de connaissance sensible, contingents et particuliers par leur objet représenté, et les phénomènes de connaissance intellectuelle qui atteignent le nécessaire et Tuniversel.
C'est de ces derniers qu'il s'agit avant tout, lorsqu'on pose la question de la genèse des connaissances.
Deux théories étaient en présence au début du Xllh siècle : la théorie augustinienne et la théorie aristotélicienne. Exposons-les brièvement.
Partisan de l'indépendance substantielle du corps et de l'âme, et toujours disposé comme Platon, son modèle, à affranchir l'âme des entraves corporelles dans ses opérations propres, saint Augustin devait tenir la connaissance pour un phénomène purement actif. Le corps étant incapable d'agir sur l'âme, la chose extérieure, présente à l'âme par la sensation, ne pouvait coopérer à titre de cause à la production d'une pensée : l'âme puisait en elle-même l'objet de ses représentations intellectuelles, et la sensation n'était que Voccasion de cet acte autoproductif.
Ainsi qu'on le verra plus loin, cette théorie idéogénique est en conflit direct avec la thèse aristotélicienne; mais le haut moyen âge, qui ne connut presque rien et surtout ne comprit rien aux textes d'Aristote sur cette matière, souscrivit unanimement à la théorie augustinienne. Quand, au début du Xin* siècle, les écoles d'Occident purent lire, en traductions latines, le de anima d'Aristote, une révolution se produisit, par l'avènement d'une iiJéogénic nouvelle. On voit que tous les scolastiques, depuis Dominicus Gundissalinus et Guillaume d'Auvergne, — les avant-gardes du mouvement nouveau, — adoptent la terminologie et, pour la plupart, les idées d'Aristote. Mais il y eut en cette matière un choc entre le passé et le présent, et l'étude de ces conflits d'idées met au jour des épisodes très intéressants dans l'époque de transition qu'on a appelée le préthomisme. Il suffira de citer à ce sujet TopiDion de Guillaume d'Auvergne qui demeure augustinien dans
l'esprit, et fait subir à l'aristotélisme des troncatures caractéristiques (^).
Les grands contemporains de saint Thomas, — qu'il suffise de citer saint Bonaventure, Henri de Gand, ~ s'étant ralliés à la théorie aristotélicienne, devenue dominante, on pouvait croire que la conception augustinienne était définitivement proscrite des écoles à partir de 1270-1273. Il n'en est rien, car Godefroid nous met en scène, à divers endroits de ses quodlibets, un partisan convaincu de Tancienne doctrine, en qui nous avons reconnu Jacques de Viterbe, le collaborateur de Gilles de Rome, des ermites de Saint-Augustin.
L'intelligence connaît, comme le feu brûle. L'objet condittofmeson activité, parce qu'il fournit la matière sur laquelle elle s'exerce. Mais il n'intervient pas comme cause déterminatrice, dont l'elfet serait reçu dans la faculté : l'intelligence se suffit à agir (3). Telle est la théorie de Jacques de Viterbe ; et telle aussi Godefroid l'expose. Ailleurs, elle est présentée avec certaines réserves, en ce sens que l'activité autonome de l'intelligence est limitée aux connaissances complexes, tandis que
{*) Voir Baum GARTNER, Die Erkenntnisslehre des Wilhelm von Auvergne. Ihinster, 1893, SS. 1-16. (Beitr. z. Gesch. d. Philos, d. Mittblalters, W II, Heft 1) ; et surtout BOlow, Des Dominicus Gundissalinus Schrift «WJ der Unsterblickeit der Seele. Munster, 4893, SS. 84-107. (Même eoUection, BdlI,Heft3.)
(*) Quodlib. IX, quest. 19, fol. 203, RA : « Respondeo dicendura quod
▼idetur aliquii)us quod virtule obiecli née species nec aclus inlelligendi
I 6um in intellectu, sed ipse intellectus habet esse in actu inlelligendi se
I ipso, si adsit obiectum huiusmodi sui actus » ; fol. 203, KB : « ... intel-
f leetos secundum se sit aliqua res et natura secundum formam et actum,
* seeondum quem semper est in suo actu primo, et etiam ex se ipso ex
Iniosmodi actu primo nata est exire in actum secundum, qui est intelli-
fere in actu, praesente obiecto, non quidem ut agente aliquid in ipsum
ÎDiellectura, sed ut id in quod terminatur actio intellectus ».
les principes qui les contiennent virtuellement ne s'acquièren que sous l'intluence causative de l'objet (^).
Dans les deux cas, la réponse faîte par Godefroid est h même. Son argument fondamental — il en est beaucoup d'autres que nous ne pouvons reproduire ici (3) — repose sur la notion de puissance et d'acte, et sur le célèbre adage : « Quidquid movetur ah alio movetur ». Voici une intelligence privée d'une connaissance quelconque; la voici à un second moment, en possession actuelle d'une vérité jusque-là ignorée. Si ce n'est pas l'évidence de l'objet qui a décidé ce changement d'état, mais que l'intelligence a tiré ce savoir de son fond même, c'est donc qu'elle possédait cette perfection. D'autre part, elle ne pouvait la posséder, puisqu'elle a dû Tacquérir : ce qui est contradictoire (3).
La même façon de raisonner s'applique à la sensation, qui, suivant les augustiniens, est un phénomène de l'âme, soustrait non moins que la pensée à l'action du dehors. D'où l'on voit que cette lutte de deux théories de détail met en cause les assises péripatéticiennes de la scolastique.
L'idéogénie aristotélicienne, la plus universellement répan* due aux temps de Godefroid de Fontaines, est étayée sur des
(«) Quodlib. X, quest. 12. fol. 232, RB : « Arguunt aliqui ul videlureis efficaciler quod respectu aclionum complexorura sit intellectus possibilis aclivus. »
(«) Voir quodlib. IX, quest. 49, fol. 203, RB et suiv.
(5) Quodlib. IX, quest. 19, foL 203, RB et VA : « Sed videlur inconveniens quod intell igere sit actio sic procedens ab intellectu et ^ intelleclu, per se nihil agente obiecto respectu intellectus .Cum enin* intellectus possibilis de se sit in potentia ad actum intelligendi, nvSo modo videtur quod possit se ipsum reducere in actum intelligendi ^ intelligibile vel illud, nisi aliquid tiat in actu, virtute cuius possit pro»' lire in talem actum intelligendi. )>
faits psychologiques et sur une thèse métaphysique qui les interprète : le fait psychologique est Tavènement successif de nos représentations cognitives, sensibles et intellectuelles; la thèse métaphysique n'est autre que Texplication donnée par Aristote à tout mouvement ou changement, ou la composition réelle dans Tétre qui change d'un élément potentiel et d'un élément actuel. Vacte est le degré d'être, ou la perfection présente, à un moment donné, dans Tordre existentiel. La puisfanée est l'absence de ce degré de perfection dans un sujet, capable de le recevoir. De ce qui est, on remonte au principe explicatif du devenir, ou de ce qui devait rendre possible l'apparition de l'être.
Rien ne change, ou ne passe de la puissance à l'acte, si ce n'est sous l'influence d'un autre être, qui lui-même est en acte : ce principe est analytique et réductible au principe de contradiction, comme Godefroid nous l'a fait observer.
Appliquons ces idées générales aux facultés de connaître, et nous obtiendrons la notion scolastique de la faculté passive. Le sens et l'intelligence, pour saint Thomas comm^ pour saint Bonaventure, pour Henri de Gand comme pour Godefroid de Fontaines, sont facultés passives, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas complètes et autosutifisantes à l'agir, mais qu'une détermination causale de l'objet doit les informer pour qu'elles se dépensent dans l'acte immanent appelé connaissance (t). Cette sollicitation de l'objet constitue donc l'impulsion initiale, sans laquelle elles demeureraient dans une perpétuelle inaction. Lorsqu'il s'agit de la sensation, l'ébranlement des sens vient de l'objet tel quHl existe dans la nature ; et cet objet est SQflSsant, car la perception sensible est particulière et concrète comme la réalité sensible qui la sollicite et qu'elle représente, Hais il n*en va pas de même pour la pensée, car ses caractères d'abstraction et d'universalité n'appartiennent pas à l'objet réel
(*) Faculté passive n'est pas faculté inagissante, comme le croient l^ttcoup d'auteurs insuffisamment au courant de la terminologie
qui la détermine. Puisque Tintelligible abstrait n*exist6 pas comme tel, hors )a pensée, l'action déterminatrice de Teatendement passif résulte d'une double cause; Tune est Timage sensible — où Tintelligible est contenu en puissance, — l'autre est une faculté active, l'intellect actif, qui, par son concours avec l'image, la rend apte à ébranler l'entendement.
Telle est la théorie bien connue de la scolastique. Cepen- j dant elle suscita de graves controverses, car ce mécanisme, ! simple en apparence, semble se compliquer à mesure qu'on Tanalyse. j
Godefroid donne son sentiment sur les deux problèmes qui passionnaient les écoles de son temps : 1® de quelle nature est l'efficience de l'intellect actif; 2<> en quoi consiste la « species intelligibilis » ou le déterminant cognitionnel?
Le quodiibet V, question 10, où l'auteur examine la première question, est remarquable de clarté et de pénétration, et nulle part en scolastique nous n'avons rencontré un exposé aussi net des difficultés du problème. En voici renoncé : a Utr^m intellectus agens efficit aliquam dispositionem vel virtutem circa phantasma vel circa obiectum per phantasme repraesentatum, per quam ipsum obiectum vel quod quid est rei possit movere intellectum possibilem ad actum intelligendi. »
Or, tel est le nœud de la difficulté : Timagination, éunt une faculté sensible et organique, n'est susceptible que de dispositions et d'actes de même ordre, c'est-à-dire sensibles et organiques. Si l'intellect agent agit sur le phantasma (image sensible), cette action, bien que d'ordre spirituel dans sa cause, doit être d'ordre organique dans le sujet qui la reçoit. Dès lors, on n'explique pas comment une faculté sensible et matérielle (imagination) peut donner le branle h l'entenderoent spirituel, — qu'on fasse appel ou non à l'intellect actif (4).
(*) « Sed cum agens et patiens per se ad invicem referantor, et intellectus agens dicitur agens respectu intellectus qui possibilis didtur, videtur quod actio intellectus agentis per se sit in ipsum iptellectnm
Il y a là un mystère (quia ista spiritualia secundum se intelligere non possuraus) que les métaphores dissimulent mal (sedadhuc non quiescit intellectus) (^). Après avoir rappelé ces comparaisons bien connues de Tintellect agent éclairant le phantâsma, comme la lumière sensible éclaire l'objet à percevoir, Godefroid conclut : « Ergo similitcr in proposito remanet quaerendum : Cum phantâsma secundum se non possit movere intellectum possibilem nisi illustratum lumine intellectus agentis, videtur quod illustratio intellectus agentis, aliquam dispositionem efficiat circa ipsum phantâsma, quia idem manens idem natum est facere idem. Ergo si, praesente iilostratione intellectus agentis, phantâsma sive id quod in phantasmate repraesentatur fit intelligibile actu et movens intellectum possibilem actu, Videtur aliquid esse factum in ipso quod prius non erat; et tune redit difiicultas supra indocta : quia omnis dispositio possibilis esse in phantasmate vel in phantastico est singulare et modum singularis habens, cum tali autem dispositione non potest phantâsma movere intellectum, ideo videtur dicendum quod huiusmodi actio vel operatio intellectus agentis non est positiva, etc. ».
Ces dernières paroles nous amènent à la théorie propre de
possibilem, non in phantasmata, quia respecta illorurn per se et imme- <iiate non videtur dici agens, licet sua actio in intellectu possibili non sit ^ne illis vel illorum praesentia, et licet etiam actio sua aliquo modo ^ifletur ad iila vel suscipiatur ab illis. Quod enim intellectus agens pnmo et immédiate agat ahquid sive aliquam dispositionem vel virtutem cirva phantasmata ipsa, qua phantasmata quae prius erant potentia intelligibilia sive in actu moventia intellectum possibilem, non videtur. ^ quicquid fieri posset in phantasmatibus quae sunt in phantasia Of]ganiea, et haberet esse signatum sicut ipsa phantasmata et per huiusnodi dispositionem non possent fieri phantasmata intelligibilia. Quicquid n/ffl est circa singulare, et singularem modum essendi habens, est jam singulare, singularem modum habens; cum tali autem dispositione iteJligibile in potentia sicut est phantâsma non potest movere intellectum •I actu intelligibile fieri. »
(«) Quodlib. V, quest. 10, fol. 14, RB.
Godefroid : l'intellect agent ne produit aucune disposition positive dans le phantasma, son effet est purement négatif, (c Est huiusmodi operatio vel actio per modum cuiusdam remotionis et abstractionis vel sequestrationis unius ab altero, non quidem secundum rem, sed secundum immutandi rationem (i) ». Grâce au concours de l'intellect actif, les éléments de réalité, présents dans le phantasma, agiront sur l'entendement, sans les notes individuantes qui les enveloppent dans la nature, où tout est singulier. La détermination aura pour aboutissant une représentation abstraite : et voilà l'origine de nos idées rendue conforme à leur nature i^).
Ht.
Il y a donc un déterminant cognitionnel de Tentendement, quelque difficulté qu'on éprouve à expliquer sa genèse par l'action combinée de l'intellect actif et de l'image sensible. Ce déterminant cognitionnel, sans lequel la a puissance passive » qu'est le sens ou l'intelligence ne pourrait « passer de la puissance à l'acte », s'appelle dans le langage technique du temps species intentionalis.
Or, il régnait dans les écoles du XIII* siècle, au sujet de cette specieSj une notion toute différente, qui donnait du phénomène cognitif une puérile interprétation, mais avait l'avantage de frapper l'imagination. On se figurait la species comme un
{*) Quodlib. V, quesl. 10, fol. 11, VA.
{*) Cette théorie est abondamment exposée en diverses autres questions, notamment quodlib. V, quest. 9; et aussi quodlib. YI, quest. 7, où,k propos de la question très discutée du mode de connalure des anges, Godefroid rattaclie toute la doctrine au même principe que rien ne passe de la puissance à l'acte sans Tintermédiaire d'un déterminant existant en acte. Dans le quodlibet V, question 6, « Utrum in angelis sit aliquod principium aciivum aliud ab intellectu et voluntate », il s'agit d'une faculté motrice, et Godefroid se prononce pour la négative. CI. quodlib. 11, quesl. 5, et quodlib. V, quest. 6.
petit être, une miniature de l'objet à percevoir, qui prend les lieu et place de ce dernier, et se loge dans la faculté pour riaviter à son acte représentatif. Cette species substitut était ^onc préliminaire à la connaissance. Quand il s'agit de la sensation, ce petit être était engendré par l'objet extérieur, propagé par le milieu et incorporé dans l'organe, à l'instar d'une « image atomique » de Démocrite. Elle naissait sous l'action du phantasma et de l'intellect actif, quand il s'agissait de rintelligence.
Guillaume d'Auvergne nous apprend que plusieurs de ses contemporains avaient adopté cette théorie que lui-même rejette, et que les grands penseurs comme saint Thomas, Bonaventure, Duns Scot n'ont jamais défendue (^). Mais on ne parvint pas à l'extirper des écoles du XIII" siècle. Henri de Gand y recourt dans son étude de la sensation, et bien qu'il tienne la a species intelligibilis » pour inutile, il ne la décrit pas autrement que ces faux commentateurs d'Aristote qui l'ont inise en circulation.
La question est importante en scolastique, car elle met en jeu des principes fondamentaux.' Or, nous avons reconnu avec une vive satisfaction que Godefroid, non seulement a compris le sens véritable du phénomène cognitif, mais qu'il a fait un procès en règle à toutes les théories qui mettaient à la base de leur idéologie la fausse notion de la « species » qu'on vient de relever. Parmi les nombreux passages où il s'agit de cette matière, citons les quodiibets : IX, question 19 et X, question 12. c( D'autres admettent la nécessité d'une a species ».., parce que l'intelligence étant faculté passive..., et l'objet tel qu'il existe dans l'imagination... jouant le rôle de principe actif et déterminateur..., il importe qu'il existe au préalable (prius) dans Fintelligence un intermédiaire, à savoir une ^fceies par l'intermédiaire de laquelle l'acte de l'intelliger peut se parfaire. Tout comme dans la sensation, le sensible ou
(*) Baumgartner, op. cit., pp. 46 et 65-74.
l'objet du sens ne peut effectuer l'acte sensitif, sans llnter niédiaire d'une disposition intentionnelle, dans le miliei d'abord, dans l'organe matériel ensuite (4) ». <c Cette thèse es sans valeur, continue Godefroid, car il ne se produit riei dans l'intellect possible que l'intellection même {% » « Nibi potest fieri in ipsa potentia ante ipsum actum intelligendi (3).
Enfin : « Si l'on parle de l'espèce — c'est le sens qu d'aucuns lui donnent — comme d'une disposition de Tintelli gence, une image de la chose autre que l'acte môme d*intel liger..., on peut dire que jamais Aristote n*a admis pareil! spedes (^) ». Godefroid a raison sur ce point d'histoire.
Le Docteur vénérable ne rejette donc qu'une déviation de 1 véritable doctrine idéologique d'Aristote - mais non la pensé inspiratrice de la théorie des « species ». Cette pensée inspira trice, — qui n'est autre que le principe du mouvement ou di passage de la puissance à l'acte, — domine au contraire le rapports qu'il établit entre les deux intellects. Un déterminan cognitionnel, c'est-à-dire une action de l'objet reçue dan
(«) Quodlib. IX, quest. 19, fol. 204, RA et RB : a Dicunt alii quod ali ratione dicitur huiusmodi species necessaria ad hoc quod actio intelL gendi possit esse in intellectu, quia cum inteliectus respectu actu intelligendi se habeat in ratione potentiae passivae, obiectum auter quod sumitur a specie sensibili in phantasia virtute inteliectus agentis s habet in ratione activi et moventis, ad hoc quod taie obiectum possi efficere actum intelligendi aut ipsam intellectionem in potentiam inte! lectivam, oportet quod prius faciat aliquid médium, scilicet aliquat speciem mediam in ipso intellectu ; qua mediante potest fieri ips intellectio compléta, sicut patet in unitate sensitiva, quia sensibile ipsoi quod est obiectum sensus non potest efficere ipsum actum sentiendi siv ipsam sensationem, nisi mediante aliqua dispositione intentionali priu facta in medio et etiam in ipso organo materiali. »
(«) Quodlib. IX, quest. 49, fol. 204, RB : « Sed istud non videtu valere, immo est dicendum quod nihil fît in intellectu possibili nisi ip5 intellectio. »
(5) Quodlib. IX, quest. 19, fol. 204, VA.
(*) Quodlib. X, quest. 42, fol. 234, VA.
l'entendement est nécessaire, et la species diinsi entendue apparaît dans tout acte d'intellection. Voilà ce quMl importe de savoir pour comprendre que dans le quodlibet I, question 9, il répond affirmativement à cette question : « Utrum intellectus possibilis necessario informatur aliqua specie intelligibili ».
De plus, nous rencontrons un autre sens du mot species.
A Faction de l'objet, produite par le phantasma et l'intellect agent rëpond la réaction de Tintellect possible qui parachève le phénomène cognitif Or celte perfection de l'entendement peut fort bien, dans une autre acception, s'appeler species^ Tdtio fortnalis. Mais ceci vise la nature de nos idées bien plus que leur genèse : « Intelligere non consistit in receptione alterius speciei a se ipso realiter differentis; consistit tamcn in receptione speciei pro tanto quod ipsum intelligere est quaedam formalis perfectio, et sic quaedam species intellectum perficienset informans et rei intellectae assimilans (^) ».
L'acte d'intelliger, produit des diverses causes efficientes, ^ont nous avons suivi le jeu respectif, s'appelle verbum^ et ^efroid fait du verbum l'objet de longues et subtiles discussions (2).
Que l'intelligence ait pour objet des vérités d'ordre spécu- ^lif, où il s'agit de la recherche désintéressée du savoir; ou qu'elle subordonne son travail à l'obtention d'une fin, d'un '^Qt pratique : il n'y a là qu'une seule et même faculté de l'âme. " Respondeo dicendum quod intellectus speculativus et praclicussunt una potentia secundum rem, quoniam in intellectu
(*) taodlib. IX, quest. 19, foi. 204, VB.
P) QuocQib. X, quest. 12 : « Utrum verbum mentale formelur in inteW ^^ ab ipso inlelLeclu in quo est vel ab alio »•
T. l. — • Lettres, etc. 7
humano non possunt distingui plures potentiae realiter différentes nisi secundum rationem activi et passivi, nec in eci possunt poni plures potentiae activae sive plures inlellectus agentes, nec plures potentiae passivae sive plures intellectus possibiles (^). » A fortiori serait-il superflu de rattacher à des facultés intellectuelles distinctes la connaissance de divers objets matériels (2). La diversité réelle des facultés — sur ce point Godefroid est fidèle thomiste — est basée sur Tirréductibiliié de leur objet propre ou formel (3).
Mais une autre question préoccupe Godefroid, et elle nous reporte bien dans ce milieu effervescent où les anciennes idées augustiniennes étaient en contHt avec le péripatétisme d*Aibert \v. Grand et de saint Thomas : le haut moyen âge tout entier avait repris de saint Augustin la célèbre division tripartitedes facultés de l'âme en intelligence, mémoire, volonté. Cette triple activité de I ame forme, selon l'évêque d'ttippone, une image de la sainte Trinité. Godefroid, partisan convainca d'une psychologie dont l'esprit diffère profondément de Tauguslinisme, essaie néanmoins de concilier avec les théories et classifications aristotéliciennes une conception traditionnelle et chère à ses prédécesseurs. Volonté et entendement se trouvent à la fois chez Âristote et saint Augustin. Mais Tintel-
(*) Quodlib. X, quest. il, fol. 227, RB. Même question, quodlib.U. quesl. 8.
(*) Uuodlib. 1, quest. 8 : « Ulnim inlellectus possil simul inielligei* plura ».
(') A rencontre de Henri de Gand et de Jacques de Viierbe, Godefir<WÏ soutient, dans presque toutes ses disputes quodlibétiques, qu'aueons substance finie n*est capable de produire directement ses activités. Celles-ci ont leur principe immédiat dans des réahtés adventices, aeeidentelles à la substance, et qui chez Thomme s'appellent facultés, lies arguments invoques sont ceux du thomisme. De cette thèse suit la distinction réelle de la substance et de ses facultés, et de& facultés entre elles, et tout un système sur la classification des puissances de r^me. Voir quodlib. II, quest. 4 et 8; quodlib. VI, quesU 4; quodlib. VID, quest. 2 et 6; quodlib. XII, qùest. i ; quodlib. XIII, quest. 3*
lect agent est inconnu à ce dernier. Quant à la mémoire, elle n'est pas regardée par les scolastiques comme une faculté à part. De là la question : « Utrum intellectus agens pertineat ad imaginem sic quod sit imaginis certa pars quae dicilur memoria » (<).
Voici la réponse : Par la mémoire dont parle saint Augustin, il faut entendre les deux intellects en concours (intellectus agens concluditur cum intellectu possibili). En effet, d'une part, Tentendement passif est « memoria », parce qu'elle conserve les déterminants de connaissance (species) et les habitus; l'intellect actif, d'autre part, parce quMl contribue à la formation de la connaissance actuelle.
Cette explication n'est possible, remarque Godefroid, que si Ton est partisan de l'opinion commune et seule fondée (communiter et ralionabiiiter) qui fait de l'intellect agent une j^artt^ même de notre dme (^). Mais tel n est pas l'avis unanime des docteurs; tel n'est pas notamment — c'est Godefroid qui parle ^ l'avis de saint Augustin, chez qui l'intellect agent n'est autre que Dieu lui-même, lumière de nos intelligences ^ Secundum Augustinum autem, ubi loquiturde lumineinteliectuali in virtute cuius illustratur intellectus nosterpossibilis, et fit actu intellectus et producens vcrbum, videtur huiusmodi lumen referri ad aliquid aeternum et increatum, scilicet ad il)sanQ veritatem primam (3) ».
Cette exégèse augustinienne — qui ne concorde pas avec l'interprétation thomiste (4) — fait allusion à la théorie des Arabes sur l'isolement de l'intellect agent, et aussi à la doctrine biiarre de certains contemporains de Godefroid, Henri de
(*) Quodlib. V, quest. 8.
0 Quodlib. V, quest. 8.
p) Quodlib. V, quest. 8.
{*) Pour saint Thomas, Augustin entend dire que notre intelligence, dans sa double faculté, est un reflet de rintelligence divine. A notre sentiment, c'est saint Thomas qui a raison contre Godefroid .
Gand, par exemple, pour qui l'acquisition des vérilës les p élevées de Tordre naturel exigeait une illumination spéciale Dieu, une illustratio specialis (^).
Or, Godefroid se refuse énergiqucment à suivre son brill collègue dans cette concession nouvelle aux illogismesdeT cienne école scolastique. Le philosophe gantois, souscrivai une distinction augustinienne de la ratio inferior et de la n superior, établissait un rapport entre ces deux espèces dec naissances et la puissance naturelle de l'entendement. Par forces propres de la raison, nous connaissons les êtres tels qt sont dans leur réalité contingente (ratio inferior, quae intei temporalibus). Mais pour saisir le lien qui unit les essec tinies à l'essence infinie, pour découvrir dans les idées éi nelles du Créateur la norme qui régit la réalité et Fintell bilité de toutes choses (ratio superior, quae intendit aetei conspiciendis aut consulendis), un rayon spécial de la lumi divine doit hypertrophier l'entendement. A ce mysticis vague, teinté d'arabisme, Godefroid oppose l'intellectualis franc dont il s'est fait le champion. On lui demanda, dans quinzième question du VI® quodiibet : « Utrum intellec agens pertineat ad rationem superiorem ». En d'aul termes : dans l'acquisition de cette connaissance synthéti( du monde, où nous rapportons le créé à l'incréë (ratio su rior), l'intellect agent faculté de notre âme, est-elle une sou propre de savoir? Ou faut-il faire appel à une c€ illumiiu specialis » de nos intelligences par Dieu?
Voici la thèse : ce Dans la vie présente il n'y a qu'un m* d'intelliger toutes choses, qu'elles soient matérielles et pé sables ou immatérielles et impérissables : c'est l'abstraci de la (( species intelligibilis » par Tintellect agent en c
(*) Cf. De Wulf, Histoire de la philosophie scolastique dans les i Bas, etc , pp. 463-197 : « L'exemplarisme et la théorie de rillumiiu spéciale ».
cours avec l'image sensible ou l'objet représenté dans cette image (M ».
On peut rapprocher cette discussion d'ordre philosophique d'une autre discussion, celle-ci d'ordre théologique, où l'adversaire visé est encore Henri deGand, et qui fournit à Godefroid une nouvelle occasion de combattre son faux mysticisme. C'est lequodlibet VIII, question 7 : « Utrum in quodiibel fideli sit aiiquod lumen infusum aliud a lumine fidei ».
§ 2. — La volonté.
I. Le « volontarisme » médiéval. Première forme : Rapports hiérarchiques de la volonté et de rintelligence. — II. Deuxième forme : Le mode d'exercice du vouloir suivant Henri de Gand. Critique de la théorie par Godefroid. Exposé de sa propre théorie. Diiférence avec la théorie de saint Thomas. - III Troisième forme : La liberté du vouloir suivant Henri de Gand, Thomas d*Aquin et Godefroid de Fontaines. — IV. Formes secondaires du volontarisme.
Plus encore dans l'étude de la volonté que dans son idéologie, Godefroid de Fontaines s'en prend directement au Docteur wlennel. Nous voici arrivés à un des sujets principaux traités par notre philosophe. Le sixième quodlibet, dans sa presque
I (*) Voici Texposé de la théorie de Henri de Gand, par Godefroid, au
qnodlib. YI, quest. 15. fol. 75, RA : « Âliqui dicunt quod intellectus
^ens est aliquid animae, sed lux eius non suffîcit per se ad illustran-
rfumsic quod de rébus certa et immutabilis verilas apprehendatur; sed
ad boc requiritur illustratio lucis omnino immutabilis, scilicet lucis
/Acreatae. qua etiam lumen intellectus agentis roboratur et confortatur.
Et secundum istos tune diceretur, quod non obstante quod certa veritas
eirca aeterna apprehendatur virtute luminis increati generalis et extrin-
seci, ad hoc tamen etiam simul requiritur illustratio luminis intellectus
agentis creati proprii i».
totalité, n'est qu'une réfutation du « volontarisme » ingéniei sèment défendu par Henri de Gand, et une affirmation vigoi reuse de Tintellectualisme thomiste. Un grand nombre d'autr quodiibets, dans des questions isolées, abordent la mén matière qui, tout le long de Tœuvre du maître, n'occupe p moins de douze dissertations ex professa.
Avant d'aborder les vastes et importantes controverses q se rattachent à ce sujet, il importe de préciser quelles acee tions il convient de donner au a volontarisme » dont s'occu] l'histoire des idées au Xlil* siècle.
Ce terme est de création récente (^), et son application l'histoire du moyen âge est de nature à donner le chang Dans la philosophie moderne, le volontarisme désigne i mouvement d'idées issu du kantisme et d'ordre purement a térioiogique ; il équivaut au primat du vouloir sur le connaîti et vise ces certitudes de la raison pratique que Kant avait n nées devant la raison théorique. Or, jamais scolastique i entendu trancher la question du primai dans le sens critéri logique qu'il revêt chez Kant, ni consacrer les empiétemec du vouloir sur le connaître. Même dans le camp des volorU ristes, l'adage : ce niliil volitum nisi cognitum » garde tout 8( empire. Les relations hiérarchiques de la volonté et de raison, écrit Henri de Gand, sont celles du maître et du sen teur, mais il n'en est pas moins vrai que le serviteur précè le maître et porte le flambeau qui doit éclairer sa marche 0 La volonté, faculté spirituelle, tend vers le bien universel q lui offre l'intelligence, et c'est encore parce qu'elle présuppo cette présentation qu'il n'y a pas lieu, nous apprend Godefroi d'admettre l'existence d'une ce voluntas agens » comme il exis un « intellectus agens » (3). Car : « voluntas non movetur
{*) Voir notamment Windelband, Geschichte der Philosophie, Berl 4892, p. 259.
(«) Quodlib. I, quest. 14, in fine (édit. de Venise, 1608, 1. 1, p. 17). (») Quodlib. IV, ques
re materiali immédiate, sqd movetur ab apprehensa per inteliectum et jam facta immateriali (^) ».
Cest donc une signification toute différente qu'il faut donner aux controverses scolasliques du XIII* siècle sur les rapports du vouloir et du connaître.
Ces controverses empruntent une première forme — la plus générale — à une discussion, assez oiseuse, sur la primauté de nobksse des deux facultés spirituelles de l'homme; et elles se rattachent, sous cette forme, à ce qu'on a appelé « Taugustinisme de la scolastique ».
Saint Augustin donne à la volonté un rôle prépondérant dans la vie psychique. Ceux d'entre les scolastiques du Xlll** siècle qui continuent d'opposer à l'intellectualisme de l'école albertino-thomiste (2) la thèse de la supériorité de la volonté, se réclament le plus volontiers d'un argument basé sur le mode d'union respective des deux facultés avec leur objet propre. Cette union, dit Henri de Gand, est plus intime pour la volonté que pour l'intelligence, « quia intellectus actione sua trahit in seipsum rem intellectam. Voluntas autem actione sua transfert sein ipsum volitum propter se ut eo fruatur... cum ergo multo perfectius et altius est transformari in ipsum bonum ut in se est secundum suam naturam, quam assimilari ipsi vero, ut est in intelligente per modum intelligentis..., etc. » (3). Mefroid discute Henri de Gand dans de longues questions dont nous ne pouvons ici détailler les marches et les contremarches. Elles apparaissent en divers quodlibets, notamment qoodiibet II, question 9 : a Utrum voluntas vel intellectus sit excellentior potentia »; quodlibet VI, question 10 : « Utrum
(«) ibid., Man. de la Biblioth. Nation., n» 15841, fol. 3, RÂ. Cf. quodlib. IV, quest. 8; quodlib. XI« quest. 15 : « Utrum a voluntate possit aliquid diligi immédiate quod non cognoscitur immédiate ».
(«) Saint Thomas, Summa theologica, 1' pars, quest. 82, art. 3.
(») Quodlib. I, quest. 14, 1. 1, p. 17, col. 2 {édit. de Venise, 1608).
actus intelligendi superius sit perfectior actu diligendi illud. » Notons toutefois que ces platoniques dissertations, oCi Godefroid ne fait que suivre ses contradicteurs, ont l'avantage de préciser Tobjet du bien et du vrai. C'est ainsi que sur la nature du vrai (^), nous rencontrons les échos d'une opinion dont nous ne connaissons pas l'auteur, mais qui fait songer à certaines discussions modernes. Contrairement à la volonté qui se porte vers la chose même, disait-on, l'intelligence s'assimile les choses non pas telles qu'elles sont en elles-mêmes, mais telles qu'elles sont représentées (2). A cette doctrine Godefroid fait le reproche d'être tautologique : « Dicere quod aliquid intelligitur non secundum esse quod habet in se ... sed secundum esse quod habet in intellectu, est dictum nugatorium .. scilicetquod aliquid intelligitursecundum quod intelligitur (3)».
Plus intéressante est la lutte du volontarisme et de l'intellectualisme dans ses applications au mode (Texercice de la volonté. On peut dire que cette seconde forme du volontarisme a trouvé chez Henri de Gand son initiateur, et chez Godefroid de Fontaines son adversaire irréductible.
Pour Henri de Gand, la volonté n'est pas, comme l'intelligence, une faculté passive, requérant, avant de passer à l'acte, la détermination d'un objet (*) ; elle est simplicUer activa, sous-
(*) Quodlib. VI, quest. 6 : « Ufrum verilas de re quae est apud intellcctum se habeat in ratione informantis vel moventis ».
(*) Quodlib. VI, quest. 6, fol. 41, RA : « Respondeo dicendura quod quidam dicunt quod res non cognoscitur per cognitionem quae sit in ipsa nec per illud quod est in seipsa, sed per id quod est in intellectu : sunt enim res cognitae non prout sunt in seipsis, sed prout sunt in cognoscente ; et ideo sunt verae non per veritatem quae sit in ipsis formaliter, sed per id quod est in cognoscente. Sed res sunt voiitae ut sont ia seipsis )>.
P) Fol. 41, VA.
(*) Voir plus haut, p. 91.
lite à toute influence intrinsèque de ce qui n'est pas elle, issant d'elle-même, dès que les conditions d'exercice sont «ées. La présentation par l'intelligence d'un objet est une de s conditions, condition « sine qua non », qui deviendra le me de l'activité volitive; mais cette présentation n'influe rien sur la production de l'acte volutif. Éloignez un obstacle li empêchait la chute d'un corps lourd : cet éloignement, ndition nécessaire de la chute, n'en est pas la cause, a Dico od aliquid ad actum aliquem eliciendum requiritur duplier. Uno modo ut causa sine qua non, quac nihil agit omnino eiiciendo actum ... quem admodum requiritur removens ohibens ad descensum gravis. Et hoc modo, ut soepius ictivi, ad actum voiunlatis necessario requiritur ostensio jecti (^). » « Dicitur ab aliquibus, écrit à son tour Godefroid Fontaines, quod voluntas per se non movetur nec determitur ab intell^ctu, sive ab objecto secundum quod apprehenlur ab intellectu, sed movetur a se ipsa ('^). » Et ailleurs : Uuidam ponunt quod volunias non movetur proprie ab ►jecto, scilicet per se et directe sive ut a causa movente per , sed indirecte et improprie ... ut a causa sine qua non (3). » On peut comparer les arguments plus ingénieux que promis, tels qu'on les trouve dans les œuvres de Henri de md (^), avec l'exposé qu'en fait, à de nombreux endroits, son miradicteur Godefroid de Fontaines (î»); la concordance est ^te. Même en face du bien complet, de Dieu, la volonté ^^ principe unique de son activité : « Voluntas autem facta in -luvolendi finem a seipsa ad apprehensionem finis, non a
(*) HsNBi DE Gand, quodlib. XIII, quesl. 11 (t. II, p. 308, col. 2).
(*) ttuodlib. VI, quest. 11, fol. 65, VB.
') Quodlib. VI, quesl. 1, foi. 31, RB.
!^)ftaodIib. I, quesl. 16, et quodlib. XIII, quest. 11 — Cf. Summa
oloçica, quodlib. XLV, quest. 2, n° 5 (édil. de Ferrarè, 1646).
') Voir notamment quodlib. VI, quest. 11; quodlib. VI, quest. 7;
Milib. VI, quest. 1; quodlib. VI, quest. 8; quodlib. VI, quest. 12;
diib X, quest. 14.
fine, nisi sicut a cama sine qua non movet seipsam in actum volendi ea quae sunt ad finem (^). » Et c'est logique. Si cette autodétermination et cette indépendance intrinsèque est la mode naturel du vouloir, il faut qu'on le retrouve dans toutes ses manifestations, nécessaires ou libres (^).
Parmi les nombreuses objections que Godefroid soulève contre cette thèse, et dont l'examen détaillé ne peut trouver sa place ici, voici celles qu'il présente le plus volontiers. La principale est tirée de la notion même du mouvement, et nous retrouvons ici un raisonnement signalé plus haut. Tout ce qui passe du potentiel à l'actuel, reçoit nécessairement pour passer d'un état à un autre état la motion d'une autre chose. L'acte de vouloir n'échappe pas à la rigueur de cette loi métaphysique (3). C'est pour la même raison que tout être qui se meut est composé de parties, et Godefroid applique brillamment sa thèse aux vivants (^).
La thèse de Henri de Gand, continue le maître en Sorbonne, ù force de magnifier la volonté, aboutit à la destruction de la liberté : un vouloir qui se met en acte, devrait toujours se dépenser, dès que sont réunies les conditions d'exercice.
(«) Henri de Gand, quodlib. XII, quesl. 26 (t. Il, p. !266, col. 3).
(*) Godefroid expose une théorie légèrement différente de celle de Henri de Gand, quodlib. VI, quest. 7, fol. 46, RB et VA. Nous en ignorons Fauteur. Elle tombe, du reste, sous le coup des mêmes critiques que Godefroid dirige contre Henri de Gand.
(5) « Praetorea, sicut impossible est quod illud activum, quod est formaiiter taie quale débet facere passivum et se ipsum faciat formaiiter taie, ita impossible est quod illud quod est virtualiter taie quale débet facere passivum sit illud passivum et faciat se ipsum formaiiter taie; sicut enim contra rationem eius quod formaiiter est taie quale débet facere passivum est (]uod ex quo iam est taie faciat se taie, quia tflf" esset in actu et in polentia seaindum idem et respeciu eiusdem. » Quodlib» VI, quest. 7. fol. 46, RA et RB.
(*) Quodlib. VI, fol. 47, RB : « Et idco illud quod movet se oportetesse composiium ex partibus heterogeneis, et quod ejusdem rationis in toto et in partibus non potest movere seipsum ».
« Dès qu'un principe actif est par lui-même présent au sujet passif, l'action suit, sans qu'il puisse y avoir un empêchement à son exercice, ainsi qu'il appert par le neuvième livre de la métaphysique d'Aristote. Si donc, dans la volonté, on trouve un principe d'efficience et un sujet passif, ceux-ci sont toujours en présence, car ils ne forment qu^une même réalité suivant les uns, ou ils sont inhérents à un même sujet suivant les autres; par conséquent, l'action se produira, et rien ne pourra l'empêcherde se produire. En effet, qu'est-ce qui pourrait faire que le même ne soit pas présent à lui-même, etc. » Puis prévenant une objection : u On ne pourrait dire qu'il peut s'interposer un empêchement négatif, à savoir l'absence de l'objet. Cela reviendrait à affirmer que l'éloignement respectif du principe actif ou de son objet passif forme un obstacle à la production de l'action ». Autant dire que la présence d'une chose empêche son absence et réciproquisment (^).
Notons enfin une troisième difficulté opposée à ceux qui suivent le système volontariste de Henri de Gand : puisque intelligence ne joue aucun rôle déterminateur, à quoi bon niaintenir les jugements pratiques et Tintellect pratique, dont l'utilité disparaît? Une simple connaissance (apprehensio simplex) suffit pour fournir la « conditio sine qua non » nécessaire à l'ébranlement de la volonté p).
(*) Quodlib. VI, quest. 7, fol. 46, RB : « Praeterea, quando activum per
^ est praesens passivo per se sequilur actio, et in hoc est exclusum
^oine impeditivum , ut patet per Philosophum nono Metaphysicae. Si
^^ in voluntate ponatur activum et passivum, quae seraper sibi sunt
Peninentia quia sunt id ipsum, ut dicit ista positio. vel sunt unum
^iecto ut dicit alia, sequitur actio ; et huic non potest praestari impe-
^imentum. Uuid enim potest impedire quod idem non sit praesens sibi
^Psi? et cetera ».
P) Quodlib. VI, quest. il, fol. 65, VB et 66, RA : « Respondeo dicen-
<liun quod secundum illum modum exlraneum, loquendo de intellectu
^voluntate qui dicitur ab aiiquibus quod voluntas per se non movelur
^ determinatur ab intellectu sive ab objecte secundum quod appre-
>^Q(litur ab intellectu, sed movetur a se ipsa, sic quod aliquando contra
Henri de Gand professe une doctrine extrême sur le m d^exercice de la volonté et ses rapports avec Tintelligei Godefroid de Fontaines se réfugie dans un autre extré Totalement affranchie de la détermination intrinsèque de 1 teilect, dans le système du premier, la volonté en est touji intriiiséquement dépendante dans le système du second : ( la présentation intellectuelle de l'objet qui, nécessairemen librement, détermine la volonté à agir. Et le grand argunr du maître est encore puisé dans l'analyse métaphysique (( mouvement » auquel est soumise la volonté lorsqu' dépense son acte de vouloir.
« L'objet présenté fait passer la volonté à son acte, pasÉ nécessaire vis-à-vis de sa fin, passage non nécessité vis-à des autres objets... Il ne faut donc pas nier, ce semble, la volonté subisse une motion véritable de la part de l'ot en ce qui concerne l'exercice de son acte de volition (^). » Et p qui comprend toute la signification de la terminolc technique du temps, cette autre déclaration est un résumé
judicium practicae rationis, et aliquando absque aliquo judicio inte tus practici, ex sola apprehensione simpllci alicujus quod potest vel non fieri eligi vel non eligi, absque hoc quod judicetur faciend voluntas libère eligit facere vel non facere... Secundum ista qui videtur dieendum, quod inlellectus nullo modo per se et proprie d< minât voluntatem, sed in agibilibus voluntas déterminât inteilecl immo sic nuila nécessitas vel utilitas esset inlellectus practici ».
(<) Quodlib. VI. quest. 7, fol. 48, RB : « lia autem videmus in volai quod praesente objecto fit in actu de necessitate respectu finalis obj non de necessitate respectu aliorum ; nec unquam fit in actu nisi se dum modum et formam rationis, quia nihil fugit nisi judicet illud nocivum, nihil etiam prosequitur nisi judicet illud esse conveniens ; non est in actu nisi praesente objecto, objcctum autera fugere noi nisi id quod sub ratione mali et nocivi apprehenditur.. . Non vid ergo ratio per quam probari possit ({uod aliquod ens sit activum resp alterius, per quod non possit etiam probari de objecto respectu vo tatis. Non videtur ergo esse negandum quin voluntas vere ab obj moveatur quantum ad actus volitionis » .
la fois un énoncé de thèse : a Respondeo dicendum quod nec voluntas oec intellectus proprie movent se, sive educunt se de polenlia ad actum aliquera, sed per se moventur ab objecta (*)». U question quatorze, posée dans ce dixième quodlibet, visait ^professa le différend doctrinal entre les deux philosophes belges : « Utrum magis proprie conveniat voluntati movere se quam intellectui ». Godefroid met les deux facultés sur le même pied.
Avant de clôturer celte controverse, notons que saint Thomas est partisan d*une opinion intermédiaire. Godefroid la combat d'ailleurs aussi énergiquement que celle de Henri de Gand. « Simpliciter activa » pour celui-ci, ce simpliciter passiva » pour Godefroid, la volonté, d'après le prince de la scoiastique du XIII^' siècle, est à la fois active et passive : vis-à-vis ^le son objet adéquat, qui est le bien universel, la volonté subit une impression nécessitante. Il compare la faculté à un niobile s'ébranlant facilement quand l'incitation du moteur ^si suffisante. Dans l'acte de volition nécessaire, la volonté ^^passive avant d'agir; bien plus, c'est celte passivité qui, vis- •«-vis d'un bien limité, rend compte du libre arbitre. N'est-ce pas parce que nous voulons notre fin, observe le docteur angé- ^ique, que nous pouvons choisir chacun des moyens qui contluisent à cette fin? On comprend que, mise en branle par le bien universel, gi*âce à cette tendance initiale vers le bonheur, 'a volonté choisisse entre les divers jugements pratiques qui précèdent son choix : et en suivant celui qui lui plaira, elle est essentiel lement agissante. En résumé, la volonté est passive dans la détermination initiale que le bien en général lui imprime; elle est active dans le libre choix des moyens qui la conduisent à cette fin (%
Or, voici un texte de Godefroid — entre beaucoup d'autres
(<) Quodlib. X, quest. 14, fol. 236, RB.
(*) Sabrt Thomas, Summa theologica, !■ pars, quest. 83, art. 4; !• ii'S quest 9. Cf. De Veritate, quest. ^% art. i et 5. — De Malo, 6.
— où la doctrine thomiste est vigoureusement prise à partie : a Qui vero ponunt quod movetur ab uno quasi a fine et non ab aliis videntur ponere irrationabilia et contradicloria^ nisi diligenter exponantur : ubi invenitur eadem ratio movendi ponendum est quod si unum movet quod et aliud; et manifestum est autem quod voluntas deliberativa nunquam vult aliquid nisi secundum modum et formam apprehensionis (^). »
Bien qu'intimement lié à la question que nous venons de traiter, le problème de la liberté ne se confond pas avec elle. Qu'elle agisse librement ou nécessairement, la volonté se meut par Henri de Gand, elle est mue pour Godefroid de Fontaines. Saint Thomas, qui seul fait varier le mode d'exercice de la volonté d'après la nature de son acte, rend ces deux questions solidaires.
C'est un souci exagéré de la liberté qui inspire le système volontariste de Henri de Gand. Mais son antagoniste, en refusant de souscrire aux sages distinctions du thomisme, ne compromet-il pas la possibilité même de l'acte libre? C'est ce qu'il reste à étudier, en négligeant ici, par souci de brièveté, les critiques que nous trouvons chez Godefroid des théories de ses deux contradicteurs. La volonté, telle est la conclusion de Godefroid, subit toujours la détermination de l'objet présenté par le jugement. « Cependant, la liberté reste sauve, car douée de liberté, la volonté n'est mue de façon nécessaire que par le souverain bien; tandis que tous les autres biens n'entraînent pas une motion nécessaire, mais laissent place à un mouvement vers le bien opposé (^). » Ainsi se vérifie
(<) Quodlib. X, quest. U, fol. 236, VA.
(«) Quodlib. VI, quest. 7, fol. 48, VA : « Dicitur quod objectum etiam efficit ipsum actum intelligendi, alioquin intellectus non diceretor virtas
pour Godefroid la parole d'Aristote : c< remanemus dominî actionum (i) ».
Hais (l'abord, les adversaires de Godefroid n'avaient-ils pas raison de lui objecter qu'une u détermination » de la volonté — librement subie — implique quelque contradiction (2j?
11 est bien vrai que le subtil controversite essaie d^expliquer pourquoi, subissant la détermination du jugement qui nous présente un bien particulier, par exemple la jouissance d'un acte intempérant, la volonté peut s'y soustraire, et suivre Indétermination du jugement Contradictoire (liberté d'agir ou non), ou d'un jugement différent (liberté de spécification). « La considération de quelque défaut ou d'un caractère honteux (dans l'objet présenté) peut déterminer Thomme à s'abstenir de suivre la première impulsion, etc. (3). » Le système apparaît ici par son côté faible. Si toute volition est déterminée par le jugement, il en sera de même de la volition par laquelle nous provoquons un jugement nouveau, qui nous présentera les imperfections d'un bien ou la perfection d'un autre bien.
passiva. Videtur posse dici hoc de voluntate sicut de intellectu, ita tamen ^oà libertas voluntatis salvelur, dicendo quod secundum condilionem soae libertatis movetur de necessitate solum a summo bono, non de Qecessitate autem, sed cum possibilitate ad oppositum, ab omnibus aliis».
(*) IMd.
!*) Quodlib. VI, quest. 7, fol. 48, VB : « Et ideo non bene videntur dicere qui dicunt quod voluntatem esse passivam, et ipsam esse liberam, ^n stant simul; ac si ponentes eam moveri ab objccto nitantur destruere ^rtatem arbitrii. Si enim poneretur quod respecta cuiuslibet objecti de i^eessitate absoluta necessitate moveretur, libertas arbitrii tolleretur; *ed cum ponitur moveri diclo modo libère et non de necessitate, quia Posset non moveri ab objecto tali in quo posset considerare defectum, servatur libertas quae voluntati competit ».
?) Quodlib. VI, quest. 7, fol. 48, VB : u ila eliam consideratio alicujus <leformitatis et turpitudinis potest ipsum movere ut abstineat, licet euro difficultate et tristitia appetitus sensitivi. . . », etc.
De plus, supposé même la volonté sollicitée par deux jug ments pratiques opposés, nés spontanément de la considérati( des choses, pourquoi la volonté — qui ne peut simultanéme obéir aux deux impulsions — suivra-t-elle Tune plutôt qi Tautre? Est-elle du bien le plus grand? Cette solution, laquelle Godefroid paraît souscrire, aboutit à la suppressic de la liberté (^). Sans une « auto-motion )) finale du vouloi le libre arbitre est condamné à sombrer.
On vient de voir trois formes principales du volontarisr que Godefroid combat vivement, pour leur opposer un int lectualisme plus entier que celui de saint Thomas. La lui entre les deux directions psychologiques se poursuit s d'autres terrains de moindre importance, et où Tattitu^ respective des controversistes est fonction des théories q viennent d'être exposées. Signalons pour mémoire deux deo questions : l'acte formel par lequel nous entrons en possessio de la béatitude n'appartient pas à la volonté (volontarisme mais à l'intelligence (2); l'acte judicatoire et non l'acte volit est cause formelle de la « rectitudo moralis » du vouloir (3).
(*) Quodlib. VI, quesl. 7, fol. 49, VA : « Ex hoc videtur quod volunU moveat se libère ad altenira contrariorum et non moveatur ab aliqv illorum. Et est dicendum quod cum voluntas sive volens non determio^ tur ad alterum nisi propter aliquid propter quod agere vult, oport* quod ad hoc quod alterum magis eligat et magis appetat, propter hoc s quia illud aestimat melius et magis eligendum. Hoc autem contingit e aiiquo bono apprehenso, a quo voluntas quasi a tine mota ex consi quenti eligit alterum contrariorum quod magis ordinatur ad illtu finem ».
C) Quodlib. VI, quest. i!2 : « Utrum bonitas et malitiaactuum rooralim rationalis creaturae sit magis attribuenda intellectui qoam voluntati ••
(*) Voir par exemple : quodlib. 8, fol. 53, RB.
§ 3. — Le corps humain.
I- U controverse de Tunité ou de la pluralité des formes dans rhomme. -~ II. Dans les autres questions relatives au composé humain, Godefroid est thomiste.
L'homme est un composé réel de corps et d'âme, et pour établir Vunité de substance de ce composé, la scolastique applique aux deux parties composantes Tintime rapport de la Qiatière et de la forme. L'âme est la forme substantielle, le corps la matière première du composé humain (i).
Surgissaient alors, à propos de l'homme, les délicates <]ue8tions — si passionnément discutées — de l'unité ou de la pluralité des formes substantielles.
C'est Thomas d'Aquin qui introduisit dans les écoles la ihéorie de Tunité de la forme, brisant avec tout ce qu'enseignaient ses prédécesseurs; et nous savons combien vives furent les animositës que provoqua sa géniale innovation (^). U est impossible d'exposer ici l'historique de celte célèbre controverse, les arguments invoqués par les partisans des deux doctrines et les multiples variantes delà théorie pluraliste (3).
Godefroid s'occupe à diverses reprises du problème. Il ^appelle l'argument fondamental du pluralisme : « A chaque perfection essentielle, à chaque détermination irréductible de ï'êire substantiel doit correspondre une forme substantielle tlistincte », si bien que pour les plus logiques, la substan-
l*) Qoodlib. X, quest. 9 : a Utrum homo sit vere et realiler compositus ^% quod in ipso est materia et forma ». ?) Voir plus haut, p. 36.
P) Cf. l'introduction de notre Traité « de unitate format » de Gilles de
î. I. — Lettres, etc. 8
tialité, la vie, la sensibilité, etc., exigeaient dans l'être des pria cipes informants distincts. Godefroid expose longuement dea^ ou trois formes du pluralisme (^).
Il rappelle surtout la thèse de Henri de Gand qui, partisa convaincu de la doctrine thomiste, croyait devoir faire un exception pour Thomme, et rattachait à une double fornn substantielle (la a forma corporeitatis » et l'âme spirituel U faction respective des parents et du Créateur dans la produ< tion de l'enfant (2).
A tous le maître en Sorbonne oppose un des principaux arguments du thomisme : l'impossibilité de concilier l'uni/^ de l'être et la multiplicité de ses principes informants. Il remarque justement que la thèse intermédiaire de Henri de Gand est insoutenable ; car si la métaphysique condamne le pluralisme des formes, celui-ci ne peut pas plus se rencontrer dans l'homme que dans n'importe quel autre être de la nature (^).
Cependant, Godefroid, tout en réservant ses préférences à la thèse thomiste, se déclare incapable de réfuter toutes les raisons des partisans du pluralisme. Dans la mêlée de la discussion, il avoue son impuissance à se faire une conviction personnelle; et cette attitude expectative montre assez que si Godrefroid est l'admirateur de Thomas d'Aquin, il n'en est pas le disciple servile. A maintes reprises, il insiste qu'il entend garder toute sa liberté d'esprit : ce Ego etiam super hoc nescio nec audea aliquid diffinire, licet mihi visum fuerit alias, et adhuc videatur* circa istum articulum quo probabiliter possit sustineri quod non sit nisi una forma substantialis in homine, scilicet anima rationalis (^) ».
(*) Quodlib. II, quest. 7 : u Utrum homo habeat esse ab una fonni substantiali tantum vel a pluribus. » — Même exposé quodlib. X, qaesUlO (( Utrum secundum ponentes in homine formas plures substantiale oportet poncre in ipso plures animas ».
(*) Lire chez Ucnri de Gand le quodlibet IV, question 13.
P) Quodlib. Il, quest. 7.
ft Quodlib. X, quest. 10, fol. 226, RA.
Le « licet mihi visum fuerit alias » vise le quodlibet II, question 7, où on note des déclarations analogues, et aussi le quodlibet III, question 5, dont il fut question plus haut, à propos des condamnations d'Oxford. On y trouve de même, après un exposé succinct, mais fort net de la théorie pluraliste, de la théorie thomiste et de la théorie de Henri de Gand, une nouvelle affirmation de Fattitude hésitante de Godefroid(^).
L'unité de l'âme humaine n'exclut pas une succession de formes intermédiaires et provisoires, correspondant aux diverses étapes de l'évolution embryonnaire (3).
Répandue dans le corps suivant toute sa substance, mais non suivant toutes ses facultés (3), l'âme est immatérielle et sosceptible, à ce titre, de survivre au corps (4). Au sujet de son immatérialité, Godefroid reprend, après Thomas Sutton, cette question bizarre : a Utrum intellectus humanus antequam actn intelligat sit talis res vel natura quod sit secundum se intelligibilis {^) », dans laquelle il ne fait d'ailleurs qu'établir la nature de l'âme et ses opérations propres : en tout cela Godefroid est fidèle au thomisme.
(*) Quodlib. m, quest. 5. La question avait une importante application tbéologique, relative au corps du Christ. Godefroid en parle quodlib. III, quest. 5, et quodlib. V, quest. 5.
0 Quodlib. VI, quesu 14 : a Utrum anima humana tota producitur in esse in fine generationis. »
C) Quodlib. VI, quest. 7, fol. 52, RA. (^ Quodlib. III, quest. 4.
(*) Quodlib. Vil, quest. 9, Sutton, dans ses a questiones ordinariae », quest. Si (man. d*Oxford, n» 138), se demande : « Utrum intellectus animae qui dicituc possibilis sit de se intelligibilis ».