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CHAPITRE IX

L'influence doctrinale de Grodefroid de Fontaines.

Personnage de haute marque et de grande culture, que son 'Otelligence fine et souple, sa richesse, sa bibliothèque, son

0) «uodlib. IV, quest. I, p. 321.

O) Quodlib. IV, quest 3 : « Utrura in perfeclionibus specificis creatu-

'"^nim sit procédera in infinitum ». - Quodlib. IV. quest. 4 : « Utrum

^^ Deus possit facere angelum perfectiorem quolibet dato in infinitum

^Porteret quemlibet eorura pertinere ad aliquam hierarchiam nune

^xistenlem ». — Cf. quodlib. VII, quest. 2, et quodlib. X, quest. 2.

activité, ses relations dans le monde officiel mettent aux premières places de la métropole universitaire, Godefroid de Fontaines est assurément une des Hgures de la science scolastique à la fin du XI1I« siècle. S*il n'est pas créateur du système, ni en théologie, ni en philosophie, ni en droit canon, il a brillamment su défendre dans sa chaire et dans ses écrits une foule de doctrines spéciales qui ont survécu à son magistère.

Non seulement il a été discuté vivement — et ce n'est pas un honneur banal — par le subtil Duns Scot, qui arrive à Paris au moment même où Goricfroid disparaît de la scène universitaire (vers 1304); non seulement Capreolus se rapporte encore h ses doctrines dans ses Uefenaiones Theologicae D. Thomae Aquinatis (^), — mais de son vivant et tout le long du XIV« siècle, ses quodlibets sont soumis à de nombreuses transcriptions. Ne parions pas des copies que Godefroid luimême fit entreprendre à ses frais. A côté de celles-là, on en rencontre à Paris qui proviennent deTabbaye de Saint -Victor, ou qui ont été léguées à la Sorbonne par des maîtres postérieurs. Centre d'un mouvement intense qui se propageait en ondes larges, Paris imposait, peut-on dire, à tous les milieux de l'Europe, ses jugements en matière scientifique Les nombreuses copies des quodlibets relevées dans les anciens catalogues de la Bibliothèque vaticane prouvent combien Godefroid a été lu et étudié en Italie. Il jouit d'une grande autorité à Oxford, à Cambridge où l'on conservait précieusement ses œuvres, et les nombreux résumés, tables, annotations marginales prouvent que ses quodlibets ne dormaient pas dans la poussière des bibliothèques, mais circulaient comme ouvrages scolaires. Encore au XVP ou au XVI h siècle, ainsi qu'il a été dit plus haut, les quodlibets ont été soumis à transcription (3).

Les dominicains, admirateurs du thomisme intégral et ses disciples trop servîtes, faisaient fort bien le départ entre la synthèse du maître et les divergences de vue de Godefroid de

(<) Réédité en 1900, par Cattier, à Turin. p) Voir plus haut, p. 102.

Fontaines. A preuve, c'est qu'un des leurs, Bernard d'Auvergne, évéque de Clermont, prit la plume pour défendre saint Thomas contre Godefroid de Fontaines et Henri de Gand. Détaillant la bibliographie de l'ordre des frères Prêcheurs, le codex anonyme de Stams (^) (commencement du XIV« siècle) mentionne au nom de Bernhardus Claramontcnsis episcopus : ce item contra dicta Henrici de Gande quibus impugnat Thomam. Item contra Gottfridum de Fontibus eadem de causa (3) ». L'apologie de Bernard d'Auvergne plaide pour la valeur personnelle de nos deux illustres compatriotes qui l'ont provoquée. On trouve un dernier écho de cette animosité de certains dominicains contre Godefroid, au XVIh siècle, chez un polémiste de l'ordre, le P. Coeffeteau, auteur d'un mémoire : « Réponse au livre intitulé : Le mystère cFiniquilé du sieur Duplessvs », publié en 1614. Mais il faut dire que si Coeffeteau accuse Godefroid d'avoir voulu «avec quelques autres envieux » a renverser la doctrine de saint Thomas », il lui reproche surtout la campagne menée contre les privilèges des réguliers (3).

Non moins significatifs que les critiques sont les adhésions des contemporains de Godefroid à ses doctrines, et les éloges qu'on lui décerna. Rappelons d'abord que Godefroid jouit d'une certaine autorité dans l'ordre des ermites de saint Augustin, bien qu'il ait combattu Gilles de Rome et Jacques de Viterbe. C'est un augustinien, Henri le Teutonique, qui fit la

(*) Publié par Denifle, Quellen zur GeUhrtengeschichU des Predigerordens. (Arch. f. Litt. u. Kirchengeschichte des Mittelalters, Bd I, SS. 226 u. folg.)

(«) Op. cit. y p. 227. Cf. QuÉTiF-EcHARD, Scriptores, etc., 1. 1.

(») Nous empruntons à Lajard (op. ciL, p. 557) la citation suivante : €( Ce Godefroy des Fontaines, sur la foy duquel Duplessis nous rapporte cette dispute, estoit ennemi juré de ces ordres, veu que mesme il s'efforça, avec quelques autres envieux, de renverser la doctrine de saint Thomas, ce qui lui succéda peu heureusement ».

« reportatio » des quodlibets; de même le manuscrit des quodlibets, conservé à la Bibliothèque de Bordeaux, appartient (c Patri Petro ... ordinis fratrum eremitarum sancti Âugustini ». Un franciscain de marque, Richard de Hiddieton, contemporain de Godefroid, écrivit des commentaires sur les quodlibets, et ces commentaires furent classiques, puisque un règlement universitaire de 1304 oblige « les librarii » à les posséder dans leur officine, et ftxe à cinq sols le taux du prêt (1). Un peu plus tard, le sorbonniste Régnier de Cologne, mort avant 1338, a écrivit une sorte de compendium de théologie, dans lequel la science sacrée se trouvait résumée en un certain nombre de propositions, l'auteur renvoyant pour les preuves de chacune aux quodlibeta de Godefroy des Fontaines (^) ». Sans compter les nombreuses références que font les auteurs du temps à telle ou telle de ses doctrines (3). M. Wittert compte aussi « parmi les plus illustres disciples de Godefroid de Fontaines, Pierre Plaoul, mort évéque de Senlis en 1415 (*) ». Hais nous n'avons pas trouvé de documents sur les liens intellectuels existant entre le Liégeois Pierre Plaoul et Godefroid de Fontaines.

Notons enfin que la postérité décerna à Godefroid le titre honorifique de ce doctor venerabilis » ou de « Reverendus doctor », que nous avons rencontré dans deux documents du XIV« siècle (S), et dont les annalistes de la Sorbonne ont laissé

(*) Chart, Univ. Paris., t. II, p. 109.

p) Férbt, op. cit., t. m, p. 257.

(^) Notons qu'il est cité dans un commentaire sur les sentences (Biblioth. mazarine, n» 732 (429), n» 6, fol. 169); dans le man. n» 732 de r Arsenal, fol. 208, V, etc.

W Op. cit., p. 134.

(B) Man. no 138 de la Bibliothèque de Merton Collège à Oxford, et man. n» 3117, fonds latin de la Bibliothèque Nationale de Paris.

(S) Voir plus haut, pp. 18-20. Cette justification n*est pas péremptoire, pas plus que le titre n*est précis.

une justification. On peut en rapprocher certaines mentions pompeuses, — trop pompeuses même, — que Ton trouve plus tard chez des historiens annalistes, et auxquelles d'ailleurs il ne faut pas attacher grande importance (^).

(*) Tels les éloges décernés par Pic de la Mirandole dans son ApolO' gia (p. 86) rappelés par d'Argentré, CoUectio judidorum, 1. 1, pp. 215 et suiv. D'Argentré lui-même appelle Godefroid : « Doctissimus hic magister » ; son œuvre : « exquisitum hoc scriptum magna eruditione refertum D (p. 214). Claude Héméré parlant de ses canonicats : « qui tituli viri quidem mérita manifestant si quidem ad eas praebendas illi soli vocarentur quos vel nobilitas familiae vel singularis eruditio commendaret » (man. de TArsenal, n» 1166, fol. 308 et 309).

TABLE DES MATltîRES

CHAPITUE PREMIER.

Pftfn.

Godefroid de Fontaines est-il belge? 3-8

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