QUATRIÈME PARTIE Les trusts et la distribution
Au point de vue de la distribution comme au point de vue de la production, on peut dire que les trusts sont nés du régime de libre concurrence. La compétition universelle était plus un moyen d'émulation qu'un mode d'organisation. Unique la phase de la révolution technique de l'industrie fut passée, l'émulation de la libre concurrence cessa d'être néces- ^ire au progrés industriel ; le besoin de l'organisation cominerciale longtemps ignoré se fit sentir; il devint bientôt •njpérieux.
La libre concurrence ne peut directement organiser l'indostrie, au sens des conditions de la distribution et du commerce. C'est en vain que l'on s'efforcerait encore de démontrer <]ue la compétition arrive à cette fin par des moyens indirects. A Tappui de cette thèse, les économistes orthodoxes invoquent l'argument de la division du travail ; elle serait la conséquence, dans le commerce comme dans l'industrie, du régime idéal delà libre concurrence: à les entendre, les fonctions se spécialiseraient grâce à elle selon les aptitudes de chacun dans l'intérêt de tous.
Les faits — et particulièrement l'histoire commerciale des cinquante dernières années — ont donné un démenti formel à <^t optimisme. La compétition s'est montrée incapable d'organiser les fonctions commerciales dont dépendent pour Tindu- &trie l'écoulement des produits aux conditions les plus économiques et la livraison des matières premières aux usines. Ce fait ne doit pas étonner : la libre concurrence ne signifie-t-elle 1^8 isolement complet des producteurs?
Les producteurs isolés peuvent organiser commercialement
l'industrie lorsque les débouchés sont restreints; dans ce cas, ils connaissent les conditions de l'offre et de la demande avec suflSsamment de précision ; ils possèdent des bases d'appréciation sûres et certaines pour la régularisation de la production, l'achat des matières premières, l'immobilisation des capitaux, la création de nouvelles entreprises et la fixation des prix de vente et d'achat.
La situation change radicalement lorsque la grande industrie se développe. La concentration de la production est subordonnée à la possession d'un marché très étendu. Tandis que le cordonnier du village travaille pour une clientèle connue et restreinte, une glacerie belge fabrique à destination du mondi entier; elle doit chercher des clients au Japon comme aus États-Unis. Les chaussures du cordonnier villageois soa assurées de la vente; l'artisan ne travaille guère que sur com. mande. Au contraire, l'écoulement des glaces est soumis à ua< incertitude constante ; la production continue de jour en joa sans appréciation exacte de la vente et des prix du lendemain Schaeffle a fort bien écrit à ce sujet que a par l'accroissemen colossal des transactions, par l'invisibilité croissante d'ura étendue de marché toujours plus grande, par l'impuissanc: des entreprises isolées à profiter des conjonctures du marché il est impossible au concurrent individuel de déplacer l'ofiTr et la demande dans le sens de l'égalité entre la production c la consommation » (^).
Dans l'économie urbaine et dans l'économie nationale, U producteur indépendant peut connaître le marché; mais dans réconomie internationale, il se sent perdu au milieu de l'immensité, de rinstabilité et la diversité d'un tel marché. Trop faible donc pour saisir toute l'étendue des compétitions, '^ producteur ignore l'offre et la demande ; s'il vend ou achète,
(*) Schaeffle, Zum Kartellwesen und zur KartellpolUik. (lEvrscBBff^ FÔR Staatswissenschaft, 1898.)
c'est parce que des renseignements particuliers — parfois aussi le cours de la bourse — l'orientent de telle manière. Cependant que valent ces renseignements, venus souvent d'intermédiaires dont c'est l'intérêt de les fausser? Le cours de la bourse n'est-il pas fréquemment vicié par des manœuvres de spéculation? Enfin, entre eux les producteurs concurrents, poussés par l'égoïsme et par des intérêts divergents, se dissimulent les uns aux autres les données qui pourraient servir à régler la production.
Il faut encore noter l'impossibilité pour les entreprises isolées d'entretenir des agents commerciaux chargés de les renseigner sur l'état véritable du marché ou d'assurer l'exportation des produits. Les frais de représentation sont généralement beaucoup trop considérables. Aussi a-t-on vu, par exemple, les charbonnages du Gard se syndiquer en 1887 pour entretenir des bureaux de vente sur divers points du littoral de la Méditerranée.
La conséquence naturelle de cet isolement des producteurs ^t la production d'articles dont le marché est souvent engorgé et la tarification à des prix disproportionnés au rapport de l'oflre et de la demande.
La spécialisation croissante de l'industrie aggrave encore cette situation, parce que les usines spécialisées ne peuvent ^mpenser d'un côté ce qui est perdu de Tautre.
En régime de libre concurrence, la compétition entre prodocteurs rivaux complique la fixation des prix. Ceux-ci ne se limitent plus même au coût de production lorsqu'un produc- ^ur cherche à ruiner son concurrent sur un marché déterminé. ^ là, des différentiations de prix — des a discriminations », comme les appellent les Américains — sans rapport aucun ^vec le prix de revient et la relation de l'offre et de la demande. C'est l'anarchie dans les conditions de vente; des ï^ctions de proche en proche ou, pour employer un terme des sciences physiques, une sorte de capillarité, étendant ces prix anormaux des marchés de 4utte aux marchés de concurrence
normale. Avant que les trusts fussent établis, pareille lutte était constante, aux États-Unis, entre les grandes entreprises rivales. Les entreprises autonomes s'étaient concentrées, comme nous Tavons vu, pour réduire leur prix de revient; la nécessité d'une production continue se fit ainsi plus impérieuse que jamais; des débouchés furent créés et conservés aux conditions les plus onéreuses. La situation fut analogue à celle que présente aujourd'hui l'exportation des nations industrielles sur les marchés neutres : on sait que sous l'influence des cartels et des primes d'exportation beaucoup de produits de rindustrie allemande sont exportés à des prix très réduits; ces prix réduits exceptionnels réagissent sur tous les concurrents des producteurs allemands sur les marchés communs; c'est le cas notamment en Belgique pour l'exportation de poutrelles et d'autres produits de la sidérurgie.
En résumé, le véritable rapport de l'offre et de la demande est généralement ignoré ; la production et les prix sont abandonnés au hasard ; une incertitude générale domine le trafic dont dépend l'industrie. Les dépressions commerciales et industrielles sont la conséquence naturelle de ce régime de libre concurrence. Des prix de vente dérisoires s'ajoutent à rutilisation incomplète et dispendieuse de l'outillage industriel ; les capitaux perdent leur rémunération, s'ils ne sont pas dissipés par les faillites fréquentes.
Le mal était tel aux États-Unis avant la création des trusts que de nombreuses entreprises ne payaient plus aucun dividende. Dans le cas déjà mentionné de V Illinois Steel Company^ le capital d'environ 94 millions de francs n'a reçu qu'un seul dividende de 1894 à 1898. Pendant les cinq années ayant précédé la fondation de leur trust, les fabriques américaines de cordages n'avaient réalisé aucun bénéfice (i). La situation
(*) Industrial Commission, vol. XIII, p. 155.
était la même dans les industries des glaces (4), du papier (9) et des ciseaux (3).
Les trusts se créant, il était logique qu'ils cherchassent à assurer une rémunération normale aux capitaux engagés dans les diverses entreprises fusionnées, de même qu'ils amélioraient les conditions de la production. C'est ainsi que nous apparaît le rôle des trusts dans la distribution.
L'organisation commerciale de l'industrie souffrait d'un triple mal : établissement désordonné des prix ; ignorance des conditions du marché; parasitisme du commerce intermédiaire.
L'association des entreprises concurrentes pouvait améliorer la connaissance de l'offre et de la demande. L'offre était connue du fait même que les producteurs se communiquaient leurs chiffres de production et la valeur de leurs stocks. Les trusts pouvaient mieux que les entreprises isolées se faire renseigner par des agents de vente sur l'état de la demande. Mais ces conditions étaient insuffisantes : il restait aux trusts à s'assurer le centrale de la vente; c'est ainsi que se développa comme un de leurs éléments essentiels, le monopole.
Le monopole des trusts n*est pas un monopole absolu. Il n'est aucun trust américain qui englobe la totalité des entreprises concurrentes; partout la concurrence d'usines dissidentes a subsisté. Cependant la part d'un trust dans le total de U vente en est souvent une très forte fraction. Elle serait de 90 •/• dans le cas de V American Sugar Refining Co et de 95 Vo ^Q maximum dans le trust du whiskey; en ce qui concerne ce dernier, la fraction de la vente aurait été en moyenne de 80 Vo <le 1888 à 1900 (4). La Standard Oil Company a produit en
(*) Industrial Commission, vol. XIII, p. 233.
C)i(tem, p. 431.
0 Idem, vol. 1, p. 1044,
(*) Idm, vol. I, pp. 17-18.
1894, 81.4 o/o du pétrole raffiné aux États-Unis et 83.7 •/» en 1898. IJ American Tin Plate Co a contrôlé au début 90 •/• de la vente; cette proportion s'est fort réduite depuis trois ans. La Pittsburg Plate Glass Co avait en 1900 une capacité de production de 125,966,000 pieds carrés en glaces; la capacité des usines concurrentes atteignait 5,900,000 pieds carrés; mais le trust n'a vendu que 13,637,146 pieds carrés, tandis que les producteurs dissidents en vendaient 8,S19,000, soit près de la moitié (^). D'après Wilgus (2), on peut estimer à 60 •/» la part du trust de Tacier dans la production totale de la fonte aux États-Unis. Ces divers trusts — les plus puissants cependant — ont donc tous de nombreux concurrents et certaines sociétés rivales disposent de capitaux considérables.
C'est donc à peine si l'on peut parler de monopole au sens absolu du mot; mieux vaut dire que les trusts disposent d'an élément de monopole.
L'élément de monopole des trusts est essentiellement de nature industrielle, c'est-à-dire qu'il est le produit spontané de révolution de l'industrie, sans intervention extérieure d'aucune sorte, telle que l'action législative. Il s'est formé grâce à la concentration préparatoire des entreprises. Pour distinguer les monopoles industriels des monopoles légaux ou naturels, nous remarquerons que le monopole légal résulte de la restriction en vertu d'une loi, ou de la suppression de la libre concurrence ; la rareté des produits de la nature caractérise les monopoles naturels.
Les monopoles industriels se développent sous l'action de la libre concurrence ou de la sélection des entreprises. Ils surgissent du désir commun des usines rivales de mettre fin à une compétition ruineuse. Dans certains cas, des entreprises très concentrées acquièrent spontanément un pouvoir voisin du monopole : le capital, la situation géographique, les
(*) IndiLStrial Commission, vol. XIII, p. 237. («) Loc. cit., pp. 35 et suiv.
moyens de transport, la réputation des produits, l'babileté des ouvriers, la spécialisation, l'organisation commerciale sont aotant d'occasions au développement spontané du monopole d'entreprises autonomes.
L'importance de l'immobilisation, des capitaux varie très considérablement de l'une à Tautre industrie. Aux États-Unis, on évalue, par exemple, à 80 millions de dollars le capital nécessaire à la fondation d'une aciérie. On conçoit que dans ces conditions la concurrence d'entreprises nouvelles est très mitigée au profit du monopole industriel des usines existantes. An contraire, l'industrie de l'alcool est sujette à une concuri^nce facile; on peut lancer une distillerie avec 5,000 à 30,000 dollars; une distillerie de premier ordre, capable de produire le dixième de la consommation des États-Unis, peut être construite avec 150,000 dollars et mise en marcbe avec un capiul roulant de 300,000 à 300,000 dollars; même une distillerie de 20,000 dollars de capital n'aurait qu'un prix de revient très peu supérieur à celui des plus grandes distilleries (^).
L'élément de monopole industriel du trust de Tacier, par
^lemple, est renforcé par ce fait qu'il a entre les mains la plus
grande partie de la production des minerais de fer ; dans ce
cas, le monopole naturel s'ajoute au monopole industriel. Un
trust de l'alcool se trouve dans des conditions toutes diffé-
>*entes : la moindre distillerie peut en tout temps acheter du
blé sensiblement au même prix que le trust le plus puissant.
D'autres fois, il faut encore tenir compte de l'influence de
nioyens de transport spéciaux; on sait que le Standard Oil
Trust possède un réseau de pipe Unes ou de canalisations pour
le transport du pétrole; en outre, il s'est arrangé de façon à
Tendre très onéreux et très difficile l'établissement éventuel
d*un réseau concurrent. La concentration industrielle, enfin,
privilégie les trusts au détriment de leurs concurrents lorsque
^^ grande production est nécessaire à la récupération, au trai-
i*) industritU Commission, vol. I, pp. S38 et ^9. T. l. — Lettres, etc.
- so —
tement et à la mise en valeur des sous-produits; c'est aussi le cas du trust du pétrole.
On ne peut se faire une idée complète du développemenl des trusts et de leur rôlQ si Ton ne considère pas trois facteurs extérieurs qui les ont fort favorisés, surtout aux États-Unis.
M. Havemeyer, le président du trust du sucre, a déclara devant VIndustrial Commission que la tarif douanier était la cause fondamentale de tous les trusts (^). Pareille opinion, émise avec l'autorité du chef d'un des principaux trusts américains, ne pouvait manquer d'attirer l'attention ; aussi est-elle devenue une citation classique de toute la littérature sur les trusts. On a voulu y voir l'expression des conséquences du protectionnisme américain sur le développement des trusts; dès lors, ceux-ci n'auraient plus été qu'autant d'organisations factices et artificielles. Cette interprétation va à rencontre du sens que M. Havemeyer lui-même a accordé à ses paroles. H s'est expliqué en disant que le tarif douanier avait attiré, par l'appât de bénéfices apparemment assurés, un grand nombre de nouvelles entreprises dans chaque branche de la grande industrie. Les conséquences ont été la surproduction, la concurrence excessive, des prix ruineux et, en dernier lieu, pour échapper à la ruine, la constitution des trusts.
Le tarif douanier n'est donc pas une cause essentielle de l'établissement des trusts ; néanmoins, c'est une opinion courante parmi les économistes orthodoxes. Le trust, nous l'avons vu, a des causes plus profondes. Le protectionnisme est si peti nécessaire au développement des trusts, qu'ils ont pu se consti tuer sous le régime de libre-échange de l'Angleterre. AiD États-Unis même, la Standard OU Co ne jouit que d'une bibh protection du pétrole raffiné. Si le protectionnisme, enfin était nécessaire, comment expliquerait-on l'existence des tnisl internationaux?
(*) Inaustrial Commission, vol. I, pp. 104-138 : « The mother of a trusts is the customs tarifflaw-n.
Il ne faut pas cependant refuser au protectionnisme toute influence sur le développement des trusts. Son influence se manifeste en renforçant le monopole industriel d'un monopole légal. Le tarif douanier protège le trust de la concurrence étrangère, dans la mesure de Tobstacle que les droits d'entrée opposent à l'importation. Ce monopole légal ne peut donc être que très restreint; il est d'autant moins conséquent, toutes proportions gardées, que la demande des produits sur le marché national est plus intense et que la hausse naturelle des prix est plus considérable.
En accordant aux trusts des tarifs de transport de faveur, les compagnies de chemin de fer américaines ont souvent assuré à leurs produits des conditions privilégiées de traflc et de vente. La compétition des entreprises dissidentes est ainsi directement restreinte, tandis que le trust fortifie sa situation de monopole. Les tarifs exceptionnels sont interdits par \'hUersUUe Commerce Act de 1886. 11 semble cependant résulter des dépositions recueillies par Vlndustrial Commission que les trusts jouissent fréquemment de tarifs de faveur; mais ils ne sont pas seuls à profiter de cette pratique illégale. Beaucoup d'entreprises indépendantes semblent aussi bien traitées que les trusts ; un concurrent du trust du pétrole a notamment été cité devant Vlndustrial Commission (^).
En général, les tarifs de faveur sont accordés aux entreprises, trusts ou non, qui fournissent un fort tonnage annuel aux compagnies de chemins de fer. Cette pratique est d'ailleurs souvent rationnelle, parce qu'elle correspond à un moindre prix de revient de l'unité de transport ou de la tonne-kilomètre. Si elle a paru injuste au législateur, c'est qu'elle fortifie ie grand producteur dans la lutte avec les moindres concurrents. En d'autres termes, les tarifs de faveur hâtent la sélection industrielle, et lorsque celle-ci a abouti, ils protègent les trusts contre la concurrence toujours renaissante.
(*) Industrial Commission, vol. I, p.
Un troisième facteur extérieur s*est souvent manifesté : c'est le brevet d'invention. VAmerican Steel and Wire Company, ou trust des fils d'acier, aujourd'hui incorporé dans VUnited States Steel Corporationj possède la totalité des brevets pour la fabrication des fils barbelés. Le monopole accordé par la loi à l'inventeur met donc le trust à l'abri de la concurrence ; mais cette protection ne dure qu'aussi longtemps que de nouveaux brevets n*ont pas été pris par des compétiteurs.
Nous voyons par ces diverses considérations qu'une gradation a lieu parmi les monopoles. La puissance des trusts est limitée par les multiples conditions de la technique, de l'origine des matières premières, des transports, de la protection douanière, des brevets d'invention. Là où, de toutes ces conditions réunies, aucun élément de monopole ne ressort, le trust ne peut être rien d'autre qu'une entreprise industrielle géante. Si, au contraire, ces conditions lui assurent un monopole, celui-ci n'atteindra jamais le monopole absolu. C'est un fait d'expérience; les exemples de trusts américains nous l'ont prouvé au début de ce chapitre.
Telle est la situation présente des trusts ; mais on peut supposer que l'évolution, en se continuant et en poursuivant la concentration qui a déjà mené à la fondation des trusts, finisse par leur créer un monopole absolu. Faut-il s'eflhiyer de cette possibilité ?
Le monopole constitue le caractère essentiel des trusts; toute leur influence y est subordonnée; le monopole absolu pourrait être gros de conséquences. Pareil monopole se réali' serait par la fusion de la totalité des entreprises capables d'alimenter un marché déterminé. Le trust jouirait du monopole absolu de ce marché. Pour aboutir à une conception de ce monopole, il faut supposer disparue toute concurrence des pays étrangers, à quelque degré que ce soit. Il est donc impos* sible sans une prohibition douanière absolue ou sans une fusion dans un trust mondial de l'unanimité des producteurs concurrents. Admettons même l'une quelconque de ces hypo-
lèses chimériques* Ne resterait-îl pas vis-à-vis du trust ce que 98 auteurs ont appelé la concurrence latente? La concurrence latente est la possibilité de la compétition, eux cas sont possibles. Des entreprises nouvelles se créent )ur vendre les mêmes produits sur le marché du trust. Dans second cas, la loi de la substitution agit; les consommateurs mplacent les produits du trust par des succédanés. Dans m et l'autre cas, le monopole cesse d'être absolu ; la concurnce réapparaît. La compétition renaîtrait d'autant plus faciment qu'il s*agirait d'une industrie de stade moins élevé ins la gradation des monopoles; plus l'acquisition du mono- >le aurait été favorisée par les conditions multiples que nous ons signalées, et plus la réaction de la concurrence latente rait ralentie.
Telles sont l'origine, la nature et la puissance de l'instruent par lequel les trusts s'approprient le contrôle de la vente. \ réalisent la mise en valeur d'un monopole préexistant, et in d'être une organisation factice, ils sont l'aboutissement ksessaire de l'évolution industrielle.
Contrôler la vente signifie pour les trusts disposer d'une t)portion suffisante des produits offerts sur le marché pour mvoir imposer un prix fixé a priori. Dans les conditions irfaites de libre concurrence, les prix s'établissent après des dilations successives lorsque le désir de vendre des uns est îvenu égal au désir d'acheter des autres. Les trusts fixent les rix d'après leur connaissance approximative des quantités ffertes et demandées. En régime de trusts comme en régime e libre concurrence, la loi de l'offre et de la demande est ODc prépondérante.
Voyons de plus près ce que nous appellerons la politique es prix pratiquée par les trusts. Une réserve préalable s'imose. Beaucoup de trusts sont encore dans une période d'orgaisation et d'essai; aussi l'inconstance leur est-elle habituelle. ^ tâtonnements sont inévitables. L'exemple du trust du
whiskey est significatif à cet égard (i). Lors de sa fondation prix furent réduits avec l'intention de forcer les concurren se joindre au trust; mais après quelques mois, les prix fu relevés et les profits devinrent considérables. De nouvi distilleries concurrentes surgirent bientôt; pour les amen composition, des prix de lutte furent de nouveau établis 1889. Deux ou trois ans se passèrent, et les prix et les pn reprirent un taux très satisfaisant. En 1892 et en 1893, nouveau revirement se manifeste sous l'influence de spéc tions; les prix et les profits redeviennent l'objet de fluctuati désordonnées.
Nous savons que les trusts succèdent à des périodes dépression; lorsqu'ils se fondent, il règne donc un taui prix dérisoires et de profits très réduits, sinon nuls. Les tr se hâtent de relever les prix. La hausse est normale, p qu'elle rend au capital un profit nécessaire; assurer ce pi d'une façon permanente, tel est le but des trusts. Lorsque trust du sucre se constitua en 1887, la crise était si intenses dix-huit raffineries sur les quarante établies aux États l avaient fait faillite; aussi, le premier acte du nouveau ti fut-il le relèvement des prix.
La période du début passée, les trusts cherchent surtou assurer la régularité des prix. 1^ trust de l'acier, depuis fondation en 1901, a maintenu à 28 dollars le prix de la tôt de rails d'acier. En régime de concurrence, ce prix subisf des fluctuations considérables; au contraire, sous le régime trust, la plus grande régularité leur est assurée. Le prix resté invariable malgré la vive prospérité de l'industrie pend l'année 1902. *
Quel est le but du trust de l'acier en modérant ou même annulant les oscillations de prix qui se produiraient pai libre compétition des vendeurs et des acheteurs? Parce moj
(*) Jenks, loc. cil,, pp 147-148.
il s'assure la régularité des débouchés. Supposons qu'en 1902, le cours des rails soit monté, comme dans des précédentes années de prospérité, à 38 et 40 dollars; le trust aurait vendu quelque temps à ce cours ; mais bientôt la demande se serait contractée; la production du trust eût donc été modérée et Toutillage eût été condamné à un chômage partiel ; les prix seraient sans doute retombés rapidement bien au-dessous du taux de 28 dollars. On voit donc que les trusts contrôlent les prix non seulement par les quantités mises en vente, mais aussi par la régularité qu'ils cherchent à maintenir dans la demande. Grâce à cette tactique, ils réduisent l'imprévu des conditions de vente et de production et ils assurent aux capitaux une rémunération suffisante et certaine.
Cette politique des prix satisfait l'intérêt général autant que l'intérêt particulier des trusts. Les producteurs qui achètent ^ux trusts des demi-produits pour en faire des articles de ^^nsommation sont assurés de prix stables; les conditions de production sont donc régularisées. Les commerçants qui tendent aux consommateurs les produits finis des trusts, n'ont plus à redouter des variations de prix qu'ils étaient souvent iiupuissants à reporter sur les prix de vente au détail. Des effets indirects sont aussi à signaler. Si le trust de l'acier, par exemple, achète des minerais supplémentaires ou de la fonte ^ des hauts fourneaux indépendants, ou bien s'il loue des Qavires pour compléter sa flotte des Grands- Lacs, tout le Dtarché sera régularisé. En dernier lieu, les consommateurs suroDt l'avantage de prix réguliers; le coût de la vie se stabilisera.
Éventuellement, les trusts réduisent la production pour assurer la constance du rapport de l'offre et de la demande ; malgré une demande moindre, un même prix peut être ainsi maintenu. Cette mesure ne peut être critiquée a priori. La réduction de la production s'impose lorsque le marché menace de s'engorger; ce n'est que prévoir le mal de la surproduction. Jamais il ne peut être utile ni rationnel de produire un article
au delà des proportions qui assurent une rémunération suffisante aux capitalistes. Il n'y a abus que lorsque les trusts poussent à la hausse excessive des prix par une réduction exagérée de la production; Toffre est alors maintenue audessous de la demande, qui serait satisfaite à des prix déjà rémunérateurs. Cette pratique oblige au chômage partiel de Foutiliage; or, on sait que l'intérêt des trusts leur impose d'utiliser les capitaux immobilisés le plus complètement possible. D'autre part, il faudrait supposer que le trust soit maître des prix au point de les hausser au delà de toute limite; mais cette hypothèse va à rencontre du fait de la concurrence active ou latente. Une réduction exagérée de la production n'est donc pas à craindre.
Il est même probable qu'en régime de libre concurrence, la diminution de la demande causerait finalement une réduction de la production plus grande que sous le règne des trusts. C'est une opinion qu'un courtier en sucre a exprimée devant Vlndusirial Commission, à propos du Sugar Trust (*); si le trust n'avait pas été fondé, la compétition entre les raffineries en eût ruiné un si grand nombre que la production serait aujourd'hui moindre que celle du trust.
Tout ce que nous venons de dire de la politique des prix peut s'appliquer directement aux autres conditions de vente fixées par les trusts. 11 nous reste à rechercher dans quelle mesure ils réussissent à les imposer à l'ensemble du marché. La prépondérance des trusts dépend de la proportion de leurs vente à la totalité des transactions. D'après H. Havemeyer, le trust du sucre produit 90 % de la production des États-Unis; cependant, il pourrait produire assez pour satisfaire à toute la consommation nationale, augmentée même d*un cinquième. Le trust du fil d'acier contrôle depuis 1890 la totalité de la production nationale du fil barbelé; il fabrique d'ailleurs
(*) Indust7'ial Commission, vol. I, pp. 18-19.
85 Vo de la production du monde entier. Par contre, la part du trust de l'acier est beaucoup moindre; son chiffre de 60 Vo a déjà été signalé au courant de cette étude.
U American Sugar Refining Co et la Standard Oil Co annoncent journellement leurs prix de vente. Les producteurs indépendants suivent les mêmes fluctuations, tout en restant d'ordinaire un peu au-dessous du taux des trusts; mais en période de forte demande, ils haussent leurs prix beaucoup plus.
En général, si un trust baisse les prix, les concurrents sont forcés de suivre. Si, au contraire, la baisse a été commencée par des usines rivales, la politique du trust dépend de leur aptitude à accroître à ses dépens leur production et leurs débouchés. Si les concurrents haussent, le trust ne sera ni obligé ni intéressé à les imiter; ils ne peuvent d'ailleurs hausser avec succès qu'au cas où le trust est incapable de satisfaire ila demande de sa clientèle. Enfin, si c'est le trust qui prend Hnitiative de la hausse, son adoption par les concurrents dépendra de l'opportunité de la hausse; mais les prix des concurrents resteront inférieurs aux prix du trust aussi longtemps que la demande du marché ne dépassera pas l'offre.
Les trusts s'étant fondés en vue d'assurer la rémunération d^ capitaux, cette préoccupation doit nécessairement prédoloiner dans la fixation des prix. Ce serait s'illusionner que d'attribuer des mobiles d'altruisme à la gestion des trusts; i's failliraient à leur première raison d'être s'ils perdaient de vue l'intérêt de leurs capitaux. Est-ce à dire que la tarification des prix soit arbitraire?
Les prix ne seraient arbitraires que s'ils étaient fixés en dehors des règles de l'offre et de la demande. 11 parait donc y svoir une contradiction entre la tarification des prix en vue du profit du capital et leur établissement conformément à l'état du marché ; mais cette contradiction n'est qu'apparente. Les trusts peuvent rémunérer leurs capitaux tout en satisfaisant au rapport de l'offre et de la demande.
La différence entre l'organisation des trusts et le r^me la libre concurrence est, au point de vue des prix, la conn sance plus exacte du véritable état du marché et le contrôle l'offre par la régularisation de la production. C'est par double moyen que les trusts peuvent se conformer à la naturelle des prix et assurer des profits constants. Le mo pôle leur confère cette puissance; mais cette même puissa ne peut-elle leur servir à accroître démesurément leurs pn au détriment des consommateurs?
La Commission industrielle des États-Unis, en résun: une partie des dépositions des représentants des trusts, s prime en ces termes : « Cest une affirmation générale que trusts obtiennent de plus forts bénéfices des économies réalii sur le prix de revient et non de la hausse des prix » (^). N trouvons confirmation de cette tendance dans un prospa financier lancé, en 1892, à l'occasion de la constitution é trust par quatre firmes anglaises de fabrication du fi coudre. « Les profits totaux, lisons-nous dans la circula seront largement accrus par les bénéfices résultant de l'ait gamation des quatre entreprises. L'intention des fondate n'est pas de vendre à des prix plus élevés que les prix diverses compagnies; mais les prix seront améliorés sur marchés sur lesquels une concurrence excessive et malss les a abaissés d'une façon injustifiable. Cependant, en outn cette réadaptation locale des prix de vente, des éconon considérables seront réalisées non seulement sur le prix revient, mais aussi sur les frais commerciaux (cost of (Us buting) [% »
Beaucoup de témoins qui ont déposé devant Vlndmtï Commissioii, tant à la charge qu'à la décharge du trust sucre, ont reconnu que s'il fixe des prix arbitraires, ce n
(*) Industrial Commission, vol. I, Review of évidence, p. 9. («) Cité par Macrosty, loc. cit., p. 166.
toutefois qu'entre des limites fort rapprochées. Le. président delà DistUling Ck>mpany of America a déclaré qu'après de longs tâtonnements son trust avait ce finalement adopté la politique de profits comparativement bas, mais assurés dans tous les cas» (4). D'après M. Havemeyer, la politique des prix du trust du sucre consisterait à réaliser au minimum une difiérence de ^l^cmt entre les prix du sucre brut et du sucre raflSné; cette différence couvrirait le coût du raffinage, les frais généraux et le profit (2).
La préoccupation du profit constant paraît donc présider à
la fixation des prix. Cependant, l'appât de bénéfices exagérés
^ souvent poussé la direction des trusts à fixer des prix
excessifs. Mais l'expérience a toujours démontré que ces abus
niinaient les trusts. Nous en avons trouvé de nombreux
exemples au cours de l'enquête de VIndustrial Commission.
^JX trust des clous doubla les prix; en six mois, de nouvelles
^briques s'étaient créées, les prix s'étaient effondrés et le trust,
^àns raison d'être désormais, s'était dissous. Le cas fut le même
Pour les trusts de l'amidon et de la paille tressée (*^). Le Distiller
^^ Cattle Feeders Trust aussi a échoué après avoir pratiqué
^es prix excessifs (^).
Le danger de prix disproportionnés à l'état du marché est donc très grave. Pendant sa déposition devant VIndustrial Ommistion, on demanda au président de V American Steel and Wire Co si le contrôle par ce trust de 88 à 90 Vo de la production du fil de fer barbelé permettait le maintien de prix plus élevés que si le contrôle n'était que de 35 à 40 ""/o. M. Gates ^uma très bien dans sa réponse l'influence des trusts : « Depuis 1890, lisons-nous, les compagnies auxquelles je me suis intéressé ont pratiquement contrôlé la fabrication totale du fil de fer barbelé aux États-Unis et 85 Vo de la fabrication
(*) Cité par Jenks, loc. cit,, pp. 147-148. ?) Industrial Commission, vol. 1, p. 108. ft idem, vol. I, Preliminary Report, p. 14. W Idem, vol. I, p. 207.
mondiale. Pendant le même temps, le prix a baissé de 80 à 60 Vo. C'est une question de bonne politique pour une entreprise qui gère sérieusement ses intérêts, de ne pas abuser {try and crowd the moumers). J'ai toujours appliqué le principe de ne pas faire de bénéfices en dehors de moyens légitimes. Bien que je ne sois pas adversaire des bénéfices aussi élevés que possible, je crois qu'il est mauvais pour une entreprise de faire tant de profits en six mois qu'elle ruinerait ses propres affaires, pour les douze ou dix-huit mois suivants (t) ».
C'est parce que la concurrence survit au règne des monopoles possédés par les trusts que la hausse abusive des prix leur est funeste. Les concurrents saisissent l'occasion des prix excessifs pour s'approprier les consommateurs mécontents de payer ces prix ; ils étendent ainsi leurs débouchés et accroissent leurs chiffres d'affaires. La puissance du trust est de ce fait doublement atteinte : la restriction des ventes relève le prix de revient; d'autre part, le monopole s'affaiblit sous l'action de la concurrence grandissante. Nous avons vu que des concurrents subsistent dans presque tous les cas; mais là-même où ils ont disparu, la concurrence latente les ressuscite. Le trust du fer-blanc avait fusionné, dès ses débuts, la totalité des entreprises rivales ; en outre de ce contrôle sur la production actuelle, il avait cherché à contrôler la construction des usines et la fourniture des aciers ; en échange de compensations, U avait interdit aux constructeurs l'établissement d'usines rivales, et aux aciéries, de leur livrer de l'acier. La concurrence latente s'est manifestée malgré ces précautions extrêmes; dès la hausse des prix, des usines rivales se fondèrent, et bien que le trust n'eût été fondé qu*en 1900, on annonçait en 1902 qu'au début de 1903 son contrôle ne dépasserait plus 50 à 60 V* ^^ '^ production.
La concurrence n'est pas toujours également eflBcace ou
(«) Industrial Commission, vol. I, pp. 1032-1033.
également prompte à agir. La compétition étrangère, notamment, est subordonnée au taux du tarif douanier. Cependant si celui-ci était brusquement supprimé, la conséquence la plus probable serait, au moins d'une façon temporaire, l'accentuation du monopole national. On verrait, en effet, disparaître les entreprises les plus faibles auxquelles la protection douanière assurait l'existence; bientôt, il ne subsisterait plus que les producteurs les plus puissants généralement englobés dans les trusts. Les rapports de VIndustrial Commission (^) nous révèlent que les raffineries indépendantes travaillent sans profit, tandis que le trust du sucre paie 13 Vo aux actions ordinaires et 7 ^o aux actions privilégiées. 11 est donc évident que le trust résisterait à la suppression du droit d'entrée, alors que ses concurrents succomberaient. La concurrence étrangère serait focilitée, il est vrai; mais dans les limites de leurs marchés naturels, les trusts fortifieraient leurs monopoles.
La concurrence intérieure dépend, comme nous Pavons vu, de la difficulté plus ou moins grande de la création d'usines concurrentes. Elle ne peut s'exercer qu'en entraînant des risques souvent fort grands pour les capitaux qui s'y confient. Les nouvelles entreprises doivent redouter qu'une crise surgisse dès la reprise de la concurrence ; les prix baissant sous rinfluence de la surproduction, tout profit cesserait bientôt. Dans tous les cas, elles doivent s'attendre, de la part des trusts, à tous les moyens extrêmes auxquels ils recourent pour défendre leurs monopoles menacés : boycottage des matières premières; réductions locales des prix; interdictions de vente aux négociants en gros et aux détaillants; relèvement des tarifs de transport.
Des abus de ce genre ont souvent été signalés, notamment pendant l'enquête de VIndustrial Commission. Les trusts y ont recours à l'égard tant des entreprises restées en dehors de la fusion que des nouveaux concurrents.
(*) Idem, p. 98.
Trois moyens principaux sont employés pour détruire un rival.
Le premier moyen consiste en le paiement de primes aux intermédiaires du commerce lorsqu'ils s'engagent à ne trafiquer que les produits du trust; parfois, c'est même l'introduction absolue de la vente de produits concurrents. La prime est payée sous le contrôle de l'administration du trust, après des délais variant de trente jours à six mois. Dans certains cas, les trusts fixent les prix de vente au détail de telle façon que la prime soit le seul profil de l'intermédiaire; celui-ci ne peut donc déroger aux prescriptions du trust. Le moyen des primes n'est cependant pas exclusif aux trusts; des entreprises indépendantes y ont eu recours sous le régime de libre concurrence, dans: des moments d'exaspération de la compétition. Des syndicats européens l'ont appliqué également; le Syndicat rhénan-westphalien des houilles en fait usage dans son organisation commerciale (i).
Les réductions locales des prix sont le seul moyen. Le trust pratique des prix dérisoires dans le rayon de vente du concurrent qu'il s'agit d'éliminer; il vend donc sans bénéfice ou même avec perte; ce moyen détruit tout profit pour l'entreprise concurrente; si celle-ci n'a pas de ressources suffisantes et si la lutte se prolonge, elle est bientôt acculée à la ruine. Comme le premier, ce second expédient a souvent été mis en pratique en dehors de toute espèce de trust ou de syndicat; les distilleries dissidentes du trust du whiskey en font un fréquent usage (^).
Le troisième moyen se base sur la réduction des prix de certains produits et la hausse d'autres dan& toute l'étendue de la vente des trusts. Les prix sont réduits pour les articles qui fournissent le profit essentiel aux entreprises concurrentes;
(*) Kontradiktorische Verhandlungen iiber deutsche Kartdle, pp. l^O et suiv.
(*) Industrial Commission, vol. I, p. 208.
celles-ci sont donc atteintes dans leurs bénéfices ; elles courent à la ruine si la lutte ne cesse par leur soumission au trust.
Sans exagérer la gravité de ces procédés, il est utile de remarquer qu'ils tendent à écarter la principale garantie contre les abus des trusts; en effet, ils réduisent l'influence salutaire, sinon nécessaire de la concurrence effective ou latente,
DiversT remèdes ont été préconisés. D'après Clark (i), les remèdes le plus en harmonie avec les tendances économiques des États-Unis seraient :
a. L'obligation de vendre à des prix partout égaux, sans distinction de marchés ;
b. Une obligation analogue à la clause de la « nation la plus fkvorisée » dans les traités de commerce. Tout client d'un trust aurait le droit d'acheter au prix minimum pratiqué en un point quelconque du marché; le trust serait donc ruiné avant le concurrent qu'il essayerait de détruire par des discriminations de prix ;
c. Interdiction du système des primes aux intermédiaires commerciaux, dans le but de boycotter des produits concur- Fents.
L'influence modératrice de la concurrence effective ou latente est donc une question d'espèces et de circonstances ; néanmoins, quelle que soit la puissance de son monopole, jamais un trust n'est invincible par la concurrence. Les trusts ne peuvent être certains de leur succès qu'en évitant tous les abus qui feraient surgir ou grandir la concurrence.
Il apparaît ainsi que les trusts ne peuvent flxer des prix différents des prix de libre concurrence dans les offres et dans les demandes que dans des limites très rapprochées; mais ils ont plus de latitude dans les profits à retirer de l'exploitation industrielle. Nous avons noté les économies réalisées par les
(*) Cf. J. B. Clark, Trusts, Political Science Quarterly, 1900, pp. 181-
trusts dans l'organisation de la production; leur action n'est pas moins considérable dans l'organisation de la vente. Bref, le prix de revient global est très réduit.
La libre concurrence tend à ne faire profiter que les consommateurs de la réduction du prix de revient; les trusts, au contraire, tendent à assurer aux capitaux une part du nouveau profit. Quant à la mesure de l'intervention des trusta en cette matière, tout dépend encore de la puissance de leur monopole et de la prudence de la gestion.
En principe, il est utile que le capital reçoive un profil élevé. C'est le meilleur, sinon le seul moyen d'accroissement des capitaux et de développement des entreprises industrielles. En même temps, la certitude d'une rémunération suffisante t^nd à restreindre le montant des capitaux .consacrés sans utilité aux spéculations et aux jeux de bourse.
L'idéal serait, en cette matière, que l'accroissement du profit fût partagé entre les capitalistes, les consommateurs et les salariés. Les règles de partage dépendent exclusivement de la force des parties en présence. Si le monopole est menacé par une concurrence facile, le trust est forcé de concéder une réduction des prix de vente aux consommateurs ; d'autre part, si les ouvriers disposent d'une organisation suflSsante pour influencer les décisions de la direction, ils obtiennent, eux aussi , leur part des bénéfices par une augmentation des salaires. Tout dépend des conditions particulières à chaque trust.
D'après Andrews (<), en 1889, le Sugar Trust a payé 10 •/• de dividende sur le capital fixé, le Cottm OU Trust, 12 V«f '^ Whiskey Trust, 12 à 13 «/., et le Standard OU Trust, 18 i 20 •/•• Ces dividendes sont très rémunérateurs, mais ils ne sont pas excessifs.
Jenks mentionne que V American Sugar Company, en douze années d'existence, a payé neuf fois 7 7o aux actions privilé-
(<) Andrews, Trusts accordingly to o/ficial investigations. (Qdartbelt Journal of Economics, janvier 1899.)
giées et 12 % aux actions ordinaires (^). Il faut ajouter que ces dividendes ont été payés à un capital surcapitalisé. M. Pitcairn a renseigné VIndustrial Commission sur les dividendes de la Pittsburg Plate Glass Company (2); il n'y a pas eu de surcapitalisation; néanmoins, depuis 1895, année de la fondation, jusqu'en 1900, le dividende annuel n'a pas dépassé la moyenne de 9 V4 Vo ; il s'est réduit à 6 % en 1900 et à 5 ""U en 1899. Les dividendes de la Standard Oil Company sont plus élevés; ils sont renseignés comme suit dans les rapports de VIndustrial Commission (3) :
Innées.
Dividendes
innées.
Dividendes.
D'après Jenks (4), le dividende de 30 Vo ^ été maintenu pendant les dernières années. Le prix de vente est cependant resté proportionné au prix du pétrole brut ; en d'autres termes, Ttccroissement du profit serait dû exclusivement à la réduc- [tion du coût du raffinage et à la diminution des frais gêné- Iniix. Le même auteur cite encore le cas du trust du fer-blanc; I id, le profit est resté sensiblement constant, mais les prix de
(«) JBSKS, loc. cit., p. 71.
(^ Industriai Commission, vol. XIII, p. 237.
p) Idem, vol. I, p. 799.
(<) Jb!IKS, loc. cit., p. 153.
T. I. — Lettres, etc.
vente se sont éievës en proportion de la hausse des matières premières et de ia main-d*oeu?re.
Il ressort de tout ce qui précède que les trusts ont une politique de profits comme ils ont une politique de prix; Tune et Tautre sont subordonnées à la même influence de la concorrence effective ou latente. Les profits peuvent s'élever sans entraîner forcément la hausse parallèle des prix : le seul détriment pour les consommateurs sera donc de ne pas participer à la réduction du prix de revient. Mais encore dans cette éventualité, les profits considérables inciteront les capitalistes à fonder des entreprises concurrentes; le monopole du trust sera affaibli et le principe essentiel de son organisation sera atteint. La question des profits à retirer de son monopole par un trust ne peut donc se résoudre qu'en une pesée complexe d'intérêt immédiat ou de rapacité d'une part, et de besoin de sécurité ou de désir de prospérité de l'entreprise d'autre part.
Les effets de la surcapitalisation se manifestent principalement dans la politique des profits. Nous avons vu que la surcapitalisation consistait en l'émission d'un capital-actions supérieur ù la valeur réelle des entreprises amalgamées dans les trusts. La nécessité de rémunérer un capital exagéré amène les directeurs à maintenir des prix trop élevés.
Dans d'autres cas, à défaut du bénéfice que le dividende leo^ assurerait, les directeurs, lorsqu'ils sont actionnaires, ^ rejettent sur la spéculation ; ils vendent et achètent les titres du trust en tirant un profit des fluctuations du cours de 1> bourse. Les directeurs cherchent à jouer à coup sûr ; aussi l^ a-t-on accusés de faire varier les prix selon que la hausse o^ la baisse favorise leurs spéculations. On a reproché au^ directeurs du Distiller' s and Caille Feeder's Trtut d'avoîf haussé le prix de vente de l'alcool dans le but de seconder de* manœuvres de bourse (^).
(*) Industrial Commission, vol. I, p. 241.
La surcapitalisation agit donc doublement sur la politique des prix ; d'une part, elle pousse les directeurs des trusts à la hausse exagérée des prix; d'autre part, elles les invite à des fluctuations de prix désordonnées, sans autre but que de causer des fluctuations parallèles des cours de la bourse. En ce dernier point surtout, la surcapitalisation va à rencontre de la stabilité poursuivie par les trusts. Leur politique des prix peut cependant être à l'abri de la surcapitalisation; c'est le cas déjà cité du trust des glaceries, oix le capitnl repr< -sente strictement la valeur réelle et actuelle des entreprises englobées; dans de telles conditions, les prix peuvent être fixés en dehors de toutes les préoccupations étrangères qui résultent du désir de la spéculation ou du besoin de rémunération d'un capital exagéré.
La politique des prix ressent aussi les eflets du protectionnisme. Nous avons vu que les tarifs douaniers renforçaient le monopole industriel des trusts en leur accordant un élément de monopole légal, lis les protègent de la concurrence internationale dans la mesure de Télévation du prix des produits étrangers par les droits d'entrée. Une autre conséquence a été ^tribuée au régime protectionniste : c'est la pratique de l'ex- |X)rtation à prix réduits. Voici, en principe, ce dont il s'agit, le trust, fort de son monopole sur le marché rationnel, y élève les prix jusqu'à la limite qu'autorisent les droits protecteurs; d'un autre côté, il s'assure des débouchés sur le Diarchë extérieur en réduisant les prix à Texportation dans ^^ mesure dans laquelle il les a augmentés sur le marché intérieur. En d'autres termes, les droits d'entrée équivaudraient à une prime d'exportation que paieraient les consom- ^teurs nationaux. L'exportation à des prix réduits a souvent été signalée aux États-Unis; on a objecté aux cartels allemands d® la pratiquer également.
Il est important de déceler la part des trusts dans les prix ^Qits d'exportation. Le raisonnement que nous venons de ^ire pour les expliquer néglige la concurrence des produc
tam ditiidffiU sur le uurdié naliooiL S «de existe, — et nous en avons £ût oonnailre Hinpottui», • msl n'ed pas capable de hausser les prix jnsqa'i la limili droits protedeors; dès lors, il ne lui est pins possibl retirer de vëritables prîmes d'expMtalion de Tapplicatioc droits d'entrée. Le STStème des prix rédoits d*expoiti panlt donc bien indépendant do £ût des tnists.
D*ailleiirs, on peot remarquer, d nne £Kon générale, qi pratique de prix différentiels résolte des conditions tedini de la grande indostrie moderne, quel qoe soit son i d^orginisation. Noos avons tu le besoin impérieux pou grandes usines de disposer, coûte que coûte, de dâMM certains; mais elles n'ont souvent d'autre mo3f«n que la ré tion des prix. Elles en font usage à Texportation plutôt qv ventes intérieures, parce que c'est sur les marcbés neutres les conditions de transport et de concurrence s'égaliseï mieux entre les diverses nations concorrentes ; c*est là qi concurrence est souvent la plus vive el que les conœsi sont nécessaires pour obtenir une part du trafic. Au sur] ce moyen, appliqué dans des limites modérées, n'a rien d' économique. Il permet de maintenir le prix de revient k taux minimum ; si l'exportation cessait, la production d nuerait, le prix de revient augmenterait et les consommât nationaux eux-mêmes seraient forcés de payer des prix élevés.
En outre de cette cause principale, diverses raisons se> daires expliquent le système des prix de faveur à l'exportai Ce sont d'abord la vente en gros et le paiement au compi Il est naturel que les constructeurs américains de macfa agricoles, par exemple, les livrent à meilleur marché Europe qu'aux États-Unis, puisqu'ils y vendent en quan beaucoup plus considérables; de même la vente au comp à l'exportation explique un moindre prix que pour la vei crédit sur le marché national.
Parfois des prix réduits sont consentis à l'exportation ( le but de s'établir sur de nouveaux marchés ou de couse
des débouchés menacés. C'est une arme dp guerre dont l'emploi est indépendant en principe du protectionnisme ou de l'existence de trusts. Sans doute, le tarif douanier et les trusts en facilitent et en multiplient les applications; mais ils n'en sont pas la cause première. Celle-ci est à rechercher dans le besoin de débouchés permanents nécessaires à l'écoulement des pro^ duits et à la pleine production des usines. Il est si vrai que le protectionnisme n'est pas un facteur essentiel des réductions de prix à l'exportation, que des prix réduits existent souvent dans les limites du marché national même. C'est le cas, dans notre pays, pour les ventes de ciment. D'autre part, sans trust ni protectionnisme appréciable, les laminoirs belges livrent les poutrelles franco bord sur navires, à Anvers, à des prix moindres qu'aux acheteurs de l'intérieur. Les prix d'exportation s^expliquent d'autres fois par la qualité inférieure des produits.
Il faut donc interpréter le grief des prix différentiels imputés aux trusts comme la systématisation d'une pratique restée irrégulière. En la systématisant, ils l'ont fait apparaître aux yeux du public, qui jusqu'alors en avait ignoré l'existence. Ils l'ont peut-être même généralisée, mais ils y ont été amenés par leurs efforts continuels pour acquérir un marché d'expor- ^lion et pour stabiliser leurs débouchés; ils ont réduit les prix d'autant plus qu'ils pouvaient, mieux que les entreprises isolées, supporter ce sacrifice nécessaire dans la concurrence Sur les marchés neutres.
Nous n'aurions qu'une idée incomplète du rôle des trusts dans la distribution et dans l'organisation commerciale si Qous n'examinions leur influence sur les conditions d'achat delà matière première, sur la réduction des frais généraux et sur la réglementation, et l'état du commerce intermédiaire.
De nombreux trusts possèdent leurs gisements de matières premières ; ils ne les ont acquis souvent que grâce à leur puissance financière. La nécessité de disposer de la matière pre- ^^re est aussi une conséquence de la concentration de la production; ce contrôle n'est d'ailleurs possible que pour les
entreprises capables d'utiliser la production entière des gisements. Plusieurs des sociétés englobées dans le trust de l'aciei devaient à leur concentration préalable de posséder déjà leun charbonnages et leurs mines ; le trust a continué sur la mém< voie; il possède la plus grande partie des fours à coke et dei mines de fer des États-Unis. Par ce moyen, il pèse sur l'établissement des prix de vente des minerais et du coke qu'il doi acheter pour compléter sa propre production; de même, i est maître du marché des frets pour le transport des minerais sur les grands lacs.
Les trusts obtiennent des prix réduits dans les achats d< matières premières. La Sugar Refining Company paie le sucn brut avec ^/^q cent de réduction à la livre. UAmerican Th Plate Company a également acheté l'acier à des prix réduits (^)
Les trusts peuvent donc, en outre de ces économies, s'assu rer la même régularité dans les conditions de production, ei tantqu'elles dépendent de l'acquisition des matières premières que dans les conditions de vente. La conséquence dernièn est d'accroître la stabilité de l'industrie. Cette influence ne 8< limite pas nécessairement au domaine immédiat du trust; le concurrents de V American Sugar Refining Co et de la Standan OU Co adoptent les prix d'achat des trusts comme ils en suiven les prix de vente.
Des producteurs de matières premières se sont plaints de h domination des trusts. Des planteurs de tabac de la Virginie et de la Caroline ont récriminé contre l'influence de VAmerican Tobacco Co et de la Continental Tobacco Co (*). Les pris d'achat du tabac ont été très réduits dans les dernières années les trusts sont accusés d'être responsables de la baisse. Ex 1900, les planteurs ont réduit leurs cultures de 30 à 40 V* voire même de SO Vo, sans pan'enir à relever les prix; à I» entendre, ils eussent reçu en 1900 des prix doubles de a qu'ils ont reçu si les trusts n'avaient pas existé.
(*) Industrial Commission, Preliminary Report, vol. I, pp. 16-17. («) Idem, vol. XIII, p. 313.
Il y a donc une limite à l'action des trusts dans la fixation des conditions d'achat. Nous pourrions répéter à ce sujet tout ce que nous avons dit en traitant des conditions de vente. Les trusts possèdent souvent un élément de monopole d'achat; mais il ne s'agit que d'un monopole très restreint. C'est aux directeurs des trusts à savoir en faire usage, de telle façon qu'ils y trouvent une économie et surtout une stabilité du prix des matières premières, sans en épuiser la production; celle-ci viendrait bientôt à cesser si , par la politique du trust, elle cessait d'être rémunératrice. Le trust pâtirait donc de son inconséquence.
La réduction des frais généraux dans l'organisation de la vente se range aussi parmi les avantages principaux des trusts. Le régime de libre concurrence fait obstacle à la répartition économique des débouchés entre les usines concurrentes, d'après leur situation géographique. Il entraîne pour chacune d'elles l'obligation d'entretenir à des conditions très onéreuses un outillage et un personnel de vente spéciaux. Dès que les trusts mettent fin à l'isolement des producteurs, des économies considérables deviennent possibles. C'est un argument qui se retrouve dans la plupart des prospectus financiers annonçant la constitution des nouveaux trusts. La circulaire de mars 1898 de la Fine Cotton Spinner's and Doubleras Associalion dit très bien : « Tandis qu'il n'est pas dans l'intention des promoteurs de créer un monopole, ils attendent des économies considérables de la centralisation du travail administratif (office-work) ainsi que de l'achat, de la vente et de l'organisation commerciale » (4).
La même tendance se manifeste d'ailleurs dans les formes primitives du trust. M. Francis Laur estime à fr. 3.30 par ^Qne l'abaissement du prix de revient de la fonte brute résultant de l'existence du Comptoir de Longwy (^).
(*) Macrosty, Trusts and the State, p. 169.
^) Cité par de Rousiers, Les syndicats industriels de producteurs en ^^o,nceetà ^étranger, p. 246. Paris, Colin, 1901.
Le président de la Commercial Traveller's Nalional League s'est plaint de ce que les trusts américains aient congédié trente-cinq mille voyageurs de commerce; en outre, vingtr cinq mille commis voyageurs auraient subi une réduction de traitement. Sur trois cent cinquante mille voyageurs existants aux États-Unis, plus des deux tiers seraient congédiés si le développement des trusts se continuait. Rien que la diminution actuelle causerait une perte de 115 millions de dollars chaque année, en salaires, frais d'hôtels et coût de transport (^). Cependant, si c'est une perte pour les voyageurs congédiés, c'est un gain d'autant au profit de l'organisation des affaires.
Dès sa fondation, V American Steel and Wire Company a congédié sans inconvénient deux cents voyageurs ou représentants; l'un des derniers trusts du whiskey en a réduit le nombre de plus de trois cents.
D'une façon générale, M. Bradley, vice-président de la Distilling Company of America, évalue à 40 millions de dollars la somme qui se perd chaque année, dans le commerce du whiskey, entre les producteurs et les consommateurs; le trust économise annuellement un million de dollars sur ce poste.
L'action des trusts ne se borne pas à la suppression des nombreux agents commerciaux, devenus inutiles. L'économie sur les frais de réclame est aussi à signaler; c'est souvent un poste considérable des frais généraux. Les trusts organisent la vente en gros, de façon à la rendre à la fois plus économique et moins indépendante. La Pittsburg Plate Glass Co a établi des dépôts de glaces dans dix-sept des principales villes de l'Union américaine; elle a consacré plus de 4 millions de dollars à cette organisation de la vente. Elle évite ainsi que les prix de vente aux détaillants ne soient haussés au détriment des consommateurs et de la régularité des débouchés, sans profit supplémentaire pour elle-même.
L'organisation commerciale la plus importante est désignée
(<) bidicstrinl Commission, vol. I, Preliminary Report, p. 25.
sous les mots de factor-system. Nous y avons déjà fait allusion en parlant des moyens de lutte des trusts contre les producteurs concurrents; mais à côté de ce but accessoire, le factor -System réalise l'uniformité et la continuité des conditions de vente; il empêche aussi la spéculation des intermédiaires au détriment des consommateurs et des producteurs. Le trust du sucre a introduit ce système à la demande même des négociants ; c'était le seul moyen de mettre fin aux ventes à perte sous l'influence de la concurrence commerciale. Rappelons que le factor-system consiste à accorder une prime aux négociants qui, pendant un délai variant de trente jours à six mois, n'auront vendu que les produits du trust, à l'exclusion de tout produit concurrent. Le trust du sucre vend le sucre raffiné aux négociants en gros ^ ^ ^1 iQ cents \2i Vivre; si les négociants revendent strictement 3Q même prix aux détaillants, ils touchent du trust, après trois mois, 18 '^1^ cents par 100 livres. Il importe de remarquer que ce système pourrait être utilisé par les grandes entreprises industrielles tout aussi biea sous l'empire de la libre concurrence que sous le régime des trusts.
U puissance financière des trusts leur permet d'acquérir de nouveaux débouchés que les producteurs isolés ne pourraient atteindre. V American Tobacco Company s'est créé un grand inarché au Japon, dans l'Inde et dans l'Extrême-Orient.
Nous mentionnerons encore à titre d'avantage secondaire la ^uction des risques de la vente. En vertu de la loi des grands nombres, les variations dans la demande des produits sur le ^'^te marché des trusts est, toutes autres choses restant égales, flioindre que sur les marchés partiels de chacune des entreprises associées; le risque de mévente est ainsi diminué. Il en ^t de même pour le risque des créances insolvables. Enfin, le Numéraire souvent payé aux sociétés pour leur incorporation ^ans le trust leur permet de rembourser leurs dettes ; elles peuvent ainsi se débarrasser des charges du capital-obligations; ^lles deviennent pi us libres dans leur gestion et elles améliorent 'eur crédit.