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CINQUIÈME PARTIE Les trusts et la main-d'œuvre

L'industrie moderne a révolutionné la situation économique de la classe ouvrière. Un mode nouveau des conditions d*emploiement se manifeste en Angleterre dès le début du XVIII* siècle, voire même, à titre exceptionnel, à la fin du XVI1« siècle, lorsque les premières manufactures s'établissent. En France, des conditions nouvelles de travail apparaissent dans les manufactures royales. Pendant les XVH' et XVIll' siècles, un assoupissement économique général retarde en Allemagne le développement «du régime moderne de la main-d'œuvre. Aux États-Unis, les débuts du mode actuel d'emploiement se confondirent avec les premières apparitions de la grande industrie, dès que furent rompus les liens de subordination économique de la colonie à la métropole. Cependant, en France et en Angleterre, le régiine du travail de la grande industrie moderne ne fut d'abord que partiellement réalisé.

Le métier de l'artisan ou le travail du compagnon au domicile du patron faisaient place au travail en fabrique. Au point de vue de l'emploiement, la réunion d'effectifs déjà considérables d'ouvriers employés dans une même manufacture, sons la direction d'un seul patron, était la différence essentielle* 11 manquait, pour réaliser le régime caractéristique da XIX<^ siècle, l'introduction de la liberté du travail. Celle^ devint générale au début du siècle; elle avait débuté dans les industries nouvelles auxquelles les corporations et la réglementation publique n'avaient pu s'appliquer. Dans d'autres cas, les anciennes réglementations, devenues caduques, avaient

peu à peu disparu. La cause la plus ordinaire fut la dislocation progressive du n^ime corporatif.

Le nouveau régime de liberté du travail se manifesta dans la grande industrie par deux caractères essentiels : désormais, les conditions d^emploiement sont établies du libre consentement des employeurs et des salariés; d'un autre côté, Femploiement collectif se substitue à Temploiement individuel.

Au point de vue du chef d'industrie, le nouveau régime a eu une triple conséquence. A mesure que la concentration industrielle se poursuit, le nombre d'ouvriers employés dans une usine devient plus considérable. L'artisan du moyen âge occupait généralement un ou deux compagnons et un aipprenti; ceux-ci, au moins au début de la période corporative, étaient considérés comme membres de la famille. Si une crise survenait, le travail de ses aides était réduit sans que le maître songeât à les congédier; ils supportaient ensemble les conséquences d'une crise toujours passagère, en attendant le retour de temps meilleurs. Nos grandes usines modernes comportent souvent des milliers d'ouvriers; ceux-ci deviennent pour l'employeur des espèces de machines humaines. Le patron loue le travail de ses ouvriers moyennant une rému- Qération appropriée; depuis longtemps ils ont cessé de participer à sa vie familiale. Patrons et ouvriers sont devenus des étrangers. Dans la fabrique d'aujourd'hui, la main-d'œuvre devient une charge pour le chef d'industrie dès que les conditions du marché cessent de satisfaire à la bonne marche de Tentreprise.

Cependant, l'employeur ne peut congédier ses ouvriers aussitôt que la vente ne permet plus de les employer avec profit. La main-d'œuvre ne s'acquiert pas du jour au lendemain; elle exige une préparation, un apprentissage plus ou moins long selon les métiers ; les ouvriers congédiés peuvent ëmigrer ou se laisser embaucher par des usines concurrentes. Bref, le chef d'industrie court le risque de ne plus retrouver la main-d'œuvre nécessaire à la reprise des affaires. Ce point

de vue a été très bien saisi par M. Jones (^) : « La difficulté, écrit l'économiste américain, de réunir les effectifs d'ouvriers experts en leur métier et de les congédier en masse est une circonstance qui conduit les employeurs à continuer la production, alors même que les conditions du marché sont défavorables ». Plutôt que de s'exposer aux difficultés d'un nouve apprentissage, le patron conserve ses ouvriers, même lorsqu'ils lui coûjlent plus qu'ils ne lui rapportent.

En outre de cette préoccupation utilitaire, le sentiment d( ses devoirs sociaux retiendra parfois l'employeur; il redouten d'abandonner au chômage et à la misère des centaines d'ouvriers et leurs familles; il cherchera plutôt à réduire leun salaires.

En dernier lieu, il faut tenir compte de la part croissant prise par les ouvriers dans le débat du salaire et des conditions du travail. Les syndicats ouvriers exercent un contrôle souvent vigilant; s'il le faut, ils font agir la menace de la grève. L'employeur n'est plus libre de réduire les salaires; c'est généralement en vain qu'il s'efforcerait de les rogner par quelque moyen détourné, sans provoquer aussitôt l'intervention du syndicat. 11 ne peut davantage congédier à sa guise une partie de son personnel; les ouvriers restés au travail pourraient exiger, sous peine de grève immédiate, la reprise de leurs camarades congédiés.

Ces conséquences de l'organisation moderne du travail sont au nombre des raisons qui ont amené les chefs d'industrie à se préserver par les trusts des oscillations du marché. De même les risques grandissants nous sont apparus comme le mobile des trusts considérés dans leurs rapports avec la production et la distribution. 11 nous reste à examiner leur rôle vis-à-vis de la main-d'œuvre et des conditions d'emploiement.

Les trusts — nous l'avons vu — tendent à régulariser la

(*) Jones, Economie Crises, pp. 42-43. New- York, Mao-Millan Company, i900, pp. 4-2-43.

production; or, la régularité dans la production entraîne, pour l'ouvrier, la régularité dé Temploiement. Les trusts le mettent donc mieux à Fabri des risques du chômage. Par ce fait même, l'organisation ouvrière devient plus stable et se consolide. Directement, par la régularité de l'emploiement, indirectement par la force du syndicat, le salarié trouve donc des avantages dans le régime des trusts. C'est l'opinion de M. Shâffer, l'un des premiers leaders ouvriers américains et président de VAmalgamated Association of Iron, Steel and Irm Workers, lorsqu'il dit que, d'une façon générale, les trusts ont eu « des résultats avantageux pour la classe ouvrière et que la plupart des ouvriers sont favorables aux grandes entreprises, aux trusts, aux combinaisons, etc. » (^).

On a objecté, à vrai dire, que le chômage décrété souvent pour une partie des usines à la création d'un trust entraînait le coDgé des ouvriers. Il faut répondre à cette objection que le trust se borne dans ce cas à hâter un dénouement fatal ; tôt ou tard, la crise eût obligé aux mêmes extrémités. Au surplus, il importe de considérer que les usines conservées en ^vité requièrent plus de main-d'œuvre, grâce à leur pleine production.

La bonne marche des affaires que les trusts tendent à assurer est favorable à la classe ouvrière; mais il faut que les ouvriers sachent en tirer parti. Mieux vaut pour les employés are salariés par des entreprises prospères que de dépendre d'employeurs qui ont peine à rémunérer les capitaux et à faire Quelque profit. Dans ce dernier cas, l'ouvrier ne peut espérer Une amélioration des conditions d'emploiement; quelle que ^it la force de son syndicat, toutes ses revendications reste- '^ni vaines. Où l'employeur trouverait-il les ressources nécessaires au paiement de salaires plus élevés? i I I^renons au contraire le cas d'une entreprise prospère. Les

^*) industrial Commission, vol. VU, p. 395.

ouvrielrs y trouvent l'occasion d'améliorer leurs conditi d'emploiement. L'intervention du syndicat, soit par des re^ dications, soit par la grève, leur fera obtenir des réformes ne peuvent concéder des entreprises ruinées par la 1 concurrence. Souvent même la seule crainte d'une inter tion de l'organisation ouvrière dont elle sortirait victori< incite l'employeur à devancer spontanément les revendicati de ses salariés. Les trusts américains présentent de nombi exemples. Peu de temps après la fondation, en juin 1890 Y American Steel and Wire Company, ce trust relève sponb ment les salaires du plus grand nombre de ses ouvriers (^ hausse totale depuis la fondation est de 40 V»- ^^ ^^OO trust du pétrole a pris l'initiative d'une augmentation salaires de 10 Vo; Taccord est d'ailleurs unanime à reconm qu'il paie d'excellents salaires.

Si les trusts ne faisaient pas participer leurs ouvriers prospérité de l'entreprise, ils seraient bientôt aux prises i les organisations ouvrières et ils subiraient la pression l'opinion publique. Les ouvriers sont ainsi assurés de tou< presque toujours une part des bénéfices supplémentaires trusts. D'après des recherches du Département fédéral travail, dans les dernières années, les trusts auraient éiev^ salaires davantage que les entreprises isolées des mé industries (2).

L'influence des trusts ne se restreint pas à l'amélioration salaires. L'organisation syndicale de l'industrie favori» débat collectif des conditions de travail ou le collective barg comme disent les Angio-Saxons. Le coUective bargam appliqué dans plusieurs trusts de la métailui^ie et d< verrerie (3).

Grâce aux trusts, les représentants des unions ouvri<

(*) Jenks, loc. cit., pp. 166-167.

(*) Indus trial Commission. Final Report, p. 625.

(») Idem, p. 625.

savent à qui s'adresser pour obtenir des réformes qui ne peuvent aboutir que par Funanimité des employeurs. Dans une industrie dispersée entre de multiples entreprises, Tamélioration des conditions d*emploiement se heurte au danger de la concurrence. Même l'employeur personnellement favorable aux réformes ne peut les ex^uter s'il est isolé; il craint, avec raison, d'augmenter momentanément son prix de revient et de ne pouvoir continuer la lutte contre ses concurrents. Les réformes ne sont possibles que par l'unanimité des employeurs. Les ouvriers ne peuvent guère espérer en s'adressant individuellement à chacun d'eux. Mais qu'un syndicat patronal, un trust surtout, se constitue, et l'organisation ouvrière pourra utilement lui faire valoir ses griefs et ses revendications. Les conditions d'emploiement pourront être améliorées grâce à raccord des chefs d'industrie ; leur organisation aura permis au syndicat ouvrier de se faire entendre; elle aura détruit l'objection de la concurrence.

11 est logique que, sous l'influence de son esprit individualiste absolu, le chef d'entreprise isolé refuse de reconnaître les syndicats ouvriers. Il n'aperçoit dans tout le débat du salaire que deux personnes : l'employeur et l'ouvrier; le patron, libre de toute organisation, n'en veut reconnaître aucune chez le salarié. L'ouvrier est ainsi privé de tout l'appui d'une intervention directe de son syndicat. La situation change aussitôt que les employeurs s'associent; quel qu'eff soit même leur désir, ils n'ont plus de bonne raison à opposer à l'intervention des syndicats ouvriers ; finalement, ils doivent céder et reconnaître aux ouvriers un droit dont ils jouissent eux-mêmes ; l'association ouvrière s'impose. Cet entraînement est si vrai, que nous ^vons entendu l'un des principaux chefs de l'industrie drapière de Yerviers s'opposer à la création de cartels par crainte de se laisser ainsi amener à devoir traiter avec les syndicats ouvriers. Nous lisons dans le rapport final de VIndustrial Commission des États-Unis 0 ) : « Les dépositions démontrent que la grande

(^) Indiutrial Commission, Final Report, p. 622.

majorité des trusts reconnaissent les syndicats ouvriers e traitent avec leurs représentants pour la fixation des salaire et des conditions de travail ». Telle est la conclusion, sur 1; matière, de la Commission industrielle. Or, il n'est pas témé raire d'affirmer que les ouvriers doivent attendre de leur orga nisation presque toute l'amélioration de leurs conditions A travail; les lois ouvrières mômes ne valent que ce que vaut 1< syndicat ouvrier qui veillera à leur application.

D'une façon générale, les trusts se caractérisent par li constance qu'ils apportent aux prix et par la régularisation d la production et de la vente. En toutes choses, leur rôl normal est de réduire les oscillations que provoque la libn concurrence. La classe ouvrière peut être la première à profite! de cette stabilité. N'est-il pas infiniment préférable pou: l'ouvrier de toucher régulièrement un bon salaire moyen qui de subir les alternatives de salaires élevés ou déprimés? Seule ment, dans le cas d'un revenu constant ou lentement progressif il lui est possible d'élever définitivement son niveau d'exis tence, d'acquérir et de satisfaire des besoins d'ordre supérieur De hauts salaires momentanés n'ont généralement d'autre résultats qu'un supplément de dépenses pour les besoins le plus grossiers de l'existence.

Cette même constance des conditions de l'industrie favoris^ la stabilité des entreprises industrielles. Elle détruit la caua principale du déplacement des capitaux de Tune à l'autn industrie et le risque de chômage de la main-d'œuvre. D'ail leurs, M. von Halle (^) constate que pendant la crise de 1891 aux États-Unis, les ouvriers employés dans des industriel soumises aux trusts ont moins souffert que dans les entre prises de libre concurrence; la différence a été particulièrement marquée entre les bassins d'anthracite et de houille bitumeuse.

(*) VON Halle, Trusts or indus trial combinations in the United States, p. 132.

Nous avons vu que les trusts agissent sur la production par un perfectionnement constant de Toutillage et des méthodes. Cette influence aboutit finalement à accroître la productivité de Touvricr et à élever la valeur de son temps de travail. II en résulte pour l'ouvrier un droit à un salaire plus élevé et à des conditions d'emploiement plus dignes. S'il sait faire valoir ce droit, il obtiendra une meilleure rémunération et de meilleures conditions de travail. Enfin, les trusts, par le perfectionnement de la vente ou de la production, peuvent obtenir de meilleurs prix ou un moindre prix de revient; ils étendent leurs débouchés et accroissent leur production ; leurs profits augmentent. Il ne tient généralement qu'aux ouvriers de profiter de celte opportunité pour participer à la prospérité de l'industrie. Cette prospérité crée une plus-value de la main-d'œuvre; souvent de plus nombreux ouvriers sont demandés pour satisfaire à Taccroissement de la production. Nous lisons à ce sujet dans un rapport de la Commission Hoselly, chargée d'une enquête industrielle aux États-Unis, l'opinion caractéristique de M. James Cox, un leader ouvrier de V Associated Iron and Steel Workers of Great Britain : « Les vastes trusts ont leurs défauts inévitables, mais mes investigations m'ont convaincu qu'à la longue l'ouvrier a moins à craindre de l'emploiement dans des entreprises concentrées que d'employeurs sans ressources, toujours âpres à réduire les salaires d'ouvriers déjà trop peu payés (*) ».

L'organisation patronale de l'industrie fait tomber l'une des objections principales à la réglementation légale du travail. Les trusts tendent à s'internationaliser; ils éliminent donc la concurrence du marché international. Or, cette concurrence bit craindre que les nouvelles lois ouvrières ne lèsent l'industrie nationale en lui imposant des conditions onéreuses dont

(*) Reports of the Moseiy Industrial Commission. Newcastle, Coope- "itive Printing Society Limited, 1903, p. 37.

T. I. — Lettres, etc. f

rindustrie étrangère n'est pas atteinte; elle perdrait ainsi force de lutter avec ses concurrents internationaux. En écarts la concurrence, les trusts annihilent ce danger de conditic artificielles inégales de la production. D'autre part, la légis tion ouvrière est d'autant plus efficace que l'industrie est pi organisée et plus concentrée. On sait les difficultés presq insurmontables de la réglementation de l'industrie à domic et du travail en chambre; ces difficultés disparaissent | l'uniformité, l'unité et la concentration de la grande industr Telles sont les conséquences immédiates de l'organisati des trusts sur les conditions d'emploiement. 11 reste à no les influences indirectes de la concentration industrielle.

Les trusts réduisent le nombre d'entreprises indépendan engagées dans la production d'un même article; ils assun l'unité de direction. Cette concentration permet la constitua d'organismes du plus vif intérêt pour la paix entre le travail le capital. En 1901, la National Civic Fédération des Ëtats-Ui a constitué, en son sein, un comité destiné à prévenir ci régler les conflits d'emploiement. Cette commission ind strielle, fondée à New-York les 16 et 17 décembre 19( réunit des représentants des employeurs de la grande industr des leaders ouvriers et des représentants du public. Parmi premiers figurent le sénateur Marcus A. Hanna et Charles- Sohwab, alors président du trust de l'acier ; au nombre c leaders ouvriers, on remarque Samuel Gompers, préside de V American Fédération of Labor, et John Mitchell, préside du syndicat fédéral des ouvriers mineurs; enfin, Clevelan Taneien président des Etats-Unis, est un des représentants < public. La puissance des divers membres de la commissio dans leurs sphères respectives, a permis de prévenir d grèves ou d'y apporter une solution rapide. Pareille organis tion, éminemment favorable au progrès des relations enl employeurs et salariés, ne pourrait se concevoir sans concentration de l'industrie; ce sont les trusts qui donne aux représentants des chefs d'industrie l'autorité nécessai à la solution des conflits.

On a souvent cru voir dans les trusts une coalition d'employeurs prête à asservir la classe ouvrière. Le fait est que certains trusts sont intervenus dans les grèves au d(^triment des salariés. On trouve dans les statuts de la Sugar Refiner's Company du 16 août 1887, que Tun des objets essentiels du trust est (§ 3), « de se protéger contre les coalitions illégales des ouvriers » (^). Cette objection aux trusts paraît mal fondée, si l'on observe que partout les coalitions de patrons, unis contre la grève ou les revendications ouvrières, ou groupés dans un iock-cut, ont précédé les cartels et les trusts. Adam Smith déjà signalait Texistence occulte des coalitions d'employeurs (^). £n Belgique, les coalitions du même genre sont antérieures Sàux premières tentatives d'organisation syndicale pour la vente des produits (3). La raison en est fort simple : la coalition ^mporaire à l'occasion d'une grève est beaucoup plus facile que l'organisation permanente d'un comptoir de vente ou d'un trust.

Il faut aussi remarquer que la coalition d'cmploiement et le

trust ont des champs d'action souvent très différents. Les

intérêts des ouvriers sont fréquemment les mêmes dans des

industries dont les produits sont complètement distincts; le

syndicat ouvrier et la coalition des employeurs peuvent donc

englober des usines pour lesquelles le trust serait absolument

impraticable. M. Grùnzel cite, pour l'Allemagne, l'association

des Metallindustrieller, fondée en 1891, à Berlin ; entre autres

engagements survenus entre les associés, il a été convenu que

^A durée journalière du travail serait relevée à dix heures

dans tous les établissements où elle avait été précédemment

W Report of Commitee of House of Représentatives for the first Session ^f the Fifteenth Congress, 4887-1888, Washington, Government Printing Office, 1888, p. 3.

P) A. Smith, Richesse des Nations, trad. Garnier, 2« édition. Paris, %sse, 1822, 1. 1, p. 134.

C) De Lsener, Les syndicats industriels en Belgique, Bruxelles, 1903, PP 155 et 190.

abaissée (^). Cependant, aucun trust ni syndicat ne pourrait utilement réunir tous les chefs d'entreprises intéressés à la fabrication d'objets en métal. Un cas plus typique encore est celui du Verband Nordbôhmischer IndusttieUen^ fondé en 1900; ses statuts prohibent, sans aucune distinction d'industrie, la réduction au-dessous de dix heures de la journée du travail effectif.

Faut-il sérieusement redouter que les trusts, grâce à leurs usines multiples réparties sur un vaste territoire, se défendent contre les grèves ou contre les revendications des ouvriers en fermant définitivement les usines en grève et en déplaçant la production? En 1899, V American SmeUing and Refining Company ferma complètement les usines atteintes par une grève de fondeurs dans le Colorado; elle en transféra la production dans d'autres usines (S). L'objection est donc fondée; mais doit-on s'en effrayer pour le progrès de la classe ouvrière?

Il apparaît dans tous les pays — et particulièrement aux États-Unis, où les trusts sont les plus développés — qu'en même temps que l'industrie étend son organisation, les ouvriers étendent la leur. De plus en plus, des fédérations unissent les syndicats ouvriers locaux et régionaux. Cette organisation nationale du travail permettra aux ouvriers de poursuivre la lutte suspendue par la migration des usines. Rien ne servira plus aux trusts, dès lors, d'essayer de se soustraire aux revendications ouvrières par le déplacement de la production.

On redoute aussi qu'en cas de grève le chômage d'une usine soit compensé par le travail supplémentaire des autres usines du trust. Mais il y aurait pour les trusts des difficultés d'exécu» tion. Comme nous l'avons vu, ils poussent la division du^ travail aussi loin que possible; ils ne pourraient donc, dans 1^ plupart des cas, transférer une commande déterminée d^

(*) Grunzel, loc. cit., p. 106.

(<) Industrial Commission, Final Report, pp. 62^33.

Tune à l'autre usine, li y a, au surplus, à considérer encore rintervention de la fédération nationale des syndicats ouvriers; dans pareils cas, elle ne manque jamais de mettre tout en œuvre pour empêcher que des usines ne viennent en aide à l'employeur auquel les ouvriers ont déclaré la grève.

Dans leur ensemble, les trusts tendent à stabiliser les conditions d'emploiement. Us favorisent le rapprochement des employeurs et des salariés ; ils ouvrent la voie à une meilleure organisation pour l'établissement des conditions de travail. S'ils ne mettent pas fin aux conflits, au moins peuvent-ils en restreindre la fréquence. Sans doute, la lutte couvre un champ plus vaste; elle s'étend avec les organisations du travail et du capital à un nombre plus grand d'entreprises et d'ouvriers. Hais la lutte est plus policée, dirons-nous; l'organisation y apparaît mieux que dans les conflits locaux et journaliers ; elle est la première condition à l'apaisement des conflits par la œnciliation et l'arbitrage; elle permet d'espérer que dans un avenir rapproché l'accord des représentants des employeurs et des employés saura prévenir les grèves. Enfin, l'organisation des trusts favorise un développement parallèle des unions ^'f ouvrières; celles-ci, comme les trusts, facilitent Tamélioralion des relations entre patrons et ouvriers; tant vaudront ces unions et tant vaudront les trusts pour les salariés.

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