CONCLUSIONS
Nous avons vu les trusts intervenir dans l'organisation ^<X)Domique en agissant simultanément sur la production, sur la distribution et sur la main-d'œuvre. L'insuffisance de la libre concurrence dans l'organisation de l'industrie et ses abus surtout ont nécessité le développement d'un organisme nouveau. Ainsi sont apparus les syndicats industriels ; le trust en ^st la forme la plus complète ; il les synthétise tous en accen- ^^ant leur rôle économique.
Dans la production, les trusts ont favorisé la concentration. (Rappelons brièvement les effets de cette concentration sur la Réduction du prix de revient, sur la propagation des inventions, sur Tapplication des meilleures méthodes industrielles et 8ur la spécialisation de la production. Les trusts donnent \a régularité, grâce à laquelle les risques de chômage du capital diminuent. Ils assurent l'afflux certain et régulier des ïnaiières premières.
Même concentration dans l'organisation commerciale de l'industrie. Les frais commerciaux de Tinduslrie sont réduits; ^^ marché est étendu; les risques de mévente sont restreints;
l'incertitude des débouchés est amoindrie; les pris adaptés à la demande et au coût de production ; les oscill des prix de vente sont amorties ; un profit constant est aux capitaux industriels. Le contrôle commercial des s'étend de la vente à l'achat et aux transports. Dans ces champs d'activité, la préoccupation principale reste ideni assurer la constance des conditions commerciales; détri risque; rompre l'incertitude.
La régularité apparaît aussi dans la question de l'em ment de la main-d'œuvre. Le trust unifie les conc d'em ploiement ; il organise à ce point de vue comm points de vue de la technique et de la distribution. La liation et l'arbitrage deviennent plus aisés; une organi permanente peut se constituer pour prévenir les conf pour les régler à l'amiable. En restreignant le chômage triel, les trusts diminuent les risques de chômage des ou^ Temploiement devient plus régulier ei, partant, moim aux fluctuations des salaires, aux modifications des conc de travail et aux conflits entre employeurs et salariés.
Concentration industrielle et commerciale ne signil nécessairement concentration capitaliste. 11 importe, au de vue du rôle économique des trusts, de distinguer lei ordres de phénomènes. M. Havemeyer a déclaré au co sa déposition vis-à-vis de Vlndtistrial Commission (^), < trust du sucre comptait environ onze millions d'actioni Au contraire, la compagnie Carnegie, type de l'enti privée isolée, présentait une extrême concentration capit l'intégralité du capital était possédée par Carnegie, Schwab et quelques autres gros actionnaires.
En résumé, sans concentration capitaliste, par la seul centration de direction, les trusts assurent à Tindusti régime de stabilité inconnu sous l'empire de la libre ce
(M Industrial Commission, vol. I, p. 109.
rence. Ils couronnent les efforts de toute révolution des syndicats industriels; depuis Tentente incertaine et fugace jusqu'au trust puissant et durable, la stabilité apparaît de mieux en mieux garantie. La régularité se manifeste primitivement dans le prix de revient, dans la rémunération du capital, dans les conditions d'em ploiement, dans le profit des intermédiaires et surtout dansf le prix de vente. Grâce à la constance des prix, la mobilisation des capitaux et de la main-d'œuvre est évitée, le risque industriel est restreint et les crises enfin sont atténuées.
Les trusts, comme toute leur évolution en témoigne, sont résultés de la contradiction croissante entre la puissance des entreprises industrielles et Tincertitude des conditions comiQerciales. Cette incertitude est une conséquence de l'extension du marché au cours du XIX* siècle et de l'exaspération de la concurrence, sous la pression de l'impérieuse nécessité de débouchés pour la grande industrie. L'origine de la fondation du trust de l'acier a été l'imminence de la lutte entre la Société ^irnegie et ses concurrents. Le groupe des aciéries, connu ^us le nom de groupe Morgan, redoutait que Carnegie lui fît la concurrence dans ses spécialités; le richissisme industriel ^vait annoncé la construction prochaine, à Conneaut Harlor, delà plus grande usine du monde pour la fabrication des tuyaux; de plus, il avait déclaré que désormais il chercherait 1^ profit dans la fabrication complète, depuis le minerai de fer jusqu'aux produits finis; c'était l'annonce de la lutte. Les <H)ncurrents de Carnegie cherchèrent à se protéger et le meilleur moyen fut d'englober sa société dans un vaste trust de J'^ier.
Ce qui précède suflSrait déjà à avertir du caractère restreint des trusts. Leur champ d'action se borne à la grande industrie, ils perdent toute raison d'être lorsqu'il s'agit d'industries sans ^ues considérables de chômage du capital et de la maind'œuvre. Les trusts sont non seulement inutiles pour les mul-
tiples métiers de la petite industrie révélés par les recense ments industriels, mais ils y sont impossibles.
La création de trusts exige une concentration industrielli préalable que la grande industrie seule est en état de lui offrir La fusion d'entreprises concurrentes en une société par action unique n'est réalisable que si leur nombre est restreint et s toutes sont organisées en sociétés anonymes. Rappelon encore le cas des glaceries belges» l'industrie la plus concentré du pays, dans laquelle, par deux fois, des tentatives sérieuse de trusts viennent d'être essayées.
Pour assurer cette régularité, qui paraît être leur obje essentiel, les trusts recourent au monopole. Celui-ci leur con fère une puissance d'action que nul autre moyen ne pourrai leur garantir. Où trouver la capacité de régler les prix et h production, de contrôler le marché, de dominer l'industrie ei un mot, sinon dans le monopole? Or, les prix étant fixés, l marché, les débouchés, les conditions de production, le conditions d'emploiement, le prix d'achat de la matière pre mière, tout est désormais subordonné à la puissance des truste
La spéculation commerciale même semble se restreindr sous l'influence des trusts. En Allemagne, la spéculation pe les marchés à terme sur le pétrole a cessé à la suite du contn^l du marché par la Standard OU Company. De même, le carte allemand des alcools a fait cesser la spéculation.
Comparons, d'un autre côté, le marché à terme sur warrani pour les fontes à Glascow sous l'empire de la libre concurrence au régime du cartel des fontes en Allemagne; ici, le syndicat fixe les prix sans aléa de nature à permettre de spéculer; en Ecosse, au contraire, l'inconnu et le hasard delà libre concurrence favorisent le jeu, la spéculation et, consécutivement, les fluctuations désordonnées des prix.
Quelque restreint qu'il soit, le monopole peut donner liett^ des abus les plus préjudiciables à la paix économique. CertaiD^ trusts s'illusionnent parfois sur la puissance de leur monopol^î
d'autres saisissent mieux la juste mesure de leurs privilèges; mais cependant, dans l'un et l'autre cas, que l'arbitraire des prix excite l'appât du gain ! Aux capitalistes avides de dividendes toujours croissants, aux administrateurs âpres à de nouveaux gains, aux spéculateurs et aux financiers à l'affût de quelque nouvelle spéculation, que le monopole des trusts parait prompt à servir la cupidité! De là, ces abus dans la surcapitalisation, dans la hausse exagérée des prix ensuite et dans les spéculations sur les fluctuations des prix, enfin !
Cependant ces abus ruinent le principe même qui se dégage de toute l'évolution syndicale et de toute la systématisation des ^l'usts : la régularité. La surcapitalisation, les prix excessifs, 'curs fluctuations désordonnées sont autant de causes de <^rises. Ainsi, par l'abus de la puissance, les trusts sont ame- ^éî à la faillite et à la banqueroute, quoique en ayant pour but essentiel d*assurer la stabilité et la sécurité aux entreprises industrielles.
Une analogie apparaît entre le but du trust et le but du 'ïîarché à terme, autant qu'entre leurs abus. En théorie, l'un ^^ l'autre tendent à régulariser les prix et à amortir les crises, théoriquement, si seuls les intéressés ou les initiés se livraient ^u marché à terme, il ne pourrait en découler d'autre conséquence que de moindres oscillations de prix. Il en est de ^êrae pour les trusts : nous croyons avoir montré leur tendance à régulariser les conditions industrielles. Le moyen du ^l'ust paraît ainsi succéder au stratagème du marché à terme; ^Q effet, celui-ci, en même temps d'ailleurs que la spéculation, disparaît partout où le trust impose son contrôle. Mais dans 'Un et dans l'autre de ces moyens, les abus suivent l'usage uormal de l'outil économique. Comme la spéculation par les profanes s'est manifestée dans le marché à terme au point d'en ^cher le rôle véritable, les abus financiers se sont développés ^ï'abrides trusts. L'abus finit ainsi par laisser dans l'ombre •* but et la raison d'être essentiels d'une institution économique.
T.l. — Lbttrbs, etc. g
Puissions-nous, dans le présent mémoire, avoir dégagé ce but et cette raison d*étre essentiels des trusts ; on y trouvera l'explication du développement d'une nouvelle organisation industrielle. « ^expérience, dit le rapport final de la Commission industrielle des États-Unis (4), démontre que les trusts sont devenus des organes permanents dans le monde industriel. » Trop souvent les excès ont caché l'origine, l'explication, l'utilité et la nécessité des trusts. Que ces abus disparaissent sous l'action de lois de contrôle, et les trusts apparaîtront sous leur jour véritable; chacun pourra reconnaître leur nécessité pour le développement économique et pour le progrès de la société humaine. Leur but essentiel répond à un besoin grandissant des hommes : la sécurité. C'est en accroissant la sécurité dans l'organisation économique actuelle, par la réduction des risques de toutes sortes accumulés par la libre compétition que les trusts se sont développés pour jouer leur rôle fondamental de régulateurs des conditions de l'industrie.
(*) Iniiistrùil Commission, vol. I, p. 6.