‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 42 sur 95 · Tome I. — Lettres, etc · texte numérisé non relu

Tome I. — Lettres, etc

variété de tons du feuillage, la masse imposante du rocher, les casi-ateiles du ruisseau... et la majestueuse harmonie qui unit entre eux ces motifs si divers.

 l'occasion, on pourra donner lecture sur place d'une description, par un auteur de talent, soit du paysage que ron a sous les yeux, soit d'un endroit analogue ; mais cette description doit être, par sa simplicité, à la portée de tous les auditeurs.

Il est encore un point sur lequel il est bon d'attirer rattention des enfants : Tharmonie des proportions ; élégance d'un cheval aux membres déliés, lourdeur d'un porc aux pattes trapues, etc. La nature abonde en sujets de leçons familières, parmi lesquels nous rangeons, cela va de soi, les remarques relatives aux proportions du corps humain.

Après une certaine période d'initiation aux qualités du Beau, on pourra faire ressortir, par des comparaisons, les défauts de [>eintures de mauvais goût, de dessins incorrects, de figures ou d'objets mal proportionnés.

Une fois le sentiment artistique ainsi éveillé, guidé et progressivement raisonné, son développement sera chose aisée el suivra tout naturellement la progression des études.

11 serait, hélas! chimérique d'espérer qu'un jour la production du Laid disparaîtra du monde, faute d*hommes capables dinventer des laideurs; mais on peut avoir la pleine confiance que cette production se restreindra progressivement au fur et â mesure que l'homme, sagement dirigé dès la prime jeunesse, sentira partout la réelle Beauté.

Et l'on peut aussi souhaiter et espérer fermement qu'un jour enfin le peuple entier comprendra que les artistes ne sont pas d'inutiles fantaisistes créés pour l'amusement des riches, mais d'admirables éducateurs dont il suffit de vouloir comprendre les leçons pour acquérir, avec l'instruction, une mentalité plus vaste et plus noble, pour voir s'ouvrir de plus en plus larges devant soi les portes du trésor inépuisable des saines, jonls* sances de l'esprit.

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Un court examen de conscience nous montrera ici nos fautes et notre ëgolsme : nous retirons aux petits les cymbales, les tambours et les trompettes, non point parce que les sons discordants qu'ils tirent de ces instruments sont de nature à fausser leur oreille, mais parce que leur tapage nous dérange et nous assourdit. Par contre, pour calmer leur turbulence et obtenir qu'ils « nous laissent tranquilles », nous leur donnons sans remords d'abominables enluminures, véritables cacophonies de tons qui étourdissent Tœil, l'habituent aux hurlements des couleurs discordantes, juxtaposées exprès pour attirer la vue par leur éclat tapageur; peu à peu l'enfant s'y habitue; il perd — ou n'acquiert pas — la notion de l'harmonie réelle, qui lui paraît terne et sans attrait; son œil est comparable à un estomac habitué au poivre de Cayenne. Supprimons-lui ces excitants malsains.

Ce que j'ai dit des livres d'école suftît à montrer l'action

qu'ils peuvent avoir sur le développement du sentiment de

l'art. Hors de l'école, l'enfant trouvera dans une collection de

'ivres judicieusement choisis non pas des œuvres d'art aux

sens propre du mot, mais au moins des gravures correctes de

«^Jessin et harmonieuses de couleur. Le texte sera amusant,

nioral ou instructif sans pédanterie : il s'agit ici de distraire

''enfant, et l'on se gardera bien des produits de certaines

fe briques d'enluminures dont l'infâme polychromie est agré-

'tentée — aggravée plutôt — de commentaires stupides, quand

*'s ne sont pas nettement dangereux.

Au-dessus des plus admirables chefs-d'œuvre humains Planent les beautés de la nature, intarissables sources de jouissances, généreusement prodiguées à tous, et à côté ^^-squelles tant de'milliers d'hommes passent indifférents! Il 'ïM porte de les faire sentir à Tenfanl.

Les promenades, hygiéniques pour le corps, le seront aussi Pour l'esprit, et le sentiment du Beau se développera en même ^^nips que la force des muscles.

Tout, ici, peut servir de thème à un instituteur intelligent : ^^s bois, les champs, le ciel, les prés émaillés de fleurs, l'infinie

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