‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 44 sur 95 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

La mise en scène dans le drame liturgique.

INTRODUCTION

^e drame liturgique se développa au moyen âge dans toutes églises de TOccident. Sa présence nous est attestée du Mont nt-Michel en France à Bari en Italie, de Silos en Espagne ienne en Autriche, mais il ne s*attache pas à Tétude de ces -iens drames et de leur mise en scène, un simple intérêt respectif; nous ne réunissons pas ici ces documents comme ntiquaire rassemble dans son musée les vieilles poteries et • vieilles armures pour réjouir, par Faspect de choses pous-

siéreuses et anciennes, son cœur et son esprit, amoureux du disparu.

Nous pensons que ces données expliqueront bien des coutumes et éclaireront des phénomènes actuels. Pourquoi, au coup de minuit, à la messe de Noël, dans l'abbaye de Maredsous, toutes les lumières, tous les cierges sont-ils allumés subitement par l'effet d'une étoupe enflammée; pourquoi à ce même moment, pendant que le petit orgue souligne de sa voix grêle le mâle et joyeux chant des moinc3, pourquoi une éloile flamboyante de lumière descend-elle lentement jusqu'à l'autel? C'est parce qu'il y a bientôt huit siècles, une étoile flamboyante aussi, mais d'une flamme plus modeste guidait vers l'autel les trois clercs costumés en rois.

S'il avait été mieux pénétré de cette vérité que le théâtre est sorti des oflSces, le cardinal-archevêque de Paris aurait été moins dur peut-être pour l'abbé Jouin, curé de Saint-Augustin, qui faisait jouer dans une pensée très pieuse la « Passion du Christ » au Nouveau-Théâtre^.

Si M. le Préfet de police de Berlin et le tribunal supérieur d'administration qui confirma la sentence, avaient su que Marie-Madeleine, en costume de courtisane, avait figuré dans un drame liturgique exécuté dans l'église, peut-être se fussentils dispensés d'interdire au théâtre Lessing la Marie de Magdala de Heyse^^.

Comment comprendre, si l'on ignore !'« OflBce des pasteurs », si populaire au moyen âge, la singulière messe de Noël que Loti nous décrit dans « Figures et choses qui passent » 3 et où une poupée qui représente Jésus est oflerte dans ses maillots d'enfant, aux baisers des fidèles, tandis que la musique joyeuse

* Dans une lettre à la Setnaine religieuse. La première représentation de ce mystère eut lieu à Paris, le 14 mars 1902.

« A Berlin, le 22 janvier 1903.

» Calraann-Levy, pp. 112-113. La scène se passe au couvent des Capucins, sur la Bidassoa.

des castagnettes et des tambourins éclate en sons stridents? Mais ce sont les coutumes populaires de la Flandre et de la Wallonie 4 qui demeurent encore plus insaisissables pour celui qui connaît mal ces origines dramatiques. Pourquoi, au jour des Rois, ce pauvre garçon, le visage noirci, une lance à la main et une chaîne autour du corps, est-il maintenu par deux de ses camarades? Il souffle, il grossit, il hurle. Est-il fou? Non pas! A plusieurs siècles de distance, il joue à son tour le rôle d'Hérode et sa colère est celle qui agile ce barbare et craintif souverain à l'arrivée des adorateurs du Roi des rois.

Ailleurs, rappelant les mêmes cérémonies de jadis, mais ignorant qu'ils portent sur leurs épaules un si formidable passé, de petits paysans s'affublent de couleurs voyantes et de fragiles couronnes : Tun d'eux porte un bâton surmonté d'une étoile qu'il fait sans cesse tourner au moyen d'une corde enroulée à une petite poulie. Reconnaissez-vous la « charmante étoile » des vieux Noêls? 2

De la même façon nous pourrons nous rendre compte des crèches qui ornent à Noël l'autel de nos églises; nous nous expliquerons comment en plein X1X« siècle à Jauer, en Silésie, on faisait descendre du plafond de l'église, un pigeon 3, usage général à la Pentecôte jusqu'au XVI* siècle. Heureux quand ce ii*étaient pas des étoupes allumées 4 ou des diables enflammés

* Nous empruntons ces détails au curieux article de M. Dewert, Revue ^folklore de Belgique, 15 novembre 4902, mais notre enquête personnelle nous a fait trouver partout les mêmes coutumes, surtout en f^andre.

* « Ma charmante étoile, peuples venez tous ». Ainsi commence un des plus jolis Noôls harmonisés par M. Gevaert.

* Au témoignage de Tabbé Renier, cité par Du Méril, Origines latines ^ théâtre moderne, Paris, 4889. in-8o.

* Cf. Gasté, Les drames liturgiques de la cathédrale de Rouen, Caen, ^^, in.8«, p. 75.

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