‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 57 sur 95 · CHAPITRE IV Les spectateurs · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Les spectateurs

Mais l'auteur parvint en tous cas à amuser les spectateurs. II n'était pas de ces hommes hautains qui travaillent seulement pour l'art et pour l'idéal, il travaillait aussi pour le public, il avait en quelque sorte l'instinct des planches. Il savait plaire aux puissants et aux lettrés qui l'écoutaient, lecteurs assidus des romans d'aventures, en même temps qu'au vulgaire, dont il ne dédaignait pas les rires et la joie. Pour ceux-ci il avait

déjà inventé ce que nous croyons avoir inauguré au XIX* siècle dans nos revues de fin d'année, c'est-à-dire la scène dans la salle; et c'était grande liesseï pour les spectateurs de voir les diables s'ébattre parmi eux en lançant à chacun des quolibets, ou des satires toutes personnelles et faisant à tout coup de folles gambades t.

Hais la foule aime le bruit; aussi quelle jubilation lorsque les diables hurlaient en enfer en s'ébaudissant et a qu'ils entrechoquaient leurs chaudrons et leurs marmites de telle sorte qu'on les entendît au dehors »! C'étaient d'ailleurs les seules jouissances à la portée du populaire, l'esprit qu'on déployait dans les tirades n'était qu'un son pour ces frustes oreilles. Ces drolatiques incidents le distrayaient même un peu trop, et il y oubliait le grave but de la représentation qui était de démontrer la naissance du vrai Messie; au surplus, il y croyait fermement et n'était pas f&ché de prendre sa part des joies de ce monde, en chantant la Nativité.

* Discursum faciet per plateam... Jm d^Adam^ p. 15.

Page 1