‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 62 sur 95 · Tome I. — Lettres. f · texte numérisé non relu

Tome I. — Lettres. f

Michel ^ est situé sous le paradis ^, ainsi que la maison du Cénacle, réservée à la Vierge et aux apôtres 3. Le paradis est donc un véritable étage surplombant une partie de la scène et non un simple échafaudage en gradins, confine le pense P. Paris; il faut d'ailleurs qu'il en soit ainsi pour qu'un treuil puisse y soulever miraculeusement Jésus et les trois anges Gabriel, Raphaël et Uriel, tandis que <f les deux filz Syméon ressuscites et les quarante-neuf qu'il mènera monteront secrùtemenl en paradis par voyc sans qu'on les voye mais leurs statures de papier ou de parchemin bien contrefTaictes jusquci au dit nombre cinquante et un personnages seront atachez à la robe de Jésus et tirez amont... »

Les gradins dont parle M. Paris existent aussi, mais à l'étage supérieur que constituait le paradis, afin de supporter les groupements des divers ordres des Séraphins, des Chérubins, c( des trosnes, des dominacions, des vertus, des puissances, des principautés, des archanges et des anges ». Six anges représentent leur ordre sur chacun des neuf gradins qui s'élèvent vers Dieu. L'ascension de Jésus est assez longue et la hauteur assez grande, car en regardant Jésus monter les anges récitent une foule de vers, « par forme de question et d*admiration ^m. Ces couplets finis, Jésus arrive, se fait ouvrir la porte du paradis, ce qui implique. bien un étage supérieur et non pas seulement des gradins, et suivi des anges qui derrière lui se forment en procession, vient s'agenouiller devant la Majesté divine. S'il faut d'autres preuves de ce que le « hault Paradis » ^ est bien un étage, regardez Saul à cheval passant avec ses oom-

A Par réditeur Antoine Vérard, comme l'a démontré M. MÂCON dans sa Note sur le Mystère de la Résurrection, attribué à Jean Michel. Paris, Techener, 1898. Extrait du Bulletin du BibliophiU. Sa thèse est admise p<ar Gaston Paris dans Romania, t. XXVII, p. 623.

« Résurrei^tion, attribuée à Jean Michel, f'> 116 v«,

» Ibid., f° 121 vo.

* Ibid., fo 125 vo.

5 /^/rf.,> 35 ro.

pagnons par « dessoulz Paradis » et se laissant choir à terre sous le brandon de feu que Jésus jette sur lui ^.

M. Coyecque, naguère archiviste du département de la Seine, a bien voulu nous signaler un contrat passé devant le notaire Fardeau, en 1543, entre un maçon entrepreneur et des organisateurs de mystères résidant à Saint-Marcel; ce document nous donne quelques renseignements sur la dimension du paradis et son élévation au-dessus du niveau de la scène ^. Pour un échafaud long d'environ 19"80 sur 4«»90 de large, élevé dans a le logis appelé Hôtel d'Orléans », pour servir au « mystère de Saint-Christofle », on prévoit a un paradis de douze pieds (S'^SQ) de hault au dessus du dict eschafauld (c'est-à-dire la scène], ayant une toise (l'^OS) de dedans œuvre et cloz d'aiz et fera l'entour, fors le dedans, et couvert d'aiz; et fera le dict Corivault (entrepreneur) ungne petite saillie pour mectre deux anges aux deux coings du dict paradis, regardant sur Teschafault et ung huys (porte) souz le paradis... » C'est une construction analogue qu'implique la miniature de Fouquetdont nous reparlerons bientôt.

Au III* livre des ce Actes des Apôtres » nous trouvons cette note : « H. (Pierre) doit aller près d'ung pillier de paradis et se attacher pour monter comme une ascension quand temps sera » 3. On voit par ces citations déjà trop nombreuses combien était insuffisante l'hypothèse de P. Paris qui conçoit le paradis comme un grand berceau construit solidement, dont les parois concentriques formaient une double ou triple rangée de gradins en retrait 4. Sans doute, ces gradins existaient et

* Jubinal, 1. 1, p. 27.

* Recueil d* actes notariés relatifs à V histoire de Paris et de ses environs <iu XVI* siècle, publié par M. Coyecque, 1. 1. Collection de V histoire générale de Paris, nouvelle série, gr. in-S» Jésus.

* Paris, Les Angeliers, 1544, p. 464 r®. Nous avons consulté Texem- Plaire de M™« de Pompadour, conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles.

* Paris, op. cit.y p. 6.

même plus nombreux, comme nous l'avons vu, mais constituant un véritable étage en retrait sans aucun doute, afin de permettre d*une part aux spectateurs de toutes les places de le contempler, d'autre part, pour permettre aux habitants des célestes demeures de veiller sans cesse sur la marche du mystère; tels aussi sur une scène supérieure apparaissent les dieux dans les tragédies grecques ^.

Il n'est pas plus exact daffirmer, comme le fait H. Paris suivi par M. Bapst, que Fenfcr est souvent en dessous de la scène ^. Nous savons parfaitement que l'on a fait à Romans 3 des fouilles sous la scène pour l'emplacement de l'enfer, mais c'est pour que lesdiables pussent yfaire grande noise, ce souterrain n'est pas vu du public et ne peut pas plus être considéré comme une scène inférieure que les couloirs ménagés sous la plate-forme et où Jésus disparaît dans l'intervalle de ses apparitions.

Au contraire, le manuscrit de la Résurrection nous apprend que tous les diables a demourront devant enfer puis Cerberus les appellera et monteront en enfer » ^. Ailleurs on précise plus encore. « Le puis d'enfer doit être édifié jouxte le pallour (parloir) de dessus iceluy portai et la tour du limbe par devers le champ du jeu pour estre myeulx veu ».

Quant au purgatoire ou aux limbes, ils ne sont pas non plus ce que prétend Jubmal, un étage intermédiaire entre le ciel et

^ C'est ce qu*on appelait d*un nom significatif a théologeion ». Cf. 0. Navarre. Ùyonisos, Paris, Klincksieck, 1895, 8<> pi. « Bapst, p. 28, et Paris, p 6.

* Trois Doitis, p. l, note 4.

* Manuscrit français 972. Le manuscrit de la Résurrection attribué à JEA.N Michel, qui à première vue parait identique à VIncunabk révèle, à un examen plus approfondi, des scènes et des rubriques p développées, et nous fait voir en lui un vrai livre de scène ayant appartenu à quelque confrérie. Il est à ces points de vue beaucoap p^^ curieux que le manuscrit de Chantilly, renfermant le même my stère id^ sans ces précieuses additions.

infer, hypothèse toute gratuite acceptée par M. Bapst. Nous vous, au contraire, que dans la Résurrection, par exemple» le limbe doit estre au costé du parloer qui est sur le portai enfer » *.

La concession que H. Bapst, moins radical que M.Paris, fait l'hypothèse des étages n'est pas suffisante non plus. M. Bapst Imet « dans quelques cas certains décors comportant des bafauds à deux étages; le paradis, les places des prophètes, ir exemple, furent quelquefois installés au second étage... » ms la forme cette affirmation, exacte en ce qui concerne le iradis, est fausse en ce qui touche les prophètes et les figunts : les premiers, nous le savons, avaient parfois des échauds dispersés hors de la ligne régulière des mansions, mais n'y avait aucune raison de les mettre au second étage. Il faut cependant admettre l'existence de ce second étage ms les salles trop étroites pour permettre dans toute leur rgeur l'alignement énorme des mansions, comme c'était le cas l'Hôpital de la Trinité, et il n'est pas possible d'expliquer trement les rubriques suivantes ^ :

« Il fault que icy soit Joseph descendu et assis en chaire, non \ au parc du roy mais ailleurs 3 », on le voit plus loin mrner a en hault » (V. 18770). Le Pharaon est aussi a en

It », et on pense bien qu*ii ne s'agit pas d'un paradis,

que c'est là que sont aussi les médecins ^.

ur nous résumer, la scène se pliait aux exigences du

u. Disposait-on d'une large place, comme c'était le cas la

rt du temps, on alignait les décors les uns à côté des

, dussent-ils atteindre un développement de iOO mètres.

idins du paradis occupaient un second étage, en retrait.

rrection attribuée à Jean Michel, f» 22.

é par Rothschild et M. Picot dans la Société des Anciens textes

6 vol. in 8».

-e du Vieux Testament, t. IH, p. 166.

;7 et 19353.

monté sur piliers assez hauts au-dessus de certaines mansioDs, telles celles du Cénacle et du mont des Olivets. Des escaliers ou des praticables, cachés ou à découvert, y conduisaient. 11 en est ainsi également dans le théâtre flamand ^

Lorsque l'étendue du décor devait être restreinte par le peu de largeur d'une salle fermée, on coupait pour ainsi dire en deux la ligne des mansions et on en transportait la moitié au-dessus de lautre, en formant ainsi un second étage également en retrait.

Mais jamais on n'éleva des scènes à cinq ou six étages, comparables à une maison dont on aurait enlevé la fiiçade.

Les décors ne s'alignaient pas nécessairement suifant une ligne régulière, comme le représente la miniature du manuscrit français 12536 ^ (pi. i); les échafauds pouvaient se placer en demi-cercle ou en cercle comme cela se voit dans la earîeuse miniature du martyre de sainte Apolline de Jean Fouquet signalée par M. Bapst «^ et dont nous donnons ici ude reproduction d'après l'original qui se trouve à Chantilly (p|. lilj; le second étage peut être réservé en partie au paradis et à l'empereur, en partie aux spectateurs privilégiés et enfin à certains diables.

Au-dessous de l'étage circulaire ou semi-circulaire $6t massé le gros du public ^ qui entoure très souvent la soèue de toutes parts ainsi que dans un cirque.

^ Cf. ËNOBPOLS, op, cit., pp. 41 à 44. Lq théâtre shakespearien présentait aussi une partie surélevée, qui est peut-être une surrfvtnce de Tancienne mise en scène. (Voyez les plans dans BROOMBua, IKe Shakapeare Buhne. Weimar, Buchmann, 1904.) ■

« Pages 30 et 31.

' Reproduite par Petit de Julleville, Histoire de la UUéraiun fn^çaise, 1. 11, et «raprès laquelle a été faite l'excellente maquette qui a figoré à rExposition de Paris en 1878 et qui est maintenant au Musée de TOpéra. à Paris.

* C'est du moins ce que permet de supposer un examen attentif de li gravure. Gomment M. Mautzius peut-il écrire que l'étage de plain pi0<^

Planche 111.

Le Martyre de sainte Apolline, d'après une miniature de Jean Fouquet. (Musée Gondé, à Chantilly.)

Photographie Braun, Clément et O;

Somme toute, la scène médiévale n'échappe pas à la loi de versité et se plie avec une très grande souplesse aux exigences ! temps et de lieu qui en déterminent Paspect.

Les échafauds.

Maintenant que nous avons esquissé le plan générai du éâtre, laissons la place aux entrepreneurs et aux charpenîrs qui vont bâtir les a échaufauds » ou « establies » qui pporteronl la scène et les décors; souvent il n'y a qu'un seul hafaud, mais souvent^ aussi quelques établies secondaires, r exemple celles qu'on réserve aux prophètes, spectateurs utôt que vrais acteurs, sont laissées en dehors de la ligne nérale des décors et dispersées sur la place publique. Ce n'était pas une mince affaire que de dresser sur piliers tte plate-forme qui, à Romans, avait environ SS^SO de long rune largeur moindre de moitié 3, qui,à i'ccostel d'Orléans», Saint-Marcel, avait i9"49 de long sur 4"86 de large 3, mais li, par contre, atteignait à Rouen 60 mètres de long pour les iblies ou compartiments divisés en quatre groupes distincts. c'est qu'il ne fallait pas ménager le bois, mais veiller à ce le les échafauds du paradis et des spectateurs fussent garnis i'aiz tellement qu'il n'en puisse venir faute ». Aussi ces nstructions si simples qu'elles paraissent coûtaient-elles fort er. A Romans, le théâtre (bois, fer, etc.) a coûté environ 221 ^ francs de notre monnaie. Parfois on faisait reprendre

ec la scène ne parait pas avoir été employé si ce n'est comme vestiaire

ur les acteurs? History of the Theatrical Art, Translated by L. von

ssEL. London, Duckworlh, 1903, t. II, pp. 66-67. Nous ne saurions

cepter rintcrprétation donnée de cette miniature par M. Mautzius, pas

us que celle de M. Bapst, critiquée par lui.

^ Comme à Rouen en 1474. Cf. Leverdier, t. II, p. 2.

' Mystère des trois Doms, pp. xliv-xlv.

* Contrat signalé par M. Coyecque. Voyez plus haut.

* Mystère des trois Doms, p. lxxxvi.

à l'entrepreneur son bois et ses ais à la fin du jeu ^, ou encore on les vendait aux enchères, ce qui était moins avantageux. La besogne était si considérable que les charpentiers de Romans reçurent 1,165.96 francs pour faire ces échafauds et la plateforme, les (c châteaux, villez, tours, tornelles, paradis, anfert». 11 s'agit là, comme on le voit, d'une entreprise à forfait S. Souvent on employait d'autres matériaux que le bois; sans parler du fer, qui servait aux clous et aux ancres, des ouvrages en maçonnerie dressés à l'aide de pierres, de moellons et de plâtre servaient à l'enfer 3.

Pour diminuer les charges des communes, Philippe, duc de Bourgogne, se conformant à une coutume générale dans le comté d'Artois, permet, en 1459, aux habitants d'Aix, de prendre dans ses domaines qui entouraient la ville une mesure de bois de la valeur de 8 livres *.

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