‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 71 sur 95 · Tome I. — Lettres. k · texte numérisé non relu

Tome I. — Lettres. k

Le progrès consistera à la bien cacher et à miner la terre au-dessous de la scène, ou à ménager sous les échafaudages des passages qui permettent aux ressuscites de bire de subites et miraculeuses apparitions sur tous les points de la scène. C'est ce que réaliseront à merveille les machinistes du mystère de la Résurrection, a Après la dicte résurrection faicte, s*eQ doivent les dictes troys âmes, aler par soubz terre (c*est-à-dire par ces galeries ménagées au-dessous du plancher de la scène;... Et Jésus vestu de blanc, accompaigné de troys anges, Michely Raphaël et Criel, doit soudainement et subtilemeot saillir de dessoubs terre de costé son tombeau, par une petite trappe de boys, couverte de terre, laquelle se reclost sans qu'on s'en apperçoive ^. d Le manuscrit veut même que la terre soit herbue pour rendre la trace moins visible encore ^.

Apparitions et changements a vde.

Le triomphe de toute mise en scène a toujours été un changement à vue. Moïse jetant une verge et la verge se changeant en couleuvre 3 ; la femme de Loth changée en pierre de sel *\ les Juifs voyant soudain leurs bras devenir secs et noirs, pour avoir osé toucher à la litière qui transporte la Vierge 5; les Idoles, qui a hurlent et braient à cruelle voix », puis a fondent en poudre ^ », voilà certains chefs-d'œuvre de l'ancienne machinerie.

* Fol. 47 r-» et v».

* Manuscrit de Chantilly 63â.

» Viei Testament, t. II, p. 253.

* Ibid,, t. I, p. 369.

5 Actes des Apôtres, livre I, fol. 199 sqq.

* Ibid., livre H, fol. 12, et livre III, fol. 57 r<». Ce trait de la chale des Idoles, qui se retrouve dans la sculpture el la peinture, est emprunté à U Évangile de la Nativité de Marie et du Sauveur, par Tintermédiaire de la Légende dorée; le même trait se retrouve dans Eusèbe, saint Allianasc, saint Bonaventure. Cf. Malk, p. 254, et LEVERDiEa, 1. 1, p. 33, note.

Les apparitions ont lieu le plus souvent sur la scène supérieure, c'est-à-dire dans le paradis ; c'est tout un petit tableau que l'apparition de la Vierge et l'enfant à l'empereur Octavien. « Lors se desqueuvre Octavien et regarde au Ciel, voit une grande clarté et est en l'er (air) une Vierge tenant ung enfant entre ses bras... La voix du Ciel tonne et se monstre encor plus apparemment la Vierge et l'enfant et resplendit grande clarté, tant que Octavien chet à terre tout pasmé... et Ici se clôt... le paradis ou lieu où est la Vierge et son enfant i. »

La scène suivante, que nous empruntons aux Actes des Apôtres, exigeait le maximum d'ingéniosité de la part des machinistes et rappelle de très près les mémorables féeries des mystères mimés, telles qu on les pratiqua à la Cour de Philippe le Bon, dans le fameux a Vœu du faisan ». L'action s'est transportée dans un temple païen : « Icy leur monstre (le prêtre) ung temple où il y aura deux chariotz l'ung tiré à chevaulx dessus, et l'autre tiré à beufz et dessus, ung soleil et sur l'autre une lune, et dessoubs, les dits chariotz ung Ethiopien noir et terrible et derrière deux furieux... » Sur l'ordre de saint Symon et saint Jude « doivent saillir du soleil et lune deux Ethiopiens noirs, hideux et horribles, qui rompent tout et s'en vont en rompant les chariotz ».

Cependant l'admiration du populaire était plus grande encore et elle se compliquait d'une émotion profonde et d'un pieux effroi, devant les miracles qui s'accomplissaient à la mort du Sauveur. « Icy encline Jhésus le chef (la tète) et rend l'espérit et doit trambler la terre, les pierres se fendre, plu* sieurs morts ressusciter, le voile du temple doit partir et rompre en deux 2. »

« Viel Testament, t. VI, p. 211.

' Passion, de Gbéban, p. 399.

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