CHAPITRE V
L'organisation.
L'organisation était l'œuvre de la commune tout entière : il n'était personne qui, directement ou indirectement, n'y participât, fût-ce par une simple contribution en argent. Le mystère fait partie de l'existence de la commune; il en est une des plus éblouissantes manifestations
L.es rois s'y intéressent, accordent des privilèges à une confrérie célèbre, dont les jeux les ont depuis longtemps charmés, et à qui ils donnent une existence oflScielle à partir de 1402 1.
René, duc d'Anjou, comte du Maine et de Provence, roi de Sicile in partibus, paie 18 écus d'or une représentation de la Résurrection, qui eut lieu devant lui, à Angers, en 1436; il commande à Jean Le Prieur le a Mystère du Roi Advenir ^ ».
Arnould de Cordes, seigneur de Maubray, figure, parmi les organisateurs ou superintendants du Mystère de la Passion, à Valt-nciennes en 1547 3.
Les fabriques d'église accordent des claies et le matériel nécessaire pour les établies; le chapitre prête la crosse archiépiscopale pour saint Romain, des ornements ecclésiastiques et des tuniques ^; il autorise les chapelains de la cathédrale à figurer dans le Mystère sans perdre les avantages résultant
* Voyez plus loin les quelques mots que nous consacrons aux confrères de la Passion.
« P. DE J, p. 350.
' Voyez le fameux contrat, reproduit dans le manuscrit français iS53l), de la Passion de VaUnciennes, publié par P. db J., t II, pp. 145 à l5i [Cité Contrat de Valenciennes , suivi de l'indication du folio an manuscrit.]
^ Leverdier, t. I, livre II sqq.
ordinairement de leur présence au chœur; il change les heures des offices, ménage le bruit des sonneries, conserve et expose dans l'église une gargouille qui a servi à la représentation ^ A Metz, en 1437, Tévêque organise une représentation de la Passion. En 1447, Jean Montbéliard, prêtre, dirige à Dijon un Mystère de saint Éloi ^.
A quoi bon multiplier les exemples?
Les plus humbles d'entre les hommes du peuple, dans les moindres villages, se préoccupent d'imiter les grandes villes. A Plessys-Picquet, près de Paris, un simple laboureur de Sceaux, Robert Landois, monte avec un certain Jean Brumereau, prêtre h Bièvres, le « Jeu de la Vengeance et Destruction de Jérusalem ». Il s'agit là d'une véritable société en nom collectif; ni l'un ni l'autre n'appartiennent à la localité en question; il n'est pas fait mention dans le contrat, que nous analyserons plus loin, d'une participation de la commune de Plessys- Picquel 3.
Les administrations municipales, maires et échevins paient de leur personne ou accordent des subsides. Cela se comprend aisément. L'intérêt de la commune entière est en jeu ; l'affluence des étrangers, les beuveries énormes qui s'ensuivent, tant de la part des acteurs que de la part des spectateurs, favorisent le commerce local. Des mesures de police sont nécessaires. C'est dans ce but, et aussi pour rehausser l'éclat de la cérémonie, comme disent les reporters, que « dès 6 heures du matin, le maire et échevins de la dite ville (de Bourges), accompagnés des officiers d'icelle, au nombre de
« P. deJ., 1. 1, p. 348.
• En Italie des confréries se chargeaient de prêter les accessoires. Nous avons conservé certains registres de prêt. Cf. Trabaldaza, Una lande umbra e un libro di preslanxe dans les Scritii vari di Filologia romanza, à E. MoNACi. Roma, Fonzani, 1901, in4o, p. 190, et le curieux livre de Vattasso, Per la storia del dramma sacro in Italia. Roma, Tip. Vat., 4903, in-8o.
* CoYECQUE, op, cit., t. II, p. 331, no 1748.
trcnle-six, vestus de leurs robes rouges et vertes, savoir : les dits maire et échevins sur leurs mules avec housses, et les dits officiers à pied, ayant chacun un baston blanc en leurs mains, pour donner ordre et garder la foule du peuple, se sont transportés en Tabbaye et monastère de Saint-Sulpice, ont fait sonner le rassemblement par les trompettes, les fifres et les tambours, ont fait Tappel des acteurs et les rangent en bon ordre pour faire à travers la ville une grande et triomphante monstre t ».
A Bourges, d'ailleurs, le maire de la ville, Claude Genton, prévôt de Thôtel du roi, figure parmi les ordonnateurs du Mystère des Actes des Apôtres, à côté de Pierre Joubert, le riche grainetier, et de Jean Girard, seigneur des Bergeries^.
D'autres fois, le concours des autorités no consiste que dans Toctroi d'un subside : en 1454, les échevins de Rooeo allouèrent aux quatre confréries qui avaient organisé un Mystère de sainte Catherine une somme de 35 livres, c'està-dire environ 375 francs, parce que le Mystère « fut célébré et démonstré moult notablement à très grands frais et coustaiges et plus grands de beaucoup que Ton ne cuidoit 3 ».
Voilà (|ui indiquait un certain manque de prévoyance chez les organisateurs; pourtant ce fut un Kouennais, Thomas Le Prévost, qui fut mandé à Saumur pour y organiser un mystère.
D'autres ordonnateurs ont conquis une certaine notoriété; le plus connu d'entre eux est le procureur Jean Bouchet, le grand Rhétoriqueur poitevin qui, après avoir monté la Passion à Poitiers, en 1508, vit grandir à tel point sa réputation qoe les villes, même lointaines, se le disputèrent à prix d'argent. Les habitants d'Issoudun se préparaient à représenter la c( Tragédie du Christ occis », mais il leur manque un conduc-
* Thiboust, pp. 17, 18 cl 19.
« ID., p. 10.
' LeVERDIER, l. I, pp. XLVII-XLVIII.
leur ou c< Duc de navigage », comme disent les précieux du temps. Ils envoient à Bouchet un petit présent, en promettant davantage et en vantant l'excellence de leur vin! Bouchet refuse l'offre, mais envoie le manuscrit de son arrangement du Mystère de la Passion, car il s'est défendu d'avoir jamais inventé aucune pièce ou jeu.
Les organisateurs de Bourges, pour ce fameux mystère, dont tous les alentours s'émouvaient, déjà longtemps avant la date fixée pour la représentation, voulurent aussi recourir à sa docte compétence. Mais Bouchet déclina cet honneur, par une nouvelle épttre, et refusa de visiter, comme on le lui demandait, les livres et papiers du jeu, se déchargeant de cet office sur son correspondant, Jean Chaponneau, docteur en théologie de l'ordre des Augustins, à qui, avec une courtoisie toute rhétoricienne, il attribue un a évangélic sçavoir ^ ». Il regrette que ses occupations de procureur le retiennent et l'empêchent aussi d'assister au fameux mystère, dont il espère bien feuilleter plus tard les excellentes pages.
11 n'y eut pas jusqu'à Bordeaux qui ne l'invoquât aussi dans de semblables circonstances, mais les relations de Jean Bouchet avec les Nantais montrent mieux encore la réputation dont il jouissait, et nous permettront de tracer un portrait d'après nature d'un organisateur de mystères.
Quand, en 1533, la ville de Nantes voulut célébrer dignement, comme c'était l'usage, l'entrée de la reine Eléonore et celle du Dauphin, les bourgeois consultèrent le poète sur c< les joyeulsetés et fainctes » qu'ils voulaient représenter.
La réponse ayant plu beaucoup, Jean Chusault fut envoyé par les magistrats de la ville pour prier le « Traverseur des voies périlleuses » de venir prendre lui-même la direction des mystères.
Après un premier refus, on lui dépêcha Gilles Kernela.
* Sur ce Chaponneau, voyez Nolicâ sur Jehan C/iaponneau, par E. Picot. Paris, Morgand et Patoul, 1879, 1 plaquette, in-18.
Le succès de ce deuxième ambassadeur ne fut que partiel : il obtint un manuscrit, mais n'obtint pas un déplacement du procureur, qui craignait de perdre sa clientèle. Bouchet se préparait précisément à quitter Poitiers pour se réfugier à la campagne, par crainte de la peste, qui à ce moment ravageait la ville. Kernela le retint à force d'instances et d'argent, loi emprunta ses idées et s'en servit pour organiser les Mystères de Nantes, qui eurent plein succès i.
Nous avons parlé d'organisateurs formant une sorte de société en nom collectif; le cas n'est pas isolé; deux ou plusieurs individus assument tous les risques et partagent les bénéfices, toujours un peu aléatoires d'ailleurs. Parfois un individu prend à lui seul cette lourde responsabilité â.
Mais le plus souvent, nous nous trouvons en présence d'une manière de société coopérative, où les associés supportent en commun les frais et se partagent les bénéfices. En font partie tous les joueurs, qui confèrent à certains d'entre eux les fonctions de commissaires ou de superintendants.
C'est le cas à Tournai en 150^5 3. C'est aussi le cas i Valenciennes en 1547, ainsi que cela ressort du contrat, que par bonbeur nous avons conservé en entier. Les modalités du partage des bénéfices, l'élection des superintendants ou corn* missaires, le pouvoir discrétionnaire à eux conféré pour la direction du jeu, les amendes aux acteurs trop peu consciencieux ou qui ont négligé de leur soumettre leurs petites
* Nous trouvons tous ces détails dans lUntéressant chapitre que M. Hamon a consacré à Tordonnaieur de mystères, dans son livre intitulé : Un grand rhétoriqueur poitevin, Jean Bouchet, 1476-1557. Paris, Oudin, 1901, in-H», p. 106 [cité Hamon], et dans Tétude de M. Glouzot, Lancien théâtre en Poitou. Niort, Clouzot, 1901. in-8*, pp. 31 et 39 [cité Clouzotl.
* Gomme Giillaume Le Doyen, à Laval. Cf. ses chroniques, apud P. deJ., t. IL pp. 63-64.
» Cf. HoYOïs, Les lettres tournaisiennes. Gand, SifiFer, 1893, in-8», p. 91.
rivalités, le serment de mener jusqu'au bout l'entreprise, les obligations diverses des joueurs, la distribution des rôles, rien ne manque à ce contrat, si utile encore à tant d'autres égards ^
Le nombre des superintendants est fixé à douze, ici comme à Bourges, mais ils peuvent délibérer valablement dès qu'ils sont sept 3. Nous venons de voir que ces superintendants étaient élus.
A Laval, ce fut le comte Guy XV qui les nomma, afin d'apaiser les multiples querelles qui avait surgi :
Mais fut fait vitupère Par compaignons entrepreneux Qui se voulurent faire outraigeux.
Tellement que tout a nyant (néant) Demeura '.
Quel était le but qui poussait ces compagnons, ces bourgeois et ces paysans à s'associer pour la représentation d'un mystère? Quand il s'agit d'une confrérie, c'est souvent pour obtenir des subsides, parfois pour recommander un culte particulier ou des reliques, comme celles de sainte Marguerite dans le mystère qui est consacré à cette martyre ^.
Le plus souvent, c'est dans un but de piété plus général, il faut le proclamer bien baut, sans s'effrayer de l'extraordinaire mélange de profane et de religieux, de cynique et d'héroïque, que renferment les mystères.
On sait que c'est l'usage en Perse de représenter des mystères ou « taziehs /> comme œuvre de piété. Si quelqu'un est malade, on en fait jouer un; si quelqu'un désire fortement
* Contrat de Valenciennes, vide supra, « Contrat de Vatenciennes, fol. 296.
s Guillaume Le Doyen, Annales et Chroniques, dans P. de J., t. 11, pp. 6465.
4 P. DE J., 1. 1, pp. 344-345.
par aeux des enffans de cueur c'est assavoir, riin à représenter h senter Tange, et faire descendre Esprit dessus la dicte reprësentaci
Tantôt c*était une pensée de i les fidèles à l'organisation d'un m tenir par là de la Bonté céleste la ceci est le cas à Poitiers, en 15( ravagée par la peste et que la récoi
Pensée de reconnaissance plu Romans qui, en 1509, représent Doms », pour remercier Dieu de procession solennelle, accordé des la période de sécheresse dont ils so
Parfois la satire s'en mêlait, et 1' Seurre faire suivre le Mystère de ; de <c l'Aveugle et du Boiteux »
des miracles du saint s. On allait jus et les Mystères provençaux n'y v(
* GoBiNEAiî, op, cit., p. 367.
* Gasté, op cit., p. 79.
» Clouzot, p. 33.
* Trois Doms, p. xvi.
s P. DE J.. l. II. n -ÎQ
Aussi Jean Bouchet, qui est homme de bon conseil, fait-il ces excellentes recommandations :
Le sage dit qu'on ne doit murmurer
Contre les Roys, ne le temps, pour durer,
Car les baux faictz du temps et des grands princes
Sont absconsez (cacbés) aux gens simples et minces ^
Ce n'était pas une petite affaire que d'organiser un mystère; Jean Bouchet en convient lui-même :
J'y ay passé, je sçay très bien que c'est '.
Aussi nous donne-t-il avec une parfaite compétence d'excellents conseils.
fl faut à l'ordonnateur de mystères une patience à toute épreuve et une abnégation complète. L'entreprise est difficile et le résultat douteux. Impossible de contenter tout le monde et surtout l'envieuse critique.
Il faut avant tout parler aux yeux :
... plus content est l'esprit De veoir qu'ouyr, la chose qu'on veoit visue, Icelle oyant, est plus appréhensive.
Que toutes les mansions ou héberges soient placées et les feintes dûment essayées.
. . . fault que de vos fainctes Ayez l'essai, ne feussent ores painctes, Et que mettez les héberges au jeu Distinctement, et chacune en son lieu, Tant que congnoistre on puisse ceulx qui jouent *.
11 recommande dans le costume un grand souci d'exactitude,
4 Hamon, p. i23.
* Clouzot, p. 42.
» Hamon, p. i!20.
que chacun soit accoutré ainsi qu'il convient à son âge et à son état :
Je voas supply que tous vos personnages. Vous assignez à gens selon leurs aages Et que n*usez tant d*babits empruntés (Fussent-ils d*or , qu'ils ne soient adjustez Commodément aux gens selon leurs rooUes. 11 n*est pas beau que les docteurs d'eseoUes, Pbarisiens et les gens de Conseil.
A vent vestement à Filate pareils >.
La diction des acteurs doit être aussi Tobjet d*une constante préoccupation.
L'ordonnateur doit, le contrat de Valenciennes nous l'apprend après d'autres documents, distribuer les rôles selon les facultés de chacun, après entente avec les principaux intéressés.
Il doit se procurer un entrepreneur et lui Taire exécuter les échafauds de la scène, les différentes mansions, les poteaux qui servent aux exécutions et la maçonnerie de l'enfer. Il traitera alors avec un peintre « fainctier » pour la peinture des décors, mannequins et costumes diaboliques ^.
11 doit s'assurer de l'exacte livraison des marchandises et de leur qualité. Parfois, comme Henry d'Oultreman, à Valenciennes, il est en même temps « joueur de aulcunes parchons et avecq conducteur des secrets, lesquels il estoit opportun en infer ^ », cumulant ainsi les fonctions de régisseur, d'acteur, de machiniste et de directeur de théâtre.
Il exerce un pouvoir judiciaire, inflige aux acteurs qui ne remplissent pas leur devoir avec assez de zèle, ou qui man-
« P. DE J., 1. 1, p. 380.
< Cf. dans Coyecque, t. I, p. 294; t. Il, p. 331, les ConU^ts déjà souvent allégués.
' Contrat de Valenciennes, fol. 293 v«.
[uent à l'une de leurs obligations contractuelles, une amende irélevée sur Técu d'or qu'ils ont versé en garantie de l'exécuion de leurs promesses. II exerce un pouvoir arbitral, en ertu duquel les différends surgissant entre les acteurs dolent être portés devant eux et non devant les juges ordinaires, e tout sous peine d'amende.
Enfin et surtout, il est le régisseur toujours sur les planhes ; dans leajCQulisses il surveille ceux qui sont préposés ux secrets; il confie à certains hommes, dont il est sûr, e soin de recueillir l'argent à l'entrée du jeu; sur la scène, il e multiplie: livre en main, bâton levé, il sert de souffleur et le metteur en scène; il est vraiment le « mestre du jeu ». Il net en ordre les enfants qui doivent saluer Jésus à son entrée
Jérusalem; il indique aux acteurs le moment où ils doivent lasser d'un lieu de la scène à l'autre et il règle soigneusement leur aarebe. Il est celui qui porte le livre. Chef d'orchestre, il comaande aux musiciens qui sont en paradis les beaux « silete » t aux diables les formidables tonnerres, par lesquels ils ocueillent tous les triomphes de la foi. Il est aussi le « proto oie », celui qui, par d'onctueuses et prudentes paroles, apaise a voix du public qui se place et se presse pour mieux voir et Dieux entendre. Il appelle l'attention sur les grandes mereilles qui lui seront présentées, sur la portée religieuse et la parfaite orthodoxie des paroles qu'il va entendre ^; il lui Qterprète à Tavance toutes les hautes vérités qui ne tarderont »as à se déployer là par personnages et il lui met de petits lorceaux de théologie tout mâchés dans la bouche. Enfin, il djure le populaire de faire a bonne silence » pour honorer ^ieu et ses saints.
Il reprend souvent la parole à la fin de la matinée pour
* Au sujet du rôle religieux et de Torigine religieuse du « prologue » )yez les excellentes pages de M. Lebràz, Essai sur Vhùtoire du théâtre Uique. Paris, Calmann-Lévy, 4904, in-8«. pp. 478-479 sqq, qui a 3montré une fois de plus Torigine française des mystères bretons.
ÎDTÎter assistants et acteurs à prendre an peu de relâche et à se restaurer. An commencement de Faprès-midi, il résame ce qui a été joaé dans la matinée, et il £ût de même le lendemain. Quand le crépuscule tombe, il reprend en<x>re une fois la parole, mais c'est pour remercier le public et promettre pour le lendemain des menreilles plus grandes encore que celles qui ont été Tues et ouïes, et enûn, il invite chacun à entonner avec lui un formidable a Pater Noster » ou un retentissant a Te Deom ».
Le peintre Cailleau nous a laissé le portrait d^n meneur de jeu. Courts houseaux, tunique violette, petite calotte plate sur la tête, son bâton de commandement dans la main gauche, le a rollet B dans la main droite, tel nous pouvons le croquer en peu de mots. Celui qui figure dans le Mystère de sainte Apolline, d'après la miniature de Fouquet (voir planche III) semble prendre son rôle moins cavalièrement que son confrère du XVI* siècle; il est drapé dans une longue chape â capuchon, sur la tète un bonnet de docteur ayant la forme d'une tiare. Il tient le livre de scène dans la main gauche, et sa droite, levée presque menaçante, semble commander du bâton aux ménestrels du paradis un sonore a silete » de tous les instruments du jeu.
Pour ces multiples travaux, pour avoir présidé aux fouilles nécessaires aux fondations de la scène» pour avoir fiiit garnir le temple de luminaire, avoir surveillé les habillements, les décorations, Sanche Dijon, qui a été deux fois consul, reçoit à Romans 18 florins (environ 229 francs t) pour quatre mois, à raison de 4^/2 florins par mois. Ce n'était guère, et ce traitement minime montre que ces hommes accomplissaient souvent ces ^ fonctions par conviction ou par gloriole, mais non par esprit de lucre.
C'est ici le lieu d'examiner à combien se montaient les
* Quand nous donnons la valeur en francs, il s'agit toujours de ta valeur approximative actuelle.
^penses et les recettes des organisateurs, en un mot de cher d'établir le budget d'un mystère.
A Vienne, en 1400, on dépense en tout 125 florins ^ Hais es la seconde moitié du XV« siècle, les frais deviennent si )n8idérable8, à cause des goûts luxueux et de la magnificence tlraordinaire que Ton tenait à déployer, que le roi René fait miise à ses sujets de 600 livres tournois de taille, à raison des épenses occasionnées par le Mystère de la Passion (1462) ^.
A Rouen, en 1410, on devait donner le Mystère de la enlecôte; on s'en occupait depuis longtemps, mais la ville it frappée en mars d'un emprunt de 15,000 livres. Le Conseil es échevins dut interrompre le jeu de la Passion 3.
En 1491, les Rouennais furent moins heureux encore. On arlait beaucoup, à ce moment-là, d'une nouvelle visite du roi harles Vlll. Tasserie, auteur du « Triomphe des Normans r> atreprit de faire jouer le Mystère de la Passion. Les préparais se poursuivaient depuis plusieurs mois; on était à bout de 3ssources. Le voyage du roi paraît ajourné. Que faire? Déjà îs bourgeois murmurent, on délibère à l'Hôtel de ville, asserie, affirme Robert le Lieur, a pris la charge du Mystère t a déjà dépensé 7 à 800 livres; trois ou quatre cents per- )nnes ont contribué aux frais; il fait valoir qu'on ne peut bandonner l'affaire. Le lieutenant du bailli, Pierre Giel, dit :
qu'il est eschevin et frère de la charité de la Passion et qu'il
l'intention de s'acquitter à son povoir et serait bien d'oppiion déjouer, si le Mistère était bien disposé; dit qu*il y a ix-huit ans que le livre est encommencé... qu'on ne peut en 38ter là, plusieurs le font par dévoction et ont rompu leurs Lsses (bourses)... que les reliques de la Passion y ont été tigagées et y a de grans frais fais, et sera la frarye destruicte... ue les petits enffans en ont fait une chanson * ».
* Trois bonis, chu pi ire VII.
s Extraits des llomptes et mémoriaux du roi René, publiés par Lecoy î LA Marche. Paris, Picard, 4873, in-8«, p. 328. ' Leverdier, p. xuv au 1. 1.
* Voyez Leverdier, 1. 1, pp. liv et lv.
Les miquis la moiu-Hifr-pâêfiè et ksenCuils dunsonnaDt les ccn&èRSw petits deciils nfù rëvèieni ob câlè curieux de la vie odiuiie aa idoviîil J|fe.
Pour ieux oiystéreK «loi Je Taiendeanes el celai des ^ Troii» Doms «^ aoos avons i» dûcmoMnls si abondants, qu'ils nous (Kranettaïc ie âiire on cii>faaaaâ9et complet des dépenses et des recec&esw Pour TaleiKÛsAnes J54T, nous empruotons i INsiit de JaUeirilLe ee
Tdài/eiÊM t£iar JlAnrtt» ifi Aqwssa.
iliH!eCe<iesTiii^C<îni(>}iiniêe5w ijAML 14 s. 6d.«(eniiroiil6,700fr. Vente i»! SLMjenet après Ji recriseiicicii:!! T3ft L li s. 6 d.
Tocai ii*5 r-oîCiK .... 2w4û9 L T s- D^fceose OKale 4^179 L 4s.9d.
Beaêdctf. . . iJSdL is.3d.«
Poor ce qui est du c V3f^idfe des Trois Doms », repièseotë à Romaus en 150&« nous possédons un compte complet, authentique, de la main même du ooosal Jean Clionet, et qui relate jour par jour ks arrangements pris» les contrats passés, les sommes pavées ou revues^ les salaires des auteurs, machinistes, peintres décorateurs» commissaires^ charpentiers. Cest le frai li%Te-joumai d'un organisateur de mystères, et nous n'avons qu*à dresser ici« d après les données si minutieuses et si précises qui nous ont été fournies par le savant éditeur, le chanoine Ulysse Cheralier, le tableau des recettes et dépenses du a Mvstère des Trois Doms ^ ».
* I-e marc d*argent valait alors 14 livres toamois, c*est-èHlire un peu moiiis de 50 francs. Cf. E. MoRica, pp. 161 sqq.
- P. DE J.. p. I5i. E Morice avait déjà put>lié avant loi ce tableau el avait caiculé avant iai aussi le nombre des spectateurs; il estétoonant que P. de J. n*ait pas son^é à en faire la remarque en note.
* Trais Doms^ pp. xu et xiiv.
Tableau des Recettes et Dépenses.
Honoraires de Tauteur.
Honoraires de Chevalet * Payé aux copistes . .
Coût du théâtre (bois, fer, Décorations et machines Musique du jeu . . .
Frais généraux . . .
etc.)
Toial des dépenses. .
Total des recettes, rentrées et vente du matériel après la représentation
Déficit. . .
2oofl. Os. Od., soilfr. 3,247.4i
27 tt.
Od., -
64i> fl.
Od., -
655 fl.
Is.
ro fl.
Os.
Od., -
4ofl.
Od., -
1,737 n. 0 s. 2 d., soit fr. 22,12087
738 fl. Is. 3d.
998 fl. 10 s. il d.
Ce déficit restait h la charge de la ville et du chapitre 2.
Nous sommes loin, comme on voit, des 50,000 francs de dépense, des 21,000 francs de recette et du déficit de â9,000 francs dont parle Petit de Julleville 3. Mais nous sommes plus loin encore des sommes inouïes qui furent dépensées à Bourges en 1536 pour le « Mystère des Arles ». N. Picot, l'érudit historien du théâtre comique, nous disait qu'il fallait évaluer à plusieurs millions les frais qui y furent faits; beaucoup de grands négociants s*y ruinèrent. El nous le croyons vol entiers en considérant celte extraordinaire débauche de satin, d'orfrois, de damas, de velours, de crêpe de toutes couleurs, en voyant srinliller au soleil ces rubis, ces perles, ces topazes, ces diamants et saphirs qui chargent les coiffures (les femmes, les bonnets orientaux des hommes. La reine
* Voir plus loin, au chapitre Auteur, Texplication du curieux rôle que joua Chevalet dans ces circonstances.
» Trois Doins, pp. lxxxu et lxxxvi.
* Ibid., t. l, pp. 3G:^:iti4.
ToMK I. — Letthes. /
Dampdeomopolys porte à sa cotte de drap d'or a une bordure de pierres précieuses de plus de deux mille écus » : c'est-à-dire au minimum 10,000 francs 'i.
Et n'allez pas croire à une fantaisie ou à une invention du narrateur fidèle qui nous a décrit ces merveilles; les costumes d'apparat du temps exigent autant de richesse, et il a pris soin de prévenir notre étonnement en ces termes, au début de sa fidèle relation :
Ne pensez pas, amyables lecteurs Que de la Monstre ici après déduite Soit une fable, ou que les directeurs Ayenl voulu que vérité escrite.
Il est certain qu'elle a été réduite De point en point, selon la veuc d*œil. Et voudrois bien que selon le mien veuil Dieu tout-puissant la voir vous eust permis : Lors vous diriez : L'auteur de ce Recueil A plus laissé que davantage mys K