‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 74 sur 95 · Tome I. — Lettres. m · texte numérisé non relu

Tome I. — Lettres. m

Apôtres demandenl aux ce consaux » de vérifier leur pièce ^ Mais la vraie censure, celle qui porte uniquement sur le texte, et qui n'est pas fondée sur des raisons d'ordre intérieur et de police générale, est le fait des OfBcialités, des Chapitres ou simplement des curés. Lors de la Passion de Valenciennes, révéque de Cambrai, Robert de Croy, charge de savants docteurs d'examiner et de contrôler le manuscrit î*.

En 1476, quatre habitants de Creil furent mis à Famende pour avoir joué une « Vie de saint Victor » malgré l'interdiction du curé, i'our tout dire, ils avaient dérobé à l'église une statue de sainte pour en faire une idole «^l

Aucun texte ne marque mieux la soumission de l'auteur à regard de l'autorité seigneuriale et ecclésiastique que ce prologue du Mystère de la Résurrection ^.

Car cil qui les rymes en fist.

En l'onneur du doulx Jhésucrist,

Ne les eust ozê entreprendre

S'ils n*eust pieu au[x] clercs iuy aprendre

Comment il s'en devoit chevir (venir à bout).

Xe proteste publiquement

Pour tous joueurs généraument. . .

Que au cas qu'il seroit par aucun Contre la foy riens dit ou fait, Il soit réputé pour non fait.

Car nous n'entendons dire ou faire Riens qui soit à la foy contraire Ne qui la noble seigneurie De rien offende ou injurie.

* Cf. HoYOïs, Les lettres tournaisiennes, pp. 90-91. « P. DE J., Contrat de Valenciennes, t. II, p. 146.

» P. deJ., 1. 1, p. 384.

* Manuscrit de Chantilly, dans MÂCON, op, cit., p. 5.

Nous soubmeclans sans fiction A la l)onne correction De la noble université, D'Angiers, Tancienne cité Ei pareillement sans Débat De Monseigneur notre prélat.

Que ceci vaille en nnérae temps comme exemple de l'art de cheviller, si familier à l'auteur de mystères. La rhétorique le pénètre complètement. La « tabulature » hante son esprit et il épuise dans ses œuvres toutes les formes tourmentées que réclamait la lyrique contournée du temps. Quelques-uns, comme Gréban, en ont tiré le plus heureux parti, comme dans ce rondeau diabolique que nous appellerions maintenant triolet.

La dure mort éternelle Cest la chançon des dampnês ; Bien nous tient a sa cordelle La dure mort éternelle ; Nous Tavons desservy telle Et à luy sommes donnés ; La dure mort éternelle C'est la chançon des darapnés *.

Mais ce qui est vrai d'un homme de réel talent comme ce (■réban ne doit pas s'entendre des autres rimailleurs de mystères, qui méritent d'être flagellés du nom que se donne avec fierté l'un d'entre eux : « fabricateur selon Fart de rhétorique 2 ».

Combien gagnait l'auteur à faire de si bel ouvrage? Cela Taria suivant les époques, les ressources des communes et

* Passion de Gréban, v. 3852 à 3859.

* 11 s*agit du clerc Roland Gérard, l'un des « originateurs » de la Passion de Valenciennes (1547). Cf. P. pE J., Contrat, p. 446.

rimportance de l'œuvre. A Vienne, en 1400, maître Jean Gorio dit Galaot reçoit 40 florins et une gratification supplémentaire de 10 florins parce que l'on a été content de lui ^.

Plus tard, en 1478, Jean du Périer reçoit du roi René la somme de 2o0 florins, entre autres pour sa « refaçon » des « Histoires des Apôtres ^ ».

A Romans, en lo09, le chanoine Pra recevait pour son gros Mystère 159 florins, et pour huit mois de dépenses à Romans, à 12 florins par mois, 96 florins; au total â55 florins, ce qui vaudrait aujourd'hui quelque chose comme «3,217 fr. 42 c*. Le papier dont il avait besoin pour reviser le manuscrit lui avait été payé en outre 3 florins 3 sous. Les frais de copie étaient également à la charge des organisateurs et s'élevèrent à 15 florins.

Le chanoine Pra recevait 3,247 francs. Un peu plus tard, au temps de Shakspeare, on payait 1,000 francs un chef-d'œuvre 3.

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