‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 79 sur 95 · Tome L — Lettres. q · texte numérisé non relu

Tome L — Lettres. q

A Poitiers, pendant onze jours consécutifs, les spectateurs gardèrent leur place, sous un soleil si brûlant a qu'on .n*ouit jamais parler du vivant des hommes de si grandes et continuelles chaleurs au dit païs » ^ Et pensez qu'il leur fallait Toir délayer pendant ce temps, quelques trente mille vers. A Bourges, il en fallait entendre plus de soixante mille.

Aussi cela n'allait-il pas sans une certaine impatience de la foule. Celle-ci, d'ailleurs très mêlée, était aussi extrêmement bruyante. D'où les incessants siletCf qui à sons de trompette la font taire un instant et rappellent son attention assoupie. D'où aussi les appels au calme, cent fois réitérés par les prologues.

Au XVII<» siècle, il en était encore de même, et le public était si tumultueux que les acteurs s'interrompaient parfois pour demander le silence : c'est du moins ce que nous apprend ce curieux passage de la Pratique du théâtre de Tabbë d'Aubignac. a On souffre bien, dit-il, qu'un acteur s'interrompe quelquefois pour demander silence, parce que Tod conçoit aisément en ces rencontres, que c'est Bellerose ou Hondoré qui parle et non pas un dieu ou un roi ^ »,

Le public de Shakspere ne valait certes pas mieux. On boit, on mange. Les pommes volent vers la scène. Un jour, les spectateurs du « pit » renversent la scène. Dans la salle est dressé un poteau auquel on attache le pickpocket surpris en flagrant délit. Il n'en allait pas autrement en France. Pendant que des jeux et farces sont représentés devant la reine Yolande et ses gens, des larrons s'approchent d'un spectateur Yvonnet Coyrant, lui coupent la manche de sa robe et lui dérobent 10 sols et un sceau 3.

Des querelles surgissent, des propos orduriers s'échangent,

* Cité, Clouzot, p. 39.

* Cité par Livet, op, cit., p. 480.

> En 1409. Cf. Extraits des comptes et mémoriaux du roi René, déjà cité, p. 323.

on joue aux dés et aux cartes. Écoutez la plainte d*un vertueux auteur contre les Confrères de VHôUl de Bourgogne (1588) : d En ce lieu se donnent mille assignations scandaleuses au pr(^judice de Thonnesteté et pudicité des femmes, et à la ruine des familles des pauvres artisans, desquels la salle basse est toute pleine, et lesquels plus de deux heures avant le jeu, passent leur temps en devis impudiques, en jeux de cartes et de dez, en gourmandises et yvrongnerie... etc., d'où viennent plusieurs querelles et batteries t ».

Comment, d'ailleurs, les spectateurs eussent-ils été calmes, puisqu'ils se poussaient sans cesse vers la mansion où, se passait l'action, avec des remous incessants, des cris de gens étouffés et mécontents, des lazzi et des sifflets.

Ce que nous venons d'en dire montre assez que nous ne sommes plus en présence du public respectueux et décemment curieux des drames liturgiques. Une évolution s*est produite : l'existence en commun dans les grandes villes, la vie municipale, la grande industrie qui naît, les grèves et les révoltes populaires ont donné aux esprits un peu plus d'indépendance et même de libertinage, et lui ont enlevé sa docilité de jadis. Aussi, pour les précurseurs de la Réforme, le mystère est déjà un objet de scandale.

Les sectateurs de Wiclef attaquent avec violence les « miracle-plays ». L'un d'eux met dans la bouche d*un artisan des mystères les paroles suivantes, qui montrent bien l'élément profane apparaissant à travers l'élément religieux :

a Souvent en voyant jouer ces miracles, lui fait-il dire en substance, des hommes ont été convertis à la bonne vie. Souvent aussi, en voyant la <c Passion du Christ et de ses saints », hommes et femmes ont été émus de compassion et de dévotion, et ont pleuré... Les hommes doivent aussi se récréer un peu,

* Cité P. DE J., p. 405 au 1. 1.

et il vaut mieux qu'ils irbuvent des distractions en jouant des miracles qu'en s'amusant à d'autres exercices. Pourquoi cela ne serait-il pas aussi bon que la peinture? L'effet en sera même plus intense, car la peinture est un livre mort et raction un livre vivant t. »

On ne saurait défendre plus éloquemment les mystères, mais sous rélémenl religieux, on voit percer l'élément profane. A partir du XIV« siècle surtout, celui-ci l'emportera de plus en plus, et les spectateurs seront de moins en moins des fidèles contemplant une cérémonie du culte, une illustration de la foi.

Sans doute, il leur arrivera encore en 1408 d'entendre, après un jeu, la messe dite sur un autel portatif, placé sur les échafauds mêmes '^. Sans doute, un moine franciscain, Jean Alamand, pour rendre plus solennel son sermon du Vendredi- Saint, fera, en 1483, jouer la « Passion » sous les ormes du cimetière 3.

Sans doute aussi en 1462, le roi de Sicile prétendra foire jouer la a Passion » « pour exciter le couraige (le cœur) de ses subgés à dévocion » ^, et les prologues annonceront des fins identiques. Hais si tel est vraiment parfois le but des organisateurs et des auteurs, il n'est guère entendu du peuple, qui se soucie assez peu des interminables leçons de théologie qu'on lui donne dans les drames et que, d'ailleurs, il ne comprend pas : il vient surtout pour rire des grosses plaisanteries, dont sont parsemées les pièces, et pour admirer les décors, les trucs et les costumes.

Bien plus, il lui arrive de déserter les offices, qui l'ennuient.

* Voyez Toriginal anglais, dans Pollard. English miracle-plays, moralities and interludes, Oxford, Clarendon Press, 4898, in-S*», pp. xxu et xxiii.

« Bapst, p. 23.

* Les Trois Doms, p. cviiî.

* Comptes et mémoriaux du roi René, déjà cité, p. 328.

pour le mystère qui Famuse. C'est la seule raison qui provoqua la création du droit des pauvres, que la ville de Paris prélève encore sur la recette des théâtres, et qui fut établi par ordre du Parlement a à cause que le peuple sera distraict du service divin et que cela diminuera les aulmosnes, ilz (les Confrères) bailleront aux pauvres la somme de mil livres, sauf à ordonner de grandes s >mmes » ^ .

Non seulement le peuple abandonne les offices, mais il se livre à toutes sortes de plaisanteries, peu orthodoxes qui indignent Taustère procureur du Parlement de Paris : « Et retournant dos dits jeux, se moquoient hautement et publicquement par les rues, criant par dérision que le Saint-Esprit n*avoit point voulu descendre, et autres moqueries... » Les prêtres, chantres et chapelains disent les vêpres à l'heure de midi, pour aller à ces jeux, et encore ils les disent a en poste et à la légère » ^.

La décadence du sentiment religieux se marque surtout dans l'efllorcscence extraordinaire de l'élément comique, dont nous avons montré les germes dans le drame liturgique luimême. La satire s'introduit dans le drame allant parfois usqu'à l'indignation, comme dans le a Jugement dernier » Tovcnçal :

« Vous autres prélats et riches, s'écrie le souverain juge,

)us avez volé vraiment toute mon église, en dépouillant les

uvres ouailles...

n Maintenant, dites-moi, vous autres, quelle simonie vous

\z commise en vendant votre bénéfice. » Après les avoir \damnés. Dieu s'adresse alors en ces termes aux religieux, nardins, Célestins, Augustins, Carmes, Cordeliers, Obscrlins, Prêcheurs, etc. :

Mauvaise gcnt perdue, qui avez toujours joué du Sanctus ez commis toujours de grands abus.

rf Testament, 1. 1. })réface.

DEJ.,t. I, p. 4^.

Votre perversité est évidente à tous... », etc. Il les accuse de faire toujours les hypocrites et leur fait subir le même sort qu'aux précédents ^.

Le paralytique comparaissant à son tour, formule des plaintes violentes, contre les puissants.

« Seigneur, il est bien vrai que les rois nous ont chassé de notre repaire et de notre gîte, nous qui étions pauvre et sans père ni mère.... Ainsi, ils nous ont mangé tout nos biens, et la chose, Seigneur, a été si mal, qu*il a fallu que nous soyons menés à l'hôpital, et que nous demandions l'aumdne par la mort-Dieu. Us ont commis mille extorsions, malédictions, usures, fourberies et autres péchés. Ils n'ont jamais eu pitié de nous, quand nous sommes venus devant leur porte leur demander aumône pour Dieu. » C'est un véritable plaidoyer révolutionnaire, qui aboutit à la condamnation des empereurs, rois, ducs et comtes, qui vont rejoindre à la gauche du juge, les avocats, exploiteurs et séducteurs ^.

Ce cri de révolte reste cependant isolé et la satire est surtout ironique, et porte sur la vie journalière. Le Français a toujours aimé à se moquer de lui-même. Parisiens et provinciaux, en arrivèrent de plus de plus, à vouloir trouver, surtout dans le mystère, les menus défauts, les ridicules, les incidents de tous les jours, et cet élément laïc devient si envahissant, que véritablement le peuple ne désire et n'entend plus rien autre : force est à l'auteur de le satisfaire. C'est pourquoi nous assistons à ces scènes de métiers, de boutiques et d'hôtelleries, tout à fait épisodiques, d'un grand intérêt pour la reconstitution de la vie sociale aux XV« et XVI® siècles. Le s )ldat fanfaron, M. Turelututu et son ami M. de Trancbe-vuyde, vaillant hardy sur la poulaille 3, qui rappelle le Franc Archer de Baignollet, mourant de peur devant un épouvantail, voilà les

* Jeanroy et Teulié, pp. 206-2ii.

« IBID., pp. 3C3 373.

* Viel Testament, t. V, p. 244.

types qui lui plaisent, et c'est surtout pour eux que le peuple assiste aux mystères.

Les deux mères qui se disputent Tenfant, dans le jugement de Salomon, sont des filles légères, dont on nous dépeint les mœurs au naturel et dont Tune dit à son mioche en4'endormant:

Mais par mon serment Congnoislre ne sauroys ton père ^.

On insiste sur la mondanité de Marie-Madeleine et sur celle de son frère Lazare.

Les hommes de métier, dans d'interminables boniments, font l'exposé de leurs talents comme le charlatan à la foire :

Sauray bien faire tours quarrées Ou rondes ou bien carnelées Avecques leurs marchecolées. . .

Le charpentier n'est pas moins habile et s'en vante longuement.

Tout cela à propos d'une prison qui leur est commandée par les juifs ^.

Ailleurs, dans le a Viel Testament », Casse-tuilleau, maçon ; Gaste-bois, charpentier; Cul-esventé et Pille-Mortier, leurs manœuvres, s'emploient à construire sur la scène la fameuse Tour de Babel, tout en dialoguant dans leur argot 3.

Gandeloche et Murgault, maîtres maçons, qui besognent dans le a Mystère de sainte Barbe ^ », gémissent de ce que les affaires ne marchent plus comme au bon vieux temps.

* Viel Testament, t. IV, pp. 275 sqii.

< Résurrection attribuée à Jean Michel, fol. 32 v> et 332 v«.

* Viel Testament, 1. 1, p. 259.

* Bibliothèque Nationale, manuscrit français 24335, p. 180.

« Les maçons ne gagnent plus rien ». Et ils se plaignent, de ce qu'on ne fasse plus mille châteaux,

Si fermes, si forts et si beaux Gomme on souloit faire jadis. . .

On nous introduit parfois aussi dans Tatelier d*un tailleur d'images et on nous le montre faisant des bénéfices plus ou moins licites, sur la matière première qu'on lui fournit :

Faul-il pas bien, quant le gain vient Le prendre? dit- il *.

Mais les scènes qui amusent le plus sont, sans nul doute, les scènes d'hôtelleries et de cabarets. Le tavernier faisant crier, par son valet, son vin d'Auxerre dans le « Jeu de saint Nicolas » ^ (fin du XII* siècle) est Tancêtre d'une innombrable lignée d'hôtelliers, grands courtisans des escarcelles pleines, grands ennemis des besaces plates; fourbes, menteurs et grondeurs.

Ces cabaretiers ont des valets qu'ils gourmandent, et des clients de mœurs douteuses : messagers, brigands et mendiants, grossiers paillards, ivrognes, sagaces inventeurs de maux imaginaires : ceux-ci apportent sur la scène, toutes les fausses plaies qu'ils étalent sous les porches des églises et aux grandes foires de Tannée.

a Ung jour voie-je droit, l'autre je cloche » 3^ avoue l'un d'eux. Leurs horribles plaisanteries ne tarissent point. I^ peuple trouve aussi à satisfaire ici ce goût du faste, qui lui fait aimer les entrées splendides des princes et les uniformes chamarrés d'or. Iladmireles trois Rois, dont le cortège s'est singulièrement

* Viel Testament, t. VI, pp. 189 sqq.

* De Jean Bodel, pp. 162 sqq., de Michel et Monmerquê, Théâtre français au moyen âge, 1839.

» Actes des Apôtres, livre I, fol. 102 v».

accru, depuis le XII"* siècle, et qui, suivis d'une longue file de chevaliers et de serviteurs, s'avancent majestueusement, comme dans le tableau de Gentile da Fabiano à l'Académie des Beaux- Arts à Florence.

Dans le « Mystère des Actes des Apôtres », le roi Gondoforus, sans raison apparente, visite ses Etats : c*est pour qu'ici, aux termes de la rubrique, se puisse faire a assemblée d'hommes, de femmes, de chameaulx et de dromadaires, pour compaigner le roy en son voyage » ^.

Quand dans le Jugement général, on voit sur une chaise bien parée, Jésus, Notre-Dame et les anges, et sur des estrades de droite et de gauche, les empereurs, les rois, les papes, les hérétiques, les idolâtres; que les morts surgissent des tombeaux, à l'appel solennel des trompettes; que les bons sont groupés à droite, les mauvais à gauche, et que Dieu du haut de son Paradis, domine cette foule, qui représente toute une humanité, les yeux s'agrandissent tandis qu'une immense admiration remplit les cœurs.

Puis on aime les grands coups d'épèe, les assauts de ville ^ où les infidèles sont toujours battus : les incessantes luttes qui dans le « Mystère de sainte Barbe » ne se comptent plus; « batteries », cortèges splendides, plaisanteries immondes, a vollerie » et machines extraordinaires, c'est là ce qui est surtout à la portée de ceux du parterre. Ce n'est pas qu'il ne faille une certaine imagination pour que les artifices scéniques produisent tout leur effet. Mais il en faut bien plus au siècle de Shakspere, si Ton s'en rapporte à Sidney : « Maintenant viennent trois dames cueillant des fleurs, et nous devons croire que la scène est un jardin. Bientôt nous entendons parler d'un naufrage à la même place, et alors c'est notre faute si nous ne voyons pas dans la scène un rocher. Et puis vient un vilain dragon dégageant feu et fumée, et le pauvre spectateur

* Ibid., livre I, fol. 108 v».

* Le mystère du roi Avenir,

doit croire à une caverne. Dans rintervalle s'avancent deux armées représentées par quatre épées et quatre boucliers, et qui a le cœur assez insensible pour ne pas admettre qu'il y ait là un vrai champ de bataille? » ^

Peut-être les spectateurs des loges comprennent-ils quelque eiiose aux discussions casuistiques qui s'étirent dans les mystères, mais le gros des auditeurs n'y entend goutte. Or, comme c*est pour eux qu'on écrit, les prologues sont pleins de recommandations qui témoignent, à un degré tout à fait humiliant, de leur manque d'intelligence : on les avertit qu'ils entendront un sermon « sur choses hautes et subtiles » et on les prie de « les interpréter en bien, sans en médire aucunement ». Les miracles, leur dit-on, s'accomplissaient avec une soudaineté dont nous ne saurions approcher. Celui qui tient le livre (et c'est souvent l'auteur) s'excuse en des termes peu flatteurs pour la généralité de ses auditeurs, de devoir toujours démontrer par personnages, les mystères de la religion.

Car on ne pourroit demonstrer Le mislère sans le monstrer Aux simples, qui ne l'entendroient Pas bien quant poini ilz ne verroient Les personnages de leurs yeulx *.

Le régisseur doit aussi avertir les a simples » en question, que le nombre des Pères est supérieur à celui des acteurs, qui les représentent 3.

Il croit môme indispensable de les prévenir, que les farces

* Traduit sur la version allemande donnée par KocH, dans son Shakipeare, p. 265.

« Résurrection aUribuée à Jean Michbk. Prologue, > Ibid., fol. 4i2 ro.

do Taveugle et du valet ne soal pas indispensables à l'action et sont étrangères aux textes bibliques :

Aussi y sont par intervalles Aucuns esbatements et galles De l'aveugle et de son varlet Qui guères ne servent au fait, Si ce n'est pour vous resjouir Kl pour esperitz refreschir.

Les spectateurs enfin sont superstitieux et ils s'amusent à remarquer que les personnages, qui joueront les diables à Meaux en 1547, moururent fort pauvres, que celui qui faisait le rôle de Satan fut pendu et que celui qui jouait Désespérance s*empoissonna ^.

Faut-il remarquer que tous sont trop ignorants pour critiquer les anachronismes, et que le canon tonnant au siècle de saint Louis ^ ne les gène pas plus que Tartillerie de Nabuchodonosor.

Cette même naïveté leur fait considérer avec une stupéfaction profonde les beaux secrets qui n'étonneraient guère nos yeux, accoutumés aux féeries du Châtelot. Nous ne serons donc pas surpris d'entendre les historiens affirmer que souvent la chose paraissait au public « estre vraye et non feincte ».

Cette crédulité, ce don de l'illusion, rendent plus graves encore les rafiinements de cruauté, que nous avons déjà vu déployer sur la scène dans les supplices. La vie au moyen âge ne se conçoit guère sans le tortionnaire et le bourreau : il en est de même dans le mystère.

Comme l'a fait remarquer Paulin Paris, le supplice durait sur la scène plus longtemps qu'il n'avait duré dans la réalité. Le pis est que les abominables procédés des tyrans excitaient plus de joie que de dégoût ou d'horreur.

* Viel Testament, t. VI, p. 231.

< Mystère de saint Louis, p. 43.

Il n'y a pas de type mieux caractérisé du bourreau que ce Daru, qui, dans les « Actes des Apôtres », se transporte d'un pays à l'autre, prêt à accomplir les hautes œuvres de tous les despotes, païens. Au surplus, i! se définit fort bien lui-môme:

C'est Daru,

Bon pendeur et bon escorcheur

Bien bruslant homme, bon trencheur

Détestes...

Au reste, il a de qui tenir : son grand-père a été pendu, sa mère vivait du triple bénéfice de la prostitution, de la sorcellerie et de Tavortement. Son père a été brûlé vif et son frère décapité ^.

Les bourreaux sont, au reste, étroitement apparentés aux messagers et aux tyrans (sorte de sergents) qui les mandent, el aux geôliers qui les achalandent...

Ne croyez pas qu'on nous fasse grâce d'un seul détail d'exécution et que rien soit caché par la discrétion des décors.

11 n'y a pas, dans aucun théâtre, de scène plus ignoble et plus révoltante que colle ou Malchus et ses accolytes tirent au sort les parties du corps du Christ à la colonne, pour les attribuer aux coups de chacun, ils le couvrent de leur immonde salive, et l'un deux de s'écrier :

il est tout gaslé

De crachas amont et aval *.

Faut-il rappeler la scène où Daru, sur l'ordre de Néron, couche Agrippine « sur la table et luy fend le ventre et en tire les entrailles » 3. Nous connaissons maintenant les détails de cet atroce simulacre.

* Actes des Apôtres, livre III, fol. 34 v^.

' Passioîiy de Jean Michel.

' Actes des Apôtres, livre IV, fol. 110 r«.

Dans le « Myslère de la Vengeance et destruction de Jérusalem », Marie, dit la rubrique, fait cuire son enfant comme un cochon, puis le mange ^. C'est dans le même drame que le meneur du jeu, résumant ce que les speclateurs ont vu, s'écrie :

Vous avez veu vierges dépuceller El femmes mariées violer.

et il n'est pas douleux que, dans ce sauvage mystère, l'imitation de la réalité ait été poussée jusqu'aux dernières limites. Il y a là une impudeur que nous ne pouvons pas nier, et une absence complète de toute délicatesse et de toute réserve, qu'exagère encore le retour aux instincts primitifs, particulier, comme Ta si bien expliqué M. Gustave Lebon, aux hommes ^ réunis en foule. Par contre, cette autre loi, formulée par le même auteur, ne se vérifie guère pour le passé : « qu'au théâtre, une assistance, même composée d'éléments inférieurs, se montre généralement très prude. Le viveur professionnel, le souteneur, le voyou gouailleur murmurent souvent devant une scène un peu risquée ou un propos léger, fort anodins pourtant auprès de leurs conversations habituelles.» Les spectateurs de mystère n'étaient pas aussi délicats.

* Fol. 191.

* Cf. Lebon, Psychologie des foules, 3« édit. Paris, Alcan, in-8<i, 1898,

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