‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 113 sur 120 · SUR ^ATTRACTION MOLÉCULAIRE · texte numérisé non relu

SUR ^ATTRACTION MOLÉCULAIRE

PRBMIÈRB PARTIS.

En songeant aux conquêtes scientifiques de Kepler, de Newton et de Mariotte, nous avons été conduit à penser que deux particules égales de matière, maintenues h une température constante, et dont la distance varie depuis la distance de deux planètes de notre système jusqu'à celle de deux molécules voisines dans un gaz, exercent Tune sur Tautre une action mutuelle dont la loi est exprimée dans toute cette étendue par la fornqiule

I fLL

/" désigne une constante, « une longueur constante très petite par rapport à la dislance de deux planètes de notre système , et r la distance des deux particules matérielles. L*abbé Hoigno, dans le Cosmos du 25 novembre 1859, a généreusement annoncé que Pintroduction du second terme dans la formule précédente était due à une remarque fondamentale dont la priorité nous appartient. Voici en quoi consiste cette remarque. La force élastique d'une masse gazeuse, dont le volume change et dont la température reste constante, varie proportionnellement à la densité, et la densité variant en raison inverse du cube de rintervalle moléculaire , il en résulte que la force élastique de la masse gazeuse varie en raison inverse an cube de l'intervalle moléculaire, et comme cette loi

a lieu en supposant la masse gazeuse de plus en petite, on peut admettre qu*elle a lieu lorsque la masse est réduite à deux molécules, c*est-à-dire que deux molécules voisines, prises dans un gaz, paraissent animées d'une force répulsive, variant en raison inverse du cul>e de leur intervalle ou de leur distance.

Depuis cette époque , des encouragements nous ont été adressés par écrit et de vive voix par plusieurs savants distingués. Nous avons eu aussi nos critiques, mais aucune d'elles n'a porté sur l'introduction du nouveau terme dans la formule de l'action mutuelle de deux molécules.

Ces observations sérieuses et sincères , sur des questions de détail , ne nous ont pas surpris ; n'avoos-nons pas dit à la &n de notre premier mémoire : « On trouvera » sans doute bien des choses à critiquer dans ces recher- » ches? »

Nous serons toi]gours heureux de reconnaître nos iraperfections et nos fautes; cela ne fera que réveiller en nous le désir de comprendre quelque chose aux merveilleuses manifestations de l'action moléculaire , et si nous approchi^s même une seule fois de la vérité , nous nous regarderons comme largement récompensé de nos peines.

Lorsqu'un observateur patient et intelligent saisit une loi dans une certaine série de phénomènes, il ne doit pas la regarder comme rigoureuse, mais seulement comme approchée à un certain degré dans l'étendue des limites de l'expérience et de la vérification. En dehors de ces limites , il y a doute. Ce principe est aijyourd^hui généralement reconnu dans la physique proprement dite; il doit en être ainsi dans toutes les sciences. Il ne faudrait pas par exemple admettre que la loi de la gravitation universelle , vériflée dans une si grande étendue , a nécessairement lieu en dehors des limites de vérificatioa.

De même, les actions mutuelles des molécules gazeuses, liquides et solides, les actions mutuelles des particules d*oxigèae et d*hydrogène , qui composent une molécule d'eau , peuvent (et c'est ce que nous pensons) être soumises à une loi spéciale toute différente. Mais nous croyons aussi que ces divers genres de manifestations sont soumises à une loi unique dont les lois spéciales que nous venons de citer seraient des cas particuliers; c'est même en nous appuyant sur cette croyance que nous sommes parvenu à poser les bases de notre méthode des intervalles; mais il est nécessaire que Ton ait reconnu par Texpérience pt Tobservation un accord sinon complet, au moins suffisant entre la théorie et la pratique pour être en droit d'attribuer à la loi formulée toute la généralité qu'on lui suppose.

Dans les encouragements, les critiques et les appréciations qui nous ont été adressés , nul ne s'est prononcé sur l'importance relative de la méthode que nous venons de citer.

C'est pourquoi nous allons revenir sur ce sujet que nous n'abordons pas sans crainte, car nous sommes loin d'avoir fait une étude approfondie des travaux des philosophes sur cette question ; nous venons seulement soumettre nos pensées à l'examen des savants , et les prier de croire que nous sommes disposé à rectifier tout ce qu'il y a d'imparfait et à rejeter tout ce qu'il y a de faux sous le rapport du fond et de la forme dans ce que nous allons dire.

Parler de la méthode , c'est parler de Descartes , de ce grand philosophe qui ne cherchait d'autre science que celle quMl trouvait en lui-même ou dans le grand livre du monde. Dans son discours^ il nous fait part du bonheur qu'il a eu dans sa jeunesse de s'être rencontré dans certains chemins propres à le conduire à des considéra-

lions et des maximes dont il a formé une méthode ; cet horizon qui grandit alors autour de lui , ces progrès , ces conquêtes qu*il entrevoit ou rêve dans toutes les directions , le portent à concevoir de telles espérances pour Tavenir, que si entre les occupatioas des hommes, purement hommes , il y en a quelqu'une qui soit solidement bonne et importante , il ose croire que c'est celle qu*il a choisie.

« Des hommes ,- purement hommes, » quelle noble expression; il se sent tel au milieu de ses efforts pour conduire sa raison et chercher la vérité dans la science, et son 'cœur au début de ses premiers succès a dû ressentir une immense satisfaction ; mais il veut concentrer fortement sa joie à Tintérieur; il sait qu*il doit foire accepter des préceptes , et que pour réussir auprès de ses semblables, il doit les proposer avec la plus grande modestie. .

Ce qui précède est en partie une digres'ëion ; mais, toutes les fois que nous le pouvons, nous aimons à constater ce noble réveil de Tâme humaine , cette grande manifestation de son énergie à Tinstant où un jour nouveau pénètre dans les mystères de la science.

Des quatre préceptes de la méthode, nous ne rappellerons ici que le troisième dans le but de mieux indiquer lé caractère de la marche suivie par nous dans nos recherches.

« Le troisième précepte , dit Descartes, est de conduire n par ordre mes pensées en commençant par les objets » les plus simples et les plus aisés à connaître, pour mon- » ter peu à peu comme par degrés jusqu'à la connais- » sance des plus composés, et supposant même de Tordre » entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les » uns les autres. »

Entre les phénomènes d'une même série, il suppose

un lien , il est forlement convaincu que ce lien existe, et indique à ses semblables la roarcbe à suivre pour le découvrir. Depuis Descartes , la science a fait de grands progrès, le lien a été saisi dans différentes directions, et nous venons dire à notre tour : les diverses séries de phénomènes sont soumises à des lois spéciales, dont quelques-unes sont connues , et c'est entre ces lois partielles que nous supposons un lien ; elles sont pour nous comme les objets dont parle notre philosophe , et nous proposons aux amis de la science de les étudier en commençant par les plus simples et les plus aisées à connaître, et de chercher, en les disposant dans un ordre logique , la loi générale qui les unit.

La méthode, comme on peut le remarquer par ce qui précède, est inspirée à Tesprit de Thomme par Tétat passé , présent et prochain de nos connaissances. Elle se modifie et se complète avec les progrès de la science; c'est pourquoi le précepte , que nous proposons , ne doit pas être regardé selon nous comme servant de base à une méthode nouvelle , mais comme un simple complément de la méthode de Descartes.

Chacun avait compris jusqu'à ce jour (à moins qu'il y ait illusion do notre part) que les préceptes cartésiens guidaient l'espril de l'homme dans l'étude et l'enchainement d'une série de faits particuliers. Ainsi c'est par cette méthode que se sont laissé diriger Galvani et Volta dans l'étude de l'électricité dynamique, Gay-Lussac, Dulong et Regnault dans l'étude de la force élastique des gaz et des vapeurs, Ampère dans ses heureuses et fécondes découvertes sur les courants électriques, Helloni dans ses belles expériences sur la chaleur rayonnante, etc. .. Ces travailleurs ont apporté dans leurs observations toute la précision désirable ; par une longue série d'expériences, les faits leur sont devenus familiers, et, après qu'ils

les eurent interrogés un grand nombre de fois, il est arrivé un instant où les caractères communs se sont présentés à leur esprit; dès lors le lien naturel a été aperçu, découvert et la loi a été formulée.

Toutes les lois formulées à ce point de vue ne sont que des lois spéciales, et c*est entre ces conquêtes diverses qu'il s*agit d'établir un lien, une relation. Cela est peutêtre implicitement compris dans la méthode cartésienne, mais on ne Ty trouve pas nettement indiqué. Notre illustre philosophe, embrassant Tensemble des connaissances de son époque, et soumettant à Texamen de sa raison les moyens employés par ses prédécesseurs, fait sortir à la vérité de cette sorte de chaos quatre règles d'une admirable simplicité ; mais il sait qu'il est homme , et il ne songe pas à donner le dernier mot du grand problème dont il s'occupe. .

Les préceptes d'une méthode scientifique ne se trouvent pas à priori, ne s'improvisent pas. Le génie ne suffit pas pour marcher vers le but; il faut encore que l'homme ait été instruit et inspiré par ses observations personnelles et par celles de ses devanciers.

Entrons maintenant dans l'examen particulier de notre méthode, et revenons sur la série des faits à laquelle nous cherchons à l'appliquer.

Deux particules de matière agissent ou paraissent agir mutuellement l'une sur l'autre à toute distance.

Lorsque la distance des deux particules varie , les manifestations de cette action mutuelle varient aussi.

Si on suppose que la distance de deux particules dinciinue depuis une longueur très grande, aussi grande que l'imagination puisse la concevoir, jusqu'à une longueur très petite, aussi petite que l'imagination puisse la concevoir, la manifestation de l'action moléculaire prendra des caractères variés ; chaque caractère spécial dominera

dans une étendue spéciale dans une certaine région à laquelle nous avons donné le nom d'intervalle.

Le nombre des intervalles est peut-être inSni; mais Tobservation et rexpéricnce ne nous ont appris à en distinguer que cinq que nous allons énumérer :

1® Intervalle de deux particules matérielles situées dans deux nébuleuses résolubles;

2* Intervalle stellaire ou distance de deux particules matérielles situées dans deux étoiles d*une même nébuleuse résoluble;

3* Intervalle planétaire ou distance de deux particules matérielles situées dans deux corps faisant partie de notre système solaire ou de tout autre système planétaire analogue au nôtre ou de deux étoiles doubles ;

4o Intervalle gazeux ou distance de deux molécules voisines prises dans un gaz ;

5* Intervalle solide ou distance de deux molécules voisines prises dans un corps solide ;

6* Intervalle chimique ou distance de deux particules prises dans une même molécule d*un corps solide, liquide ou gazeux.

Nous pensons quMl existe en dehors des limites que nous venons d'assigner, un nombre considérable d'intervalles que la science nous apprendra à connaître succès* sivement; nous craignons même d'en omettre entre ceux que nous venons de citer; mais, comme dans Tétat actuel de nos connaissances, l'expérience et Tobservation ne nous en font pas soupçonner d'autres, nous faisons usage de cette énumération jusqu'à ce que les vérifications expérimentales nous en montrent de nouveaux.

Quel est selon nous le caractère d'un intervalle? C'est une certaine partie de l'espace dans l'étendue de laquelle l'action de deux particules matérielles parait soumise à une certaine loi connue ou inconnue.

Dans les cas où cette loi est connue , elle est exprimée par une certaine fonction de la dislance des éléments matériels, et dans toute retendue de la région correspondante, la formule spéciale suffit pour rendre un compte exact de la manifestation de.raction moléculaire.

Ainsi , dans toute retendue de Tintervalle planétaire , la formule Newtonienne s'accorde très bien avec les manifestations observées et mesurées. De même, la fonction de la distance que nous avons proposée dans notre premier Mémoire, peut, daus rbypothèse d'une température constante, servir à rendre compte des actions mutuelles des molécules gazeuses.

Entre ces différents intervalles, où Tbomme a pu découvrir ou pressentir des lois, se trouvent des régions auxquelles nous donnons le nom de régions neutres. Dans chaque région neutre, les manifestations de Taction moléculaire sont pour ainsi dire la lutte des manifestations spéciales correspondantes aux deux intervalles entre lesquels elle se trouve.

De là résulte la pensée que, si on parvient à renfermer dans une formule les manifestations de Taction moléculaire dans deux intervalles consécutifs, cette formule devra rendre compte des manifestations de la méaie action dans la région neiltre intermédiaire.

Ainsi nous avons cherché à embrasser dans la for-

f Oif

mule -^ — *-^ les manifestations de Taction moléculaire

dans rintervalle planétaire et dans Tintervalle gazeux , et si nos prévisions sont exactes, notre formule devra être d'accord avec les vérifications expérimentales que Ton fera dans l'avenir ; nous pensons que l'état de l'air à la limite de notre atmosphère, et l'état de la matière, dans les immenses queues des comètes, appartiennent à cette région neutre; nous pouvons donc espérer qu'un jour

viendra où on appréciera sur la nature -même le degré d'exactitude de notre formule.

Il peut bien se faire qu*il soit insuffisant de ne considérer qu'une seule région neutre entre les intervalles planétaires et gazeux.

Il est même permis de songer à intercaler entre ces deux intervalles des intervalles et des régions neutres intermédiaires; Texpérience et Tobservation détermineront dans l'avenir ce qu'il convient de penser à ce siget.

Nous pouvons alors dire hautement que notre méthode s'appuie sur Texpérience et Tobservation ; ses divers préceptes sont et seront dictés , modifiés et inspirés par les progrès de la science. Nous sommes donc bien loin d'affirmer d'une manière absolue que l'action moléculaire est soumise à telle loi dans toute l'étendue de nos obser-* valions passées, présentes et futures. Nous proposons au contraire d'étudier et d'interroger sans cesse la nature de distance en distance pour y découvrir des lois partielles, de chercher les rapports qui existent entre ces lois, d'unir successivement ces lois deux à deux à l'aide de formules plus générales , de vérifier dans chaque région intermédiaire ou neutre, s'il y a un accord satisfaisant entre les faits observés et les conséquences de la fornmle et ainsi de suite, de manière à tendre sans cesse vers une loi unique

Remarquons ici que, grâce à cette généralisation, le nombre des intervalles et des régions neutres , reconnus dans la science , devra à certaines époques aller en diminuant. En efiet, admettons pour un moment que la

f OL f

formule -t*— ^--/ suflflse pour expliquer complétemenlles

manifestations de l'action mutuelle de deux particules matérielles dans les intervalles planétaires et gazeux et dans la région neutre intermédiaire; à quoi nous servi-

rail, si ce n*esl toutefois au point de vue de Thistoire, au point de vue de la nnarcbe progressive de Tesprit humain, de conserver la distinction de ces intervalles et de cette région neutre ? Au point de vue de la science , il suflSraît de réunir dans un seul intervalle les deuT intervalles et la région neutre dont nous venons de parler, et la scieoce marchant ainsi, on conçoit que dans Taveoir un seul intervalle ou un petit nombre d'intervalles pourra renfermer un grand nombre des intervalles connus ou à connaître , et que la distinction de ces derniers se fera à Taide d'une ou plusieurs formules algébriques renfermant tout ce qui est nécessaire pour prévoir tous les cas particuliers de Taction moléculaire dans toute retendue de ces principaux intervalles.

Si nous avons parié si longuement de notre méthode, si nous avons essayé de dérouler rapidement le magnifique horizon qu'elle nous fait entrevoir, c'est que nous sommes convaincu de son importance; elle ouvre en effet une voie nouvelle aux chercheurs ; elle demande le concours des travailleurs dans un graùd nombre de directions; elle donne le moyen de coordonner les recherches isolées.

Mais s'il est donné à l'homme, par une grâce divine, de pouvoir s'élancer ainsi d'un vol rapide dans ces vastes régions dont le spectacle exalte notre esprit à un si haut degré, il ne faut pas oublier que pour construire un édifice durable, il est nécessaire d'étudier séparément et complètement les différeutes parties dont il se compose , d'en saisir avec soin tous les rapports, de n'admettre que des résultats suffisamment approchés, et de se tenir toujours aussi près de la vérité qu'il est possible.

Telle est la règle que nous aspirions sans cesse à suivre dans nos recherches sur l'attraction moléculaire. Angers, le 6 mars 1861.

DBUXIÈMB PARTIB.

Nous étions parvenu en cet endroit de la rédaction de nos recherches, lorsque nous avons eu connaissance d*un rapport sur notre premier mémoire, lu à Paris par M. Debacq, de Châlons, à la séance publique du 10 avril du Congrès des Sociétés savantes de province. Lorsqu'une vérité scientifique est mise au jour, les savants s'observent avec raison et réfléchissent sérieusement avant de l'accepter ; ils ne l'acceptent même qu'avec une certaine réserve, lorsqu'elle est annoncée par un modeste travailleur de province qui né peut être complètement au courant des progrès divers et multiples de la science. Il y a cependant d'honorables exceptions à cette règle, et, pour ne pas être accusé d'ingratitude, nous devons dire ici que l'abbé Moigno, cédant à une généreuse impulsion, a tenu à signaler le premier au monde savant ce qu'il peut y avoir de bien dans notre premier Mémoire.

Mais, après ce premier mouvement du cœur, en succède un autre qui porte à examiner sérieusement la nouvelle idée et ses conséquences. Si la raison reconnaît qu'elle est bonne, il est du devoir du savant de l'accepter, de la proclamer d'autant plus hautement que sa position scientifique est plus élevée et que la question est plus importante.

D'un autre côté, prendre à notre époque la défense d'une idée qui , faute d'un examen complet , peut être regardée comme vraie, lorsqu'elle est fausse, c'est montrer qu'on ne sait pas guider convenablement sa raison et sou jugement et s'exposer alors à la critique amère du public. Il faut donc de la science , du courage et du dévouement pour venir proclamer au milieu d'une société savante que l'on accepte sérieusement une vérité scienti- X. . 14

flque proposée par un de ses semblables. H. Debacq, sans nous cootialtre, a pris spontanément, après la lecture de noire Mémoire, la résolution de remplir noblement ce devoir; nous Ten remercions de tout notre cœur; nous voudrions pouvoir Ten remercier au nom de la science ; Tavenir décidera. Voici les conclusions du bienveillant rapport de H. Debacq :

« Je terminerai ici , dit-il , l'analyse d'un travail qui , » selon Texpression de H. Tabbé Hoigno , traite une des 9 plus grandes questions scientifiques du temps actuel à » la recherche de laquelle H. Bouché s'est avancé à tra- » vers des voies ardues et toutes nouvelles.

9 En définitive , il reste acquis à la science que la » répulsion des molécules dans un mime gaz , et Tattrac- » tion à grandes distances en raison inverse du carré des » distances, sont les conséquences d'une seule et même » loi qui régit la matière. »

Celte dernière conclusion est le résumé fidèle de notre pensée; la loi de Newton et la loi de Mariolte ne sont que des cas particuliers d'une seule et^nôme loi dont nous avons proposé la formule; M. Debacq accepte cette proposition comme une vérité acquise à la science.

Poursuivons le cours de nos recherches.

Jusqu'à ce jour, nous nous sommes occupé exclusivement des actions mutuelles entre molécules gazeuses de même nature , maintenues à une température constante.

Nous aspirons maintenant à nous rendre compte des actions mutuelles entre molécules gazeuses de difTérentes natures. Dans le triy^t qui pouvait nous conduire h la solution de ce problème, nous avons rencontré une série d'idées et réfléchi sur plusieurs principes , et nous allons entrer à ce sujet dans tous les détails nécessaires.

Il est d'abord un grand principe dont nous avons dit

deux mots dans notre brochure intitulée « Agent et matière; » c*est que Thomme, en étudiant les phénomènes de la nature, peut concevoir, mais non atteindre les limites de la puissance du Créateur.

Ainsi rbomme chercheur peut perfectionner, compléter et multiplier de jour en jour ses moyens de recherches et d'observations; il peut accroître sans cesse son domaine scientifique si vaste et si magnifique; mais il ne peut empêcher les bornes de son horizon de reculer sans cesse devant lui.

Pour parler, par exemple, de Tinfiniment grand, rhommc augmente-t-il successivement la puissance de sa vue? 11 découvre et distingue successivement les espaces planétaires, les espaces stellaires, la voie lactée et les espaces des nébuleuses. Arrivés à cette région , nous ne croyons nullement que cette limite d'un immense rayon soit la borne du vaste théâtre soumis par le Créateur à nos investigations. Au contraire, notre esprit conçoit, au-delà de ces dernières limites, des espaces incomparablement plus vastes, dans lesquels s'accomplissent des phénomènes soumis^ comme ceux que nous connaissons, aux lois établies par le divin Mattre; telle est notre croyance , notre foi.

Si nous nous dirigeons au contraire vers Tinfiniment petit, nous y découvrons successivement une série de phénomènes merveilleux qui nous révèlent avec la même énergie que les précédents la grandeur de la puissance divine, tableau magnifique aux accidents divers, nombreux cl surprenants, aux horizons multiples, successifs et gradués, suivant un ordre admirable, tableau dont la contemplation ne cesse de réveiller au fond de notre cœur un immense amour pour la nature et pour son auteur : force élastiqtie des gaz, dilatation puissante et condensation rapide des vapeurs, transmission de pression

dans les liqaides, crisialHsatioD des corps; compositions et décompositions chimiques; production, propagation et décomposition de la chaleur, de la lumière et de Téleclricité, prodiges de la photographie, etc...

En présence de ces phénomènes depuis Finfiniment grand jusqu'à Tinfiniment petit ; en présence de ces manifestations dont rélude a conduit l'homme à établir de sublimes théories, et qui sont la source d'applications si ingénieuses, si gigantesques et si utiles, notre esprit ne peut s'empêcher de reconnattre une première et grande loi générale; c'est le premier élément de cette grande unité que M. Debacq cherche avec tant d'ardeur dans les travaux de ses semblables. Nous voyons en efifet partout et toujours de la matière agissant sur de la matière à distance suivant une certaine loi; et dans cette première proposition « nous reconnaissons trois choses : la matière, l'action à distance et la loi de cette action. Nous avons déjà fait connaître dans une brochure ce que nous pensons au sujet de l'action à distance , c'est un si^et purement philosophique dont nous ne parlerons pas dans ce Mémoire, car la formule de ^a loi est le principal but de nos recherches ; mais, pour tendre vers notre but, il est important de parler en détail de cette matière aux éléments multiples et indéfiniment décroissants.

Nous allons donc aborder la question de la divisibilité de la matière, et immédiatement avant de la développer à notre point de vue, nous engageons le lecteur à ne fixer son jugement sur nos principales propositions que lorsque nous en aurons montré les principales applications , car c'est à l'aide de ces dernières que nous sommes remonté aux. principes.

Dans notre brochure intitulée « Agent et matière, » nous avons dit que le problème dont il s'agit a été posé par H. Seguin aine sous, la forme suivante . Quelle est la

dimension et quelle est 1er densité des particules de la matière à son dernier état de division ?

Le célèbre Herschell, à qui cette question élait adressée, a répondu que l'une pouvait être regardée comme infiniment petite et Tautre comme infiniment grande, et que cetle expression pouvait être prise dans son acception la plus large et la plus étendue. Il nous semble que cette manière de voir consiste à passer un peu brusquement à la limite ; aussi est-on conduit immédiatement à appeler ces particules élémentaires des atomes, qui, d'après M. Cauchy^ sont de véritables êtres simples sans étendue.

Nous ne pouvons répondre autre chose, si ce n'est que rétendue infiniment petite n'est pas pour nous la négation absolue de l'étendue.

Mais au lieu de passer ainsi à la limite, nous allons examiner la question par degrés successifs, en nous plaçant toiyours au point de vue de la méthode des intervalles.

Tous les corps que nous connaissons et que nous pouvons peser, comme le fer, le cuivre, le mercure, l'eau, i*alcool, la vapeur d'eau, l'air, etc., occupent tous un certain volume et ont tous une certaine densité que nous proposons d'appeler volume physique et densité physique; le poids d'un corps est alors un produit de trois facteurs : le premier est le volume physique, le second est la densité physique, et le troisième est la gravité que l'on désigne par g.

La densité physique est à ce point de vue une conception que l'on peut ranger parmi les abstractions géométriques; on regarde alors la matière comme répandue uniformément dans tout le volume qu'elle occupe; on sait qu'il n'en est pas ainsi ; celte continuité uniforme de la densité n'existe pas dans les corps.

Mais ici une grave question se présente; nous voulons

parler d*une idée théorique mise en aTaot par une puissante école, et que cependant nous ne partageons pas « nous croyons devoir en dire quelques mots , car dans la sulle de ce Mémoire on pourrait croire, après un examen superficiel , que nous nous rapprochons de cette pensée , et nous en sommes bien éloigné.

Suivant cette école, il n*existe aucune portion de Tespace, si petite qu'elle soit, qui ne soit complètement remplie de matière; en d'autres termes, la matière est continue et remplit tout l'espace. Nous n'acceptons pas plus cette continuité de la matière dans tout l'espace que l'atome sans étendue ; ce sont là des idées-limites abstraites qui sortent de la réalité; elles sont la conséquence de notre tendance à la généralisation et à l'unité , mais en raison même de cette généralisation et de cette abstraction , nous pouvons perdre dé vue certains détails, certains côtés très importants dont l'examen sérieux doit jeter un grand jour sur les problèmes de la science.

La principale conséquence de ce système consiste dans la négation absolue de toute action moléculaire à distance. Pour ne pas être en désaccord avec l'expérience et l'observation, on est obligé d'admettre dans ce même système que la matière continue offre des condensations et des dilatations très variables et très diSérenles, et ceci même semble renverser l'hypothèse de la continuité absolue de la matière, car si la matière est continue, comment peut-elle être pénétrable, et comment des volumes égaux n'en contiennent-ils pas toujours la même quantité? Ne nous arrêtons pas plus longtemps sur ces difficultés, et contentons-nous de faire immédiatement la renîarque suivante :

Dans ce système, comme dans tous les autres, on reconnaît qu'il existe des régions de l'espace où la densité moyenne de la matière est très petite selon les uns et

nulle selon les autres, par rapport à la densité moyenne de la matière dans d*autres régions de Tespace; on pourra donc, dans une première approximation, négliger le poids de la matière contenue dans les premières régions, en présence du poids de la matière contenue dans les secondes.

Après avoir mis ainsi cette difficulté de côté, nous allons considérer une masse gazeuse , de Tacide carbonique , par exemple , et regarder les molécules dont il est composé, comme de petits èorps isolés placés à dislance les uns des autres. Concevons un petit polyèdre ou une petite sphère aussi petite que possible, mais cependaut assez grande pour envelopper entièrement chaque molécule d'acide carbonique; ces petites sphères seront isolées les unes des autres, car sous Taction d'une pression extérieure, les molécules gazeuses peuvent se rapprocher considérablement par rapport aux dimensions de leurs volumes; la liquéfaction de Tacide carbonique le prouve su£Bsamment. Nous supposerons que la densité de la matière dans chaque petite sphère est uniforme, de même que nous avons supposé précédemment que la densité de la matière est uniforme dans toute l'étendue de la masse gazeuse ; cependant cela n'a pas lieu pour chaque molécule d'acide carbonique, car elles sont toutes composées de carbone et d'oxygène.

Examinons ici les deux hypothèses que l'on peut faire sur la constitution de chaque molécule* d'acide carboni^ que. Si la molécule d'acide carbonique est composée de molécules d'oxygène et de carbone simplement juxtaposées, on sera conduit immédiatement à admettre que la densité de la matière n'est pas constante dans les différentes régions de la petite sphère enveloppant la molécule d'acide carbonique.

Si d'un autre côté on admet que chaque molécule

d*oxygène et de carbone est composée d'un nombre coqsidi'rable de parlicules plus élémentaires, il peut se faire que dans Taclion chimique de l*oxygène et du carbone qui donne naissance à Tacide carbonique, il y ait une sorte de mélange ou dissolution intime des différentes parties de chaque molécule d'oxygène et de carbone; nous pourrions, par exemple, comparer ce phénomène au mélange de deux gaz dont nous parlerons dans la suite de ce Mémoire, ou à la dissolution d'un sel dans Teau; nous ne citons ces faits que pour traduire notre pensée.

A ce dernier point de vue, la densité de la matière dans les différentes régions de Tacide carbonique est nécessairement comme dans un gaz simple ou composé, une fonction discontinue.

Nous n'en regarderons pas moins comme uniforme la densité de. la matière dans chaque petite sphère enveloppant chaque molécule d'acide carbonique, et nous lui donnerons un nom nouveau pour la caractériser. Nous l'appellerons densité moléculaire.

Les progrès futurs de la physique et de la chimie donneront un jour le moyen , nous en sommes convaincu , de mesurer cette deusité moléculaire avec un certain degré d'approximation. Déjà, dans certains cas, il semble possible d'approcher de la solution de cette question ; en effet , la densité physique de l'acide carbonique solide ou liquide a une valeur qui est nécessairement plus approchée de la densité moléculaire de ce corps que sa densité physique à l'état gazeux , et la densité physique du mercure liquide a peut-être une valeur voisine de la densité moléculaire du mercure; nous croyons en un mot que si un corps se comprime très peu sous les plus fortes pressions dont nous puissions disposer, comme cela a lieu pour le plomb, cela tient à ce que sa densité physique a une valeur peu différente de sa densité moléculaire ; nous pensons

même que la considération de cette densité est appelée à rendre de véritables services aux sciences physiques.

Revenons à notre gaz acide carbonique. Si nous faisons la somme des volumes des petites sphères ou des petits polyèdres qui enveloppent les molécules, nmis aurons un résultat qui aura une valeur bien petite par rapport au volume physique de la masse gazeuse prise à la température et à la pression ordinaires.

Si nous multiplions la densité moléculaire par la somme précédente , puis le produit par la gravité , nous devrons retrouver le poids du gaz ; d*où nous concluons que la densité moléculaire d'un gaz est supérieure à la densité physique.

Les molécules d'oxygène et de carbone , comme nous venons de le dire précédemment, peuvent être regardées comme composées d*uu grand nombre de parties plus élémentaires que nous proposons d'appeler des particules ; telle est notre croyance , je dirai même notre profonde conviction; cette conviction est d'abord la conséquence de ce principe que nous pouvons concevoir, mais non atteindre les limites de la puissance du Créateur, et selon nous le nombre des intervalles doit être infini, non seulement vers Tinfiniment grand, mais aussi vers Tinflniment petit.

Elle est encore la conséquence de ce fait que la compression des gaz produit de la chaleur. Nous avons déjà fait pressentir ce que nous pensons à ce sujet dans notre premier Mémoire ; la suite de ce travail montrera plus complètement notre pensée sur cette grave question.

Des molécules d'oxygène et des molécules de carbone ne sont donc pas, selon nous, des éléments de matière parvenue à son dernier degré de division; elles sont composées chacune d'un nombre considérable de particules plus élémentaires qui se pénètrent mutuellement

et intimement pour constituer des molécules diacide carbonique. Ce sont ces particules qui, dans chaque molécule d'oxygène , de carbone ou d'acide carbooicpie , sont entre elles à un intervalle chimique.

Si nous revenons alors à notre gaz adde carbonique, nous dirons que chacune de ses molécules est composée d*un grand nombre de particules ajrant diacnne un vo* lume et une densité que nous pourrons appeler volume .et densité particulaires. La somme des volumes particulaires d'une masse gazeuze d'acide carbonique est inférieure à la somme des volumes moléculaires . et comme le poids de cette masse est Constant, il en résulte que la densité particulaire de Tacide carbonique est supérieure à sa densité moléculaire.

Si nous continuons de suivre le même ordre d'idées dictées par l'esprit de la méthode des intervalles, nous considérerons successivement et indéfiniment des particules do particules dont les volumes décroissent suivant une loi comparable à la loi des termes d'une progression géométrique décroissante, et dont les densités croissent suivant une loi comparable à la loi des termes d'une progression croissante; mais comme le nombre des termes d'une progression géométrique décroissante ou croissante est aussi grand qu'on veut, sans que chacun d'eux soit d'une manière absolue iiul pour la progression décroissante ou infini pour la progression croissante , il en résulte que dans toute question susceptible d'être discutée physiquement, nous ne pourrons jamais proposer le mot atome dans le sens de M. Cauchy.

L'atome dans ce dernier sens est un être limite; et s'il nous est donné d'assigner la somme des termes d'une progression géométrique, nous ne croyons pas qu'il noos soit donné d*assigner la limite-atome, ou, pour rendre avec plus de précision notre pensée, s'il arrive à un sa-

yant de parler d'un atome, nous craignons que cet atome soit loin d'être le dernier terme de la progression décroissante dont nous venons de parler, c'est-à-dire que nous le croyons susceptible indéfiniment d'une décomposition non seulement géométrique mais physique et réalisable.

A ce dernier point de vue , la matière se présente à notre esprit sous un nouvel aspect. Représentons-nous en effet une masse gazeuse , une masse d'oxygène , par exemple , et considérons dans cette masse deux molécules voisines; entre ces deux molécules, il n'y a pas de molécules d'oxygène, mais aussi il n'y a pas le vide absolu ; il y a des particules élémentaires dont les masses sont très petites par rapport à celles des molécules d'oxygène ; nous aurons tncntôt occasion de parler du rôle de ces particules intermédiaires ; entre ces dernières particules se trouvent d'autres particules d'ordre inférieur, dont les volumes et les masses sont très petits par rapport aux volumes et aux masses des particules immédiatement précédentes et ainsi de suite indéfiniment.

On conçoit alors qu'une molécule d'un gaz peut être regardée comme environnée de particules plus élémentaires formant une sorte d'atmosphère, parce qu'elles sont soumises en grande partie à l'action de la molécule centrale. Ainsi nous avons dans la molécule d'oxygène des particules enchaînées ; ce sont des particules qui ont entre elles des intervalles chimiques ; elles occupent la partie centrale; puis autour des particules précédentes, des particules à derai-enchaînées et à demi-libres , puis au-delà d'un certain rayon des particules libres en grande partie sous le rapport de l'action de la molécule centrale. Ce sont peut-être ces dernières particules interiuédiaires, susceptibles de passer de la r^on d'une molécule à la région d'une autre molécule, que l'on qualifie de fluides

impondérables , et qui n'en sont jpas moins comme les autres corps des particules pesantes ; quelque petite qoe soit une particule de matière, Taclion qu'elle éprouve de la part d*un corps, dont la distance à cette particule appartient à rintervalle planétaire, est tooûours représenté par la loi newtonienne.

Ainsi dans une masse d^oxygène, il y a non seulement des molécules d'oxygène, mais aussi des particules libres très petites dont le poids total très petit, par rapport à celui de la masse gazeuse, ne peut être accusé à Taide de nos balances perfectionnées.

Elles n'en sont pas moins pesantes, c'est-à-dire soumises à Tattraction de la terre , et nous sommes con?ainca qu'on parviendra un jour à le constater.

Nous trouvons des idées semblables aux précédentes, dans le Mémoire de H. S^uin aîné, sur l'origine et la propagation de la force, page 57.

« .... Je suis arrivé, dit-il, à considérer les molécules » matérielles, disséminées dans l'espace, comme se réo- » nissant autour de grands centres d'action vers lesquels « est venue se grouper la matière à peu près comme » nous l'observons en petit, lorsque, par suite d'une aflS- » nité chimique, nous apercevons un précipité se for- » mer au sein d'un liquide contenant des substances qui 9 se trouvent dans les circonstances favorables pour se 9 combiner entre elles. En envisageant sous ce point 9 de vue cet acte de la toute-puissance de Dieu , l'un de 9 ces grands centres aurait embrassé dans l'espace les 1» régions qui ont donné naissance à notre univers , et la 9 formation du soleil qui en occupe le centre , ainsi que » les corps célestes dont il est environné , seraient dus à 9 la matière que contenait o^l espace, tandis que les par- » ties matérielles qui occupaient les régions, environnant 9 celle sur laquelle le soleil étendait son empire, se se-

> raient réunies poar former les étoiles qui se trouvent » actuellement les plus rapprochées de lui.

9 Passant de là à la considération de Taction que les j» molécules devaient exercer individuellement les unes 9 sur les autres pendant le mouvement général qui les 9 portait au centre commun de gravité, nous trouvons » qu'il a dû se former, par suite de la même cause , des » centres partiels de plusieurs ordres sur des échelles de 9 moins en moins étendues. »

Nous reconnaissons dans ces centres partiels de plusieurs ordres une idée qui présente une grande analogie avec celle des différents intervalles ; mais il y a cependant une grande différence entre les opinions de H. Seguin et les nôtres.

Au moment d'examiner à notre point de vue certains points de la doctrine de ce savant, nous tenons à déclarer que nous ne venons pas faire ici une vaine critique; nous admirons au contraire les belles pensées qu'il a émises en différentes parties de ses œuvres.

Ainsi, par exemple, pour en signaler une que nous partageons entièrement , et qui nous servira souvent de guide, nous nous permettrons de citer le passage suivant qui termine ses réflexions sur la corrélation des forces physiques de Grove :

« .... Voir, comme nous le faisons, H. Grove et moi, 9 dans tous les corps des*^sseinblages divers d'une seule 9 et même matière et dans tous les phénomènes des 9 mouvements imprimés à celte matière unique, n'est-ce 9 pas rendre un hommage plus éclatant encore à l'unité » et à la puissance créatrice , suivant la devise qui carac- 9 lérise toutes les œuvres de Dieu : simplicité et économie 9 dans les moyens, richesse et variété dans les résultats? »

Angers, le 10 aTiil 1861.

TR01SIÈMB PARTIE.

Si nous aimons l'unité scientifique, nous ne Taimons ps& au point de regarder comme générale une loi d'attraction démontrée vraie pour un intervalle spécial; les manifestations de Faction moléculaire sont si différentes, quand on passe d*un intervalle à un autre, quMl nous semble indispensable de n'accepter cette hypothèse qu'après avoir effectué des vérifications dans des limites suffisamment écartées.

Ainsi, la loi de Hariotte nous a conduit à penser que deux particules se repoussent suivant la raison inverse du cube de leur distance, et nous montre que dans l'intervalle gazeux l'action de deux particules matérielles est bien différente de l'action de deux particules matéritlles dans l'intervalle planétaire.

Nous croyons cependant qu'une loi générale embrasse toutes les manifestations des actions mutuelles des particules matérielles depuis des distances infiniment grandes jusqu'à des distances infiniment petites, mais nouscroyons en même temps que cette loi générale est susceptible de plusieurs formes particulières selon les intervalles, et que la connaissance d'une de ces formes particulières ne suffit pas pour conduire à la coimaissance de la loi générale ; pour arriver à ce dernier but, il faut au moins connaître plusieurs cas particuliers de cette loi.

Nous ne voulons pourtant pa» affirmer à priori que M. Seguin est dans l'erreur, lorsqu'il regarde la formule newtonienne, qui à nos yeux n'est qu'un cas particulier de l'attraction de deux particules, comme la loi élémentaire, générale et unique^ des actions de la matière dans tous les intervalles; une pareille hypothèse ne peut être

admise dans la scienca avant d'êlre vériBéepar un oombra suffisant de considéralmns théoriques el d'opératiooâ expérimentales.

Nous ne ferons pas seufemeot robjeclion précédente aux principes émis par M. Seguia ; il en esi une aulre beaucoup plus grave à nos yeux.

Selon M. Seguin les parlicules maii^rielles h leur dernier degré de division sont inQnimenl pcliles, daus toiUe la force du mot infiniment ; tmur lui les derniers cléiBenU de la matière ont des volumes rigoureusement nuls; ^ résulte de cette croyaoce que deux atomes ne peui ^ ni se recentrer ni se choquer. Poursuivant les o quences de cette idée, il termine ainsi une lelln^ w dans un des numéros du Cusiuos de Vannvc IS6Û .

« Trois corps placés à dislauce dans Tespace Ma% » mets des trois angles d un triangle tquUaléral.€ti^ » à Faction de la gravité en raison directe des .^ » en raison inverse du carré des distances, s"^ » du centre de gravité el viendroul le tmi » temps en accomplissant autour de lai ^mt » lalions semblables. ï> Ainsi, selun M. Sepiat ticules matérielles peuvcul Iraverscr même point géoméVriqut\ tvl, si celles trois particules élémculaires, ne étMpour des sommes de parlicuUfa?

compte des faits que \ ou cite ^ii§^1 à propos de Vimpétiûlrabililé et M. Segiûn a-V-il regardé eu non étendus? C'est qu iVesl son système de les regarder < pothèse, au coulrair*^, il( atomes soienl étendus <m h

Pourquoi tant i^l-^ô^Ab «' question abstraite ? C4

eupe fortement, et que nos réflexions sur la matière décomposée en partiel de plus en plus petites ne cessent de nous montrer des parties de plus en plus petites roaioto» nues entre elles à distance par des forces qui les protégeât en quelque sorte dans leur état spécial. Chaque particule règne, sUI est permis de s*exprimer ainsi, dans une petite sphère, et ce que Ton appelle atome sans étendue n'est pas exempt à nos yeux et à ceux d*autrui , d'un certain domaine dont le rayon n'est pas nul ; aussi , jusqu'à ce qu'un fait expérimental vienne nous convaincre que nous avons tort de penser ainsi , nous n*accepterons pas toote considération qui pourrait nous conduire à envisager trois particules et même trois atomes réunis au même point géométrique de Tespace ; nous sommes fortement convaincu que, par leur nature méme^ ils se refuseraient ^nergiquemenl, en vertu des lois qui régissent leurs actions mutuelles, Me confondre loUs les trois en un seul.

Passons maintenant à des considérations plus pratiques et appliquons les principes précédents à des faits obsenés et mesurés pour en déduire des conséquences importantes.

Des recherches très récentes sur les raies du spectre solaire sont venues confirmer nos idées sur les diverses manifestations de Faction moléculaire selon les différents intervalles. On sait que Fraflenhofer a porté très loin la décomposition du spectre solaire et est parvenu à y découvrir un certaiu nombre de bandes déliées sans lumière, auxquelles il a donné différents noms selon leurs différentes positions relatives.

Après Fraûenhofer, M. Foucault a remarqué que, si on fait passer un courant à travers un fragment d'argent placé dans une capsule en charbon, de manière à volatiliser et brûler le métal, la lumière produite donne alors, après avoir traversé un prisme, un spectre renfermant

une raie d'un vert magnifique. M. Robiquet a trouvé ensuite que si Ton interrompt le courant, de manière à faire cesser la volatilisation et la combustion du métal , le spectre que donne la masse encore en fusion est continu et absolument privé de raies.

Faisons ici une première remarque ; quand Targent est volatilisé ou brûlé, il y a une raie verte ; dès que la volatilisation ou la combustion cesse, il n*y a plus de raies ; mais quand l'argent brûle, il s'accomplit des phénomènes d'actions moléculaires dans l'intervalle chimique ; quand l'argent n'est plus qu'en fusion, les actions moléculaires dans rintervalle chimique cessent aussi ; il est donc naturel d'attribuer la production de la raie verte à des actions de particules matérielles appartenant à l'intervalle chimique.

Avant de développer nos pensées et nos calculs sur cette question, coulinuons de résumer les intéressants travaux des physiciens sur ce sujet et parlons des expériences récentes de MM. Bunsen et KirchkofiF, à Heidelberg.

La lumière du soleil et la lumière des planètes ( le même spectre avec les mêmes raies noires ; on en i dut que la lumière solaire rc llôciiie par 11^^ playtnu^ de son intensité, mais conserve ses propriétés.

Les lumières artificielles que nous pouvoir < la surface du globe, donnent aussi des spectres fèrent du spectre solaire par In couleur ùipml de raies brillantes au lieu de raies ooîr^ lantes varient de position el de couleur \ la flamme.

Une même flamme, par exemple, clairage, peut donner lieu à différente i y introduit les poussières de djfféitiitt liques ; ainsi, par exemple, la marin introduite dans la flamme

ment une raie jaune dans le spectre; un fragment de potasse donne deux lignes, une rouge et une Tiolette, et aucune des deux lignes n*occnpe la même place que la raie jaune du sodium; un fragment de cbaux donne plusieurs lignes colorées de rouge, d'orangé, de jaone et de vert.

Si on prend différentes combinaisons chimiques contenant toujours le même métal, on obtient toujours sur le spectre les mêmes raies brillaotes , et des composés chimiques contenant des métaux différents donnent des raies brillantes différentes. Si une substance renferme plusieurs métaux, sa poussière donne, après avoir été introduite dans la flamme du gaz de Téclairage, toutes les raies qui se rapportent à chacun d'eux.

Ce procédé d'expérimentation est d'une sensibilité tellement grande, que si on puivérise du sel à quelques mètres de distance du gaz, la raie du sodium apparaît. Si oo étudie les positions des raies des métaux dans le spectre produit par la flamme du gaz, on trouve que la raie du sodium occupe la même position que raie D de FraQenhofér, et qu'une des raies du potassium correspond à la raie i4. Si on enlève la flamme du gaz de l'éclairage pour la remplacer par un fil de platine incandescent, on obtient un spectre continu. Si on rétablit la flamme du gaz contenant des poussières métalliques et si on place lefll de platine incandescent derrière elle, par rapport k la fente par où pénètre la lumière qui doit traverser le prisme pour donner le spectre, les raies cessent d'être colorées; elles deviennent noires , mais elles occupent les mêmes positions; si on retire de la flamme les substances qui contiennent du sodium, la paie noire D disparait ; si on les introduit de nouveau, la raie noire D reparaît; si on écarte le fil de platine incandescent, les raies noires reprennent leurs couleurs.

Tel est le résumé des expériences décrites dans un ar-

— Ma —

tiele de la Revue européenne, du 15 mars de cette année.

Passons maintenant en revue nos conclusions et une partie des conclusions des auteurs.

La première (et celle-ci nous appartient) c'est que, si le métal incandescent n'éprouve pas de modifications chimiques, le spectre est continu et ne présente pas de raies; le speclre continu du fll de platine incandescent et celui de Fargent, qui cesse de se volatiliser par Finterruption du courant, le prouvent suffisamment. Les raies noires ou colorées, selon que la flamme du gaz chargée de poussières métalliques est accompagnée ou non du fll de platine incandescent, sont dues aux modiflcations chimiques qu'éprouve le composé métallique; ce dernier étant au milieu de la flamme du gaz, qui se combine avec Toxygène de Tair, est soumis à des actions moléculaires appartenant k rintervalle chimique : cette seconde remarque nous appartient encore.

La conclusion suivante appartient aux auteurs des expériences. Puisque la flamme du gaz de TéGlairage, chargée de poussières métalliques et accompagnée du fil de platine incandescent, donne des raies noires, occupant dans le spectre les mêmes places que certaines raies noires dans le spectre solaire, il est naturel de penser que la partie brillante du soleil est comparable à une flamme gazeuse renfermant des poussières métalliques ou des poussières de composés métalliques, et que le noyau du soleil, qui doit être porté par la flamme spbérique enyironnante à une température élevée, joue le rMe du platine incandescent. Les composés de sodium et de potassium donnant les raies D et il du spectre solaire, la flamme brillante du soleil rentenne donc du sodium et du potassium très divisés ou des poussières de composés de ces métaux.

Ce qui précède est une conséquence bien remarquable;

noas assistons pour ainsi dire au prélude de l'analyse chimique du soleil et des étoiles.

En présence d'un tel résultat, il est permis de dire que le domaine scientifique de Thomme s'accroît sans cesse, et d*espérer sans exagération que Tunivers entier, dans son ensemble et dans ses détails, sera Fobjet des investigations des chercheurs.

Nous ajouterons à cette dernière conclusion la remarque suivante : La partie brillante du soleil est analogue à la flamme du gaz de Téclairage ; c'est une grande couche sphérique où s'accomplissent sur une vaste échelle des phénomènes appartenant à rinlervalle chimique; le sodium et le potassium y éprouvent des modifications de ce genre. Avant de connaître ces belles expériences, nous avions les mêmes pensées; ce soleil brillant était pour nous un vaste foyer sphérique, et au moment où nous nous préparions à rendre compte de nos idées, Tarticle de la Revue européenne est venu leur donner une nouvelle confirmation : nous avons alors pris la résolution d'intercaler dans notre mémoire le résumé des travaux de MM. Bunsen et Kirchkoff , afin de montrer jusqu'à quel point les faits s'accordent avec nos principes.

Disons alors en peu de mots l'idée que nous nous Cedsons de la constitution du soleil. Nous supposons d'abord dans la partie centrale un noyau solide , sphérique et incandescent, puis autour de ce nojrau une première atmo* sphère chargée de poussières de métaux ou de composés niétalliques connus ou inconnus. Les substances qu'elle renferme jouent un r61e analogue à celui des matières qui occupent la partie centrale d'une flamme à la surface de la terre. Cette première atmosphère est environnée d'une secondeatmosphère d'une épaisseur bien plus grande que celle de la première. Elle renferme des substances qui, dans leur combustion avec celles de la première at-

mospfaère, jouent un rôle analogue à celui de Toiygène. Selon nous, à la surface de séparation de ces deux atmosphères, s'effectue constamment un grand phénomène chimique analogue à la combustion, et cette combustion est sans cesse alimentée par les matières renfermées dans chacune d'elles ; celte combinaison énergique ne s'effectue pas seulement à la surface géométrique de séparation, mais dans une couche sphérique d'une certaine épaisseur. En certaines régions de cette couche la combinaison est plus ou moins complète et l'on se rend ainsi compte des taches solaires. La chaleur dégagée par cette couche doit être suffisante pour élever au rouge incandescent la surface du noyau central environné de ce vaste foyer sphérique. Indiquons maintenant comment le soleil envoie dans toutes les directions de la chaleur et de la lumière avec une vitesse considérable.

QUATRIÈHB PAHTIB.

1. Nous avons indiqué dans notre premier mémoire • comment dans la formule

Page 1