‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 35 sur 120 · DE LINFLUENCE DE ROME · texte numérisé non relu

DE LINFLUENCE DE ROME

8DR LES GI¥ILlSAnONS POSTÉRIEDRES.

E YuNG, Rome et le génie romain (Mag. de Lib., 25 août-10 septembre 1860).

Quand un profond penseur, Pascal» considérait Thumanité comme un seul homme qui vit et apprend éternellement, il exprimait une incontestable vérité. L'histoire des nations mortes démontre en effet une succession constante et une modification progressive de Thomme social. Solidaires les uns des autres, les peuples, dans quelque temps, dans quelque partie de la terre qu'ils aient vécu, semblent avoir reçu une mission providentiello qu'ils ont ignorée et qu'ils ont accomplie fatalement. C'est un beau spectacle que cette transmission incessante des idées, comme un patrimoine commun de tout homme qui vient en ce monde. Partout existe une chaîne continue d'études et de conquèfes intellectuelles, partout un lien divin d'intelligence entre le peuple qui meurt et celui qui naît, partout une union intime et forcée entre les diverses nations du globe, toutes occupées à apporter leur pierre à l'édifice immense do la science et du génie. Ça été une des plus sérieuses et en même temps une des plus douces études pour l'homme, que de se retrouver pour ainsi dire

lui-même dans ceux qui Font précédé, et de reuconlrer la preuve de sa dignité et de Télévation de son esprit dans cet héritage continu de connaissances et de pensées trans* n;is a?ec orgueil et recueilli avec respect. Aussi tous les penseurs qui se sont succédé ont-ils constaté avec joie cette solidarité glorieuse des peuples dans Tœuvre commune du perfeclionnemeni social. Il en est des sociétés comme des individus, et sur les ruines même d'une nation disparue vollige et se retrouve éternellement vivante l'idée nouvelle qu'elle a enfantée pendant sa vie, et qui fait sa gloire après sa chute. Rien n'a donc été perdu dans le monde; tous les éléments intellectuels, de quelque côté qu'ils soient venus , ont formé un tout complet, et nul peuple ne s'est éteint sans avoir fait son œuvre. La différence entre les nations diverses n'existe que dans la valeur plus ou moins grande des résultats obtenus. Une nation s'est reacontrée, organisée d'une façon particulière, née de rien et devant tout à elle-même, je veux dire la nation romaine. Les siècles n'en ont pas affaibli le souvenir, et les législations postérieures portent encore l'empreinte profonde de ses coutumes et de ses lois. Aussi s'était-on plu jusqu'ici à lui accorder une incontestable influence ; sa place dans la vie de l'humanité n'avait jamais été disputée, et le passage de Rome à travers le monde se reconnaissait, non pas à la désolation et aux ruines, mais aux institutions sociales et juridiques que laissaient derrière elles ses légions. De nos jours pourtant la critique essaie de lui dénier ce caractère civilisateur : toute action sérieuse et utile sur le progrès postérieur de rhumanité vient de lui être refusée dans un des derniers articles d'une publication récente (Magasin de librairie, 25 juillet 1860). Un écrivain dont il faut tout d'abord reconnaître la science profonde et l'originalité érudite, est venu faire le procès à l'opinion généralement admise et

essayer d'établir que le peuple romain avait été l'objet d'un respect trop confiant et d'une admiration trop crédule. « Les Romains n*ont fait que du mal, écrit H. Yung ; » ils ont établi leur empire par des vices odieux, des vio- » lences et des perfidies ; ils ont ruiné, abiti, corrompu » le monde qu'embrassait leur tyrannie ; quinze siècles » après leur chute, ils sont encore funestes par les fausses » idées, les maximes erronées, les haïssables principes qu'ils » ont fait un moment triompher et dont les nations mo- » dernes ont hérité pour leur malheur, comme on hérite

» d'une maladie » J*ai dû citer cet énergique passage

' pour faire comprendre quelle a été la pensée dominante du travail de H. Yung, et par quelle gradation d'idées il en est venu jusqu'à dire : « Le respect et l'admiration (pour » Rome) ne sont que des préjugés séculaires qui ont assez 9 \écu; il est temps quele blâme parki car leblàme c'est lajtis- 9 tice(i). n Ainsi doncThumanité tout entière s'est trompée jusqu'à nos jours; de grands esprits se sont passionnés pour une mauvaise cause, et ne se sont pas aperçus que Rome, loin de nous avoir apporté des idées plus nobles et des institutions plus morales, ne nous avait légué que la flétrissure héréditaire de ses perfidies et de ses vices. La question ainsi posée m'a.sembléi trop grave pour passer inaperçue; l'opinion de quinze siècles s'euveloppe d'une majestueuse autorité, et l'erreur, s'il y en a eu une, a été en tout cas si constante et si prolongée qu'il est nécessaire d'en rechercher les preuves et de les vérifier avec une scrupuleuse attention. La tâche est difficile, je le sais, et je ne l'eusse point entreprise si je n'avais eu la certitude de suivre une voie tracée par les Bossuet et les Montesquieu, et l'espérance de me tromper avec deux des plus grands génies du monde.

(1) Yung, Rome et le genre romain, 1 page 511.

1I1FLUE»€E PIE LA COJHQTIÈrU.

Je ne veux poîtil ici faire le panégyrique de Romo : jo sais qu'elle a souillé de sang ses triomphes; et qu'elle a souvenl sacrifié la génémsild à rambillon. Mais le but principal des recherches, quand il s agit d'un peuple mort, doit èlre le rùle qu'il a joué, et non ses vices parliculiers. Il mlraporle peu, dans ctilte étude, de rencontrer sur ma route des cruautés ou des désastres qui sont plus la faute de l'époque que celle du peuple lui même : ce qu'il s'agit de découvrir, c'est l'aspect général de la vie de ce peuple et son effet sur lo monde. Je ne puis partager l'opinion sévère de M. Yuug sur le caractère romain • Sans doute les vices inhérents à l'humanité tout entière se sont rencontrés dans la nation romaine. L'avarice, l'ambition, les crimes publics ou privés existent là comme parlant ailleurs. Mais il me semble qu'un peuple ne se juge t»as comme un individu ; ce qui s'appelle modération dans la vie privée s'appelle faiblesse dans la vie publique; et l'amour absolu de la paix est souvenl chez une nation une preuve d'hésitation et un oubli de sa dignité. Quand mémo M, Yung, par les quelques exemples qu'il cite, aurait prouvé (ce dont je ne puis m'empôchtT de douter), que lo Romain était avide , usurier et cruel , il n'aurait rien fait pour changer l'histoire. Le caractère général de la nation n'aurait reçu aucune atieinte; et quand il serai vrai que le citoyen de Rome n'aurait pas eu ta nature élevée et Taustérité qu'on lui accordCj les Romains n'en reste raient pas moins un grand peuple. Bien plus, ce serait le cas d'admirer encore davantage une nation qui a

su foire avec des éléments si misérables un tout complet rempli de force et de grandeur. Laissons-là ces défouls de caractère, tacites qui frappent peut-être un ol>$er?ateur minutieux, mais qui doivent disparaître quand on se place au point de vue de l*histoire. Vu en dehors de tonte ingnation passionnée, le peupleromainnousapparaltetdans sa vigueur et dans son incroyable rapidité de développement, tout différent des autres peuples. La destruction des annales des Pontifes dont se plaint si amèrement H. Yung, n'a pas été si complète que les Romains aient pu déguiser leurs origines. CVst par eux que nous connaissons cet étrange rassemblement d'individus, ce refuge de tout ce que ritalie d'alors bannissait de son territoire, cette colonie si divisée et si peu nombreuse qui n'avait même pas de femmes et qui en volait aux autres; c'est par eux que nous assistons aux premières guerres d'une nation composée d'éléments hétérogènes, barbare encore comme toute nation à son début, et qu'une volonté énergique et une persistance incroyable allaient faire la reme du monde. J'abandonne à M. Yung ces tristes commencements de Rome, mais je puis lui demander si tous les peuples n'ont pas débuté par la barbarie, et s'il y a lieu de tant s'étonner de retrouver ici Tapplicalion d'une des règles les plus invariables de Thumanilé. Ce qui doit nous frapper, ce qui est le caractère distinctif du génie romain, c'est une ambition singulièrement calculée, un esprit éminemment pratique et avant tout organisateur. Voyez, dès le début, le respect de ces plébéiens si fiers et si jaloux du titre d'hommes libres pour ces familles patriciennes,vrai noyau de la grandefamille romaine. Tout, dans les mœurs et dans le droit, s'empreint d'un caractère rigoureux et formaliste. La rigueur était nécessaire pour contenir les éléments divers dont se composait Rome; la formule était le voile religieux et juridique derrière lequel

s*abrilait raristocralie romaine, qui voulait tout diriger ei tout conduire, parce qu'elle s'en sentait seule capable. Pour ce peuple guerrier et impatient de toute espèce de joug, la superstition religieuse était le seul frein possible ; le sénat, cette âme de la répulique naissante, le comprit : Romulus fut déifié, et Numa ne put faire respecter ses lois qu en les enveloppant du caractère sacré d*une intervention divine. Les intérêts privés sont désormais réglés; ces lois dureront jusqu'aux XII tables. Hais les intérêts publics vont êtreTobjet d'une modification profonde dans le mode d'élection. Servius Tullius fait servir une combinaison nouvelle de classes à l'affermissemenl du pouvoir aristocratique. Sans doute le peuple paraît oublié, mais si le bonheur individuel souffre, Rome grandit en puissance. Tout est là pour les Romains : et ce sacrifice de l'individu au profit de la communauté politique est leur plus grand caractère et tout le secret de leur génie. Il semble que Rome eut déjà conscience de sa mission providentielle, et qu'elle se sut destinée à maintenir le monde ; car elle façonnait son peuple à l'obéissance et à la sévérité pour le rendre digne du commandement. « Rome, dit Montesquieu, ne se conduisait pas par le sen- » timont des biens et des maux; elle ne se déterminait * que par sa gloire, elle n'imaginait point qu'elle pût être

» si elle ne commandait pas (1). »

L'empire du monde qu*elle convoitait ne lui fut point acquis sans efforts. Les Samniles la firent trembler : les légions romaines passèrent sous le joug ignominieux des vaincus. Les Romains ne demandèrent pas la paix; ils recommencèrent la guerre, et la victoire fut de leur côté. Annibal aux portes de Rome, à la tête de son armée victorieuse, n'abattit pas leur courage : on arma les esclaves,

(1] Montesquieu, Grand, et déc. des Rom., ch. A.

Annibal fut vaincu et Rome sauvée. M. Yung ne voit dans celte obsUnaEiûû courageuse que le résultat d^un immense orgueil ; je le veux bien, sll m'accorde qu'un orgueil blâmable chez un pariiculier est de la dignilé chez une naliorj. Dans la voie qu'elle suivait, Rome était forcée d'être toujours viciorieusé (1). Une défaitn ol suri ou t une paix humiliante lui eût non-seulement enlevé ses conquêtes, mais eût arneoé contre elle un soulèvemeni universel qui i*eûl détruite. Elle altaîl donc sans cesse en avant, laissant derrière elle des pays conquis sans doute, niais en même temps organisés. Rome n'eût donc rien gagné, elle eût tout perdu a faire la pais : c'est ce qui explique pourquoi les malheurs publies mettaient un terme aux discordes et rc^unissaient tous les partis. Quand Anoibat parut, toutes les fairtions se consacrèrent h la défense des intérêts communs : quand Scipion débarqua devant Carthage, les factions se divisèrent encore plus. Un parti de ta paix se rencontra dans le sénat carlhaginois. Il ne faut pas croire avec M. Yung que ce fut » parce qu*à Carthoge t on comprenait que les bienfaits de la paix étaient pré- » fera blés aux chances de la guerre, que les peuples ne t sont pas faits pour se combattre, maïs pour accroîlre lî mulueUemenl leur prospérité par la réciprocité dcsser- * vices (2), M C\ st faire trop d'honneur aux Carthaginois que de leur supposer une morale aussi élevée,— Il ne faut pas oublier qu'à Tépoque de la dernière guerre punique le culte de leurs dieux exigeait encore des victimes humaines, et que Ses mères qui brûlaient leurs enfants en

(i] V, loi 18, D. 49, 2, 1&. — Tile-Iive, liv. 2â, c, 57 et suit, ^ Sallusle, De belL caL, 9. — Poljbe, liv. 6. ch. 56, — Cicer,, De Off.. liv, 3, rh. 26,

(2) Yung. Rome et TEmp. Rom., Mag. de Libr. du 25 août 1860, p. 530, Iro partie.

rhonneur du Holoch carthaginois, étaient les épouses de ces sénateurs qu'on nous représente comme ayant déjà dans Tantiquilé conçu cette idée « toute moderne » des relations paciQques et commerciales entre les peuples. Le plus bel effet de la conquête romaine fut de mettre uu terme à ce culte barbare et à ces monstrueux sacrifices : et' cela seul suffirait pour la justifier aux yeux de Thistoire, et pour prouver que loin de porter avec les armes Tabâtardissement et la servitude, Rome faisait au contraire aux nations vaincues Tinestimable présent d'une civilisation plus avancée. Elle s'enrichissait, il est vrai, par ses victoires ; elle s'embellissait des chefs-d'œuvre grecs, mais le pillage après la guerre n'avait rien de vil et de déshonorant à une époque où la religion conviait les dieux eux-mêmes à partager les dépouilles des vaincus. D'ailleurs, les particuliers, sauf de rares exceptions, ne profitent pas de ces richesses : les triomphateurs les apportent à Rome, et les donnent au peuple sans en rien garder. Hummius qui, pour me servir de l'expression de M. Yung, emporte à Rome Corinthe captive, no conserve rien pour lui-même (i). Le trésor immense de la Macédoine eut pour résultat de supprimer l'impôt à Rome, et Paul-Emile mourut pauvre, ne rapportant chez lui, dit Cicéron, qu'une réputation immortelle(2).Scipion ne gagna à la chute de Carlhage qu'un surnom glorieux. Est-ce donc là cette bravoure intéressée dont parle M. Yung, et faut-il dire avec lui que « nul sentiment » élevé ne les échauffe, et qu'ils luttent inébranlables et » muels^ moins pour la gloire et l'indépendance de Rome » que pour la conservation de leurs biens. » On est donc forcé de reconnaître que le courage et l'a-

(1) Vell. Pat.. Hv. 1. ch. U.

(f) Cicéron, De Off., Hv. n, ch. 22, no 76.

mour désintéressé de la pairie étaient deux vertus des Romains, vertus qu'ils partageaient sans doute avec d'autres peuples et qui ne suffiraient pas à expliquer leur formidable puissance. Mais ce qu'ils avaient de spécial et de particulier, c'était un esprit de conduite admirable. Ils prenaient aux autres peuples ce qui leur semblait avantageux, et les découvertes du monde entier servaient à leur grandeur. Ils empruntèrent aux Etrusques des cérémonies religieuses, Tépée aux Espagnols : une galère carthaginoise échouée sur les côtes d'Italie fut le modèle de leur marine (Salluste). Les Gaulois, au contraire, supérieurs aux Romains par la force corporelle et leurs égaux par le courage, n'eurent jamais Tidée de modifier l'épée dont ils se servaient et dont le désavantage ^tait évident dans les combats. Les autres peuples étaient encore barbares que les Romains, par une étude constante et une incroyable activité, avaient déjà conquis sur eux d'incontestables avantages. En mettant de côté toute susceptibilité nationale, il faut avouer que la conquête de la Gaule fut un progrès pour l'humanité. Le druldisme ensanglantait les vieilles forêts de la Brelagne et de la Germanie. Lu barbarie la pluscomplèterégnaitàl'époquede l'invasion romaine; on brûlait vifs les prisonniers de guerre et on les immolait à Tentâtes. Rome apporta donc aux Gaulois, au lieu d'une liberté déréglée et sauvage, une civilisation supérieure. Les Gaulois savaient se battre, les trois légions de Varus sont là pour l'attester; mais ils n'avaient entre eux ai)cun lien politique qui les réunît et les soutint. Les Romains au contraire toujours patients, toujours unis, se relevaient de leurs désastres et profitaient de leurs victoires. Ce n'étaient pas d'ailleurs des conquérants ordinaires : deux hommes que l'histoire met au rang des grands capitaines, et que les historiens ont couronnés d'une auréole commune de gloire et de génie, Alexandre

et César, ont été tous deux conquérants, mais d*une façon bien différente. L'Orient tout entier a tremblé devant la phalange macédonienne; ses jours de marche se comptent par des victoires, et les triomphes d'Alexandre semblent trop éclatants et trop nombreux pour être Tœuvre d'un seul homme. Mais, lui mort, que reste-t-il? Des populations détruites, des villes dévastées et*prises d'assaut, Persépolis incendiée dans une orgie. Alexandre mourant ne désigne pas son successeur, et sa dernière pensée est une pensée de désespoir; il entrevoit sur son lit de mort la chute prochaine de cet empire conquis par tant d'efforts, et dont lui seul est le soutien. L'œuvre du génie périra sous les discordes des ambitions vulgaires. César, au contraire, parcourra la Gaule avec ses légions, mais l'esprit de Rome restera après lui. Ses soldats apprendront aux vaincus les arts de la paix : ils construiront des aqueducs, des cirques; ils dessécheront les marais, traceront de grands chemins de communication ; et à ces immenses et utiles travaux, la Gaule reconqaitra l'empreinte d'une main victorieuse sans doute, mais en même temps civilisatrice. La colonisation romaine reliera le pays vaincu à la mère-patrie; les villes se relèveront de leurs ruines, et l'organisation savante des territoires conquis survivra aux désastres de la conquête.

mPLUENGE PAR LB DROIT.

Rome a donc par ses armes rendu un service éminent à la civilisation du moûde. Il est en effet des peuph s qui semblent recevoir seuls une lumière d'en haut quand les autres s'endorment dans les ténèbres. Il naît dans leur

sein des hommes qui, sans s*en douter, ne pensent pas comme le reste du monde et qui même, par quelques côtés, sont en avance sur Thumanité. Rome, à IVpoque dont nous nous occupons, était la seule nation qui dans de certaines limites représentât Vidée. Que cette idée fût une idée de conquête, il n'y a pas lieu de s'en étonner; comment en eût-il été autrement? La communauté d'intérêts, lien si puissant entre les différents peuples, ne peut exister que lorsque ces peuples se connaissent et se mêlent, pour ainsi dire, l'un à l'autre; les relations commerciales, les voyages sont des moyens sûrs de paix et d'assimilation. Rien de tout cela n'existe à Tépoque romaine. Les Romains ne s'éloignent presque jamais de la ville éternelle pour s'occuper d'intérêts matériels, et si quelqu'un voyage et fait des affaires, c'est l'affranchi devenu commerçant pour le compte de son patron (1). Une seule passion peut enlever les Romains à leur foyer, c'est l'orgueil. Le nom romain doit être porté jusqu'aux extrémités du monde, et par une vue providentielle ce sentiment, qui leur semblait tout égoïste et tout personnel, tournait au profit général de l'humanité.

Il y a eu, il devait y avoir conquête ; mais la conquête est peu de chose si elle se borne à l'asservissement et au bouleversement des peuples. Le jour fle la victoire n*cst rien, c'est le lendemain qui compte aux yeux de l'histoire. Quel a été le lendemain des victoires de Rome,

(1) Le commerce était si mal organbé à Rome que les approYisionnements n'étaient pas fixés et réglés d'une façon constante. Pour assurer TarriYée des subsistances et la mise en œuvre des matières premières, on avait cherché à stimuler l'activité commerciale en promettant le jus quiritium aux Latins qui s'occuperaient des approvisionnements du peuple romain ou qui dépenseraient une partie de leur patrimoine à bâtir des greniers et des édifices publics. V. Gaius. Comm. 1, §§ 33, 34.

voilà ce qui reste à examiner. Toute Thistoire des Romains est dans leurs institutions juridiques ; leur origine s'y révèle et leurs progrès s'y ihanifestent. Grèce à eux, un élément nouveau, le droit, s'introduisait dans le monde et devait y amener, comme résultat principal, plus de solidité et plus de cohésion dans les diverses parties de l'édifice social. C'est cet élément, hâtons-nous de le dire, que nous rencontrons immédiatement après la conquête finie, et qui vient en assurer la durée. Il est tout simple aujourd'hui de no reconnaître de véritable sécurité et dé réel fondement à une puissance, qu'autant qu'elle s'assied sur une liaison intime d'institutions et de lois entre le peuple vaincu et la nation conquérante. Hais cette idée qui nous semble si naturelle n'était pas encore admise au temps dont nous parlons ; ce fut la gloire des Romains de l'avoir comprise et exécutée les premiers. Tout s'encbaine dès lors avec une admirable logique : le vainqueur, au lieu de s'étudier à comprimer et à détruire, s'assimila les mœurs et la langue du peuple vaincu, et n'usant que de Tinflucnce d'un esprit plus cultivé et plus sage, fit peu à peu et sans secousses violentes prévaloir ses propres coutumes et sa civilisation supérieure. Pour rendre les autres plus avides de ses privilèges et do ses lois, Rome feignit d'abord de s'en montrer avare. Elle se laissa arracher les concessions premières, mais elle avait déjà compris le nouvel empire que celte communication du droit lui faisait acquérir sur les nations qu'elle soumettait. Il est vrai, qu'à l'origine, les divers peuples d'Italie tenaient peu à partager les institutions d'une nation faible et encore à son début, et qu'ils forçaient quelquefois Rome à leur rendre leur autonomie (1). Hais

(4) Tit. Liv.. liv. 3. 42. — Liv. 8,43. — Liv. 34. 41. — Voy. aussi loi?, §1.D. liv. 49, lit. 15.

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