‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 39 sur 120 · S5 — L'AME · texte numérisé non relu

S5 — L'AME

A M. de Lamartine ,

APHÈIS r^VOin LU SES tl\ni1t}»lES M>ÉTrOUES.

r»u lerrcslre séjour quand fâme délacliéo, A&naiile des hauls Hcun, plonge par ]a pensif Dans ce faste océan qu'etifantenl ses désirs Et qu'elle uime è peupler dlacffiibles plaisirs; A rheurc où loul se lait, où la lumière expire; (ta Ton n'enlend plus rien que la voix du zépbire Qui baise en frémissaot le calice des fleurs, Où rombre de la nuit apporle sc^ lerreurs, Où le lemplo déserl esl veuf do la prière; Quelquefois au sommeil, dérobant ma paupière h vais chercher des bois le calme cl la fraîcheur Là, bien loiu des calculs quidessèchenl le coeur. Bien loin des passions où s'agite la vie, Loin des poisons subtils que la jalouse envie Prépare en souriant aux favoris des dieux^ Seul, mais seul avec toi j'inlerroge les cieux. Aux yeux du Créateur atome imperceptible, Otielte main guidera dans ce monde invisible El mes jeunes désirs el Terreur de mes pas ? C'est loi pour qui le doule eut de chastes appas, Toi qui uo lui dis point aux joum de ta jeunesse, Cemiiic un amant trompé rejette sa maîtresse r

» Ea vain je m'égarai dans tes sombres replis, x> Inhabile architecte, en vain sur tes débris » Je voulus élever un durable édifice; » Lassé de résister au sort dont Tinjuslice 9 Détruisait à plaisir Touvrage de mes jours, » De l'incrédulité j'appelai le secours. » .

Non, tu connus le prix des studieuses veilles. La nature t'offrit un livre de merveilles, Hiéroglyphes sacrés au vulgaire interdits, Et qu'en sublimes vers ta main nous a traduits. Dis-moi, quand la mélancolie Vient à mon âme recueillie Offrir un pieux souvenir D'enfance, d'amour ou de gloire, Ou bien sur ses ailes d'ivoire M'emporte aux champs de l'avenir; Quand mon sang bouillonne et s'agite.

Et que d'une rougeur subite Je sens mon front se colorer; Lorsque je me sens frissonner.

Comme aux approches de l'orage On voit flrémir sous le feuillage L'oiseau qui suspend ses accords; Lorsque cédant à mes efforts.

Vierge sainte, la Poésie Des parfums de son ambroisie Anime mes vers ignorés, Quel feu circule dans mes veines?

Dis-moi quelles clartés soudaines Brillent à mes yeux enchantés?

Tu le sais : Dis-moi quel génie Inspirait l'antique Hellénie,

Aux jours où soupirait Sapho?

duel souffle réveille l'écho

Dû celle harpe ossianjque

Qui, la nuil, au milieu des airs,

Daas le silence des déserts

Parfois jelte un son propbélique?

Et le cyguG aux blanches couleurs,

Qui dans ses ehaotsa mis des pleurs ,

Qui lui donne sa mélodie.

Lorsque prêt h quitter la vie,

Il exhale un dernier adieu ^

Esl-ce une vivaule étincelle^

Fille dé la voûte élernclïeî

Tu réponds ■. » C'est resprit de Dieu!

w C'est Tespril qui peuple le moudc

j(! D^intelligence et de vertus,

■ L^esprit donl la source féconde

» Survit aux lemps qui ne sont plus,

» C'est Tesprit qui dit aux étoiles :

n De la nuit parsemez les voiles

» Et levez-vous quand le jour fuit;

I* Au soleil : Dispense à la terre

a Avec des torrents de lumière

» La fécondité qui te suiL

I» C'est lui qui dit à la nature i

w Soil que d'une voluplé pure

*» Le malin te verse les flots,

m Ou que le soir, frère des heures,

« Apporte à l'homme en ses demeures

» Et le silence et le repos,

1 Avec le ruisseau qui soupire,

» Et la douce voix du zéphyre,

» Et le tumulte des autans,

1 Avec le réveil du printemps,

» Avec l'hiver et ses orages,

» Sur rOcéan aux longs rivages,

» Dans la joie et dans la douleur

» Chante un hymne à (on Créateur. »

C'est lui qui t'a crié : » Poète prends ta lyre, 9 El réchauffe aux accents de ton noble délire

» L'homme des bienfaits oublieux.

» La vie est un chemin qui doit conduire aux cieux

» Enseigne-lui quelle harmonie

i> Préside aux lois de l'univers ; » Prends ta lyre, ô mon fils, je mettrai dans les vers

» Un doux reflet de mon génie. »

D'autres ont célébré l'amour et ses désirs, Et les promesses de la gloire.

Et les hasards de la victoire ,

Trop périssables biens,. trop fragiles plaisirs Qui souvent n'ont pas deux aurores.

D'un avide regard tu sondes, tu dévores La carrière ouverte à tes pas, El ta langue ne peut se taire Devant cet éternel mystère Que le monde ne comprend pas.

Voilà Rome et son Colysée; Interroge en passant l'ombre de Cicéron, Soulève sans efforts les cendres de Caton,

Et pèse au fond de ta pensée Ce que laisse après elle une gloire éclipsée

Qui n'eut rien d'égal ici-bas :

Des pierres, des tombeaux, des ruines hélas !

Moins périssables que les hommes.

El ces guerriers fameux, ces [missants oraleors Qui commandaienl aux rois et reniualaul les cœurs,

11$ furent tous cb que nous sommes, Des exilés d'uu jour qu'un Jour a vu mourir,

Et puis une froide poussière, Uàoes que ne doit plus réveiller la lumière,**..

BHUant passé sans avenir!

El l'incrédule a dit; « Ainsi tout doH finir! » Ainsi quand le Irépas de ses ailes esclaves

Viendra dt^lachcr les entraves Qoi seulos parmi nous pouvaienl te relenir, Au tombeau tout entier nous le verrons descendre ! Ton âme pour jamais aura cessé d'enlendre

Le bruit des célestes concerts, Et lescieux que vivant, lu voyais enlr'ouverls Auront laissé pour toi le néant à leur place î Eh quoi! talents, vertus, beauté, jeunesse, grûcc. Tout ce qui brille aux yeux de Téclat le plus beau Ne saurait éviter le stupide niveau De celte main de fer qui brise rexistencé ! Pourquoi respectez- vous ta timide iunocence? Plus de lois, plus d'encens, renversez les autels Où vous aviez placé dos hommes immortels!

Rien oe survit h la matière.,.,.

Eeoules cependant : h son heure dernière, L'bommc n'a pas toujours des angoisses de mort,

Et de sa paisible paupière Son œil brillant d*cspojr se voile sans effort. Il n'est plus! un instant Ta donc fait insensible? Habile anatomistc^ un scalpel o la main, Allez -vous découvrir cette force invisible Qui tout à rhourc au sang indiquait son chemin, Qui disait au cerveau : # Digère ta pensée^ »

Qui ravivait des nerfs Ténergie épuisée,

Et d'organes divers unissant les efforts,

Etablissait entre eux ces merveilleux rapports,

Force conservatrice, étroite sympathie,

Admirable unité d'où jaillissait la vie?....

La vie!.... Ah! c'est le mot que méditait Platon,

Que Socrate cherchait en buvant le poison,

C'est le mot qui résiste à toute intelligence.

Qui sait?.... Peut-être au jour où la tombe commune,

Peut-être

Si pour nous dans un autre univers Il n*est plus de soucis, plus de maux, plus de fers, Plus de ces jours sans but où notre cœur est vide. Où, comme ces rochers dont le sommet aride Des roses du printemps ne s'est point couronné. Il bat muet d'amour, d'espoir ou 'd'amitié; Si notre âme brûlant d'une ardeur éternelle Rencontre pour l'aimer une autre âme comme elle; Si, dans cet océan de voluptés sans fin, Tous nos sens épurés par le souffle divin. Et déposant du corps l'enveloppe grossière, S'inondent à longs traits de vie et de lumière; Si Dieu daigne à nos yeux montrer sa mcgesté ; Si chacun de nos vœux par un ange emporté Est l'hymne le plus doux à sa toute-puissance. Dis-moi, serons-nous tous égaux en sa présence? Devant lui verrons-nous, ensemble confondus. Ces mortels généreux dont les hautes vertus Ont brillé parmi nous comme un jour sans nuage? Et ceux qui.plus obscurs ont marqué leur passage Par des bienfaits qu'au monde ils avaient déroba. Et ceux qu'au repentir le crime avait légués, Et le riche et le pauvre, et les rois de la terre? Et moi de qui la lyre inculte et solitaire

Ne sait pas ces accords qui font vibrer les cœurs, Irais-jo auprès de toi dans les célestes chœurs, Aux pieds du Dieu vivant qu'adore Tempyrée Mêler ma faible voix à ta voix inspirée?

T. RiDÂRD,

(Octobre 1830.)

SITION D'AGRIGIILTIIRË

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