‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 56 sur 120 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ÀHBIHDBHBNTS BT EI^GRÀIS.

J'ai dit qiie nos terres du Craonnais ne possédaient d'autre'chaux que celle que nous y transportons soit dé"Saint- Berthevin, près Laval (24 kil.), soit de Grez en-Bouëre (28 à 30 1 .).

(1) Il tombe annuellement à Paris 0^500 millimètres d*eau environ, id. — à Craon 0.828 — —

Or si OmSOO mill. d*eau donnent à Paris 798 kil. d*azote> 882 mill. d*eau à Craon doivent donner 1321 kil. d^azote.

Les derniers travaux de M. Barrai prouvent aussi que Teau de pluie contient Tacide phosphorique si indispensable à Talimentation des plantes et des animaux.

Les usages actuels de rarrondissement de Chàieau-Gonlier prescrivent de mettre 16 hectol. de chaux par hectare semé eu froment ou en grains de printemps, ce qui , pour un ensemencé ordinairede V2 ou 13 hectaresen grains d*hiver et de printemps , exige en moyenne 200 hectol. de chaux et 6 à 7 voyages de deux journées chacun.

Voici la méthode que j*empIoie et que j*ai toigours recommandée.

Pour chaque hectol. de chaux je fais amasser un tombereau , ou mètre cube , de terreau composé de feuilles pourries, gazons, curures de fossés, etc. (i) et à leur défaut tout simplement de la terre prise dans les parties les plus élevées des champs , mais de manière à ne pas faire d'excavations. On place dans cette terre la chaux à son arrivée du four en ayant soin que chaque pierre soit bien enveloppée de terre. Au bout de quelques jours , et dès qu*on s'aperçoit qu'elle est délitée , ou fondue, je fais apporter du fumier d'étable à raison d'un mètre cube pour 4 hectol. de chaux, et le tout est parfaitement brassé ensemble et relevé en tombe (prisme à trois pans à peu près équilatéraui) on remue encore une fois ces tas avant de les employer^ et plus ils sont vieux faits plus leur action est énergique. On estime que la valeur do ce compost équivaut à un volume moitié moindre de fumier. Ainsi 16 mètres cubes de cet engrais équivaudraient à 8 mètres cubes de fumier valant 48 tr.

Or ils ont coûté 1 mètre cube de fumier. ... 6 fr.

4 hectol. de chaux prise au four 5

11 fr.

Reste pour le charroi de la chaux, la valeur du

terreau et la main-d'œuvre 37

Total égal. . . . 48

(1) Nos usages exigent que les haies soient réparées, les fossés cofito, par septième, chaque année en coupant la rame des têtards.

L^efficacité de ces compots est telle que nous mettons tant que nous pouvons nos fumiers dans cet état.

Nous croyons que cette efficacité tient, non seulement à ce qu*ils facilitent la formation de nouveaux sels, mais encore à Textrôme division des molécules fertilisantes, division telle qu*il n*y a pas un grain de semence dont les radicules ne rencontrent en germant un engrais immédiatement assimilable.

Cependant , des agriculteurs , des savants même , ont blâmé vivement ce contact des fumiers et de la chaux vive. C'était tout perdre disaient-ils,— que faire? — La science nous condamnait, mais Texpérience nous encourageait, — nous nous résignâmes è continuer d'obtenir d'excellentes récoltes contre toutes les règles de la théorie jusqu'au moment où nous avons été agréablement surpris d*entendre la science, par la voix de HH. Boussingault et Payen , nous absoudre et nous permettre enfin de considérer nos succès comme de bon aloi.

Nous avons essayé de mélanger le sulfate de fer aux matières ammoniacales ; mais bientôt effrayés des observations de certains chimistes assurant qu'on ne produisait ainsi qu'un sel insoluble (phosphate de fer) j'ai cessé des essais coûteux , dont rien en définitive ne m'a prouvé l'utilité.

J'ai essayé aussi le plâtre en* mélange avec les fumiers, je n'eu ai remarqué aucune amélioration. Semé en couverlure sur les trèfles, il n'a produit chez moi et chez mes voisins aucun des bons effets remarqués ailleurs sur les terrains calcaires. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu'au moyen de la grande quantité de mes provendes vertes et sèches, la masse de mes fumiers a plus que doublé en quantité et en qualité. J'en ai donné plus haut l'aperçu. — Pour les augmenter encore, je creuse de 0" 30 la place de mes fumiers et avant de les y établir je rem-

plis celle excavation de terres sèches, de chiendent à chapelet surtout, au bout d*un an elles forment un excellent terreau pour les prés.

Mes fumiers sont montés d'aplomb sur leurs quatre faces par couches d'égale épaisseur. Ainsi la fermentation s'établit d'une manière uniforme dans toute la masse et les eaux pluviales en tombant s'y imbibent sans les laver.

Je n'ai point établi de fosse à purin, les frais de maind'œuvre pour l'exlraclion et l'épandage m'ayant toujours paru surpasser le bénéfice (1). Mais les purins non absorbés par la terre mise sous les fumiers sont réunis et dirigés soit dans des fossés où l'on jette des feuilles, ou d'autres débris absorbants, soit sur les prèsoùils sont entraînés sans frais par les eaux pluviales.

Toutes mes étables et écuries étant pavées, le purin non absorbé par les litières est réuni à celui des fumiers et utilisé de la même manière.

En outre de mes fumiers j'emploie autant que l'économie le permet , le guano , les charrées , les fumiers étrangers et les boues de la ville dont je suis adjudicataire jusqu'à 1861.

Hais un engrais dont je fais surtout usage pour les colzas et les choux de Poitou est le noir de raffinerie; rien n^égale sa puissance sur les plantes de cette famille.

Enfin, dans chaque ferme sont placées des tinettes servant de lieux d*aisances , elles portent deux oreilles au moyen desquelles on les enlève et on les vide sans difficulté dans les fumiers ou dans les terreaux.

(1) Dans sa ferme de Vaujours, près Paris, M. Moll estime à 1 f. 69 c. de main-d'œuvre le transport d'un tombereau de purin, c'est-àdire plus cher que par le système tabulaire déjà si coûteux {Journal (CagricuUure pratique du 5 mars 1860).

~ 488 — CHAPITRE XU.

DESSÉGHBMENT. — DRAINAGE. — IRRIGATION. *

Ces trois objets se liant presque toujours l'un à l'autre je n'en ferai qu'un seul chapitre.

Le premier et le principal obstacle que j'eus à vaincre en entreprenant ramélioration de mes terres fui rhumidité excessive d*un grand nombre de champs : aussi, même avant 1850, j'avais exécuté sur la Jacopière, la Parnière, le Pineau et les Carteries, différents drainages avec des pierrffs et du bois de chàtaigner (1); alors on n'avait pas de tuyaux. Ces dessèchements eurent un plein succès. Hais en 1852 quand je fus entré en jouissance de la terre de saint-Hubert, près de laquelle existent deux fours à tuile et à tuyaux de drainage, j'en profitai pour dessécher un grand nombre de champs, notamment neuf champs de Beau vent dans lesquels l'eau ruisselait en hiver et qui donnaient les plus chétives récoltes. J'avais lula plus grande partie des écrits sur le drainage, avec leur secours je me mis résolument à l'œuvre. Depuis lors je n'ai pas cessé chaque année de faire quelques drainages, et aujourd'hui , fin de 1860 , je puis montrer 70 hectares de mes terres parfaitement desséchés au moyen de 27,800 mètres de drains en pierres ou en tuyaux^ ce qui donne par hectare environ 400 mètres à raison de 12 à 13 francs les 100

mètres de façon, SOf.c.

Et pour 400 mètres d'empierrage , ou de tuyaux

à 25 tr. le raille 37 50

Total en «moyenne par hectare. . . 87 50

(1) Ayant été obligé en i850 do remplacer par des pierres le drainage en bois de châtaignier que j*avais fait en 1832 , parce que des racines de peupliers Tavaient obstrué , je trouvai mon bois aussi sain qu*au moment du placement» Técorce seule avait pourri.

C*est, fait et fourni, 0 22 centimes le mèlre de drainage creusé à 1 mètre de profondeur.

Dans chaque champ, mes branches de drainage se rendent dans un , ou rarement deux collecteurs. Ces branches, espacées selon le besoin de 60 mètres ou plus, sont (racées dans le sens de la plus grande pente ; mais cependant deraanièreà toujours couper obliquement les billons, car il est d'observation que Teau pluviale se rassemble dans les raies faites pas le soc de la charrue et qu^elIe les suit constamment : aussi lorsque dans rétablissement des drains on n*a égard qu'à la plus grande pente , sans tenir compte de Tinterception de ces petits filets d'eau, le drainage reste incomplet.

Les effets de mes dessèchements ont été immédiats : là où la charrue ne pouvait entrer que fort tard au printemps après régouttement naturel des terres , on a pu labourer aussitôt après les pluies. En outre, les récoltes ont été beaucoup plus abondantes , et je crois être au-dessous de~ la vérité en estimant que leur valeur s'est élevée d'une classe cadastrale.

Le drainage sur les prés ne m'a pas aussi bien réussi : j'ai été obligé dans l'un d'eux de boucher les drains que j'y avais placés parce que le regain n'y poussait plus. Je me contente donc, à moins qu'il n'y existe une source réelle à éconduire , de les dessécher par des rigoles à ciel ouvert.

Voici du reste les principaux ouvrages que j'ai exécutés comme dessèchement et irrigation.

Un de mes prés sur le bord de l'Usure et dépendant de la Parnière était tellement bas que les rigoles d'égouttement amenaient plutôt l'eau de la rivière dans le pré qu'elles ne l'en faisaient sortir; d'autre part, ce pré était entièrement entouré de terres qui ne m'appartenaient pas, et naturellement leur propriétaire ne pouvait être très-disposé à favoriser l'amélioration de mon pré.

Pour comble d'infortune je n'avais pour rexploilatlon qu'un mauvais chemin pierreux et abrupte.

Je commençai par tirer du fond des rigoles et des anses du pré tout le terreau que je pus et je le mis en réserve. En même temps je fis attaquer au pic et à la pioche les parties les plus élevées et les plus inégales de mon afireux chemin. Ces déblais furent charroyés et étendus sur les bas fonds puis recouverts des terreaux réservés. Aujourd'hui j*ai un excellent pré et un meilleur chemin pour l'exploiter.

Partout où j'ai pu amener sur les parties hautes de mes prés des eaux fertiles, surtout comme je l'ai dit, celles qui entraînent l'excédant des purins, des cours et des litières, je l'ai fait. C'est ainsi qu'au moyen du niveau d'eau j'ai pu amener l'eau sur le sommet des prés do la Borderie, par une rigole de plus de 700 mètres de longueur.

En 1847 je fis venir un irrigaleur des Vosges (1) qui disposa plusieurs de mes prés , notamment au Pineau et à St.-Hubert> de manière à distribuer parfaitement l'eau partout et à l'évacuer à volonté ; mais bientôt je m'aperçus que notre pays n'était point dans les conditions nécessaires au succès de ces travaux. Ces irrigations régulières demandent beaucoup d'eau. Elles font un efifet prodigieux dans les montagnes. Là , plus la chaleur est grande, plus les sources alimentées par la fonte des neiges sont abondantes ; mais dans notre pays, c'est tout le contraire , au moment où l'eau nous serait le'plus nécessaire, l'été, elle nous fait complètement défaut, tandis qu'en hiver nos prés sont généralement trop humides.

Je me contente donc d'irriguer seulement, même en hiver , les parties hautes de mes prés avec des eaux char-

(1) n s'appelait Mandré , il a exécuté plusieurs irrigations dans le département.

gées de principes fertilisants, et plus la partie du pré qui les reçoit est sèche plus leur effet est utile.

J^arrose suivant les circonstances , soit par simple immersion, au moyen de rigoles principales dont on fait déverser Teau à niveau par de petits barrages successifs en gazon que Ton change souvent de place. Ces eaux sont reprises plus bas par d'autres rigoles et traitées de la môme manière, soit, lorsque mes prés sont en larges planches, en dirigeant mes rigoles sur leur sommet, alors le fond des raies sert à récoulement.

Hais le plus important de mes travaux ayant pour but à la fois le dessèchement et Tirrigalion, est celui que j'ai exécuté à la Jacopière en 1859. Comme sa description pourra être utile à quelques propriétaires dans la même position que moi, je vais la donner avec quelques détails.

Mes prés de la Jacopière et de la Parnière, avaient peu d'eau; mon habitation n'en avait pas elle-même pour abreuver les bestiaux et pour les usages domestiques; l'ancien ruisseau qui alimentait nos abreuvoirs s'était desséché par suite de défrichement de bois. Les petites rivières qui nous entourent sont éloignées de plus de 500 mètres et à un niveau plus bas au moins de 25 mètres : tout procédé pour en faire venir l'eau eût été ruineux d'établissement et d'entretien. Dans cette fâcheuse situation je consultai l'ouvrage de l'abbé Paramelle , et d'après ses indications je crus reconnaître dans quelques champs élevés , situés au nord de mon habitation et d'une étendue de 12 à 15 hectares, une espèce de bassin dont le pli, en se resserrant de plus en plus, amenait toutes les pluies qu'il recevait dans un do mes champs, qui par cette raison était excessivement humide , et y donnait naissance en hiver à un petit ruisseau. Cette source était donc ma propriété exclusive , mais quoiqu'élevée de 5 mètres au-dessus de mes réservoirs, au lieu de se diriger

sur eux vers le sud , le pli du terrain la forçait à couler à Test sur mes voisins.

Il s'agissait de détourner cette source , d*en intercepter toutes les veines, de les réunir, de les recevoir dans une conduite de 500 mètres de longueur et de 300 centimètres carrés de section , construite de manière à recevoir toutes les eaux qu'elle pourrait rencontrer et en même temps à n*en laisser échapper aucune portion au milieu des schistes pierreux et feuilletés qu'on avait à creuser souvent à 3 mètres de profondeur , de construire cette conduite avec des matériaux assez solides pour ne pas avoir à craindre de longtemps une réparation, et enfin placée assez profondément en terre pour ne pas gêner les cultures.

Aiicun des moyens que Ton me proposait ne pouvait me convenir. Les tuyaux en fonte du diamètre désiré étaient trop coûteux , ceux en terre cuite pou solides , la maçonnerie même en briques encore très-coûteuse et difficile à rendre imperméable.

Après quelques tâtonnements voici à quoi je me suis arrêté :

Le nivellement et les pentes étant convenablement réglés, j'ai fait à la partie la plus basse du champ d'où venaient les sources et au point le plus resserré de son thalweg , un mur ou barrage souterrain de trois à quatre mètres de profondeur, 10 mètres de longueur et de 0°^50 d'épaisseur, en béton, composé de pierrailles schisteuses, de sable pur et de chaux hydraulique.

Les sources étant ainsi interceptées, je creusai contre ce mur au point le plus bas du thalweg , un puits d'un métré et demi de diamètre , au moins aussi profond que le mur, et je le remplis de grosses pierres sèches jusqu'à 0,60 du sol. Ace puits aboutissent deux collecteurs recevant les branches de drainage qui dessèchent les champs

su()érieur&. Après avoir ainsi réunidans ce puits toutes les eaux qu'il m'était possible de rassembler, j'en ai fait partir ma tranchée de 500 mètres dont la pente a été calculée et réglée à cinq millimètres par mètre , et la largeur au fond à O"" 44. Sur ce fond j*ai fait pilonner avec soin du béton semblable à celui du barrage, à 0,12 d*épaiseur, sur cette couche de béton nous placions des moules en bois blanc^ en forme d'auges ayant hors d'œuvre0,16 de large au fond et 0,20 à leur partie supérieure, laissant par conséquent 0,12 de vide de chaque côté. Je fis également pilonner du béton dans ces vides à 0,15 de hauteur, de sorte qu'après l'enlèvement des moules , j'obtenais un canal de 19 et 20 cent, de large et de 15 de haut , soit une section de 292 cent, carrés.

Tout le canal étant achevé je le fis couvrir de pierres plates rebut de nos ardoisières, et par-dessus je fis mettre 0,16 à 0,45 de pierrailles extraites de la tranchée et qui servirent à faciliter les infiltrations.

Voici le prix de revient de ce travail :

Creusage et comblement des 500 mètres de tranchée ,..,.... 600 fr.

24 mètres de sable sans terre 28

5 charretées de pierres plates d'ardoise 40

155 hectolitres de chaux hydraulique de Changé,

près Laval 187

Façon du bétonnage 150

La pierraille ayant été donnée par les déblais, et les charrois parles colons interressésau dessé- . chement.'ne sont comptés que pour mémoire.

Total. . ; 1005

J'ai donc obtenu à 2 fr. le mètre courant un canal de 300 cent, carrés de section, pouvant donner 13 cents hectolitres à l'heure et que je crois inu^ble.

Quant aui irrigations que désormais je puis faire sur mes prés en vidant de temps en temps moa réservoir , voici comment j'ai procédé :

Sous la chaussée du réservoir , ei de niveau avec son fond , j'ai construit en maçonnerie à chaux vive un tube hermétiquement fermé, à l'exception d'un trou circulaire pratiqué sur le dessus et à l'extrémité de ce conduit , au point où il pénètre dans le réservoir; dans ce trou est scellé à la limaille de fer un gros moyen de charrette en fonte et de rebut : une aiguille , ou bonde en châtaigner dont le bout est tourné au tour, descend dans ce moyen et le bouche très-hermétiquemcnl. Ces petites bondes sont très-solides et très-convenables pour des pièces d'eau de 12 à 20 ares de superficie.

Page 1