DIRBCTION DES EXPLOITATIONS. — COMPTABILITÉ. — • RÉSULTATS
Pendant 3i ans j'ai seul dirigé mes métayers et, comme je ne leur ai demandé de nouvelles améliorations que successivement, peu à peu, et seulement quand le profit était évident, j'ai eu la satisfaction de voir que non-seulement ils entraient facilement dans mes vues, parce qu'ils sentaient le bénéfice qui leur en reviendrait à eux-mômes, mais encore que les fermiers des environs, après ^ IX. 15
avoir vivement blâmé mon agriculture, finissaient par rimiler. Celle initiative, j'ose le croire, n'a pas élé sans influence sur les progrès subits remarqués dans l'agriculture du Craonnais depuis 1830, et auxquels rétablissement du comice a donné plus tard en 1839, une impulsion plus vive , plus suivie et plus générale. ,
Mais si j'ai seul dirigé mes 14 fermes , ayant chacune son doit et ax^oir , on comprend qu'il m'était impossible d'ouvrir à chacune d'elles tous les comptes et registres d'une comptabilité en partie double, dont je n'ai pu reconnaître la possibilité en agriculture, et qui m'eût demandé tout au moins on comptable uniquement chargé de ce détail , et j'a- ais bien d'autres dépenses plus urgentes à faire!
Je me suis donc contenté de tenir un registre où chaque ferme a son compte de recette et de dépense, depuis te jour où je m'en suis occupé; mon carnet de poche me sert de journal , et c'est de là (jue chaque article est reporté sur le registre.
Un second carnet de poche contient, comme je l'ai dit,, le nom de chacun de mes champs et son rang dans l'assolement det;haque ferme.
Quant à l'inventaire, il consiste dans la valeur du bétail et des semences à mon entrée en possession, comparée à celle des mêmes objets au 31 décembre 1860 : je le donnerai à la fin.
Il résulte encore de cette direction unique, que n'ayant eu à payer ni architecte, ni ingénieur, ni homme d'affaires, j'ai pu exécuter tous mes travaux avec une notable économie.
En faisant voir le point d'où je suis parti et celui auquel je suis arrivé, mon but est de prouver que celui qui veut s'occuper lui- môme de ses propriétés, peut y gagner autant, et avec plus de sécurité, qu'à toute autre industrie.
N'esl-ce pas là le vérilable but à alteindre, ic seul résultat utile de nos concours?
J'ai dit qu'en 1829 j'avais acheté la terre do Craon , et que par des motifs parliculiers de convenance, je l'avais imniédiaiement conQée à un de mes oncles , qui l'a conservée jusqu'en 1852.
Voici la valeur d'une partie de cette terre aux deux époques. •
* EvalaatloD Prix
Contenance. par expert du de ferme revenu en 1829. en 1853.
Saint-Hubert 40 h. 950 fr. 1500fr.
Beauvent 30 340 900
Les deux Cbenardières. ... 63 1500 2600
LesÊlres 34 840 1000
Malaunay 34 1200 1500
Ainsi en 23 ans, de 1829 à 1852, mon oncle avait réalisé sur ces 201 hectare une augmentation de 2,670 fr. de revenu, soit sur chaque hectare et par an 13fr. 28 c.
Voici maintenant en ce qui concerne; ces njômes fermes et celles que je possédais déjà, la différence de revenu que j'ai obtenue :
Epoque Revenu à
de mon IVpoque de Revenu moyen vn
entrée NOflS des PERflES. Conte- mon entrée . — ^ - ^— —
en jouis- nance. *« 4858. 1860.
sance. Jouissance.
1829 Les deux Carleries 35 h. 900fr. 180lfr. 2400f.
1829 Haut-Menay .... 15 530 822 950
1831 Bordorio et Avenue. 59 730 1866 3000
1835 Le Pineau 37 1160 2118 2600
1838 LaJacopière. ... 28 1110 1741 2270
1838 La Parnière . . . ^Ji8 1150 1681 2280
Terre de la Jacopière. .JJ02 5580 10029 13500
1852 Saint-Hubert. ... 40 h. 1500fr. 2450Ir.
1852 Beauvent 30 900 1270
1852 Deux Chenardières. 63 2600 5200
1852 LesÈtrrs 34 1000 2800
1852 Malaunay 34 1500 2800
Terre de Saint-Hubert . 2m 7500 13920
Total des 2 terres. . 403 17529 27420
Ainsi mes huit premières fermes, contenant 202 hectares, dans la période 1829-1852 (22 années) ont porté leur revenu de 5580 fr. à 10,029. c'est une augmentation de 80 p. 0/0^ ou de 22 fr. 00 par année et par hectare soit 4449fr.
Les mêmes 202 hectares dans la période de 1852 H 1860 (huit années), ont porté leur revenu de 10.029 à 13,500, augn»entation nouvelle de 34 p. 0/0 où de 17 fr. 15 par an et par hectare, soit : 3470
Total de Taugmentalion obtenue sur ces fermes en 30 ans , 114 p. 0/0 ou 39 fr. 15 c. de re-
venu par an et par hectare 7919fr.
Quant aux six fermes de la terre de Saint-Bubert, dont le revenu, après 23 ans, avait augmenté en 1852 de 13 fr. 18 c. par hectare, on voit qu'en huit années seulement, de 1852 à 1860, ce même revenu a été porté de 7500 fr. à 13920 fr., soit une augmentation de 31fr,94c. par hectare, et en totalité de 6420
Total général des améliorations obtenues par moi sur les 403 hectares 14339
En d'autres termes, quand j'ai pris l'administration des fermes formant le premier groupe, elles donnaient un revenu de: 5580fr.
Et quand j'ai pris la direction du second groupe, elles donnaient 7500
Total. . . . 1308O
En 1860, le premier groupe donne. 13500 fr. El le second. '. 13920
Total. 27420 C'est-à-dire plus du double.
Je pense que par les tableaux qui précèdent, il sera facile de juger qu'elles sont les augmentations dues à l'en-
chérisseiTient gén«^ral des denrées depuis 30 ans (même aidées des améliorations faites par un bon agronome) et celles qui sont particulièrement le fruit de mes travaux.
Quant à l'inventaire qui ne peut concerner, comme nous l'avons dit , que les semences et bestiaux , puisque les instruments aratoires appartiennent au fermier, en voici un aperçu :
VALEUR BT OUANTITÊS.
Aa moment de mon I . „, ,, . -o-^ entrée en joai8sance.|A«^^ décembrel860.
Des Des Des a> Des
bestiaux, semences, bestiaux, semences. Heetol. Hectol.
Les deux Carteries en 1829. . 2194fr. U f. » 7580fr. 22 f. » c. ,
Le Haut-Menay. . . . 1827. .548 5 60 2946 8 40
Les deux Borderies. . 1831. . 3575 14 » 11000 44 »
Le Pineau 1835. . 2425 14 i 7626 21 •
Jacopière 1838. . 0240 11 r 6176 17 »
Parnièpe 1838. . 2600 12 » 5365 15 20
Saint-Hubert 1852. . 3240 24 » 5900 22 »
Beauvent 1852. . 1865 21 60 5210 20 j
Deux Chenardières . . 1852. . 6383 41 20 11420 37 »
LesÊtres 1852. . 28^ 22 » 5620 20 .
Malaunay 1852. . 4187 20 » 6725 20 >
Totaux. 32241 199 40 75568 246 60 Report des valeurs primitives 32241 199 48
Différence en plus 43327 fr. 47 20
Il résulte de ces chiffres, qu'au moment de mon entrée en jouissance, chacun de mes 403 hectares de terre possédait une valeur de bétail de 80 fr.
El qu'au 31 décembre 1860, chacun de ces mêmes bectares en possède pour 187 fr. 50 c.
C'est en moyenne la valeur d'une tête de bétail du poids de 267 à 300 kilos, poids vif à raison de 0,70 c. le kilo.
Qu'il me soit permis de faire observer, que lors même
que j*aurais pu obtenir un semblable résultat sur un seul domaine, que j'aurais pu rendre à force de dépenses l'objet de Tadmiration stérile de mon voisinag(\ je n'aurais pas mis dans i'aisance noo seulement 14 familles d'honnêtes fermiers et les autres qui cultivent mes autres terres, mais encore toutes celles qui ont cru devoir m'iniiler.
Voici en somme le résumé de mes travaux :
i® Ciéalion d'une métairie complète de 28 hectares (L'avenue) et défrichement de terrains donnant annuelmenl une augmentation d'ensemencé en froment de 47 heclolijjes (i).
2<» Drainage et dessèchement de 70 hectares.
3* Création de 21 hectares de prés naturels.
4® hrigation de 26 hectares de prairies naturelles.
5<> Introduction dans le canton de plusieurs instruments aratoires et d'animaux perfectionnés.
6"" Introduction delà culture du colza, donnant au canton 24 mille francs de revenu au moins, et vulgarisation de la culture de plusieurs plantes fourragères, notamment du chou de Poitou.
7* Amélioration des bâtiments ruraux pour l'habitation des hommes et des animaux.
8° Quinze années de travaux comme organisateur et président du comice agricole de Craon, travaux qui. j'ose le dire, ont mis longtemps cette société à la tète des comices du département et ont puissamment contribué avec la coopération dévouée de ses membres, à porter Tagriculture du canton de Craon. si arriéréée en 1830. au point où on la voit et à la faire citer comme la plus avancée de la Mayenne.
( 1 ) Ces il hectol . de semences devant se reproduire neuf fois donnent une augmentation de rendement annuel de 423 hectolitres , c*est à raison de 2 hectol. 58 Tune, la nourriture de 163 personnes.
tl* Enfin mmrtii» sancUon de mes tra?aiii, rpvciui dé 403 lii-nnares porté de 13 mille francs h 27 mille fraiirs nots, el valour lie? beslmnx qui les couvretii amenéti de M Miilie francs h 75500, soil à 187 ft\ de bélail p[ir lier lare (1).
Si par cel aperçu je pnis avoir prouvé que mes travaux, mon examijk» cl mes eonsells peiidani 30 ans, ont été presque aus^i profitables i\ mes concitoyens qu'a moimême, si suriouL j'ai pu fes convaincre des avaDlages qu'ils Irouvertiienl à s'occuper eux-mêmes de leur.s tern^îï, mes efforts auront obtenu leur plus belle récompeuse.
La Jacopière, 31 décembre 1860. * * *
Ob Boiuhd ,
ancien pr(^!tifÎPtit fJiï cornire agr icol4^ de Craon , Pré&iïkcit litino- M tri' tluùd CGUïkSt membre de h ciiambri! tr;igriL'ulUtre
Ldiln fidr^nséê (m seçrèlaire Qénérat tk la Snciéié Gmdémiqm^ mi réponM à une question économique par (ai soumisi à ff , de Undard.
La Jscopière, ^8 juillet iBvA ,
Monsieur îe secrétaire,
Dans la précipitai ion que j*ai mise i\ cous envoyer en [\ml scriplum une noie au «^ujel de la qiieslioo de savoir quelle pouvait être la dilTérenre entre les quantités de terrain néces^^aires h produire une journée de nourriture dlïomme eu pain ^ ou une journée de nourriture en viande, j*ai commis quelque!^ înetaclilades que je vous
(1) Le dépiirtemcnt du Mord, û soiivenl clié et aven raitâcin , pour son agriculture avaucée » ne coinpte en m4>y@nfie i|ue 61 lètes d6 bé- Uil par 100 hecUres.
demande la permission de rectifier. J*ai pensé que Ton pouvait serrer la vérilé de plus près, et, après avoir revu mes notes, voici à quoi je suis arrivé . ••
Au Rapport des professeurs de médecine de Paris (Recherchesslatisliquessurle déparlemenl de la Seine t«' vol ) 15 kil. 5 de pain donnent autant de nourriture que 11 kil. de viande, ou 45 kil. de pommes de terre.
On admet généralement que sur une nombreuse population, il faut en moyenne en France 0 kil. 550 de pain par personne et par jour.
D'où Ton lire que pour nourrir également une personne en viande, il faut en moyenne 0 kil. 390, el en pommes de terre 1 kil. 596.
Car 15 . 5 pain : 11 viande :: 0^ 550 : 0^ 390 viande.
Et 15 . 5 pain : 45 pommes de terre :: 0550 : 1^ 596 pommes de terre.
Or un hectare dans notre pays rapporte en moyenne 17 hect. 92 de froment, ou à raison de n kil. 5 l'hectolitre, 1388 kil. de grain, donnant pareil poids en pain. Mais un hectare ne peut rapporter du firoment que tous les 3 ans, d*où il suivrait que pour obtenir 1388 kil. de pain, il faudrait eu réalité 3 hectares. Cependant comme dans la question qui nous occupe, nous devons admeltre que ces 3 hectares sont uniquement consacrés à nourrir rhomme au moyen de farineux, on peut supposer que pendant les deux années qui ne sont pas en froment, elles peuvent produire (comme par exemple dans Tancien assolement triennal) 1 hectare de sarrazin et au moins 25 ares de pommes de terre.
Or, un hect. sarrazin produit en moyenne 1500 kil. de blé noir, et, selon la table des équivalents de M. Payen, si 260 parties de froment nourrissent autant que 619 de sarrazin, on trouve que pour une journée de nourriture il faut 1 kil. 309 sarraziu.
Car 260 fr. : 619 sar. :: Ok. 550 : Ik. 309 sarrazio. EnSn les 25 ares de pommes de lerre, produiront eu moyenne 3 mille kil. de tubercules, donnant un tiers de la valeur nutritive de pareil poids de froment. Nous aurons en résumé pourjuroduils en farineux de nos 3 hectares :
Joaroées de nourriture.
lo 1388 kil. de froment divisés par 0,550 donnant 2520 2* 1500 kii. sarrazin divibés par 1 k. 309 donnant 1146 3* 3000 kil. pommes de terre divisés par 1 k. 599
donnant 1879
Total des journées de nourriture données par 3
hectares 5545
D'où Ton tire qu'il faut 0 hect. 00,05 cent. 4 de ter rain pour produire une journée de nourriture en farineux.
D'autre part, pour amener un bœuf de 4 ans au poids moyen de 235 kil. viande nette, il lui faudra chaque année 4 mille kil. de fourrage sec, ou son équivalent en vert,
soit 16000k.
De plus pour son engraissement il faudra encore. IbOO
En tout. 17500""
Produit moyen de 5 hect. 83, à raison de 3 milliers par hectare ; mais comme pendant ces 4 années de nourriture, les 5 hect. 83 produisent un regain, évalué à moitié du foin^ il ne faudra réellement que les 2 tiers de ce terrain, soit 3h.88
Plus, 2 ou 3 cents kil. d'orge produits par 20 à
25 ares » 22
Somme. 4 10
Nous serons donc au-dessous de la réalité en évaluant à 4 hectares le terrain nécessaire pour produire 235 kil. de viande nette, ou à raison de 0 kil. 390 gram. l'une, 603 journées de nourriture en viande, soit pour produire une seule ration 66. 2 centiares.
Nous avons ?u qa*une journée de nourriture en farineux n*cxigeait que 5. 4 centiares.
C'est-à-dire douze fois moins de terrain.
Ce n'est pas à dire toutefois qu'une personne pourrait vivre longiemps, soit avec 550 graoï. de pain, soit avec 390 grani. de viande seulement.
Dans le 1'^ cas, les 550 gram. de pain donneraient bien le carbone nécessaire k la combustion pulmonaire, mais ils ne donneraient que le quart ou le cinquième de l'azote exigé pour la nutrition.
Dans le S'' cas, les 390 gram. de viande donneraient à peu près l'azote nécessaire, mais ne donneraient pas le quart du combustible indispensable.
D'ailleurs, j'ai dit que les rations de 550 gr. de pain et 390 de viande, n'étaient que des moyennes générales sur une population entière composée d'hommes, de femmes et d'enfants de tout âge. Pour un homme adulte il faudrait à peu près doubler, ou plutôt les joindre ensemble, alors selon M. Boussingault (Economie rurale 2« vol.) on aurait :
Pour 0k550 pain 0k206 carbone et 0^0058 azote produits p^r 01i00,05.i El pourO.590 Vian 0.054 id. 0.015 6 id. 0.0066.2
Une ration composée (à peu près dans la proportion voulue) des éléments indispensables à la nutrition, laquelle ration serait produite en moyenne par 71 centiares 6 de terrain.
Pardon, Monsieur, de mon bavardage , il trouvera son excuse dans le désir de répondre de mon mieux à une question très-complexe et dont les éléments sont si variables, que je sens toute mon insuffisance pour la résoudre.
Db Bodârd.
PROCÈS -Verbaux