IV. Lettres sur la Béponse qui précède
A peine cette réponse eut paru, que je reçus une foule de lettres de félicitation, parmi lesquelles j'ai dû distinguer celles de MM. Etienne ,Delacroix-FrainvilIe, M. Lebesgue (prêtre jadis déporté), le baron Thibon, Dumon (alors avocat, et depuis ministre), et M. de Broë, avocat général (mon adversaire dans le procès de tendance). — Enfin, j'en joins une de Déranger, qui s'est croisée avec ma réponse imprimée.
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Lettre de M. ÉTomn. Ce 12 juillet 1826.
Mon cher moDsieur Dupin , Je laisse une partie da journal de demain pour faire paraître votre réponse qui est très-convenable et très-noble. Je n^ai éprouvé en la lisant qu'un seul regret , c'est que vous vous ne soyez point décidé à la faire paraître le jour où je vous ai engagé à la publier. Nous aurions eu de moins quinze jours de pertonalités qui m'ont fait beaucoup de mal et qui ont réjoui trop longtemps les ennemis de nos institutions et les envieux de votre talent
Je vous renouvelle l'assurance de mon bien sincère attachement. — Signé , Etienne.
M. Dblacroix-Frainvillb. 14 joillet 1826.
Mon ami , J'ai lu votre réponse ; — bonne ; — excelloite ; — digne de vous.
Tout à vous. — Signé, Delaoroix-Fbainvojjs.
Lettre de M. Le Bbsgub. Jeudi, 13 juillet 1826.
Monsieur, Je viens de Hre à l'inslant même votre admirable lettre, avec un sentiment d'estime et de respect que je ne saurais vous rendre.
Si le suffrage d'un prêtre déporté, qui a pendant vingt-huit ans honoré le caractère français chez nos ûers et généreux voisins, peut vous offrir quelque dédommagement de l'horrible injustice qui vous poursuit, jouissez. Monsieur, du mien. Il est vif, sincère et sans réserve. Cet acte de dignité, Monsieur, vous place trop haut au-dessus de vos ennemis, pour qu'ils puissent, quoi qu'ils fassent, vous en faire descendre.
Uril falgore lao, qai pregrivat artet iDfra sepositas
La postérité finira le vers, et je fais des vœux pour que ce soit le plus tard possible. Oui, Monsieur, une trempe si pure et si noble, à notre déplorable époque, doublera l'amour et l'admiration de nos neveux. — Signé, G.-J. Le Besgue.
Le cachet de cette lettre portait un pieu enfoncé en terre et surmonté d'une étoile avec cette légende : Pahu ut kic fixui^ canstans Jîrmusque manebo.
Lettre de M. le baron Thibon. 15 juillet 1826.
Monsieur, Je venais de lire dans le Journal de Paris les observations que vous avez faites sur certains propos tenos à l'occasion
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de votre visite à Saint-Acheul , lorsqu'on m'a remis un imprimé contenant les mêmes observations. Comme c'est à votre obligeance et à votre aimable souvenir que je dois cet imprimé, je m'empresse de vous en adresser mes remercîments.
M. Le Poitevin S notre ami commun, m'avait instruit de cette visite et des conséquences qu'on en tirait. Lui et moi fûmes trèscontrariés de la ridicule interprétation. Mais comme votre réputation est faite, et que la trempe de votre logique résistera toujours à la dent des serpents politiques, je vous engage, dans l'intérêt public , de ne pas cesser de vous montrer tel que la nature , vos études et votre expérience vous ont fait.
Tel est mon vœu, auquel je joins le nouvel hommage de la considération très-distinguée et de l'attachement bien soutenu avec lesquels j'ai Thonneur d'être. Monsieur, votre très-dévoué et affectionné serviteur. — Signé, le baron L.-C. Thibon.
M. DuuoN. GasteU, 26 juillet 1826.
Mon cher confrère. Je vous remercie de Teuvoi de votre réponse : c'est un témoignage de bon souvenir et d'amitié. Je suis cependant de ceux avec qui toute apologie était inutile, et qui, jugeant votre avenir par votre passé , se reposent sur ce que vous avev été, de ce que vous serez toujours. Je n'ai pas lu les calomnies auxquelles vous répondez a</ec tant de noblesse; mais je me figure aisément ce qu'ont pu dire des journaux à jeun d'idées, se jetant à la curée d'une grande réputation. Les torts de la liberté de la presse ont envers vous un caractère plus grave; car elle était votre cliente, et son injustice est aussi de l'ingratitude. Elle vous reviendra, cependant, trop tôt peut-être : ses périls et votre talent vous assurent de son retour.
J'ai fort approuvé votre réponse : à mon avis , l'article de Dupaty la rendait nécessaire. Vos amis de l'école de Voltaire ne vous ont pas toujours compris : les espiègleries du grand homme sont au-dessous de vous. Cette perpétuelle contradiction entre les actions et les paroles, ce mélange d'écrits irréligieux et de dévotions hypocrites , ces capucinades et ces bouffonneries sont moins dignes d'imitation qu'elles n'ont besoin d'excuse. Vous avez noblement protesté de votre sincérité, et au milieu de vos remercîments, perçait le désavœu poli d'un injurieux parallèle.
Voudrez-vous savoir ce que devient votre biographe pendant que vous lui taillez une si belle besogne? Je vis au milieu des
^ Le président Le Poitevin , rédacteur des denx arrêts dans les procès de tendance.
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juridictions du moyen âge. J'étudie dans Montesquieu, dans Mabiy, dans Hallam, dans Meyer, cette organisation si savante et si compliquée. Je me prépare ainsi à la lecture des originauj^ et à Fétu de des sources. 11 se mêle cependant à mon travail une sorte de découragement Plus j'examine ce que furent les parlements et d'où ils vinrent, plus il me semble que leur retour est impossible. L'attitude parlementaire de votre Cour royale n'est pas une objection. C'est un souvenir passager de l'ancien régime , que la résurrection de l'ancien régime a provoqué ; ce sont des ombres qui s'appellent l'une l'autre, et que le grand jour de la liberté fera également disparaître. Les corps judiciaires suivront les corps enseignants : le jury est la magistrature de la liberté.
11 me tarde bien d'aller vous revoir à Paris pour vous demander conseil sur ce travail. J'espère y être conduit bientôt par une affaire dont je vous ai entretenu. J'ai écrit, sous votre couvert, k votre frère l'académicien, sur un projet de forges auquel je suis intéressé. V'oudrez-vous lui rappeler ma lettre, et le prier de résoudre les questions que je lui adressais? Je sens qu'il y a de l'importunité à lui prendre un peu de ce temps dont il fait un si bel usage ; mais je le consulte pour un objet d'utilité publique, et à ce titre, ma consultation doit l'intéresser.
Adieu , mon cher confrère, rappelez-moi à l'amitié de Philippe , et recevez toutes mes amitiés. — Signé , S. Dumon.
M. DB BRoé. Paris, 3 août 1826.
Monsieur, Je possédais déjà votre utile et savante dissertation sur Pothier; mais celle que vous avez eu la bonté de ni'envoyer n'en a pas moins, à mes yeux, un prix tout nouveau, d'abord parce qu'elle me vient de vous , et ensuite à cause des annexes qui la suivent. V^euillez donc recevoir mes remercîments les plus sincères. Tous vos ouvrages, monsieur, présentent assez d'intérêt par la vigueur du style , la profondeur des observations et l'étendue des recherches, pour les lire tout entiers dès qu'on les a. J'avais lu cette dissertation, dans laquelle vous rendez un si légitime hommage au jurisconsulte homme de bien dont nous sommes tous accoutumés à respecter si unanimement les opinions.
L'observation que vous me signalez et dont nous causions l'autre jour, n'est pas la seule dont l'importance m'ait frappé. Je l'ai relue, monsieur, avec un nouvel intérêt à la suite de cette conversation dans laquelle je me félicite d'avoir eu Toccasion de vous exprimer des sentiments que vous avez toujours mérités, et que j'avais déjà plus d'une fois manifestés hautement en votre ab-
sence, dans ces derniers temps où Tlnjustice des hommes vous a si indignement poursuivi.
Recevez , monsieur, la nouvelle assurance de la haute considération avec laquelle j*ai Thonneur d'être votre très humble et trèsobéissant serviteur. — Signé : J. deBroé.
Bébangbr. Champrosai, ce 10 juillet 1826.
Mon cher défenseur, Je ne suis pas de ceux qui vous croient ou feignent de vous croire devenu jésuite. Certes, vous ne commettrez jamais ce vilain péché. Aussi, depuis que vous êtes en butte à de sottes attaques, me suis-je escrimé à ce sujet presque avec autant de chaleur que vous en avez mis à me défendre contre les robes courtes et longues de la Congrégation. Cependant si j'avais été à Paris, j'aurais été vous presser de repousser, par une courte profession de foi, ces attaques aussi ridicules qu'inconvenantes, et qui même peuvent être nuisibles aux principes libéraux que vous avez défendus tant de fois. On m'écrit de Paris que plusieurs personnes estimables vous donnent aussi ce conseil. Je pense donc que vous pouvez le suivre sans compromettre la dignité de votre caractère. Que vous le fassiez ou non, vous n'en resterez pas moins pour moi un sincère ami de nos libertés , même de nos libertés gallicanes, dont je vous avoue que je me soucie fort peu. Il n'en serait pas de même si c'était les libertés défendues par saint Louis et consacrées par Charles Vil, quoique à bien prendre tout cela soit bien en arrière de l'époque où nous vivons. Mais, qu'à cheval sur ces vieilles maximes, vous combattrez de pied ferme les ultramontains, voilà ce dont je suis bien sûr, et voilà ce qui vous vaudra toujours la haine jésuitique, quelque politesse que ces Messieurs vous fassent d'ailleurs. Ne croyez pas , au reste , que tout le monde ait déraisonné à votre égard. J'ai trouvé des gens aussi disposés que moi à blâmer vos agresseurs. C'est même pour vous assurer que c'est le plus grand nombre que j'ai cru nécessaire de vous écrire, et non pour vous parler de mon opinion à ce sujet. Si vous aviezeu occasion de penser à moi dans cette circonstance, je ne doute point que vous ne vous fussiez dit : Béranger est sans doute fâché que je sois tombé dans le guet-apens de Saint-Acheul ; mais s'il est jamais en procès avec ces bons pères, je suis bien sûr que c'est moi qu'il viendra encore chercher pour le défendre contre eux et leur puissante clientèle. Et vous auriez ajouté : Qu'il vienne, et je parlerai pour lui comme je l'ai déjà fait.
Oui, mon cher Dupîn, voilà ce que je pense, et pourquoi je suis si stupéfait qu'on n'ait pas eu plus d'égard pour un orateur dont
4M A\XEX£S.
les grands talents ont toojoars été au service de ceux qoî , comme moi et cent fois pins qne moi , ont été en batte aox persécotioos jadiciaires.
Recevez la nouvelle assurance de toute ma reconnaissance , et croyez à ma sincère amitié. Tout k vous. — Signé : Bébasgeb.