‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 38 sur 125 · LE GÉNÉRAL DAUMESNIL · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL DAUMESNIL

1) En 1815, les mêmes ennemis qui désespéraient de le vaincre voulurent essayer de la corruption ; des offres considérables lui furent faites pour l'engager à livrer le matériel confié à sa garde ; il repoussa ces offres avec un profond mépris.

y> Daumesnil est mort pauvre de biens, mais riche de gloire I Ce sera le premier patrimoine de ses jeunes enfants : ils seront soutenus d'ailleurs par les bienfaits du Roi, qui compte surtout parmi les consolations du pouvoir, la faculté de récompenser les belles actions.

» Le corps de Daumesnil va reposer ici. J'aurais voulu, messieurs, que son cœur demeurât en dépôt dans l'enceinte du château de Vincennes. Il eût à jamais fait partie de la garnison. Un monument aurait rappelé sa conduite héroïque en 1814 et 1815. Les soldats auraient su qu'ils avaient à le défendre en même temps que leurs remparts. Mais si ce vœu n'est point accompli, l'image de ce guerrier n'en sera pas moins présente à leur souvenir I Si dans d'autres temps Vincennes était destiné à revoir encore l'ennemi se présenter à ses portes, le nom de Daumesnil, répété par nos soldats, ranimera leurs forces épuisées, il leur tiendra lieu de renfort, et à d'autres insolentes sommations, si elles étaient renouvelées, on répondrait comme il le ferait lui-même : Ici l'on meurt, mais on ne se rend pas! y)

En rapportant ces paroles , le Journal des Débats du 22 août ajoute : a Malgré la sainteté du lieu , ce dis- » cours a excité de nombreux bravos parmi les soldats » de la garnison qui faisaient cercle autour de la fosse. » — J'en fus moi-même singulièrement surpris, car, en le prononçant, j'avais bien vu couler quelques larmes,

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mais je ne m'attendais pas à des applaudmemenU en un tel lieu.

La même chose toutefois s'est renouvelée aux obsèques de Casimir Périer.

A la sortie du cimetière, et au moment de reprendre ma route de Nogent, les généraux qui m^entouraient m'exposèrent la détresse de la famille du général Daumesnil. Il laissait une veuve et deux enfants qui allaient se trouver à peu près sans moyens d'existence ; ils me prièrent d'user de mon influence comme président de la Chambre des Députés pour obtenir une pension et d'en parler au Roi pour un secours provisoire. Je le leur promis, et nous nous séparâmes.

Le secours du Roi ne se fit pas attendre : quant à la pension, j'en parlai d'abord au ministre de la guerre (maréchal Soult), qui promit d'en saisir le conseil des ministres. Mais comme il tardait à se décider et que plusieurs mois s'étaient déjà écoulés depuis l'ouverture de la session, je déposai une proposition tendante à ce qu'on accordât à madame veuve Daumesnil une pension de 6,000 francs , réversible par moitié sur la tête de ses enfants.

Le 2 mars 1833, au moment oii j'allais prendre la parole pour motiver ma proposition , le gouvernement se décida enfin à présenter lui-même un projet de loi contenant la proposition d'une pension de 6,000 francs pour la veuve Daumesnil en même temps que deux autres pensions pour les veuves des généraux Decaën et Duhesme.

Je montai alors à la tribune , et je dis : « Messieurs, )> j'ai attendu trois mois avant de faire ma proposition. " J'avais même désiré que le gouvernement prît l'intr> tiative. J'ai dififéré à la développer, parce que M. le

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» maréchal, président du conseil, était absent et en- » suite malade. Aujourd'hui, je me félicite qu'il ait » fait lui-même une proposition à laquelle je déclare » réunir la mienne. «

Ensuite, la Chambre l'ayant permis, je développai ma proposition ^

Le projet de loi dut suivre les formes du règlement ; ou nomma une commission dont le comte Jaubert fut le rapporteur, et la question ne revint devant les Chambres que le 1" juin 1833.

Le 2 mars précédent, en même temps que le ministre de la guerre ^véî>en{^\i\(d% pensions militaires, son collègue, M. Guizot, ministre de l'instruction publique, avait proposé de son côté quelques pensions littéraires: — on fil venir le tout à la séance du P' juin.

Ce jour-là, \es pensions littéraires furent votées.

Mais il n'en fut pas de même des pensions militaires.

Celle du général Decaën (si digne cependant d'être accordée) fut refusée.

Quant à celle qui concernait la famille Daumesnil , il se passa un de ces phénomènes de œntradiction qui ne se présentent que dans les cas où des passions sournoises, qui n'osent se produire au grand jour, ourdissent leur trame de manière à concilier les apparences de popularité auxquelles on n'ose pas ouvertement renoncer, avec l'esprit de rancune et de coterie qui veut avant tout se satisfaire.

Après deux discours prononcés en faveur du projet, l'un par le maréchal Soult, ministre de la guerre, l'autre par moi , on alla aux voix. Lors de l'épreuve par assis et levé, la pension fut votée; mais au scrutin secret elle fut rejetée !

* Voyei le discours dans les Annexes.

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Une partie de l'assemblée se montra stupéfaite : la |)res6e périodique, en rendant compte de ce résultat, s'en indigna. Le journal le Temps, dans son numéro du 2 juin , signala hautement la coterie politique aux manœuvres de laquelle il fallait imputer ce désappoiillement.

La commune de Vincennes s'en émut profondément, et dès le lendemain 3, son conseil municipal, réuni en séance extraordinaire, déclara à l'unanimité ouvrir une souscription en faveur des enfants du général Daume^nil , et voter, à titre de participation à cette souscription, une somme de 500 francs à prendre sur les fonds communaux disponibles.

On trouvera dans les Annexes le texte de cette délibération , aussi honorable pour la famille Daumesnil que pour la commune de Vincennes.

Le ministère eut la malheureuse pensée de voir, dans cet appel à la générosité publique, un antago^ nisme auquel il crut devoir résister. Les souscriptions militaires seules auraient suffi pour atteindre le but ; mais tous les chefs de Corps reçurent l'ordre de dé/endre aux officiers et soldats de souscrire.

Malgré cela, la souscription eut son cours: la délibération du conseil municipal de Vincennes, ma lettre et le portrait lithographie de Daumesnil avec ces mots signés de mon nom : // ne voulut ni se rendre, ni se vendre, circulèrent rapidement, et une somme nette de 60,000 francs promptcment réalisée assura à sa famille un revenu de 3,000 francs, moindre, il est vrai, que la pension d'abord demandée, mais avec le capital qui devenait son patrimoine.

En 1851, j'ai trouvé l'occasion de rendre encore un service à la veuve du général Daumesnil. La place de

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suriniendaDte de la maison d'éducation des filles de la Légion d'honneur étant devenue vacante allait être donnée. . . y lorsque je reçus la demande de madame Daumesnil. Je me hâtai de la recommander au Prince Président. (C'était la seule sollicitation que je lui eusse jamais adressée). Le général Excelmans , grand chancelier de la Légion , joignit ses instances aux miennes, et la veuve du brave gouverneur de Vincennes fut nommée surintendante. Elle remplit cette place avec une rare distinction.

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