‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 44 sur 125 · L'ERMITE EN PROVINCE · texte numérisé non relu

L'ERMITE EN PROVINCE

M. JOUY, DE l'académie FRANÇAISE.

31 juillet 1820.

M. Jouy, membre de l'Académie française , l'un de nos littérateurs les plus distingués et comme poëte et comme prosateur , auteur de plusieurs tragédies goûtées du public et du charmant ouvrage intitulé V Ermite de la Chaussée-d'Antin, fut traduit le 31 juillet 1820 devant la Cour d'assises, alors investie, à l'exclusion du tribunal de police correctionnelle, du droit déjuger les délits de la presse.

Il était accusé de diffamation pour avoir, dans un de ses ouvrages intitulé l'Ermite en Province, contesté la justesse de cette inscription : Fidélité de 1193 ^ qu'il avait remarquée sur la façade de la Maison commune de Toulon. Le bon Ermite avait à ce sujet fait la réflexion suivante :

tt Comme la ville de Toulon, le port et tout ce qu'ils » renfermaient furent livrés en même temps aux An- » glaiset aux Espagnols, on ne sait si c'est à l'Espagne )> ou à l'Angleterre que ces messieurs furent fidèles : » ce ne fut pas du moins à la France; aussi cette inw scription ne réjjouit-elle que les étrangers. >»

L'accusation fut soutenue vivement par M. l'avocat général de Vatimesnil.

M. Jouy fut défendu par moi et acquitté par la Cour sur la déclaration du jury.

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La censure existait àcette époque dans toute sa fleur; et comme, en permettant à tous les journaux de reproduire l'accusation , elle n'avait laissé à aucun la liberté de faire connaître la défense de M. Jouy, celuici fit imprimer le récit de son procès et le plaidoyer sténographié de son avocat , sous ce titre : La Municipalité de Toulon et l'Ermite en Province, Procès; avec cette épigraphe qui reproduisait la pensée fondamentale de la défense : a Non, jamais, dans aucun » temps , dans aucune circonstance , sous aucun pré- TU texte, l'action de livrer une ville française à l'ennemi, TU n'a pu être considérée comme un acte de fidélité. >»

L'auditoire avait vivement saisi cette phrase de mon plaidoyer : « La patrie est un dieu jaloux qui ne vent n pas qu'on sacrifie sur son autel à des dieux étran- » gers. »

Il avait également applaudi la péroraison commençant par ces mots : a Qui ne connaît l'orgueil d'une » place de guerre pour ses remparts, sa défiance in- » quiète contre l'étranger, et l'antipathie naturelle n qu'une ville maritime du premier ordre devait nour- » rir dans son sein contre l'implacable ennemi de la TU marine française ? "

Ce procès est précédé d'une préface où M. Jouy se plaint avec amertume de l'injuste et cruelle oppression de la censure. 11 va même jusqu'à signaler les censeurs par leurs propres noms, u afin, dit-il, que l'on sache » que ces choses se sont passées l'an de grâce 1820^ n sons l'empire d'une loi suspensive de la liberté de la w presse, les sieurs (tels et tels) étant censeurs II »

Nota. — Dans le Constitutionnel du 3 juillet 1821 (article Londres, 29 juin), on lit ce qui suit :

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