‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 53 sur 125 · Î16 LE CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

Î16 LE CONSTITUTIONNEL

y> et cœtera de plus cl les libertés gallicanes de moins, w

M. Tavocat général ayant pris une seconde fois la parole, je dus lui répliquer. Un vif mouvement se manifesta dans l'assemblée. Une foule d'avocats s'étaient levés autour de moi. — a Avocats, leur dit le » premier président Séguier, asseyez-vous, que je î> puisse voir l'orateur! w — Un profond silence s'établit, et je pus commencer.

Cette réplique d'une demi-heure fut vive, précise, énergique. Sur chacun des faits allégués par l'accusation, j'avais des réponses prêles, appuyées de pièces probantes. Je portai la conviction dans tous les esprits sur cette vérité , « que le Constitutionnel n'avait pas w attaqué la religion, mais défendu TEtat contre des n attaques qu'il importait de réprimer. »

Et comme la nouvelle des obsèques du général Foy venait de se répandre dans l'audience, j'en pris occasion de faire en quelque sorte l'oraison funèbre u de » ce brillant orateur dont l'éloquence chevaleresque yi rappelait dans son allure libre et fière l'air martial n des combats ! )) — Et j'étais dans mon sujet lorsque je m'écriais : m Hélas ! messieurs , quand les orateurs n périssent, comment imposerait-on encore silence » aux écrivains ? La tribune est veuve , et l'on voudrait » encore faire taire la presse?... y>

Mon succès fut complet; le Constitutionnel ini renvoyé absous; — et, ce qui valait mieux que l'absolution même, il fut acquitté par des motifs qui, en consacrant les doctrines de la défense, proclamaient avec autorité les anciennes Maximes de France sur les Libertés de l'Eglise gallicane et la Déclaration de 1682.

Le public prit la plus grande part à ce succès. Les magistrats furent applaudis. Mes confrères m'entou-

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raient et me félicitaient de toutes parts ; la presse périodique en retentit longtemps.

Pour terminer sur cette longue affaire , je dois dire un mot du Courrier français. Ce journal était poursuivi en même temps que le Constitutionnel; les deux journaux étaient compris dans le même acte d'accusation. Mais ce n'en était pas moins deux causes différentes. Le Constitutionnel avait intérêt à cette séparation , parce que le Courrier était d'une opposition plus acérée , quelquefois hostile. Ses attaques avaient été plus vives , ou , si l'on veut, moins mesurées que celles du Constitutionnel ^ dont je m'étais attaché à faire ressortir la modération, tout en blâmant quelques expressions peu convenables. — a Les formes , » avais-je dit, ne gâtent jamais rien, et elles réparent )> souvent beaucoup de choses. L'opposition, n'ayant )) pas pour elle le nombre , doit toujours avoir pour y) elle la raison : c'est une sorte de censure qui exige » un peu de la pudeur et de la vertu de Caton. Il sen rait donc désirable que les littérateurs distingués, y) les hommes vraiment pieux qui sont à la tête d'un w journal veillassent avec plus de soin sur les rédac- » tions subalternes, etc. »

Le Courrier, quoique très-bien défendu par Mérithou, ne trouva pas pour sa rédaction la même faveur que le Constitutionnel; et la Cour le lui fil sentir dans le premier motif de son arrêt , en disant : a Con- » sidérant que la plupart des articles du Courrier » français dénoncés par le réquisitoire du procureur îî général sant blâmables quant à leur forme, mais » qu'au fond, etc. »

Ainsi les deux journaux étaient acquittés, mais le Courrier l'était avec un blâme dont il fut vivement

%iH AMIENS ET SAINT-ACHËUL.

blessé. — La jalousie entre les deux journaux s'en accrut', et il resta toujours depuis ce temps, au fond de la rédaction du Courrier français, un sentiment de rancune contre moi, qui éclata en maintes circonstances avec une malveillance marquée, et dont, après la révolution de 1830, quelques ministres et aussi quelques bons amis de cour profitèrent quelquefois pour faire partir de là certaines attaques qui se seraient produites avec moins d^avantage dans les journaux officiels. Cette remarque n'a pas échappé à M. Ortolan; il en dit quelques mots page 37, mais il en a su moins que moi à ce sujet. — M. M*** et son agent *** le savaient à merveille y et ils ont souvent usé de cet expédient.

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