‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 55 sur 125 · AMIENS ET SAINT-AGHEUL · texte numérisé non relu

AMIENS ET SAINT-AGHEUL

M. le supérieur me la rendit aussitôt et m^nvlta à dîner.

Je ne pouvais donner jour, devant partir le surlendemain si mon affaire finissait; — mais invité conditionnellement pour le cas où elle ne finirait pas, il ne restait aucun motif pour ne pas accepter.

Le vendredi 4 juin, à trois heures et demie, après Taudience, je me rendis donc à Saint-Acheul avec M. Boudet.

Il se trouva que c'était pour la maison une fête religieuse ( celle du Sacré Cœur). — On était à vêpres, j'attendis.

A quatre heures, on dine ; il y avait environ quinze convives : fonctionnaires civils, bourgeois, marguilliers, un officier de la garnison, le curé de Saint- Pierre d'Amiens, des professeurs, et l'un des membres de la famille de Lagrenée , élève de la maison.

Vers la fin du dîner, on vient nous dire de nous presser (le temps étant douteux), à cause de la procession qui devait avoir lieu.

Aussitôt tout se dispose. Les convives se rendent à l'église. J'y vais avec eux : je me serais reproché comme une irrévérence de me retirer seul en présence d'un acte religieux que je n'avais aucun motif de décliner.

Après quelques chants et prières, la procession s'organise et se prépare à sortir.

C'est alors qu'on m'entoure et qu'on m'offre l'un des cordons du dais. Je résiste, je prie qu'on le donne à de plus dignes , et je demande à rester dans le commun des fidèles. Mais on insiste d'une façon si pressante que je cède à la fin , pour éviter le petit bruit d'un débat prolongé qui commençait à fixer l'attention des assistants.

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C'est ainsi que j'ai eu, bien à Timproviste, Thonneur de porter l'un des cordons do dais sous lequel on allait placer le saint sacrement.

Cette procession était magnifique. Jamais, dans aucune représentation théâtrale, les chœurs ne furent disposés avec plus d'art et de régularité que les groupes d'enfants et d'adultes, revêtus de leurs aubes, divisés par pelotons de même taille, distingués parles couleurs bleues ou rouges de leurs ceintures ; tous armés d'encensoirs à longues chaînes qu'ils lançaient dans les airs avec autant de hardiesse que de pré* cision'.

Cette procession a duré trois heures dans les jardins et cours et autour de la maison, au milieu d'un grand concours de peuple.

Tout étant fini, je pris congé de ces messieurs, et je retournai à mon auberge et à mon procès avec mon jeune confrère, M. Boudet, qui était loin de s'attendre à pareille fête.

De retour à Paris , des dénonciations prétendues libérales, mais sourdes et anonymes, me suivent, moi, simple particulier, qui assurément ne devais aux partis aucun compte de mes actes.

Bientôt la Gazette universelle de Lyon ( second foyer de l'ellipse répondant à celui de Saint-Acheul) annonce, en termes anodins, ma présence à la procession I — C'est à dessein, je crois, que l'auteur de l'annonce a mis le dimanche 4 au lieu du vendredi, afin que cette

^ « Vous voyez, » me disait le père Loriquet après la cérémonie, en faisant allosion aux reproches de quelques journaux qui accusaient les jésuites d* apprendre à leurs élèves le maniement des armes comme aux lévites dans Athalie, « vous voyez qu'on ap-

n prend chez nous Texercice à feu (au feu de renceosoir.) «

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petite inexactitude laissât le droit de contester la source

de cette communication.

La Quotidienne répète la nouvelle sang y joindre aucune réflexion.

Mais le Courrier français sent revivre sa rancune '^ sa bile s'allume ; il m'accuse presque de haute trahison I

Le Constitutionnel m'excuse.

Le Journal de Paris me défend.

Le Courrier s'adoucit hypocritement : il attend, ditil, des explications.

Le Globe du jeudi 28 juin me censure pédamment et philosophiquement.

Les petits journaux raillent.

Les lettres anonymes pleuvent....

La Constitution du Brésil survenue occupe les journaux pendant quelques jours^ et donne un plus solide aliment à leurs discussions.

Mais cette diversion dure peu, et bientôt la petite guerre reprend avec plus de vivacité.

La thèse semble tout à fait retournée.

Le 1" juillet, le Drapeau blanc ^ mon ancien adversaire, me défend; — le 3 juillet, la Quotidienne, naguère mon ennemie, en fait autant ; — Tun et l'autre en termes assez poignants pour le libéralisme pris en flagrant délit d'intolérance et de persécution. C'était une guerre de partis à mon occasion.

La verve de Dupaty s'éveille j je l'avais défendu dans l'aflaire du Miroir ; il me défend, à son tour, avec chaleur, dans le journal V Opinion (numéro du 3 juillet), — mais en termes plus voltairiens que je n'aurais voulu.

* Voyez ci-devant, pages 217-218, affaire du Conslitutinnnel,

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Étienoe voulait reproduire cet article , en le corrigeant un peu , dans le Constitutionnel; mais quelques actionnaires dissidents s^y refusèrent.

Jamais si petite affaire n'avait excité tant d'émoi. Cela faisait pitié !

Plein d'amitié pour moi , ce pauvre Etienne était désolé. Le journalisme se montrait si puissant alors I... Il m'engageait à répondre : j'y répugnais, outré que j'étais de l'ingratitude plus encore que de l'insolence d'une presse que j'avais tant de fois défendue I Je ne pouvais surtout comprendre comment une opinion si orgueilleusement libérale , qui s'était maintes fois tar* guée de son indépendance en matière religieuse au point de se faire accuser d'impiété, devenaittout à coup (pour moi, défenseur du Constitutionnel dans le procès de tendance et avocat de Montlosier dans la question des Jésuites,) intolérante et persécutrice, à l'égal du fanatisme dont elle avait mille fois condamné les actes et dont elle se disait ennemie !

Cependant je cédai enfin aux sollicitations réitérées de mes amis, et je publiai ma réponse, qui fut aussitôt reproduite par les journaux et qui mit fin à la querelle. (On la trouvera dans les Annexes).

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