‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 5)Chapitre 80 sur 125 · PROJET D*ADOPTION DU DUC D'AUMALI · texte numérisé non relu

PROJET D*ADOPTION DU DUC D'AUMALI

a45 et 34G : qu'en effet, d'après Particle 345, a la fan culte d'adopter ne peut être exercée qu'envers Vin- » dividu à qui l'on a, durant sa minorité et durant six y> ans au moins, fourni des secours et donné des soins V non interrompus , » (ce qui n'avait pas eu lieu dans Fespèce). — Enfin , suivant l'article 346, a l'adoption ne pouvait, en aucun cas, avoir lieu avant la majorité de l'adopté, r) Or, le duc d'Aumale était encore mineur.

Tout cela était rigoureusement vrai en droit privé. Mais je répondais que l'état civil des membres de la famille royale était placé sous la haute tutelle du Roi, et que si Sa Majesté approuvait l'adoption , cette bante adhésion conférerait déjà à M. le duc d'Aumale un très-grand avantage, celui, par exemple, de recevoir et de pouvoir prendre le nom de Condé, que personne n'oserait et ne pourrait jamais lui contester quand il l'aurait une fois reçu par la volonté exprimée de M. le duc de Bourbon, et en vertu d'une ordonnance royale.

En réponse à l'article 345, je disais que, si le duc de Bourbon n'avait pas donné des secours et des soins dans le sens vulgaire dq l'article 345 , il avait fait des cadeaux et donné constamment des marques du plus vif attachement à son filleul ; ce qui suffisait entre personnes d'un si haut rang.

Quant à l'âge , je répondais que , si l'acte définitif d'adoption ne ]>ouvait être actuellement consommé, à cause de la minorité du duc d'Aumale, rien n'empêchait M. le duc de Bourbon d'exprimer à l'avance, et dans un acte préparatoire , ses intentions à l'égard de Tadoption, sauf à lui donner plus tard toute sa perfection j et on soutenant provisoirement sa déclaration par une institution d'héritier que M. le duc de Bourbon annonçait, dans tous les cas, être dans l'intention

PROJET D'ADOPTION DU DUC D'AUIIALE. 339 de faire. Or, celte institution ^ en réalisant pour M. le doc d'Aumale Fintention qu'avait le duc de Bourbon de lui transmettre ses biens, ne laissait à ses collatéraux aucun intérêt, ni par conséquent aucun droit de contester les actes relatifs à l'adoption.

Tel était effectivement l'acte dont la rédaction était soumise à leur examen.

MM. Tripier et Gairal cotivinrent avec moi qu'un tel acte serait parfaitement valable s'il était passé devant notaire avec les formes requises, sauf à accomplir plus tard les solennités exigées pour la perfection de l'acte d'adoption.

Ou en référa dans ces termes au duc de Bourbon : mais d'autres objections que celles que nous nous étions faîtes lui furent suggérées et vinretit assiéger 0On esprit. 11 aurait voulu (ai'je oui dir^ depuis) que tout pût se consommer d'un seul coup^ par un seul et même acte, pour n'avoir plus à s'en occuper. Mais aller en parler au Roi, faire un premier acte notarié^ le soumettre à la sanction royale, plus lard encore et dans tin âge plus avancé , avoir à figurer dans les actes définitifs d'adoption, tout cela se présentait à lui comme un travail compliqué qui tourmentait son ima- Ifioalioo*

Ces difficultés de forme amenèrent dans les tiégocia^ fions de nouvelles phases et de nouvelles combinaisons sur lesquelles les jurisconsultes cessèrent , de part et d'autre , d^étre consultés i et finalement , le duc de Bourbon s'arrêta à l'idée qu'il avait toujours eue, celle d'un testament pur et simple dans lequel il institua le duc d'Aumale son légataire universel, en le chargeant d'un certain nombre de legs particuliers.

Après la mort du duc de Bodrbon^ ùê testament fut

Skê PROJET D'ADOPTIOX DL DLG D'ACMALK. attaqué avec colère, avec passion ; Fesprit de parti s'eir anpara; les accusations les plus caloninieuses forent mêlées an procès pour suppléer à Tabsence totale de moyens de nullité.

J*étais alors dans les fonctions publiques, et je n'eos^ point à m'occuper de cette cause. Elle fut confiée à mon frère Philippe Dupin , qui la plaida avec couyiction , avec chaleur, avec talent, et la gagna sur tous les points , tant en première instance qu'en cour d'appeL

Hais à cette autorité toute -puissante de la chose jugée, j^ai pensé qu'il était bon, en présence de tant de passions qui ont laissé des traces de leur venin dans les journaux du temps , d'ajouter la preuve morale qui résulte de ces projets d'adoption discutés entre les conseils des deux princes, pour montrer que bien avmU sa mort, et bien avant la révolution de juillet^ le Ane de Bourbon avait la volonté très-arrétée de faire de M. le duc d'Aumale son héritier , et qu'on n'avait hésité que sur la forme, adoption ou testament

Après la Révolution de juillet, le duc de Bourbon avait conservé pour M. le duc d'Orléans les mêmes sentiments qu'il lui avait toujours montrés : et j'ai tena dans mes mains l'original de la lettre qu'il lui écrivit le 8 août, veille de la séance royale du serment; lettre pleine d'affection, dans laquelle il exprimait le regret de ce que sa mauvaise santé ne lui permettait pas d'assister à cette séance. 11 ajoutait : a Je vous écris, » Monsieur, comme au Lieutenant général du royaume. n — Demain je serai de cœur avec vous, et vous troun verez toujours en moi un sujet aussi fidèle que dér> voué. — L.-H.-J. DE Bourbon. »

J'ai déjà publié le texte de cette lettre dans l'Opuscule inWiwXé Révolution de juillet 1830, édit.de 1835, p. 20.

On a vu comment j'étais entré dans le Conseil d'A-partage du duc d'Orléans : il me reste à dire quelles règles de conduite j'y ai apportées.

Je voulus d'abord étudier à fond la matière des Apanages. Je lus tout ce que je pus trouver dans les livres sur ce sujet; et j'en tirai deux sortes de notions : les unes historiques, sur l'origine et le caractère des apanages; les autres juridiques, sur le régime des biens apanagers et les principales questions de droit auxquelles ils peuvent donner lieu.

J'en composai un petit Traité j que je communiquai au duc d'Orléans et au président Henrion de Pansey , pour m'assurer, par leur contrôle, que je ne m'étais écarté ni de la vérité historique , ni de la vérité légale, et je profitai de leurs observations.

Je ne songeais point encore à livrer ce travail à l'impression ; mais le duc d'Orléans ne tarda pas à m'exprimer le désir de le voir publier.

Il ne suffisait pas d'avoir défendu l'apanage devant les tribunaux ^, il était besoin de le faire inscrire dans la législation. Depuis quelque temps il était question d'un projet de loi à cet égard.

Il fallait donc un peu à l'avance faire l'éducation des hommes politiques du jour, qui n'avaient jamais eu

^ Voyez Taffaire da Théâtre-Français.

342 CONSEIL D'APAXAGE.

occasion ni intérêt d'étudier l'origine, l'histoire et la nature des apanages j qui les croyaient même abolis; ou qui, du moins, voyaient leur rétablissement avec prévention, supposant mal à propos qu'ils conservaient l'empreinte de \vi féodalité.

Il était urgent de les désabuser... il fallait être exact, clair et surtout précis; se faire comprendre, et par conaéqueot 3e faire lire par des gen» qui o'aviûent aucqn intérêt à vous étudier.

Le duc d'Orléans crut que mon travail était tout à fût pr(4>rQ à atteindre ce but. Gt, en effet, à peine ce petit volume, format iu*-32, eut-il para sooa \^ titre de Tu^i d^ Afa^^nfgês ^ que les hommes poU« tiquas et le« mistrals s'en emparèrent; les préven* tioDS s'évanouirent; plusieurs de ceux qui voyaient auparavant ks apanagos avec défiance s'en eoQstî^ tuèrent les apologistes; et lorsque , quelques imùa après, ^ janvier 1825, la question arriva devant la Chambre des liéputés , ce furent les orateurs de l'op^ position, et à leur tête l'illustre général Fay» qui dé« fendirent l'apanage contre les orateurs de la droite,, parmi lesquels se signalèrent principalement MM. ^ûxb^ dcm et d^ la Bourdonnaye.

A la sui^ de cette discussion fut rendue la loi du 16 janvier 1825, dont l'article 4 porte ; a Les ImUft. » restituée à la branche d^Orléans ev^ çxécutioo des Qrn donnances rayales des 18 et 20 mai> 17 septembre* » et 7 octobre )814, et provenant de l'apanage €#n^ » $titué par les édits des années 1661, 167^ et 169S„ » à Mox^içur, frère du Roi loui& XJ[V, pour lui ^t sa » deçcejadaoce masculine, continv^ovt à être po$$^dé^ î> avx mêmes titres et conditions par le chef de la brant che d'Orléans, jusqu'à ci]ktiu<;tiM dQ sa des^ndanoe

» mâle, auquel cas ils feront retour au domaine de » rÉlat. »

L'apanage se trouva ainsi reconstitue en droit et en loi.

A la fin du Traité des Apanages j^y avais ajouté une section intitulée Du Conseil du Prince apanagiste, — J'y définissais en peu de mots le caractère et les devoirs de ce ConseiL

a Ce Conseil, disais-je, quoique institué avec moins de solennité qu'autrefois', n'en a pas moins des devoirs importants à remplir. Il n'a aucun caractère public, aucune juridiction extérieure; mais il a a la charge » spéciale de veiller à la conservation de P apanage, et » à cet égard le prince ne peut rien faire sans l'avis de » son conseil*. » — Quant aux biens patrimoniaux du prince, les (onctions du conseil se bornent à bien et fidèlement conseiller le prince dans ses affaires. N'est-ce donc pas une assez belle mission? Outre l'honneur qui s'attache au choix du prince, la gravité des intérêts fait un devoir à ceux qui sont appelés à en délibérer , de conseiller librement, en leur âme et conscience, selon le droit ; et aussi selon l'équité , si parfois l'un semblait ne point s'accorder avec l'autre; de ne pas considérer ce qui peut plaire , mais ce qui est bon et juste en soi ; de faire attention à ce qui est honorable , bien plus qu'à ce qui peut être simplement utile. Si Papanage passait es mains d'un prince prodigue, ne pas craindre de contrôler les comptes en les apurant ;

* 11 existait en vertu des leUres patentes cPéreclion de TApanage.

^ La phrase que j*ai mise en caractères italiques a été ajoutée textuellement sur mon manuscrit par M. le président Henrion de Pansey.

3U COXSEIL DAPAXAGE.

résister à toute mesure qui serait proposée en vue d'accroître les revenus aux dépens du fonds, et qui pourrait compromettre l'avenir de Tapanage; enfin , si Tapanage tombait en minorité, redoubler de zèle et de surveillance pour les intérêts d'un titulaire qui ne serait pas en état de se défendre par lui-même. »

Telle était la théorie du Conseil ; telle fut aussi notre pratique dans les différentes questions qui nous furent soumises, et c'est là ce qui place les services que de loyaux conseillers peuvent rendre à un prince fort audessus de tous les autres offices. Pour ceux-ci, le prince commande, et il ne reste qu'à lui obéir. An contraire , le conseiller a l'initiative ; il indique avec toute la supériorité que donne le droit de conseil ce qu'il croit bon et juste, et il ne reste plus au prince qu'à s'y conformer , on , s'il s'en écarte , c'est à ses risques et périls ; et l'honneur du conseiller est saut

Le Conseil d'Orléans tenait habituellement nne séance par semaine , et assez fréquemment il y avait des réunions extraordinaires.

Le duc d'Orléans y assistait régulièrement avec le chevalier de Broval, sous-secrétaire des commandements.

Les rapports étaient faits ou par le directeur des domaines, quand il s'agissait de baux, de contrats, de procès ou de transactions; ou par le directeur des forêts pour les affaires de sa division , l'intendant pour les comptes, etc.

On renvoyait souvent les rapports avec les pièces à l'un des membres du Conseil pour en faire un plus ample examen. Ce conseiller lisait les pièces, se livrait aux recherches convenables, et revenait avec un proiet d'avis. '^ ^

Les avis du Conseil étaient toujours mis en marge ou à la suite des rapports. Il en était tenu un registre particulier par le secrétaire du Conseil, afin qu'on pût y recourir au besoin. Ces avis étaient souvent motivés , comme auraient pu l'être de véritables jugements.

Dans les afiaires contentieuses, on appelait l'avoué ; pour les actes , le notaire , soit qu'il apportât son projet, soit, comme il arrivait assez fréquemment, qu'on lui remît une rédaction préparée par les agents de l'administration, et sur laquelle il faisait, s'il le jugeait nécessaire , ses observations.

Le duc d'Orléans prenait habituellement part aux discussions, et souvent avec avantage pour les afiaires. Sa mémoire, d'une précision sans égale, servait à rappeler les faits anciens, les traditions de famille; son esprit très-juste suggérait d'utiles observations. Mais, il faut le dire, il avait un défaut dont on devrait surtout se garder quand on est prince et qu'on demande conseil: il parlait trop souvent le premier, ouvrait son avis , et pouvait ainsi influencer les opinions. Le péril, en cela, serait plus grand en politique qu'en afiaires privées; c'était donc un tort: mais, si j'ai dû le relever pour être sincère , je me hâte d'ajouter que le prince corrigeait ce défaut par une qualité bien rare. En efiet, s'il s'avançait ainsi trop précipitamment, il revenait Tolonliers sur son premier dire , après avoir entendu celui des autres. Personne, j'aime à le constater, ne supportait plus volontiers la contradiction , et ne consentait de meilleure grâce à en faire son profit. Je ne crois pas que jamais prince ait mieux permis qu'on lui dît la vérité. Mais en se pressant un peu moins , il aurait évité ces retours d'opinion , et il aurait été plus

sûr d'avoir l'avis des autres que le sien propre, sauf à

en user après comme il l'aurait voulu.

Le Conseil d'Orléans n'avait pas seulement à s'occuper des affaires de l'Apanage , qui avaient un cours assea^ réglé ; — mais il eut aussi à surveiller les autres affaires du duc , concernant ses autres biens.

Succession paternelle. — Liqmdation.

La succession du feu duc d'Orléans était surchargée de dettes et d'embarras. Au moment de la Révolution, le feu duc d'Orléans avait (je l'ai déjà dit) laissé 112 millions de biens patrimoniaux et 74 millions de dettes. A cette époque , il y avait donc largement de quoi payer. — Mais ses créanciers unis , d'une part ; la République ensuite, avaient administré, vendu et dissipé Tactif d'une telle manière, qu'au moment de la remise des biens, en 1814, il restait à peine 12 millions d'actif et plus de 30 millions de passif ^ La succession était donc manifestement insolvable.

Le duc d'Orléans et sa sœur, la princesse Adélaïde, auraient pu renoncer à cette succession pour se délivrer de tout soin; mais ils aimèrent mieux l'accepter sous bénéfice d'inventaire, pour éviter les saisies immédiates et des poursuites trop vives, et ils conçurent le généreux dessein de la liquider honorablement.

Le duc d'Orléans et la princesse Adélaïde sa sœur avaient été remis en possession (par les ordonnances de 1814) de ceux des biens de leur père qui n'avaient^ pas été vendus nationalement. C'était l'unique gage des

« Voyei Traité det Apanages, page 218, édition de 1835.

créanciers, et comme les héritiers ne voulaient pas déroger au bénéfice d'inventaire, ils mirent ces biens judiciairement en vente, et ils s'en rendirent adjudicataires à l'audience des criées au plus offrant et dernier enchérisseur, — moyennant 12 millions et demi ^ dont ils durent faire compte aux créanciers de la succession bénéficiaire.

Parmi ces biens se trouvaient quelques actions des canaux d'Orléans et de Loing restées libres, et le droit éventuel de retour stipulé pour le cas où les titulaires des dotations fondées par Napoléon sur ces actions viendraient à décéder sans postérité. — Ces extinctions étaient assez rares. — Les dotataires, quoique mutilés par la guerre, avaient tous grand soin de se marier, et ne négligeaient rien pour laisser un successeur des 500 francs de rente.

Le premier fonds de 12 millions formant le prix des biens rachetés restait de droit affecté à la liquidation. Le duc d*Orléans y joignit chaque année une forte somme prise sur les revenus de son apanage, qui étaient d'environ 3 millions par an quand les bois se vendaient bien. On paya intégralement tous les créanciers malheureux ; ils étaient en grand nombre ; on obtint de ceux qui étaient plus à leur aise des remises d'intérêts et quelques réductions; d'autres, parmi les plus riches, furent intraitables. Quoi qu'il en soit, après de longs et persévérants sacrifices, le duc d'Orléans, pour lui et sa sœur, arriva à ce point de libérer entièrement la succession de leur père , et de ne laisser derrière eux personne qui, à tm titre qiêetconque, pût se dire créancier de cette succession.

Succession de madame la duchesse douairière d'Orléans en 1821.

Sept ans après la Restauration, la fortune patri-* moniale de M. le duc d'Orléans et de sa sœur s'augmenta considérablement par la succession de madame la duchesse d'Orléans, leur mère, qui mourut en juin

Comme fille unique du duc de Penthièvre, madame la duchesse d'Orléans avait trouvé dans la succession de ce prince les biens qu'il avait lui-même recueillis dans celles — du duc et de la duchesse du Maine , — du comte et de la comtesse de Toulouse, — du prince de Dombes, —du comte d'Eu, — du prince de Lamballe.

C'est ainsi que les biens de la branche d'Orléans s'étaient eux-mêmes accrus des biens — de la duchesse de Guise , — de mademoiselle de Guise , — de mademoiselle de Montpensier, — du prince de Conti, — de la duchesse de Bourbon,

Et plus tard de ceux de la branche de Condé^ légués à M. le duc d'Aumale , dont je ne parle ici que pour mémoire, et afin de montrer comment avec le temps presque tous les biens des difierentes branches de la Maison royale de France s'étaient acheminés et concentrés dans les mains de la branche d'Orléaus«

C'est donc avec raison que l'ancien duc d'Orléans (Louis-PhUippe EgaUté) passait pour le prince le plos riche de toute rEurope.

Mais hàtons-nous de rappeler que ces immenses — avaient suhi d'énormes dépréciations. Naos

avons vu comment presque toute la fortune du feu duc d'Orléans , déjà considérablement réduite par la suppression des droits féodaux , avait été ensuite vendue à la requête de ses créanciers.

Madame la duchesse d'Orléans, douairière, avait été moins maltraitée par les événements ; et au moment où ses biens lui furent rendus, elle avait encore en propriétés foncières environ 1,500,000 fr. de revenus, très-mal administrés, il est vrai, et dont le capital pouvait, en 1821 , s'élever à 60 millions.

La duchesse, par son testament, avait légué au duc d'Orléans sop fils un tiers de sa succession par préciput, ce qui, avec l'autre tiers, représentait un million de rente ; mais elle le chargeait seul de tous les autres legs, qui étaient considérables; les rentes viagères seules montaient à 300,000 francs par an.

Ce sont tous ces biens patrimoniaux, entièrement distincts de l'Apanage d'Orléans, qui ont constitué, avec quelques acquisitions, ce qu'on a toujours nommé depuis le Domaine privé.

L'union du duc d'Orléans et de sa sœur était parfaite. Les biens furent d'abord possédés par indivis et administrés en commun, pour suffire aux charges communes et arriver à l'entière liquidation.

Indemnité accordée aux anciens propriétaires des biens confisqués et aliénés révolutionnairement.

Loi du 27 avril 1825.

C'est cette loi qu'on a appelée la loi du milliard! et contre laquelle on a tant crié ! — On a eu tort.

Au point de vue moral, cette loi était excellente: elle a appris aux Peuples que le bien volé ne profile

pas plus aux gouvernements qu'aux particuliers ; que les configurations sont justement odieuses, et que c'est à l'avenir qu'il appartient de réparer les torts du passé.

— La Charte avait effacé la confiscation de nos lois ; la loi d'indemnité tendait à ^effacer de nos souvenirs.

Politiquement , cette loi produisit les plus heureux effets ; elle rendit toute leur valeur à des biens qui jusque-là n'avaient pu se vendre qu'avec défaveur ; on cessa de mettre sur les affiches que tel bien à vendre était patrimonial, pour avertir que ce n'était pas un bien confisqué; tout le monde y gagna en richesse et en sécurité.

La part allouée au duc d'Orléans et à la princesse sa sceur à titre d'indemnité (cinq millions), était loin d'égaler le préjudice qu'ils avaient éprouvé ^ ; mai* cette somme leur fut d'un grand secours pour achever la liquidation de la succession paternelle. Le duc d'Orléans d'ailleurs s'en servit en grande partie pour un autre emploi

Il avait reçu le Palais-Royal dans un état complet de dégradation. On sait avec quel art et quel goût il parvint à le restaurer- Son architecte, M. Fontaine, reprit d'abord tous les travaux de consolidation. Il refit entièrement la façade de la cour intérieure pour en masquer les disparates.

— Chacun se rappelle ces hideuses galeries de bois noircies par l'humidité et la pourriture , qui n'offraient aux plus riches marchands que de misérables échoppes, et aux promeneurs qui venaient s'y presser chaque

* On n'accorda aucune indemnité pour la succession paternelle, parce qu'on considéra les ventes comme ayant été faites, non pas au profit de la nation^ mais au profit des créanciers. (Testament du 22 mai 1849.)

soir qu'on abri sans air et un parquet sans unité. Ces dégoûtantes baraques forent détruites et bientôt après remplacées par Téiégante galerie vitrée qui sépare la cour du jardin , et relie entre elles les deux ailes du palais : c'était comme un spécimen des futurs Palais de cristal.

Le duc d'Orléans compléta cette restauration en faisant édifier la colonnade et le péristyle de la cour de Nemours du côté du Théâtre-Français. 11 y installa la riche bibliothèque que les Vandales de 1848 ont si barbarement dévastée, ainsi que la belle galerie de tableaux, également détruits, qui représentaient les scènes historiques dont le Palais-Royal avait été le témoin : triste page ajoutée à toutes les autres !

L'Etat, en reprenant l'apanage, aprofité des constructions neuves et des améliorations qu'y avait faites le duc d'Orléans. Mais il est résulté de cette plus-value manifeste une action en indemnité qm profit des enfants du duc, qui a été réservée expressément par l'article 2 de la loi du 2 mars 1832 , comme elle l'avait été éventuellement et dès l'origine par les lettres patentes de 1692 qui avaient ajouté le Palais-Royal à l'Apanage. (Voyez Traité des Apanages, page 80, édition de 1835, et la note ibidem. )

Dans son testament du 22 mai 1849, le Roi dit que le chiffre des dépenses par lui faites au Palais-Royal jusqu'au mois de juillet 1830 s'élevait à onze millions quatre cent mille francs, — Il y a erreur. Le rapport dressé le 11 décembre 1838, par les commissaires (MM. Feu trier et Meynard) chargés « de procéder à l'évaluation des accroissements faits à l'apanage w dans la période de 1814 au 9 août 1830, établit cette estimation ainsi qu'il suit :

l"" Augmentations, améliorations et décorations pour le Palais-Royal et ses dépendances. 8,014,857 fr. 52

2^ Acquisitions d'enclaves et annexes aux bois et forets de l'apanage. 25,365 35

3'' Défrichements, plantations et constructions de maisons de gardes, etc 135,76a 52

4° Rachats de rentes et de droits d'usage 41,619 02

Total général. . . 8,217,602 fr. 41

Administration du domaine privé jusqu'à t avènement du Roi en 1830.

Le duc d'Orléans agissait en prince. Il n'avait pas seulement le revenu de son patrimoine, il avait celui de son apanage. Il pouvait donc faire plus et autrement que sa sœur, et cela devait amener entre eux une différence dans la manière dont chacun entendait gouverner ses afiPaires. Après quelque temps d'indivision, des actes de partage ' avaient attribué à chacun d'eux les domaines qui devaient composer son lot Cependant , même après le partage , il y eut toujours entre eux un grand contact de communauté.

Ainsi le même conseil (celui de l'Apanage) dirigeait tout ce qui regardait le Domaine privé.

* I! y a ea deux actes de partage : — Tun , du 1" mars 1822, s* applique aux biens de madame la duchesse douairière; — Tautre, en date du 5 juin 1827, comprend le résidu des biens delà succession paternelle, dont le Roi et sa sœur s'étaient rendus adjudicataires en commun sur la mise aux criées faite par la succession bénéGciaire. — Ces deux partages ont eu lieu par actes sous seings privés, enregistrés et déposés ensuite en Tétude d'un notaire.

L'administration centrale était la même pour les biens du frère et de la sœur.

Ils habitaient le même palais, les mêmes résidences; les fonds se versaient tous dans la caisse centrale ; — les comptes seuls, tenus avec une parfaite régularité, et vérifiés à la fin de chaque exercice par un membre du Conseil à ce délégué , fixaient la part de chacun.

Bientôt cependant une difierence sensible s'établit dans la manière dont chacun gouvernait séparément les biens compris dans son lot.

Madame la princesse Adélaïde, simple pour ellemême, réglant ses dépenses comme ses dons, nonseulement n'anticipait jamais sur ses revenus, mais faisait des économies. Elle n'employait les architectes qu'avec sobriété, sans se laisser entraîner à leurs plans dans ce qu'ils auraient eu d'exagéré. Elle se défiait de V inconnu; son esprit exact aimait à se rendre compte, et voulait sur chaque chose savoir à quoi s'en tenir. Elle fit successivement plusieurs acquisitions importantes; elle aidait quelquefois son frère de ses capitaux, mais en assurant ses créances; elle contribua par ses dons à la dot de ses neveux et nièces ; elle fit de son château de Randan une résidence admirable, dont le souvenir ne doit jamais périr parmi les siens ; — et après vingt-huit ans d'une sage administration, sa fortune avait notablement augmenté, heureusement pour ses neveux et nièces, dont elle est restée la seule ressource !

Le duc d'Orléans, au contraire, administrait avec plus de laisser aller. Tant que la liquidation de la succession paternelle ne fut point achevée, il se contint; mais après, il suivit d'autres errements. 11 aimait les bâtiments, et ses architectes, fort habiles d'ailleurs, le

servirent à son goût. Ajoutez à cela une grande propension à acheter ce qu'on lui proposait comme enclave, à se délivrer de tout voisinage importun, payant de mauvaises terres jusqu'à 30,000 francs l'arpent, comme il fit avec madame de la Galissonnière pour une enclave du parc de Neuilly ; surpayant des bicoques pour les raser ensuite et faire place nette ; en un mot, s'arrangeant de manière que non-seulement tout son revenu y passait, mais que son compte courant de banque allait quelquefois de l'avant.

Souvent au Conseil nous lui en fîmes l'observation : il en convenait; mais le naturel reprenait le dessus, tellement qu'avec sa manière de faire , si diiférente de celle de sa sœur, après avoir dépensé bien des millicms, il n'a pas beaucoup augmenté la véritable valeur de son Domaine privé.

Cependant, en résultat, en 1830 et avant de monter sur le trône, le duc d'Orléans s'était mis au courant; il était arrivé à ce point de n'avoir aucune dette : — et pourtant il avait restauré et meublé le Palais-Royal, — continué les constructions de Dreux, — créé Neuilly, -— réparé, embelli ses autres châteaux, et tout remis dans un état princier. — N'est-ce pas un éloge vrai et mérité pour un Prince qu'on a si perfidement accusé d'avarice et de lésinerie ? 11 dépensait tout , et faisait travailler sans cesse les ouvriers et les artistes : — mais il y a des gens qui ne savent pas gagner, et qui

veulent absolument qu'on leur donne Pour ceux-ci

le duc d'Orléans était un avare .^ . . . — Que ne dirontils pas lorsqu'il sera devenu Roi?.... N'en a-t-on pas dit autant de Louis XII, à l'exemple duquel on put répéter une seconde fois : a Le Roi ne venge point les n injures du duc d'Orléans. »

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