SANG DE SES COMPATRIOTES
Oh ! qu^on ne s^abuse point sur les funestes effets de U calomnie ! c'est à Taide de pareilles imputations semées sur la route de M. le maréchal, qu'on est parvenu à exciter Taisassinat contre lui. On Taccusait d'avoir, au milieu des massacres de septembre, pris part à un forfait horrible (le meurtre de la princesse de Lamballe) : — et il est de fait, que dès le 18 août 1792, le général Brune avait été envoyé en Belgique, en qualité de commissaire du Directoire exécutif. Ce sont des écrivains belges eux-mêmes qui nous attestent qu'à cette époque Brune était dans leur pays. Dans la Galerie historique des Contemporains y ouvrage imprimé à Bruxelles, depuis la mort du maréchal, chez Auguste Wahlea, on lit ce qui suit :
« On a prétendu que Brune avait été l'un des assassins de l'inn fortunée princesse de Lamballe, massacrée le 2 septembre 1792, » à la prison de la Force : cette accusation tombe d'elle-même ; » Brune n'était point alors a Paris, il était, ainsi que nous l'avons » dit au commencement de cet article, dans la Belgique ^ où il ii avait été envoyé par le Conseil exécutif n
En effet, il existe dans nos archives des dépêches officielles qui attestent qu'à cette fatale époque de nos troubles ^ le général Brune n était point sur le territoire français.
Plus tard on lui dut la pacification des départements de l'Ouest * : et lorsqu'il quitta ces contrées, on déplora son départ, on faisait des vœux pour que son successeur lui ressemblât' ; et voilà l'homme qu'on ose appeler imposteur teint du sang de ses compatriotes!
^ Madame la maréchale Brune m'avait remis VonpntX de U Convealton «gnée entra Brone et Geoi^get pour arrêter refTogion do aang daof U Vend^ , et paciBer cette malbenrense contrée qoi , an dire même de Georges , n'était agitée qne par les chefs da parti. (Voyex cette pièce ci-après. )
2 Voyez les lettres de Gêêrgeê, eoBOModaiit en chef des Cbooaiis (ciaprès, page 468).
464 AWKXES.
Comme ambassadeur, que lui reprochez-vous? D'avoir décrié sa nation chez les peuples voisins ? D'avoir appesanti le sceptre diplomatique sur ceux de ses compatriotes que des événements malheureux conduisaient en pays étranger? — Nullement.
Il a porté au loin Thonneur du nom français , il a fait estimer dans les négociations le guerrier qui ne savait se faire craindre que sur les champs de bataille ; il a protégé notre commerce du Levant; chaque Français , près de lui, a constamment trouvé protection, aide, secours; et il n'a été rappelé de Gonstantinople qu'à l'époque où l'influence anglaise ayant pris le dessus, il fallut porter nos armes jusqu'aux bouches du Cattaro.
A une époque antérieure , Brune avait été chargé par le Directoire d'une mission dans la Cisalpine : ouvrons la Galerie kistorique, et lisons : « Brune honora sa mission, en demandant à la » cour de Turin de mettre un terme aux exécutions militaires que n ce gouvernement multipliait à un point effrayant contre ceux fl des sujets piémontais qui s'étaient déclarés en faveur de la î) France. »
Cessez donc de le ranger parmi le$ missionnaires de division, de tromperie et de corruption.
Général sans talent, dit le Drapeau blanc. — Ah! nos ennemis lui ont rendu plus de justice. Après que la capitulation du Helder eut renouvelé pour l'armée anglo-russe l'humiliation des Fourches Caudines, le duc d'York, bien loin de méconnaître la supériorité de son vainqueur, publia un ordre du jour dans lequel il rendait un noble hommage à l'humanité, à la générosité même avec laquelle Brune avait usé de la victoire. £n effet, il n'eût tenu qu'à lui de jeter toute celte armée à la mer.
En Suisse , la conduite de Brune fut digne en tout d'un général français.
tt Fribourg fut emporté d'assaut, et cependant n'eut qu'à se >) louer de la modération du vainqueur. Les personnes et les pron priétés furent aussi religieusement respectées que si la ville se » fût rendue par capitulation. On pourrait dire mieux, si l'on en r> juge par des exemples plus modernes. Les prisonniers furent yy renvoyés, et des larmes de joie attestèrent leur reconnaissance, n Voilà ce que racontent nos fastes militaires ^
Les relations imprimées à l'étranger lui rendent le même témoignage, ce La guerre ayant été déclarée à la Suisse (disent les au-
1 Galerie militaire, par F. Babié et L. Beanmont, Parii, an XÏII, tome II, page 184.
n leurs belges qoe j'ai déjà cités *), Brune eut le commandement h de l'armée française destinée à soumettre ce pays , marcha sar » Fribourg, prit cette place, et montra de la sagesse et de la mon dération dans Fusage de la victoire , lors même que ses instruc- » tions lui prescrivaient le plus souvent des mesures injustes et » violentes. »
Il s' est emparé du Trésor de Berne sans récépissé, ni inventaire, ni procèsr verbal, dit le Drapeau blanc, — Vous avez lu, messieurs, le précis imprimé pour madame la maréchale Brune et toutes les pièces justificatives. Ces pièces parlent assez haut par elles-mêmes; elles n'ont pas besoin d*être commentées. Il en résulte la preuve la plus évidente , la plus complète, de la fidélité scrupuleuse avec laquelle \e& finances de la Suisse ont été administrées sous le commandement du général Brune.
Quant aux. principes qui dirigèrent sa conduite dans Fadminis* tration intérieure du pays, on ne peut en prendre une plus juste idée que dans la lettre qu'il écrivait le 8 germinal an VI, en quittant la Suisse, à M. Le Cartier, alors commissaire du Directoire exécutif près Farmée d'Helvétie. Il lui disait :
u Le peuple suisse est bon et confiant; vous Famènerez aisé- » ment aux principes de la liberté qui doivent assurer son bon- » heur. Je crois qu'un des grands moyens de convertir les Suisses » à la liberté, c'est de s'en faire aimer et estimer ^ et de respecter r> la parole donnée. Les Montagnards sont les plus braves et les » plus francs : ils nous aiment beaucoup, il faut les ménager, car » ils ont un grand ascendant sur tout le pays. Avec de la fran* » chise et quelques égards, vous ferez la conquête des coeurs, » elle vaut bien celle d'un territoire ^.
Voilà, messieurs, la conduite et le langage de ce Brune, de ce brigand, engraissé du sang et de la ruine de VHelvétie.
11 est mort laissant pour toute fortune, constatée dans un inventaire authentique, environ quinze mille livres de rente: voilà le riche patrimoine de cet homme qui engloutit toutes les caisses publiques et particulières des familles patriciennes.
Quinze mille francs de rente! et il fut pendant plus de vingt ans général en chef! Il a conquis la Suisse, vaincu les armées de l'Autriche, aux bords à jamais célèbres de FAdige et du Mincio! 11 a forcé Farmée anglo-russe à chercher son salut sur ses vaisseaux ! A son aspect, les Suédois ont repassé la Baltique!....
Jamais calomnie ne fut mieux démontrée; jamais écrivain ne fut plus répréhensible que Fauteur du Drapeau blanc,
^ Galerie historique des contemporains, article Brune^ page 1 2. 2 Pièces justijicaiivts du procès, n» xxiii.
Qo*a1légaera-t-il pour sa justification ?
Dans rimpntssance avovée où il se trouve ée 90itteiitr ses diffamations par pièces oa par témoins , il ne pourra s'excvser ni par hi noblesse des motifs, ni par ia faveur des oirooBitaiicas.
Quel moment a-t-ii pris?
Lorsque la veuve du maréchal, après un deuil de qvatre «ns ip^tElHe a porté avec loute la France, avait profité d'an moment de caime constitutionnel pour demander ven^ance du meurtre de son époux; lorsque touché de sa plainte, le monarque venait de donner des ordres pour que les assassins fussent poorslrivîs; lorsque le ministre de la justice, convaincu que Thomieur de son roi «St en effet intéressé à ce qu*un crime atroce ne reste pas im* puni sous son règne , avait déjà pris des mesures pour assofer Faction de la loi.
Voilà le moment qu^a saisi k Drapeau blanc pour difiimer le maréchal : il s'indigne qu'on ait osé reproduire les traîts de ce personnage : il s'irrite surtout de ce <}ue, par rtpplication ike vers oAla poésie déplore la mort de Coligny, on établit un rapproche» ment, hélas ! trop sensible, entre ces deux victimes de nos dissessiens civiles : il va chercher dans un livre imprimé à l'étranger des calomnies qu'il exhume et qu'il reproduit; il s'atlacbe à ies htm ressortir ; et, par la tournure ironique qu'il donne à «a rédnc* âon, nu lieu de l'inscription qui l'importune, au bas du portrait du maréchal, il s'efforce d'y substituer cette idée : Voi^tfwm$n€ qu'on a bienfait de tuer; voilà f homme dont on aurait tort d^ venger le trépas.
Et si. celui que le sieur Martainville a calomnîé avec tÊmi de virulence élait un homme auquel il dût de la reconnaissuiee!,.. S'il en avait reçu quelques services!... Si à la calomnie se joignait ringratitude!... Si à Toulon, vous l'aviez trouvé bienÛMsant! .. S'il était vrai qu'à Gènes son nom seul invoqué par vous eèt suffi pour protéger la liberté de votre personne!... Je m'arrête ici ; je ne veux point humilier le sieur Martainville ; je veas Seulement le faire punir....
(Suivent les pièces annoncées dans la note au bas de la page
Pacification de la Vendée par le maréchal Brune.
Brune, chargé par le Premier Consul d'un commandement supérieur en Vendée, après avoir triomphé par les armes, employa tous ses efforts et réussit à amener la paciGcation de ces malheureuses contrées. — Madame la maréchale m'avait armé des pièces propres à prouver cette assertion.
Voici le texle de la capitulation signée par Georges. Elle porte la date du 23 plaviâse an VIII, mais une petite note de U main de Brune annonce qa'il y a errear de date , et qa'elle est do 25. Elle est écrite sur une feuille à tête de lettre.
• Aa quartier général de Vannes , le 23 pIa?iÔM an VIII de la République françane, une et iadhiiible.
n Brune, conseiller d^Etat, général en chef.
Article 1", > Les armes seront rendues dans vingt -quatre heures à la date de la connaissance que chaque chef de légion en recevra du commandant en chef. Ce délai ne peut excéder quarante-huit heures pour toutes les légions.
Art. 2.
» Les armes seront rendues aux postes d'Auray, Hennebon, Vannes y Lominé, Questenberg, Guer, Josselin, ou la Trinité ei Guémené. Les canons et munitions seront rendus à Vannes.
Art. 3.
» Il en sera donné reçu général et détaillé par chaque chef de poste républicain ou chef chouan qui les remeltra.
Art. 5.
» Les chefs donneront une déclaration du lieu oh Hs voudront se retirer, et il leur sera donné une sauvegarde signée du général en chef pour qu'ils soient assurés de Fappui du gouvernement.
Art 6. » Le commandant en chef des chouans, Georges, après la reddition des armes , se rendra k Paris près le gouvernement. U lui sera donné, à cet effet, les passe -ports nécessaires.
Art. 7.
» Les demandes particulières pour le dégrèvement du pays appartenant au gouvernement, qui a à cœur de soulager les malheureux Bretons du fléau de la guerre civile , Georges fera connaître à Paris les vues qu'il a ii cet égard.
Art 8.
» Les prêtres catholiques seront sous la protection du gmiver- Benent
Art. 9.
» A ces conditions, le pays sera déclaré paciGé à son de trompe, et le général en chef Brune y fera régner le bon ordre , la sûreté des propriétés et la tranquillité des personnes.
Art. 10.
» Les dispositions énoncées ci-dessus sont applicables au département des Côtes-du-Nord et à la partie insurgée du Finistère. u Brune. Georges. »
(Tout ce qui précède est en entier de la main de Brune.) .
Articles additionnels.
Art. V.
a Tons les individus qui ont pris part à la guerre actuelle rentreront dans Tétat où ils étaient avant la reprise des hostilités; l'administration du lieu où ils se trouveront ne pourra leur refuser des passe-ports purs et simples comme aux autres citoyens.
» Outre les passe-ports purs et simples des administrations, il sera délivré par le général en chef Brune aux principaui;: officiers une sauvegarde au nom du gouvernement.
Art. 2.
» Le général Brune suspend pendant deux décades tout payement à faire pour les fermes et rentes des biens nationaux vebdus et invendus. Georges. »
(Les articles additionnels sont de la main de Georges avec sa signature seule. — Cette pièce avait été précédée d'une lettre de Georges en date du 12 février 1800, 4 heures du matin. (C'est le 23 pluviôse an VIII.)
Georges y presse la conclusion du traité , et sa lettre se termine par le post-scriptum suivant : u Encore une fois, soyez convaincu, » général, que les chefs seuls constituent notre partie et que quel- > ques fusils de plus ou de moins ne signifient rien. »
Brune s'était tellement concilié l'estime et la confiance des chefs vendéens, que peu de temps après le traité de pacification du 25 pluviôse, et lorsque ayant ainsi terminé sa mission, il se disposait à partir, Georges lui écrivait le 23 février (4 ventôse an VIII) :
(T.... J'ai tant de peur de voir une mauvaise tête nous comman- » der après votre départ, qu'à chaque lettre je ne cesserai de vous n répéter de faire choix d'un homme sage et sensé que vous char- 5) gérez de consommer dans ce pays l'ceuvre de la paix si heureu- » sèment commencée par vous. Alors il vous aura la double obli- 9 gation de Vsivo'w préservé d'une dévastation^ et, à votre départ, » de l'avoir mis entre les mains d'un homme propre à cicatriser, r> et non à renouveler ses plaies.
» J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération et la » plus parfaite estime, général, votre très-humble et très-obéis- » sant serviteur. — Georges. »
ANXEXES. 469
(Page 81.) Funérailles du maréchal Brune.
Dans la notice sur le procès des assassins du maréchal Brune, j'ai rappelé comment madame la maréchale, après avoir fait recueillir les restes de son époux , les avait placés dans un cercueil conservé dans une des salles de son château, — en attendant ane inhumation solennelle.
La maréchale est décédée dans son château de Saint-Just le V' janvier 1829. — Ses obsèques ont eu lieu le 3. — Je n'avais pas sous la main la notice contenant les détails de cette pieuse cérémonie. — Je priai Fun de mes amis, M. Marbeau, qui était en relations avec les parents de la Maréchale, de me procurer ces ren* seignements. — Quelques jours après , je reçus la lettre suivante de M. le .capitaine Legros :
« A Monsieur Dupin^ ancien Président du Corps Législatif.
» Monsieur ; — J'ai appris, il y a quelques jours, par M. Marbeau , que vous étiez à la recherche d'une petite Notice qui a été rédigée par moi à Tépoque des obsèques de M. et de madame la Maréchale Brune à Sainl-Just ; j'aurais été bien heureux de pouvoir vous être agréable, mais après bien des recherches je n'ai pu retrouver la pièce que vous désirez. Cependant comme je possède la date précise de cette triste cérémonie, on peut facilement se procurer tous les détails que vous demandez. Ainsi, madame la Maréchale est décédée le P' janvier 1829, les obsèques ont eu lieu le 3 du même mois, et la Notice a été insérée dans quelques journaux du 5 ou du 6.
» Mais pour abréger vos recherches, je m'offre de grand cœur à y suppléer; car, parent par alliance de M. le maréchal, j'ai bien entendu parler de vous par sa digne épouse; elle avait apprécié, avec son excellent cœur et son bon jugement, le talent et le courage que vous avez déployés dans le triste procès qu'elle soutenait pour conserver intacte la mémoire de l'illustre maréchal Brune.
n Je pourrais ajouter encore, avec connaissance de cause, tout le désintéressement que vous avez montré dans cette affaire, car pour vous prouver combien elle était reconnaissante envers vous, elle aimait à nous conter la petite histoire du portefeuille ; peutêtre l'avez-vous oubliée : permettez-moi de vous la rappeler*...
^ Je supprime cette partie de la lettre qu'il ne m'appartient pas de publier. • D'ailleurs il est assez connu , parce que de son vivant madame la maréchale s'est plu à le divulguer; il a même été recueilli dans la Biographie des contemporains, publiée par Jay, Jouy , Arnaud, etc. , en 1822, t. VI, p. 199.
470 ANXEXES.
» Permettez-moi, moDsieur, d'ajouter quelques mots à ma lettre déjà si longue.
9 Lfe terrain dans lequel reposaient les restes mortels de M. et de madame la maréchale Brune était resté vingt-trois ans sans être marqué par une croix ou par une inscription qui pût rappeler la mémoire des deux nobles époux. Ma femme et moi, noos avoas ûût élever un modeste monument qui a été inauguré le 15 mai 1851. Permettez -moi de vous adresser le plan et les quelques paroles que j'ai prononcées, à cette occasion , sur leur tombe. Nous avons voulu éviter, à cause de la terrible époque où nous étions^ le retentissement. Voilà la raison pour laquelle nous avons préféré être entourés des seuls habitants de Saint-Just, qui se sont présentés en masse avec leurs souvenirs d'autrefois, c'est-â-dîre remplis de reconnaissance pour leurs bienfaiteurs. Sans celte pénible circonstance , vous auriez été, monsieur, la première personne que nous aurions priée pour présider cette touchante cérémonie.
» Par votre talent et votre courage , votre nom est encore inséparable de celui de Timmortel maréchal Ney. Comme j*ai prononcé ce grand nom dans un article sur la Russie, qui a paru dans le Moniteur de l'armée^ je prends la liberté de vous adresser un numéro de ce journal , en réclamant votre bonne indulgence pour le seul et unique écrit d'un vieux soldat dont F éducation a été faite au milieu des camps.
» 11 ne me reste plus, monsieur, qu'à vous prier de recevoir avec bienveillance l'expression des sentiments respectueux et reconnaissants de votre très-humble et très-obéissant serviteur. — Signé : Legros. »
A l'aide de ces indications, j'ai retrouvé dans le Constitulionnel le récit de ce qui s'était passé aux obsèques du maréchal Brune et de cette digne femme, pour le dévouement de laquelle j'avais conservé tant de respect, et je veux le consigner ici :
tt Après une maladie douloureuse de trois mois et demi, madame la maréchale Brune vient de mourir en son château de Saint« Just le 1'' de ce mois.
n A peine la nouvelle de sa mort a-t-elle été annoncée aux habitants qui attendaient avec anxiété dans les cours du château, et qui redoutaient avec raiSon d'apprendre la fin de celle qui les avait sauvés de la famine en 1816 , qu'ils ont sollicité d'être admis près de son lit de mort
n Les personnes chargées de faire rendre à madame la maréchale les honneurs dus à son rang, leur ont annoncé que le len-
ANNEXAS; 471
demain il serait dressé dans Tintérieur de la maison une ciiapelie ardente o(i serait déposé le corps de leur bienfaitrice, et qu^aliNrs ckacun serait admis à lui payer son dernier tribut.
» Un ami ayant recueilli» après Vborrible assassinat de M. k maréchal, les débris de sa dépouille mortelle, en pi'évint aussitôt madame la maréchale, qui s'empressa de les faire transporter secrètement dans son château, où depuis ils ont été religieusement coAserfés.
» Depuis longtemps madame la maréchale s occupait de faire rendre à son époux les honneurs de la sépulture, et, à cet effet, elle avait demandé et obtenu qu^il serait déposé dans T église de Saint-Just.
» La maladie est venue retarder Fexécution de ce projet
» Les parents et amis qui connaissaient l'intention de madame la UAréchale d'être réunie, après sa moil, aux dépouilles mortelles de son époux, ont rempli ficfôlement ses dernières volontés.
» Le lendemain de la mort de madame la maréchale, son corps et celui de son illustre époux ont été déposés dans la chapelle ar» dente, où les habitants de Saint-Just et ceux des communes environnantes se sont empressés de se rendre. La chapelle était disposée ainsi : les cercueils étaient placés à côté l'un de l'autre ; celui du maréchal avait pour drap mortuaire le manteau de son grade couvert de ses nombreuses décorations, parmi lesquelles on distinguait un sabre d'honneur français et une épée donnée par In Hollande. Le modeste cercueil de madame la maréchale était simplement orné d'ane couronne blanche. Un beau buste de ComoU, représentant le maréchal, dominait tout cet appareil de mort, qui n'était animé qne par la présence de deux vieux sapeurs appuyés sur leurs haehesL
» Le commandant des sapeurs-pompiers de Saint-Just avait o^ fert un détachement de sn compagnie pour garder ces restes précieux. Ce détachement a exécuté de quart d'heure en quart d'heure des feux de peloton.
n Le 3, jour fixé pour l'inhumation, les autorités civiles et ju* diciaires du canton ont été invitées à cette cérémonie et y ont assisté.
» Des nuiires, adjoints, officiers supérieurs et autres des cooar^ nmnes environnantes s*y sont spontanément rendus. Les deux, eerps oui été placés sur un char funèbre.
» Les compagnies de pompiers des communes de MarciUy et de Conflans, en tenue militaire^ se sont d'eUesrmémes réunies à celle de Saint-Just, et ont été rangées en bataille.
n Avant renlèvement des corps, il a été fait une distribution de trois cents aunes de drap aux pauvres.
B A onze heures, le curé doyen, à la tête d'un clergé nombreux, composé de tous les curés des environs, sVst transporté au château, et aussitôt le cortège s*est mis en route pour se rendre à Téglise.
» En tête marchait un peloton de sapeurs-pompiers. Venaient ensuite les pauvres, au nombre de deux cents, tous revêtus de manteaux. Après le clergé, venait le char funéraire, traîné par des pauvres. Les coins du drap mortuaire étaient portés , du côté de M. le maréchal, par des ofûciers supérieurs en retraite, et du côté de madame la maréchale , par des dames de l'association du bureau de bienfaisance de Saint-Just. Derrière le char marchait un ancien serviteur de confiance de M. le maréchal, portant ses insignes. Le char était entouré de torches funèbres portées également par des pauvres. Venaient ensuite les parents présents, les autorités et les assistants, au nombre de plus de trois mille. Le cortège était fermé par un autre peloton de pompiers; le reste de la troupe formait la haie.
» L'église était entièrement tendue de noir. Au milieu avait été élevé un catafalque sur lequel les corps ont été déposés pendant roffîce divin. Après la cérémonie, le cortège est reparti dans le même ordre pour se rendre au cimetière de Saiut-«fust, oh un caveau attendait les dépouilles mortelles de ces deux époux, et où U leur sera élevé un Monument. Aussitôt que les corj>s y ont été déposés, le doyen-curé de Saint-Just a voulu exprimer les regrets de ses paroissiens, mais sou émotion a été si forte qu'il lui a été impossible de continuer. Les pleurs des assistants attestaient la perte douloureuse qu'ils venaient de faire. M. Legros, capitaine, parent de M. le maréchal , a prononcé sur les tombes le discours suivant, qui a vivement ému les assistants:
r> Avant de couvrir de terre les tombes de l'illustre maréchal Brune et de son excellente et bonne épouse ; avant de voir consommer cette union à laquelle préside maintenant la mort, je le sens, il faut que je leur adresse un éternel adieu.
» Illustre maréchal Brune ! comme soldat, écho deParmée, je ne parlerai pas de ta vie militaire , mais l'histoire burinera un jour pour toi des pages de gloire ; elle dira tes vertus et les qualités éminentes qui te distinguaient; enfin, si elle pouvait interroger nos cœurs , nos larmes et nos regrets , elle dirait combien tu fus aimé et chéri !
» Il était réservé à la meilleure comme à la plus charitable des femmes de partager plus intimement les affections d'une âme
aussi supérieure que la tienne. Nous avons vu tout le bien qu'elle a fait. Habitants de Saint-Just, vous le connaissez; noais dois-je ajouter encore que , dans cette cruelle maladie qui vient de Fenlever à notre amour, quand la douleur lui laissait quelque repos, elle en proGtait pour e&ercer son inépuisable charité ?
» Pour tant de vertus nous n avons trouvé qu'une seule récompense : c'était de réunir pour toujours deux époux aussi dignes l'un de Vautre, C'est donc à vos soins que nous conGons ce dépôt sacré. Vos larmes, vos sanglots, vos soupirs, sont pour nous un gage certain qu'il sera gardé avec un religieux respect.
» Adieu, bonne et excellente maréchale Brune! Que ton âme rejoigne maintenant, au céleste séjour, celle de ton illustre époux ! Quant à nous, nous promettons sur cette tombe, sur celte croix, symbole du chrétien, que nous viendrons arroser de nos larmes la terre qui vous recouvre. Adieu !.... »
Après la cérémonie, il a été fait une distribution de 3,000 francs aux indigents des communes de Saint-Just et autres.
Le maire de la commune de Saint- Just, ayant assemblé le conseil municipal pour fixer le prix de l'achat d'un terrain à perpétuité dans le cimetière, il a été décidé, au moment même et à l'unanimité , que Je .terrain serait concédé sans aucun payement.
C'est sur ce terrain ainsi concédé, que vingt-trois ans après fut élevé sur la tombe des deux époux réunis le monument dont parle M. Legros dans sa lettre. 11 consiste dans une pyramide quadrangulaire tronquée, surmontée d'une croix et entourée d'une grille avec l'inscription suivante :