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L'ACTION DU CHLOROFORME

TRAGË D'APRÈS DEDX GEITS AlfeBTEÉSIATIOin FAITES PAR L'ADTEDR;

motifs pour préférer le chloroforme dans la pratique chirurgicale

Par le D' E. SIMONIN,

Direetenr de l'Ecole de Médecine de Ntiiej.

La di9CD9sion relative au choix à faire entre Téther et le chloroforme après s*étre assoupie, pendant bien des aiMOées, vient de se ranimer. A l'emploi du chloroforme généralement choisi en France, Lyon oppose Tusage de réther snlfurique et, en octobre i865, j*ai trouvé à Naples la même pratique opposée à l'emploi du chloroforme adopté presque exclusivement en Europe. A Boston, existent encore aujourd'hui, en faveur de 4'éther, des opinions qui ne sont point partagées dans le reste du nouveau Monde. Des voix chères ù la science 4866 1

ont émis les avis les plus opposés, et quelques autres ont tenté une espèce de conciliation. M. Jackson, Timmortel inventeur de l*anésthésiation moderne, conserve, aujourd'hui, toute son affection pour Téther, tandis que M. Simpson qui appliqua chez Thomme le chloroforme dont M. Flourens avait le premier démontré les effets anésthésiques sur les animaux, garde en faveur de cet agent toute Tardeur que sa conversation m*avait relevée au début de ses célèbres essais. A M. Petrequin, affirmant la supériorité de Téther, M. Sédillot répond par TafGrmation de la supériorité du chloroforme. M. J. Guérin et M. Bouisson ont émis Topinion que ces deux agents, ayant quelques propriétés différentes, devaient être utilisés tous deux, pour remplir des indications diverses. Quelques-uns ont songé à Tassociation des deux agents, et de même que je discutai avec M. Debout les résultats présumés de cette méthode, dès son apparition, je les examinerai encore, dans quelques instants, à roccasion d*une communication toute récente dont M. Jackson vient de m*honorer. Enfin, pour compléter le tableau de Tétat actuel des esprits, j'ajouterai que, dans Tune des villes du vieux Monde, renommée pour son intelligence, j*ai, en 1865, reçu de chirurgiens trèsdistingués Taveu qu'ils n'avaient pu, encore, soit par l'éther, soit par le chloroforme, obtenir le but de leur emploi, la période chirurgicale de Tanésthésiation, c'està-dire le moment pendant lequel les malades peuvent être opérés sans douleur et dans les conditions les plus favorables pour eux.

Pour être autorisé à prendre part à un débat où de si grands noms se trouvent mêlés et pour y avoir créance, je dois indiquer rapidement les conditions dans lesquelles je me trouve placé, espérant qu*on voudra bien me pardonner des détails personnels. J*ai, dès janvier 1847, c'est-à-dire au début même des essais d*éthérisation en France, eu recours à l'éther sulfurique, par la méthode des inhalations, à ma clinique chirurgicale. J*ai, à la même époque, obtenu Tanésthésie en employant seul en France Téther par la voie rectale, et j*ai publié toutes mes observations qui sont relatives à ces divers procédés d*éthérisation. Usant ensuite du chloroforme, j*ai rédigé lors de chaque opération les observations qui s'y rapportaient, et j*ai obtenu, ainsi, un dossier relatif à plus de 200 faits qui me sont propres et qui ont été toujours terminés heureusement, en ce qui concerne Tanésthésiation. N'ayant pas depuis dix-neuf ans interrompu mes études, j*ai, successivement, recherché l'action de Téthcr et du chloroforme sur toutes les fonctions importantes de réconomie, et Tinfluence de ces agents sur tous les faits qui sont la conséquence des grandes opérations. Ces recherches ont été publiées, soit in extenso, soit sous formes de conclusions (1). Le débat récemment repris

(i) De l'emploi de Vither et du chloroforme à la clinique chirurpeale de Nancy, tom. i«r et Ire ij^, ju tom. 2, 18i9. Rétumé des faiu reltlifi à raclion de Téther et da chloroforme,

lira t'ail penser qu'il était de mon devoir de réviser tous les faits que j*ai observés et qui déjà avaient servi au travail d'analyse dont il vient d*étre question et c'est ainsi que j'ai tracé les deux tableaux qui vont suivre, pour exposer les faits qui sont dus à Taction de Téther et à celle du chloroforme, et pour faciliter, ainsi, le choix de Fun de ces agents.

J*ai tenté de présenter soiis forme de synchronIsmtfB tous les faits observés et je dors dire, tout de suite, les difficultés de cette tentative dans laquelle je me suis arrêté bien des fois. C*est qu'en effet pour donner no tableau complet des manifestations psychiques et des

sar riùtelligence, sur les sens, sar la conscience, sur Ta volonté et sûr la sensibilité générale et locale ; Mémoires de VAtfadémie 4b Slanislat, i8i8. — Résumé des faits relatifs à i* action de l'élheret da chloroforme sur la circulation, sur la respiration et sur Tappareil mascalairc, mêmes lUfémoires, 1856. — Résumé des faits relatib à l'action de Téther et da chloroforme sur les fonctions et sor la coniractilité de Tatérus; sur l'appareil digestif; sur la séerétioB des larmes, sur celle de la salive, sur la sécrétion bronchique et celle de la muqueuse buccale; sur la sécrétion du lait; sur la sécrétion urinaire ; sur l'état de la peau envisagé sous le rapport de sa coloration, de sa chaleur et de ses sécrétions ; sur la ebaleor générale; sur la voix; sur l'exhalation pulmonaire. — Peraistanee de l'action des agents anéslhésiques ; leur influence sur les faits les plus importants de physiologie pathologique; mêmes Mémoires, i86i. — Deux remarques physiologiques propres à faire éviter dans remploi des agents anésthésiqnes la sidération des fonctions circulatoire et respiratoire ; mêmes Mémoires, i 864.

manifestations physiologiques observées sous l*influence des anésthésiques, il faut supposer que loutes ees roanifesu^ons ont été observées sur un même sujet et cela ne se rencontre jamais dans la pratique. Bien plus, dans un tableau général, ceriaines modifications de Téconomie^ bien que rapprochées dans la description» sont infirmées les unes par les autres parce qu'elles ont été observées, sur des sujets divers. Plus on tente d*efforts pour arriver à cette description générale par synchronisoies et plus, on s'aperçoit de la nécessité de recourir à. rétude des formes particulières que présente Téthérisme, à raison des tempéraments des sujets soumis à Faoésthésiation, et surtout suivant que Finfluencc de ragent se porte spécialement sur une fonction ou sur plusieurs fonctions, les ébranle dans certains cas plus vivement et plus rapidement que dans d'autres circons» tances» précipite par conséquent l'apparition de certains étbérismes partiels et porte, parfois, leur manifestation à la plus haute expression.

Tableau des faits observés après Remploi de Fèlher soUen inhalations f soit par la méthode per anum.

Chaleur à la gorge et à la poitrine; sensation de trouble inconnu, de serrement et d'étouffement dans cette région ; toux ; symptômes motivés par Faction directe de réther sur les muqueuses du pharynx et des bronches ; accrus aussi, évidemment» par remploi de

certains appareils et la fermeture des narines. Saveur de l*étber parfois Irès-désagréabie ; sensation de chaleur à reslomac ; sensation d*une spirale paraissant se mouvoir dans le corps ; légère fréquence du pouls ; coloration du visage; diminution de Todorat; pesanteur de tête et vertiges ; sensation d*engourdissement partiel ou général et dMvresse commençante ; vision moins distincte; yeux fixes ; pupilles contractiles ; défaut d'équilibration musculaire ; corps chercbant un appui.

Excitation intellectuelle motivant des modifications de rintelligence et se traduisant par Texpression plus accentuée de la pensée , par la loquacité et la gaité sous diverses formes; larmoiement physique; soubresauts des tendons; contraction de quelques muscles; pouls plus accéléré; respiration fréquente; perversion intellectuelle; pensées révélées par Fattendrissement, les larmes, les plaintes, les cris, Taspect terrifié et désolé, les paroles incohérentes, le chant, les mouvements tantôt réguliers comme dans rescrime, tantôt désordonnés comme pendant Tivresse et dans la lutte la plus violente et nécessitant le maintien du sujet éthérisé k Taide d*un grand nombre de personnes ; rêves parfois oubliés, parfois énoncés au réveil, portant soit sur la profession et les habitudes, où se trouvant logiquement la conséquence des hallucinations dues à Tagent anésthésique ; audition de bruits divers, tels que ceux d*un •marteau, d*un tambour, etc. ; chaleur générale accrue ; sueur chaude; pouls fréquent s'élevant jusqu'à 180 pul-

satîons par minute; respiration parfois convulsivc, fréquente, portée jusqu'à ?36 inspirations par minute ; roideur de certains muscles des membres et du tronc; opisthotonos; sensibilité diminuée puis éteinte aux pieds et aux mains, mais très-marquée encore aux tempes et au front, et révélée, sous rinfluence des piqûres, par la contraction des muscles orbieulaires, persistant aussi dans les parties profondes, la vessie par exemple, et dans les lieux envahis par Tinflammation ; suspension des sens de roule, de Todorat, du goût; face congestionnée; serrement tétanique des mâchoires; suspension de la conscience; nausées, vomissements.

Suspension de Tintelligence ; stertor; relâchement musculaire extrême des membres et du tronc ; persistance de la contraction des muscles de la mâchoire; yeux portés en haut, immobiles; pupilles contractées; abolition de la sensibilité aux tempes et au front ; parties profondes et enflammées privées de sensibilité; pouls moins fréquent, affaibli ; respiration moins ample, moins fréquente ; pouls et respiration paraissant se rapprocher de l'état normal.

Pupilles dilatées très-exceptionnellement ; pâleur de la face ; lèvres décolorées ; froid des extrémités et de la face ; pouls petit, quelquefois irrégulier ; coma; mâchoire inférieure écartée facilement de la mâchoire supérieure ; production d'écume bronchique et buccale; impulsion notablement diminuée aux artères carotides et fémorales ; pouls radial à peine perceptible , aboli pendant

6 minutes 12"; respiration ralentie, semblant près de s'arrêter, réapparaissant avec un certain effort convulsif, comme dans Tagonie; sueur froide et visqueuse comme aux approches de la mort.

Réapparition de la sensibilité dans Tordre inverse de sa disparition; se montrant d*abord dans les parties profondes, dans celles qui sont le siège dlnflammation. ou qui présentent des luxations, puis au front, aux tempes, enfin aux mains et aux pieds. Respiration plus ample, plus fréquente et régulière; pouls plus fort, plus fréquent; intelligence vague, avec absence de conscience; convulsion fibrillaire des muscles qui ont subi de vastes sections; visage plus coloré; sueur froide encore, moins visqueuse; vision avec hallucinations; perversion intellectuelle de retour; réponses vagues bientôt oubliées; accablement musculaire; exhalation pulmonaire révélant Tinspiration de Tèiher ; retour de rintelligence et de la vision; pesanteur de tête, étonnemcnt de n*avoir point senti Topération pratiquée ; tendance au sommeil; sensation de froid.

État normal apparent, peu de temps après Tanésthésiation; frisson général si Tanésthésie n*a pas été obtenue complètement; parfois léger trouble intellectuel; sensation d'ébriété durant quelques heures, persistant parfois pendant toute une journée; photophobie légère; vertiges; céphalalgie plus ou moins intense; moral troublé profondément; haleine révélant Tcxhalation de réther.

A la suiie des faits conlenus dans ce tableau, il faut lyouter qu'ils ont été observés sous Taction d*un élher sulfurique offrant à l'aréomètre 59% mais dont la force a*abaissa souvent jusqu'à 50 degrés. Lès modifications apportées ai^ourd'hui à l'étber, sous le rapport chimi* qpe, n'ont donc pas, au point de vue du choix de l'agent; anésthésique, la valeur qu'on leur auribue. Sans doute lu pureté de Fagent et son intensité plus grande d'action résultant de 60 à 67 degrés est une amélioration dans la méthode, mais il n'est pas possible d'en conclure qu'en 1848 et 1849 on se trompa sur la valeur de l'éther parce que cet agent était alors moins actif que le chloroforme, car, à cette époque même, les faits produits par l'éther différèrent à peine de ceux qui furent plus tard dus au chloroforme, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par les indications contenues dans le tableau qui précède et dans celui qui va suivre.

Tabletxu des faits observés après l'emploi du chloroforme.

Sensation de chaleur et d'oppression dans la partie antérieure de la poitrine ; sensation d'étouffement et de suffocation ; toux ; symptômes motivés surtout par l'emploi des appareils, et la fermeture des fosses nasales et à peine entrevus, aujourd'hui, lors de l'usage de l'agent anésthésique à l'aide d'une simple serviette ployée en forme de tuile et maintenue au-dessus et à quelque

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distance de la figure du sujet à anésthésicr. Nez et lèvres rougis lorsque dans ce dernier mode d*anésthésiation le chloroforme touche la figure ; saveur de Tagent parfois agréable, ne motivant souvent aucune réflexion, parfois désagréable; sensation de chaleur & Testomac ; accélération légère du pouls et de la respiration, s*opérant quelquefois spasmodiquement. Coloration du visage ; légers soubresauts aux membres ; engourdissement général , ou partiel ; pesanteur de tète ; coloration du visage ; sensation semblable à celle que fait éprouver l'odeur du vin dans les caves ; vertiges ; accablement; sensation de syncope prochaine; yeux mourants ; diminution de la vision et de Todorat ; défaut d'équilibration musculaire.

Excitation intellectuelle ; larmoiement physique; face plus rouge ; loquacité ; sensation de légère ivresse ; pouls offrant jusqu'à 428 pulsations par minute et respiration portée à 32 inspirations, sur un sujet trouvé préalablement sans fièvre ; perversion intellectuelle, parfois avec coordination des mouvements, parfois sans cette coordination; mouvements des globes oculaires; agitation vive; actes divers de colère, de violence musculaire nécessitant l'intervention d'un grand nombre d'aides; paroles inintelligibles, chant ; perception de corps lumineux et étincelants, de pluie de feu, de corps blanchâtres ; pouls fréquent ; respiration fréquente ; conservation de la sensibilité; pupilles contractées; peau chaude; sueur chaude ; conscience abolie.

Suspension de Tintelligence ; sensibilité diminuée aux pieds et aux mains, eonservée au front et aux tempes ; contraction des muscles orbiculaires lors des piqûres ; perte de la vision ; mouvement des mains bien qu*anésthésiées ; contraction musculaire partielle ; roideur tétanique. Sensibilité éteinte au front et aux tempes, conservée dans les parties profondes, enflammées, luxées ; résolution musculaire des membres et du tronc. Sensibilité éteinte dans les parties profoncTes et enflammées; serrement des mâchoires; stertor ; pouls et respiration s*approchant du type normal.

Gôma ; face pâlie, lèvres décolorées : pouls faible, impulsion notablement diminuée aux artères fémorales et carotides; respiration ralentie et peu développée; contractions utérines persistant avec énergie; pouls radial suspendu; 8 secondes comptées entre deux inspirations ; respiration brusque ; peau froide et offrant une sueur gluante ; mâchoires relâchées ; production d*écume bronchique et buccale ; pupilles dilatées.

Frisson consécutif lorsque Tanésthésie n*a pas été complète; sentiment de tristesse; trouble léger dans la vision ; trouble momentané dans rintelligence ; haleine révélant Finspiration du chloroforme.

Réapparition du pouls ; respiration régulière quoique peu développée; pupilles contractées; retour de la sensibilité dans les parties profondes et enflammées; figure moins pâlie et lèvres moins décolorées ; contraction des fibres musculaires tranchées par les instru-

ments; sensibilité reparue au front, aux tempes, puis aux mains et aux pieds ; réveil tantôt avec physionomie hébétée et modification de rintelligence, tantôt r^éveil, normal; sensation de froid; vertiges; défaqt d^^quji-^ libration musculaire; engourdissement des meud^r^es. inférieurs; céphalalgie; nausées.

Jen*ai pas compris dans le& symptômes de Tétbé^. risme obtenus soit par Télher soit par le chloroforai^» la coloration anormale du sang, etllapparition de gputrtes huileuses sur ce liquide. Dès le débu(, d^ mes recherches, j*ai porté mon attention sur cette apparjenpe, extrêmement rare d^ailleurs, puisqu'après les amputations, seules opérations qui permettent un jugement certain, je n*ai pas, en dix-neuf années, noté cette colo-^ ration plus de trois ou quatre fois. Dans un autre travail, j*ai donné les motifs de mon opinion sur cette question et aussi sur la présence de tache3 huileuses qui se rencontrent sur des sujets non éthérisés. Dans un fait appartenant à cette dernière catégorie, j*ai, en 4836, trouvé de Thuile dans les veines, et j'ai basé sur ce fait, éclairé par Tanalyse chimique, une théorie des combustions spontanées si problématiques d'ailleurs, qui a été publiée en 4838.

Je laisse également, à dessein, quelques faits en dehors du second tableau. L*un très-important, observé une seule fois après l'emploi du chloroforme, est l'asphyxie momentanée causée par la situation de la langue portée en arrière sur la glotte. Les autres

— i3 — se rapportent à des analyses faites sur le liquide uritiaire et qui n*ont pas de rapport avec l'anésthésiation chirurgicale proprement dite.

Les deux tableaux que j*ai tracés prouvent jusqu*b la dernière évidence qu'avec Téther comme avec le chloroforme on atteint les dernières limites de Téthérisme, cotnpàtibles avec la vie du sujet anésthésié, et, en effet, les recueils scientiCques ont malheureusement enregistré des morts survenues après Tusage de Téther, et après remploi de Famylène, comme après celui du chloroforme. Si la part des sinistres est plus forte avec ce dernier agent c'est qu'il est employé presque exclusivemeilt aujourd'hui. Je n'ai pas oublié la réponse que me donna M. le D' Simpson, d'Edimbourg, lorsque je lui fis remarquer que les morts h la suite de l'emploi du chloroforme étaient plus fréquentes après cette inhalation faite sans appareils qu'après son usage à l'aide d'apparetls divers. C'est, dit- il, qu'en Angleterre et en Ecosse on ne les emploie plus et que dès lors la comparaison n'est plus possible.

A l'aide des deux tableaux énonçant les effets de l'éther et du chloroforme, on peut reconnaître six périodes principales d'éthérisme que peut traverser normalement l'individu soumis à l'action de ces agents. L'on peut indiquer chacune de ces périodes par quelques faits saillants.

i"" Période d'essai, pendant laquelle le malade se soumet et s'accoutume au mécanisme de l'inhalation et

en éprouve les premiers résultats sur les muqueuses buccale et trachéale » sur les sens et sur Féquilibration musculaire.

â"" Période d'excitation et de perversion intellectuelle, d*excitation des systèmes artériel, respiratoire et mus* culaire, et dans laquelle on observe Tanéstbésie périphérique aux membres et au tronc et la conservation de la sensibilité au front et aux tempes.

3"* Période de suspension de Tintelligence, d*anésthésie générale périphérique et profonde, de relâchement musculaire général, sauf celui des muscles des mâchoires restées serrées, dans laquelle la respiration et la circulation paraissent se rapprocher du type normal (période de transition de Texcitation au collapsus). Cette période est la vraie période chirurgicale cherchée.

4® Période de collapsus dans tous les appareils, sauf Tappareil utérin, observée même dans les muscles des mâchoires qui se séparent Tune de Tautre facilement; offrant un ralentissement plus ou moins marqué dans la respiration et dans la circulation, avec production d*écume bronchique. La fin de cette période rappelle Tapparence de Tagonie.

5*» Retour progressif à Tétat normal dans Tordre inverse des manifestations observées jusque-là.

G"" Suites plus ou moins prolongées de Télhérisme pendant un temps qui peut dépasser plusieurs jours.

Abordons sérieusement la question des différences notées à la suite de remploi des deux agents. Des

tableaux qui précèdent on doit conclure, suivant moi, que rétber et que le chloroforme déterminent dans Féconomie humaine des modifications presque identiques. II est certain que tous deux conduisent au même but, ranéslhésie chirurgicale, la plus complète, et il est hors de doute que tous deux sont des agents des plus redoutables, surtout s*ils sont mal employés. Mais existe-t-il dans la manifestation de leur action de ces différences capitales qui permettent de trancher facilement la question du choix à faire de Tun de ces agents. Voici pour ma part les différences que j*ai pu constater.

Le chloroforme employé dans les mêmes conditions que réther agit plus rapidement que lui.

Le chloroforme parait produire moins d*excitation intellectuelle que Téther.

Il semble avoir produit des rêves d*une nature moins gaie que ceux dont Téther a été la cause. Ici je fais la part bien large à Téther, car peut-être pourrait-on affirmer que les différences observées dans un trèspetit nombre de cas, ont tenu à la constitution même et au tempérament des sujets anésthésiés.

Les hallucinations de la vue ont été plus vives qu'avec l'élher ; des corps brillants et scintillants, une pluie de feu, ont été vus.

Les pupilles ont paru dilatées plus souvent après remploi du chloroforme qu'après celui de Téther. Les modifications psychiques dues au chloroforme persistent moins longtemps après Tanésibésiation que celles qui

ont réther pour cause, surtout lorsqull a été administré per anum.

En somme le ehloroforrne a eu, parfois, une action plus rapide; il a causé des hallucinations de la vue plus vives ; il a déterminé des perversions intelleetoeUes . moins gaies ; il a produit plus souvent la dilatation des pupilles ; mais, sous son influence, Texcitation intellectuelle a été moins intense, moins prolongée, et les modifications psychiques ont eu, après Tanésthésiation , une durée beaucoup moindre.

Voyons si les différences qui viennent d'être établies dans Faction de ces agents peuvent être des motifs réels de préférence pour Tun d'eux.

Je considère la rapidité plus grande de l'action du chloroforme plutôt comme un argument en sa faveur que contre lui. Au début de l'éthérisation le public médical rechercha, avec empressement, les agents les plus rapides dans leur action. Les morts survenues alors modifièrent cette tendance, avec raison sans doute, mais il ne faut pas aller au delà du nécessaire. Dès que ma conviction a été formée sur le danger de l'emploi empirique des agents anésthésiques, j*ai constamment ralenti leur action. Suivant moi, la convenance de faire apparaître, successivement, les modifications de l'élhérisme , au point de vue de l'anésthésie surtout, afin de se servir de ses manifestations comme d'un guide, écarte les objections relatives à la rapidité d'action. M. le D*^ Simpson m'avait promis do me faire

— i7 — parvenir un chloroforme plus actif que celui que Ton prépare en France ; les vues qui viennent d*étre émises m'oDt empêché de regreller de n'avoir pas reçu du célèbre chirurgien le liquide annoncé, et je n*hésite pas à déclarer que, dans la pratique ordinaire, une rapidité d*action plus grande du chloroforme serait un véritable malheur. Mais la rapidité possible dans son action tourne au profit des opérés dans un certain nombre de circonstances dont il va être question. Si, en effet, le sujet offre des hallucinations et une forme de perversion intellectuelle qui, par les actes qu'elles provoquent^ nuisent au succès de Tanésthésialion , il faut pour faire cesser Tétat fâcheux de rinieliigence activer Taction de Tagent anésthésique quel qu'il soit. Il importe de franchir au plus vite la période de perversion intellectiidle si pénible, parfois, à raison des symptômes d*excitation violente qui précède la suspension même de Fintelligence , et d'obtenir promptement Tapparition du collapsus. Au début de la méthode anésthésique, lors de Tapparition d'une excitation furieuse ou d'opisthotODOS on s'effrayait , on hésitait , et parfois même on suspendait l'anésthésiation ; il faut, au contraire, marcher en avant et supprimer, en quelque sorte, les périodes qui sont de nature à troubler l'économie et à produire dans certains cas de fracture, de luxation et de blessures une aggravation de symptômes existants déjà. C'est alors que la rapidité possible dans l'action du

diloroforme usuel devient un bienfait considérable et é866 S

que son emploi sans la complication des appareils est une condition des plus favorables. Cette rapidité d*action n'est donc pas nuisible avec une bonne méthode d'anésthésiation et elle devient dans des cas spéciaux une qualité précieuse, entre des mains habiles.

Les différences légères relatives au mode de perversion intellectuelle deviennent , comme on le voit, sans valeur, puisqu*on peut, à volonté, en supprimer les manifestations.

Quant à Faction profonde du chloroforme sur les pupilles, il faut ajouter que cette dilatation est un fait exceptionnel, et qu'en définitive ce symptôme n'est pas plus sérieux que les faits motivés par Téther dans les fonctions de la respiration et de la circulation.

Quant aux suites psychologiques des anésthésiations, le chloroforme a offert, avons-nous dit, dans la per^ sistance de son action des durées moins grandes que celles dont Téther a été la cause.

Ce qui précède prouve qu'il n'y a pas lieu de recourir aux divers mélanges proposés de l'éther et du chloroforme. Que peut-on gagner à associer deux agents dont l'action est semblable et dont Tusage réclame des procédés différents d'anésthésiation. Ce sont les faits qui précèdent que, dans le temps, j'ai opposés à H. le D' Debout lorsque cet estimable confrère me présenta cette méthode mixte. Dans une lettre que me fit l'honneur de m'écrire M. le D' Jackson et qui m'est parvenue en février 4866, il me fait connaître qu'il a eu, aussi,

l'occasion de prescrire à l'armée irlandaise, en Crimée, im méiMige d*ime partie d'éther et de quatre parties de chloroforme, mais, ainsi que M. Jackson le fait observer, ce mélange a élé une sorte de compromis pour ne point laisser le chloroforme remplacer complètement réther.

En effet, H. Jackson croyant à une innocuité plus grande de Téther sulfurique , lorsqu'il est très-pur et bien rectifié, a maintenu son usage exclusif h Washington, et toujours sans revers depuis 4847. Il ne fait qu'une concession en faveur du chloroforme, c'est lorsque l'anésthésiation doit être faite sur un vaisseau de guerre, i raison du danger qui résuite de la nature inflammable de l'éther. J'ai un bien vif regret de m'inscrire contre l'opinion du savant et honorable M. Jackson, soit au sujet de l'emploi exclusif de Téther, soit au sujet de son mélange avec le chloroforme, et ce regret même peut donner la mesure de mes convictions en finveiu* de l'emploi du chloroforme.

Après ces considérations, ce qui, à mes yeux, milite encore et surtout en faveur de l'emploi du chloroforme, c'est la possibilité de s'en servir sans aucun appareil comme tous les opérateurs le font aujourd'hui.

Quel que soit l'appareil employé, il ajoute à l'anésthésiation les inconvénients de masquer une partie de la figure ; inconvénients non-seulement au point de vue de la liberté de la respiration, mais aussi inconvénients sérieux lorsque les opérations doivent être exécutées

— 20 — * sur la face. Les appareils ont aussi un désavantage extrême lorsqu'il survient des nausées et des vomisse* ments.

Quant i remploi de la méthode per anum^ elle D*a, il est vrai, aucun des inconvénients qui viennent d*étre signalés, mais Timpossibilité de mettre fin, à an moment déterminé, à Tabsorplion des vapeurs de Téther, ci par conséquent le danger d*un accroissement fâcheux de réthérisme, ne permettent pas de recommander la généralisation de cette méthode.

En résumé, Faction de Téther et celle du chloroforme est presque identique ; il n'existe entre ces deux agents que des différences sans valeur sérieuse, dont on peut éviter, en partie, les inconvénients lorsqu'ils se produisent. Il n*y a pas lieu de croire un agent supérieur i l'autre, au point de vue de son action physiologique.

Il n'y a pas lieu d'appliquer, a priori, l'action de l'un ou de l'autre à des cas spéciaux.

Mais l'éther ne peut être administré convenablement et avec certitude sans appareils. Les meilleurs appareils ont des inconvénients très-sérieux. Le chloroforme s'emploie sans appareils, et peut remplacer l'éther dans tous les cas, sans exception. 11 a sur lui, dans qudques circonstances, l'avantage de la rapidité de son action. Selon moi, en conséquence, le chloroforme doit être choisi au point de vue de la pratique chirurgicale.

LE

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