FAITS NOUVEAUX
CQRCBRNART
LA LDIIÈRE DU lAGKESIUI ET CELLE DU SODIUM
Par M. J. NICKLÉS.
SétBce do 8 janfier I8M.
LA NOITy LES COOLBURS PARAISSENT DIFPÉRBNTB8 M Cl 0O*BXIS SONT LB JODR.
Les couleurs ne paraissent pas à la lumière de la bougie, de la flamme ou du gnz, ce qu'elles paraissent au grand jour, en sorte qu*on juge mai des nuances d*une fleur, d*une étofle ou d*un tableau, quand on les examine de nuit et lorsque, par hasard, le peintre s*ayise d'allumer la lampe pour suppléer au jour qui fuit, il est bien surpris le lendemain de l'assemblage de couleurs qu'il a fait la veille et qui ne répond en rien à sa pensée.
Ces faits sont -connus, et si je les rappelle, c'est que je crois avoir trouvé le moyen qui permet de voir, à
toute heure, les diverses couleurs avec la teinte qu^elles offrent respectivement à la lumière d vi jour ; c*est ensuite parce que je crois avoir trouvé la cause, ou du moins, Tune des causes qui occasionnent, de la part de la lumière du gaz ou de celle de la bougie et de la lampe, les étranges perturbations dont je viens de parler et dont j*aurai, tout à Theure, Toccasion de donner des exemples.
En signalant, il y a quelque temps déjà, Texislence des perchlorures et de leurs congénères, je voulus préparer sous les yeux de 1* Académie, le perchlorure de manganèse, lequel, comme on sait, donne avec Téther une combinaison ti*un beau vert (1).
Celait un soir, et on peut se rappeler qu*à la place de la belle coloration verte annoncée, j*obtins un liquide d*un noir désespérant. Sûr néanmoins de mon fait et ne pouvant, pour le moment, me rendre compte de celte perturbation, je ne pus que promettre d*éclaircir ce résultat inattendu. Il fut expliqué dès le lendemain. Le changement de couleur tenait au changement survenu dans réclairage. Vert au grand jour, le perchlorure de manganèse éthéré, parait noir à la flamme du gaz par un de ces phénomènes d'absorption dont on va voir des exemples (2).
(1) Complet rendus de l'Acad. des teiences, t. LX, p. 479. -«> Annaien de chim. et de phys. da mois de juio i865, t. V, p. 161.
Mém. Acad, Stanislas, 1865, p. 104.
(2) Cet effet ne se produit pu avee le composé par, car si coaleor
— Mi —
Ce qui m^av&it mis si prompcement sur la Vèie 4e cette explieatioD, e*est le souvenir d'un fait du méioe ordre qui m'avait frappé quelques années auparavant dans un de mes cours du soir. Il s'agissait d'eaux potables, et nous passions en revue les différents réactifs moyennant lesquels on peut reconnaître la présence du bicarbonate de chaux. Dans le nombre figure un pigment d*un l)eau rouge cramoisi, empnmté au iroéhe CHgustrum vulg.J, lequel pigment ne manque pas d'occasionner une coloration bleue dans tout liquide Contenant du bicarbonate de chaux. Sûr de mon feit, j'annonce ime coloration bleue, et pour pouvoir mieux en faire juger mon auditoire, je place le verre entre kri et un bec de gaz. Qu'on se figure mon désappointement : la coloration était rouge ; aucun état de concentration ne put la faire paraître bleue comme elle l'était quelques heures auparavant. On devine le reste : la couleur dépend de la nature de Téclairage, et la coloration diWeloppée parait bleue ou rouge, suivant qu'on la regarde au jour ou à la lampe.
Dés ce moment, je fis sur cette matière quelques expériences qui se rattachent à notre sujet ; leur résultat est d'ailleurs consigné dans les Mémoires de Tannée
est trop riche ; mais avec da peroxyde 'du commerce, de Facide famante t de rélher qa*on ajoale ensaile, on obtienl uq prodaii plos dilué qui parait uoir dès qu'on le regarde à la flamme ou au gaz.
1859 (1). Je reconnus que le bicarbonate de potasse, les azotates de zinc et de chaux, les chlorures de zinc et de calcium, bleuissent le fouge de troène tout comme le fait le bicarbonate de chaux, mais la lumière de h lampe n*impressionne pas de la même manière cette couleur bleue : en effet, en plaçant le tube entre Tœil el la flamme, on remarque que la coloration est r^ti^e quand le liquide contient du chlorure de zinc ou du bicarbonate de chaux, qu*au contraire, elle est ver(€ avec Tazotate de chaux ou le chlorure de calcium, et qu'enfin , la coloration bleue ne change pas quand elle a été déterminée par le bicarbonate de potasse.
Ainsi donc, la lumière de la lampe n'impressionne pas de la même manière les différents bleus obtenus avec une même matière colorante; Tun y conserve sa nuance^ Tautre y parait rouge, un troisième prend une teinte verte.
(1) CoDf. J. Nickiès : De la mtlière colorante du Iroëne et de lOD apftlicatioD à la recherche des eaux potahles. Joum. de pharm. et de ehim,, t. XXXY, p. 332.
— Mém. Ao^d., Si. 1838-1859, p. 8S3.
GOmiUIT, U NUIT, ON PBUT FAIRB PARAITRB LK8 GOOLIimt AVEC LES TBINTB8 QU*BLLB8 OFPRBNT AU GRAND JOim.
Ces cbangeitoents de couleur que la lumière de la lampe occasionne non moins que celle du gaz ou de la bougie, ces changemcnls ne se produisent pas à celle du magnésium^ le bleu subsiste plus brillant peut-être qu*à la lumière du jour, de même que subsiste le beau rouge cramoisi de la liguline pure. Mais le beau vert du perchlorure ou de perbromure du manganèse éthérè réparait aussi dans toute sa splendeur quand on le regarde à la flamme du magnésium même alors que la bougie ou le gaz continuent de brûler.
Ces faits une fois constatés, on pouvait s'attendre à ce que la lumière du magnésium se comportât de même à regard des autres couleurs. En effet, les expériences auxquelles je me suis livré, me permettent d'affirmer que cette lumière fait ressortir les diverses couleurs tant naturelles qu artiGcielles avec les nuances qu'elles offrent respectivement au grand jour, même quand le milieu est éclairé par des combustibles organiques. Sans doute, je ne prétends pas qu il y ait identité absolue entre réclairage solaire et celui du magnésium ; en appliquant , aux couleurs éclairées par la flamme de ce dernier, les procédés d'analyse si délicats, dont M. Chevreul a doté
la science, on trouvera peut-être une diflérenoe dans les tons, car, riche de rayons bleus, la lumière du magnésium est bien plus blanche que celle du soleil et bit merveilleusement ressortir les couleurs primitives, mais, ce dont il est aisé de s*assurer c*est qu*è cette lumière, les diverses nuances conservent leur position respective, les tons ne se confondent pas, comme ils le font avec réclairage artificiel que produit la bougie, le gaz ou les autres agents d* éclairage.
Entre autres expériences faites à cette occasion devant TAcadémie, nous citerons les suivantes que nous empruntons à la Revue des cours scientifiques du 23 février 1866, p. 221. < Voici un pastel offrant des nuances assez variées. Il représente une touffe de nymphœa dans un étang bordé de hautes herbes. Eclairé comme il Test, on a de la peine à distinguer les diverses nuances de vert, de bleu et de jaune qui composent le fond du tableau, et nul ne s'aviserait de chercher de l'eau sous les larges feuilles de la plante aquatique. Voyons , si , en éclairant davantage nous serons plus heureux ; allumons six becs de plus, prodiguons la lumière; vous le voyez : il n*y a rien de changé ; ce sont des nénuphars blancs sur un fond vert. Voyons maintenant ce qu'ils deviendront è la lumière
magnésique Avouez que je n'ai pas exagéré; pour
éclairer un tableau, le gaz, même employé è profusion, ne vaut pas la lumière du magnésium.
9 Voici un paysage, c'est une vue des Vosges. Sur ud
fond vert et jaune nous remarquons, grâce au gaz, une ruine dominant un.de ces plantureux villages «omme ou en voit dans la vallée du Rhin. Laissons, aiaîntenant, faire la lumière du magnésium' et nous arriverons, éfjalementi à la conclusion qiue nous veiions de forméier. > Les services qui^ la* chimie rend à la peimora ne se borneront donc plus désormais à la recherche el à la producûpn de couleurs plus ou moins iriches, car voici qu'elle la dote d'un nouveau mode dëdiairage coneis- (am dans une sorte de laai^e mélaUtqiQ^, laquelley diuœée, permettra au peintre de travailler de nùîisans encourir les dé0ip|Kîon9 que lui ménag^ic, autrement, le grand jour.» Et q«jand j^ dis le peintre,^ Je devrais parler de tous lea ariâ qui mettent les couleurs «n omh vrjs. Prenez des étoffes iieintes, des bois de couleur, du papier peint, que dis-je, des pains à cacheter,^ observer* les daps les deux lumières, ouvrez ensuite les volets de la chambre noire aOn de juger de Teffet produit par le grand jour, et vous conclucrez sans faute que quand il s*agit de couleurs, la lampe ou le gaz ne sauraient suppléer le soleil aussi bien que le fait la lumière du magnésium, n
POUa()UOI, U NUIT, LB3 COULEURS Itl P^À1S$8I1T P43 CS QqWpS PAItMSSVrr LB lOUB.
Bien que je w prétend^ pas cono^itre toutes les causes qui peuvent intervenir dans les phépomènes d'ab-^ sorpUon ou d'extinction de couleurs que le gaz ou d'autres lumières aitificielles occasionnenl, il en est une^ cependant, sur laquelle jç crois devoir appeler ratten^ tion. Je veux parler de la présence de petites quantités de sodium dans ces flammes toujours jaunes (1), L'analyse spectrale nous rapprend non moins que la chimie pratique, et il y a déjà plusieurs années que M. Wqehier ainsi que M. Vogel ont retiré du gaz de Téclairage, des composés à base de sodium que- M. Vogel a même cher cbé à doser (2).
■ nimu
(1) La flamme renferme aussi da charbon ; mais qaelle est la couleur du charbon ineaDdefeeut pur, c'est-à-dire exempt de eeadres T La lumière électrique est effectuée entre deux poiotes dç charbon de cornues, elle en transporte même d'une pointe à Pautre et pourtant elle n*e6t pas jaune (Voy. mon mém. intitulé : Appareil pour servir à la démomlralion de la théorie de la flamme; dans Mém. de CÂcad, de Stanislas, 4856, p. 185, et Joum, de pharm. et de chm., I. XXXI, p. 179. ^ Voy. aussi M»po»é de$ soureee de chaleur et de lumière, par Bl. Chaatard. NtBcy, 1806.
(S) Joum, de pharm. et de ehim., l. XXXVllI, p. 29^ et t. XLIV, p. 172.
Depuis aussi, M. Mulder (1) a reconnu avec quelle facilité le chlorure de sodium se volatilise quand on le chauiïe avec de la houille et M. Stévart vient de trouver dans Teau des houillières assez de soude « pour se proposer de les utiliser comme telles (2).
Nous reviendrons sur Torigine du sodium de la flamme ; en attendant, voici des preuves à Tappai du rôle que je lui attribue.
Lies expériences qui vont être relatées sont des expériences de cours. Je les prends dans la Revue de$ cours scientifiques^ à Tendroit où elle a reproduit cette partie de mon Exposé où je fais voir à l'Académie de Stanislas, quelques-uns des effets d'absorption ou d'extinction de couleurs produits par les flammes contenant du sodium.
< Pour mieux vous faire saisir le rôle que, selon moi, le sodium joue dans Téclairage domestique, plaçons-nous dans des conditions extrêmes, en opérant avec une flamme que nous aurons soin de saturer de ce métal. Voici celte flamme, rien de plus aisé que de se la procurer : prenez une lampe à esprit de vin et mettez-y une pincée de sel de cuisine, c'est-à-dire du chlorure de sodium ; soluble dans Talcool, ce corps se rend avec
(1) Journ, de pharm. et de chim., i" série, t. III, p. 390.
(2) Le Chimiste, publié ï Bruxelles, par H. Berge, II, p. 177. La quanlité de sodium trouvé, correspondait à ii kil. de cristaux de soude par mètre cube d'eau.
lui dans la mèche, et de là dans la flamme à laquelle il communique des propriétés qui ne manqueront pas de vous intéresser. Mais avant d'étudier celles-ci, voyons les couleurs sur lesquelles nous allons opérer.
B Voici du papier d*un très-beau vert, qui parait encore plus beau au jour ou à la flamme du magnésium, ce vert est du manganate de baryte^ inventé par un de vos lauréats, M. Rosensiiehl, de Strasbourg (1). En voici un autre d'un orangé magnifique, qui gagne beaucoup à être regardé au soleil, c'est le bi-iodure de mercure. Enfin, en voici un jaune. C'est la belle couleur connue sous le nom de jaune de chrome. Vous la trouvez peut 'être un peu pâle ; mais patience, le soleil ou son suppléant, le magnésium lui rendront justice. Aucune de ces couleurs ne vaut de nuit ce qu'elle vaut de jour; constatons cependant qu'elles paraissent encore belles à la clarté du gaz.
« Maintenant , éteignons les lumières et* allumons la lampe salée. Que voyons-nous?
» Le vert est devenu noir.
» Le rouge se confond avec le jaune; l'un et l'autre sont devenus blancs.
» Rallumons le gaz, et assurons-nous que nous ne nous trompons a^s ; en effet, chaque couleur reparait avec sa nuance du moment.
(1) Mém. Acad. de Stanislai, 1863-186i, p. xxxïj. — Joum. phann. et ehim,, t. XLVI^ p. 3i8. ^
» Regardons^ les mainlenanl à la flamme du magnésium» et avouons qu^elles sont loin de perdre à ce nouvel éclairage.
» Antipode du magnésium, le sodiqm estdone Tcnneaii des couleurs lorsqu*il se trouve dans une flamme homogène; il les éteint ou les réduit» en général, au blanc» au noir ou au gris» qui est un mélange des deux. Qf, qui peut le plus peut le moins. Si la flamme à excès de sodium peut éteindre les couleurs» au point de les réduire au noir ou au blanc» une flamme moins riche de ce métal ne produira qu*une extinction partielle; voili pourquoi les couleurs sont, en générai, visibles à la flamme du gass ou de la bougie, bien qu*elles ne man^ quent pas d'en recevoir des reflets ou des atteintes dont vous avez maintenant le secret (1).
p Mais d*où la flamme du gaz tirct-elte ce sodium? Il vient de la houille qui a servi à sa fabrication et qui» comme vous^savez, donne toujours beaucoup de cendres ; il vient de Teau qui a servi k laver le gaz, eau qui, sortant d'un puits en connexion avec les marnes
(1) Cela ne peut pas se dire da sodium brûlant à lui tout seul et loin de tout combuslible aériforme. J'ai fait brûler ce métal dans un Ivillon de verre convenablement chauffé et alimenté pt^de Tair. La lumière produite par la combustion, éclaira fort bi^p, mais saas modifier les couleurs.
Les nuances les|plns sensibles à la flamme sodique ont parfaitement résisté. De ce nombre, le vermillon, le bi-iodure de merwrt et le per chlorure de mamganèse éthéré^
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irisées qui s'élendenl à proximité de Nancy, a pris une certaine quantité de sel dont ces terrains sont impré* gnés ; enfin^ il vient des matières qui ont concouru à son épuration, sinon même de Tair atmosphérique qui en contient toujours des traces, ainsi que Ta reconnu Mé Bunsen.
» C*est encore Tair qui fournil du sodium à la bougie et à la lampe à huile, ces agents d'éclairage ont, d'ailleurs , une provision de sodium dans les substances minérales contenues dans la mèche. »
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on sait qu'il y a du sodium, sous une forme quelconque, dans le gas d'éclairage ; le fait a été constaté il y a plusieurs années déjà, d'une part par M* Wœhler, et de Tautre par M. Vogel (i), seulement il en contient très-peu ; cependant, on peut l'en enrichir et lui communiquer par là, les propriétés de la flamme d'alcool salé; mais pour cela il faut augmenter sa température. C'est à quoi Ton arrive au moyen de ces appareils que M. Bunsen a imaginés, lorsqu'il s'est agi de faire concourir le gaz au chauffage dans les laboratoires. Ce sont les u becs de Bunsen n : qu'on y introduise un fil de platine recourbé et chargé de sel et l'on obtient, aussitôt, la flamme de soude avec toutes ses qualités.
Toutes les flammes peuvent acquérir ces propriétés,
(1) Journ. de pharm. et de ehim,, t. XLIV, p. 172.
mais toutes ne sont pas également aptes à agir sur le sel marin, car leur température n*est pas toujours suffisamment élevée pour cela. C'est donc en vain qu*on placerait dans un simple bec de gaz, ou dans la flamme d'une lampe ou d'une bougie, un fil de platine chargé de sel ; le composé sodique demeurerait intact dans un milieu qui n'agit ni par voie de dissolution comme le fait l'alcool, ni par voie de volatilisation comme le fait la flamme si chaude du bec de Bunsen.
C'est donc à un agent plus volatil que le chlorure de sodium qu'il faut s'adresser si l'on veut rendre monochromatiques les flammes de la bougie, de la lampe ou des becs de gaz, ou même celle de l'hydrogène. J'ai constaté que cet agent n'est autre que le sodium luimême, dont une parcelle suffit pour produire l'efiet voulu.
Le gaz hydrogène se sature même à froid : en plaçant quelques fragments de sodium dans le tube de dégagement, il s'en volatilise autant qu il en faut pour monochromatiser la flamme; il va sans dire qu'on réussit mieux encore lorsqu'on chauffe, quelque peu, le tube contenant le métal alcalin.
La flamme sera ainsi nionoehromatisée tant qu'elle ne coniiendr» pas un noyau forieinenl incandescent ; mais, que dans une flamme d'hydrogène contenant du sodium, on introduise une spirale en platine, celle-ci s'échauffera, deviendra incandescente et aussitôt on verra apparaitre la couleur des objets. Cela n'a plus lieu
si, au lieu d'opérer à froid, on chauffe le sodium au point de le faire fondre et de le volatiliser; à cause de Texcès de niétal dont Thydrogëne se sera chargé, lextinction des couleurs subsistera malgré Tintervention du fil de platine, évidemment parce que la spirale de pla* tine n*a pas assez d^éclat pour paralyser la flamme sodique qui fenveloppe.
Si cette incandescence de la spirale était plus forte, si, par exemple, elle avait Téclat de la lumière électrique, elle pourrait braver Tatmosphère de sodium qui Tentoure. Nous en avons un exemple dans la lumière électrique, laquelle comme on sait, n*e§t pas exemple de sodium, lorsqu'on la fait jaillir entre deux pointes de charbon et qui néanmoins n'exerce pas d'absorption sensible sur les couleurs éclairées par elle (1).
Le soleil aussi contient du sodium et cependant il ne se comporte pas comme une flamme monochromatique, toujours parce que la photosphère sodique contient un noyau incandescent.
(1) Ed préseDlant eo mon nom à l'Acadéroie des scieDces, un résumé des faits nouveaux qui font Tobjetde ce travail, M. Chevreul ajouta qu*il a observé, il y a plus de vingt ans, avec la lumière électrique des effets analogues à ceux que je viens d'obtenir avec la lumière du magnésium. J'ignorai comme tout le monde ce résultat important, que l'illustre maître avait jusque-là gardé en portefeuille ; je ne puis que me féliciter de lui avoir donné l'occasion de le publier (Comptée rendue de VÂcad. des ëciences du 8 janvier 1866, p. 93).
Cest peul-étre k cause de ce sodium que la lluDière solaire est plus jàuoe que ne Tesl eelle du magnésium ) le foit esi qu'elle contient plus de rayons jaunes et rou*» ges que celles-ci, et moins de rtyons bleus. C'est peulétre aussi pour cette raison que l'éclairage magnésique foil ressortir les couleurs^ mieux que ne le fait le soleils Que si Ton tenait à lui donner, exactement, la teinte de la lumière solaire, on n'aurait qu'à associer un peu de sodium au métal magnésique, de façon à brûler alors, Don pas du magnésium pur, mais un alliage de magnésium et de sodium* C'est un essai à faire (l).
EXPÉIUENCBS A l' APPUI DE GB QUI PRÉCÀDB.
Les expériences que nous allons rapporter, peuvent être exécutées avec l'une ou l'autre de nos lumières artificielles; pourvu qu'elles soient saturées de sodium et qu'elles ne contiennent pas de noyau incandescent.
On connaît déjà certains effets d'absorption^ exercés par la flamme sodique, et M. Bunsen et M. Cartmell en
(1) Employé k profasion, le sodinm oa sod chlorure JaaDisseni fortemeDl la flamme da magnésiam qai, dès lors, altère sensiblemettl les coalears; toaiefois les effets ûe sont pas continus, d'une part parce qu*il se dépose de l'oxyde de magnésiom qui forme une enteloppe protectrice, et ensuite parce que» le plus f(0uveul| te noyafi incandescent est assez vif pour domiuer le jaune sodiqie.
ont tiré parti dans Tanalyse des métaux aleâlifis (1). Des recherches spécialed m*ont a[7pris qtfun grand nombre de matières verjes paraissent noires dans cette lumière, et qu*il en est de même de beaucoup de subs*^ tances de couleur rouge. Seuls, les bleus (le bleu de troène fait exception, sans doute parce qu1l est peu intense) ne sont pas anéantis par la flamme de soude» tout au plus y changent-ils de ton.
Ce changement consiste surtout dans les reflets violets que les bleus manifestent à cet éclairage. Ces reflets sont complémentaires du jaune*
Loin de les neutraliser, Téclairage monochromatiqué les fait ressortir partout où elles peuvent se trouver. Car le violet est la seule couleur qui puisse subsister en présence de la flamme monochromatique du sodium, les autres couleurs en sont, toutes, plus ou moins modifiées.
J*ai fait h cet égard un grand nombre de recherches dont voici un aperçu. Pour les couleurs qui, paraissant vertes au jour, se présentent en noir à la flamme monochromatique, je citerai :
Uacélale de cuivre cristallisé;
V oxyde de chrome (couleur vitrifiable) ;
V oxyde de chrome hydraté (vert Guignet) ;
(1) Journ, depharm. et dechim., XXXV» p. 353 et t. XLII, p. 171.
(:2) yVém. de VAcad. Staniskii, 1860, i. I, p. 454 et i6i.
Le numganate de baryte;
L*or battu vu par transparence;
Le perehlorure^ le perbromure et le periodure de manganèse éthérés.
Le sequichhrurey le sesquibromure et le «etqrtaiodure de manganèse éthérès.
Le sulfate de fer cristallisé (vitriol vert) et les sulfotes doubles préparés avec lui, paraissent incolores, évidemment parce que la couleur est peu intense. Des différents verts simples que j*ai regardés à la dite flamme, c'est le vert de Schweinfurl, tel qu*il se présente sur les abat-jour, qui est le moins affecté par elle.
G*est ce qui explique Topiniàtreté avec laquelle on rapplique à la coloration de ces appareils, car la flamme ordinaire ne le modifie pas sensiblement, celle du gaz le jaunit quelque peu.
Quant au vert mixte composé de jaune de chrome et de bleu de Prusse, tout en paraissant gris, il conserve un reflet jaune- verdètre peu agréable à l'œil.
Le vert des feuilles est diversement affecté par cette flamme ; les unes y paraissent jaunies ; de ce nombre, la mousse, peut-être en vertu de la ténuité de ses feuilles; Voisine (alsine média), la jacée (centaurea jacea, L.), cueillies au premier printemps, la mouchefeuille à rétat sec (1).
(1) Mort ta JardiD bot. de Nancy, ce curieux insecte a été consenré depuis pluâi^iurs mois à Tétat sec; le tout pesait 0,080. A
La giroflée (Cheiranthus Cheiri, L.), de la même époque parait, au contraire, noircie, tout en offrant des tons violets.
il est possible que les tons de ces verts végétaux changent avec les saisons ; en tous cas, en regardant les
ma demande, M. Y. Jodin, de Stenay, a bien voulu faire t?ec ces faibles restes, des essais dans le bal de savoir si la matière verte qui colore cet insecte a des rapports avec la chlorophylle. M. Jodio a pu reconnaître que Pélher lui enlève nue matière jaune se colorant en vert par Tacide chlorhydiiqoe (a) ; que malgré des traitements réitérés par Tcther, les restes de Finsecte conservent une teinte verte virant au bleu et qu'ils se comportent comme une feuille végétale prise dans un herbier.
(a) De ce fait et de quelques autres analogues qui sont mentionnés ici, il semblerait résulter que le pouvoir absorbant d*UD milieu coloré change avec i^a densité ou le degré de dilution de la substance c'iloranie. Quoi qu'il en soit, on peut observer des faits analogues dans le domaine de Topiique pure. Que l'on pose un verre rouge foncé sur un autre verre d'une couleur verte qui est complémentaire de ce rouge et on obtiendra du noir. Maintenant, que l'on superpose les mêmes couleurs au moyen de la polarisation et on ne verra que du blanc.
Le vet t mixte dont il est question ici, s'obtient avec un pigment jaune mélangé avec un pigment bleu ; mais vient-on )i superposer un rayon jaune sur un rayon bleu, on aperçoit du blanc partout où les deux rayons se rencontrent.
Avec un appareil à polarisation rotatoire et un choix de pigments on peut faire à l'infini des comparaisons de ce genre. S'il est facile de développer du blanc par la superposition de rayons complémentaires, on y arrive moins aisément par la voie chimique, c'est-k-dire par le mélange des pigments colorés.
C'est peui-élre aussi pour cela que dans l'expérience du disque de Newton, ayant pour objet de produire du blanc au moyen des sept couleurs primitives, au lieu d'obtenir du blanc, on n'a jamais pu dépasser un gris plus ou moins verdàtre.
D'où l'on voit que les Ions ont beau être les mêmes, du moment où le subslratum est différent , différent aussi, sera le résultat. Il en est ici, comme du timbre en musique.
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feuilles à la flamme de soude, on est porté h croire que ces verts ne sont pas tous identiques, et que la chlorophylle des uns ne doit pas être confondue avec là Chlorophylle des autres.
Noirs quand ils sont vus^en masse, les tert^ paraissent gris lorsqu'ils se trouvent à un certain degré de dilution ; c*cst atissi ce qui arrive pour les rouges. Ainsi le sang artificiel obtenu en traitant un sel ferrique par du sulfocyanure de potassium ou celui-ci par de Tacide azoteux, parait ou noir ou incolore avec un ton gris, suivant qu*il est employé à Tétat concentré ou à Tétat de dilution. La même observation est applicable au brome et à Tiode, suivant que ces corps simples sont pris purs ou à Tétat de dissolution dans Teau.
J*en dirai tout autant des cristaux de nilropmssiate de soude^ de ceux à'iodure d'antimoine ou d'arsenic (l). Regardé par transparence, le tarlrate de fer et de soude acquiert des reflets noirs très-prononcés, il en est de même du verre rouge qui est usité dans la peinture sur verre ; s'il fait paraître rouges les flammes qui ne sont pas saturées de sodium, il noircit visiblement à Téclairage de la lampe monochromatique, sans pour cela rougir celle-ci (2).
(i) Coof. Comptée rendm de f Académie des êcienees, t. XLVIII, p. 857 et Journ. de Pharm, et de Chim., t. XL, p. 277.
(2) Remarquons, toutefois, que dans ce cas, la flamme de Ttlcool salé parait rouge sur certains points ; c'est li Textrémité supérieure.
Les beaux cristaux jaunes de bro^nobismuthate d'am^ monium prennent, dans les rayons violets du spectre, une couleur lie de vin très^belle (i). Mais, à la clarté de la lampe de soude, le rouge s*éteiot toui comnoa lo rayon violet qui a #ervi à le développer, et le cHltal parait incolore.
Tout jaunes qu*ils soient è la lumière du jour ou à celle du magnésium, ces cristaux perdent toute couleur ^ la flamme sodique, et semblent par là, avoir gagné en limpidité,
Viodure d'amidon, ainsi quelles bleus à base de cuivre, paraissent en général peu modifiés ii cette flamme, h'oulremer et le bleu de Prusse paraissent noirs avec un ion violet. Il en est de même du bleu d'aniline lorsqu'il est employé à Télat de dissolution alcoolique ; mais il vire au noir quand on le regarde en couche épaisse.
De même aussi, les timbres-poste bleus (de 0,20 cent.) paraissent-ils noirs ; on sait d'ailleurs que certains des bleus ci-dessus mentionnés, jouent, dans ces timbres, un rôle prédominant.
Le chlorure de cobalt cristallisé^ rouge dliabitudei
ï l'endroit qui correspond à la flamme oxydanle, et où, par conséquent, le sodium est déjà brûlé (Voir Appareil pour la démonatralion de la théorie de la flamme dans le journ. de Pharm., t. XXXI, p. 179). Mém. Acaé. Staniêl., 1856-1857.
(1) Coùf. Journ, de Pharm. et de Chim.,, t. XXXIX^ p. 120 •t Mém. Acad. StanUl. 1861-1862, p. 157.
parait d'un blanc sale n cet éclairage monochromatique ; mais vient-on à le chauHer, il passe, comme on sait, dans la modification bleue, que la flamme jaune du sodium influence à peine.
En somme, les seules nuances qui résistent quelque ' peu à cette flamme sont fournies par le bleu ; mais le violet résiste complètement; les autres couleurs sont toutes, profondément modifiées par elle, car elle les fait paraître en noir plus ou moins clair ou en blanc plus ou moins gris. Aussi, toutes les fois qu il y a du bleu dans une couleur, il faut s'attendre k ne voir apparaître que cette nuance ; la flamme jaune peut, il est vrai, la faire virer au vert ou au violet, mais, en général, elle ne Tannihile pas, comme elle le fait pour les autres couleurs.
C'est dans ces résultats qu'il faut chercher l'explication d'un phénomène très-connu, mais dont on n'a pas, que je sache, songé jusqu'ici à se rendre compte : à la flamme de Talcool salé, les mains, de même que la figure, deviennent d'un vert livide, tandis que les lèvres tournent au bleu violet. Ces apparences sont évidemment dues au violet et au bleu qui composent la carnation, et dont nous avons un exemple visible au grand jour, dans les veines qui se détachent si bien en bleu sur le chaire de la main.
Du reste, ce teint livide est connu de quiconque a vu flamber du punch ou un pudding, grâce à Talcool plus ou moins salé qu'on emploie dans ces sortes d'opéra-
— Mations. Il est connu aussi dans les ateliers métallurgiques, notamment chez les ouvriers des forges, au moment où ils travaillent dans la fournaise. Ici c^est la soude de la castine, des scories ou des cendres qui, en^ se volatilisant et en se réduisant dans la flamme, occasionne cette coloration si curieuse au premier abord.
Un grand nombre de fleurs de couleur rouge ou brune sont dans te même cas et offrent des teintes violettes à la flamme de soude. Par exemple :
L'œillet des Chartreux (Dianlhus carthusianorumj ;
La brunelle commune (Brunella vulgarisj;
Le cirse acaule CCirsium acaxde) ;
Des pelargonium ;
Des cactus ;
Certaines labiées.
Lorsqu'il n'y a pas de bleu dans leur couleur, elles paraissent blanches. La rose est dans ce cas; de même que le mouron des champs (anagallis phœnicea), le coquelicot et tant d'autres.
Certaines fleurs panachées présentent une réunion des deux. Exemple : la fumeterre (fumaria off.) dont les pétales rose et pourpre paraissent blanches à l'extrémité inférieure et bleues à l'autre, et notamment autour du limbe.
L'œil s'habitue promptement à ces effets, et j'ai lieu de croire qu'on ne prolonge pas impunément le travail dans cet éclairage monotone, soit parce qu'il est exempt de rayons chimiques, soit parce qu'il ne convient pas
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aux nerf^ optiques peq appropriés à de pareils milieui ; lu rétine en e^l affeeiée au point d'élre ensuite faeileroeot Qgaoée par le grand jour ainsi que par Téciairage domestique. D*un autre côté, en prolongeant la séanoe d^ps un milieu éclairé ii h flomme de sodium» il arrive un moment où Ton a de la peine k distingiier enfre all^s i^ nqanqes d*un même typet c*e3t ainsi qu*il ip*^( arrivé bien des foii$ de trouver ù une touffe de feuilles, une numçe identique à celle de la main qui la tient (t), alors qu*au début de Texpérience, roui, non encore fatigué, différenciait trés^bien le violet de la chlorophylle et le v^rt livide de la carnation.
Mais, à part ces impressions que Ton peut éviter du moment qu*on est prévenu, il est aisé de faire ressortir de la manière la plus frappante, les effets d*exUnetionque ladite flamme exerce sur les effets colorés : avec un bouquet de fleurs, une peinture quelconque ou une étoffe teinte, on a tout ce qu'il faut pour vérifier ce qui vient d'être dit. Le tableau suivant résume une expé^ rience que j*ai faite sur un spectre confectionné avec des couleurs appliquées tout simplement sur du papier blanc.
Voici la composition de ce spectre et les couleurs avec lesquelles il a été obtenu :
(1) Le toat tvait l'apparence d'oo bronze d'art.
Coulenripuetaujour. À§ent CQiorënt. Coulewt vuet à U
flamme monockrowtaiique.
Ronge Ocre ooir.
OrtDgé Bi-iodare de meroire. .
Jaune Chromate de plomb . . .
Vert Mangaoate de baryte. .
Blea Bien d'aniline
( blanc, i noir.
A ce spectre si étrangement défiguré, la lumière plus intense du soleil ou du magnésium, restitue instantanément les couleurs normales alors même que Talcool salé continue de brûler à proximité. La flamme du gaz les fait reparaître de même, bien qu*avec moins de vivacité par les raisons que nous connaissons maintenant.