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ACTION DU PHOSPHORE

SUR LES SELS DE CUIVRE, Par M. BLONDLOT.

On sait que les sels de cuivre en dissolution même très-étendue communiquent au phosphore une couleur noirâtre plus ou moins foncée, due évidemment à la formation d'un phosphure. J*ai pensé que ce fait, en quelque sorte vulgaire, méritait d*étre étudié et pouvait être utilisé avantageusement dans la recherche du cuivre.

Pour arriver à ce résultat, j'ai dû examiner d*abord quelle est Faction du phosphore sur les autres sels métalliques. Or, j'ai reconnu qu'il n*exerce aucune action décomposante sur les sels de fer, de zinc, de nickel, de cobalt, d'arsenic, d'antimoine, de bismuth ou de plomb. Les sels de mercure, d'argent, d'or et de platine sont, au contraire, décomposés à froid par ce métalloïde, en* présentant les résultats suivants.

Si, dans une dissolution de bichlorure de mercure, on introduit un bâton de phosphore, il ne tarde pas à se recouvrir d'une couche blanchâtre de protochlorure.

parsemée de très-petits globules métalliques ; de sorte qu*au bout d*un certain temps, le liquide 6Uré ne renferme plus de mercure. Si Texpérience se fait avec tout autre sel de mercure, les bâtons de phosphore se recouvrent d'une couche noir&tre de mercure divisé, peu adhérente. Quant aux sels d*argent, d*or et de platine, ils présentent des phénomènes analogues.

Ces faits étant établis, voici comment les sels de cuivre, à différents degrés de concentration, se comportent avec le phosphore. Si Ton plonge un bâton de phosphore dans une dissolution plus ou moins concentrée de sulfate de cuivre, il devient d*abord noir, puis se couvre lentement d*un enduit brillant de cuivre métallique parfaitement cristallisé. Si, lorsque les dernières traces de cuivre ont disparu de la dissolution, on y ajoute une nouvelle quantité* de sel, Tection recommence, mais elle est plus lente, et il arrive un moment où la décomposition s*arréte complètement. Vient-on à examiner alors les bâtons de phosphore, on constate que la couche brillante de métal n*a qu'une faible épaisseur, et qu*audessus le phosphore est en partie passé à Fétat de phosphure noir, en partie demeuré intact. Aussi, lorsqu'on les plonge dans Peau bouillante, il en sort du phosphore parfaitement blanc. — Lorsque la dissolution de sel cuivrique est très-étendue, il ne se dépose point de cuivre métallique, et le phosphore devient seulement noir à la surface, tantôt d'une manière uniforme et d'autres fois par places circonscrites. Le phosphure de cuivre ainsi

— 3i3 — produit est en couche très-mince, mais adhérente ; de sorte qu*il ne s*en détache aucune parcelle Iorsqu*on le manie avec précaution. Du reste, Tacide azotique étendu de son volume d*eau Tattaque, à froid, presque aussi facilement que le cuivre pur, laissant le phosphore sous-jacent avec sa blancheur primitive.

Il est à remarquer que, pour que le phosphore décompose les sels de cuivre, le liquide doit é(re ou acide ou alcalin, mais jamais neuire. Du reste, si Tacide prédo* minant n*est pas de nature à attaquer le cuivre à froid, on peut impunément en forcer la dose. C'est ainsi, par exemple, que si Ton ajoute quelques gouttes de sulfate de cuivre et de Tacide sulfurique concentré, et qu'on y introduise un petit morceau de phosphore, celui-ci ne tarde pas h s*emparer de tout le cuivre. D'autre part, la décomposition a également lieu si la réaction est alcaline. Ccst ainsi que les dissolutions ammoniacales de cuivre se comportent avec le phosphore comme les dissolutions acides : ce qui permet d'éliminer à l'avance, le cas échéant, les autres sels métalliques, à l'exception de ceux d'argent que le liquide pourrait contenir, s'ils étaient aussi précipitables par le phosphore.

Ces différents faits m'ont porté à penser qu'on pourrait utiliser le phosphore pour rechercher de petites quantités de cuivre dans les analyses et particulièrement dans les recherches toxicologiques. Voici comment je procède. Je fixe un petit cylindre de phosphore à un fil de platine ou à une mince baguette de verre, et j'in-

— Sf 4 troduis un ou plusieurs de ces eylmdres dans le liquide à essayer, préalablement acidifié par l'acide sulfurique, ou, au contraire, aléalinisé par rammoiiiaque. Quand, après un temps plus ou moins long. Ils sont recoufetfÉ soit de cuivre métallique, soit de phosphore noir, je les agite dans de Teau distillée pour les laver, puis je (es immerge dans la moindre quantité possible d'acide azotique étendu, qui les dépouille immédiatement, le les replonge dans le liquide d*essai, et alternativement dans l'aoide jusqu'à ce qu'ils cessent de devenir noirs. Gela fait, l'acide azotique est évaporé k siccité, laissant un résidu qui, repris par quelques gouttes d'eau distillée, donne, avec les diflfiirents réactifs des sels de cuivre, des résultats trés-nets. Cette méthode, très-» simple, esl d'une grande sensibilité, et présente, selon moi, sur tomes les autres, l'avantage d'éviter des manf^ pulations dans lesquelles se perd souvent une partie du produit.

sua LA CRISTALLISATION DU PHOSPHORE

Par M. BLONDLOT.

On sait que le priacipal caraelère qui différence le phosphore ordinaire d*avec le phosphore ronge est de pouvoir cristalliser. Or, ce ii*esl pas chose facile à réaliser que d'amener ce corps à Tétat cristallin» malgré la U*iple propriété qu'il possède d*étre Cusible, soluble el volatil. Après m'éUre assuré que les méthodes: proposées jusqu'ici et qui reposent, soit sur la fusibilité, soit sur la solubilité du phosphore, sont toutes défecuieuaea, j'ai eu recours à la sublimation. J*opère au mUieu d'une atmosphère d'azote raréfiée, dans de petits matr^s fermés à la lampe, où le phosphore, maintenu liquide, émet des vapeurs qui se condensent à l'état cristalliiu Voici, du reste, comme je procède.

Je commence par étirer à la lampe le col du matras à 2 ou 3 centimètres de sa naissance, de manière à produire un étranglement pouvant livrer passage à un cylindre ayant à peu près la grosseur d'une plume à écrire. D'autre part, je fonds du phosphore sous l'et^

— 3S6 — dans des tubes présentant intérieurement cette diniension. Je coupe les cylindres par morceaux, et j*eQ introduis environ "i grammes dans le matras, en ayant la précaution de les essuyer légèrement avec du papier à filtre. Cela fait, j*enveloppe d*un linge mouillé le corps du matras, et, chauffant à la lampe la partie rétrécie du col, je retire et la ferme rapidement. Cette opération 8*éffectue sans que le phosphore prenne feu, pourvu que Ton ait la précaution de tenir le matras bien verticalement. Je laisse le verre se refroidir dans cette position. Le phosphore 8*entoure d*abord de vapeurs blanches et luit dans Tobscurité; puis Tintérieur du vase s'éclaircit et la phosphorescence disparait. Au bout de vingt- quatre heures tout Toxygène est absorbé, et Ton peut dès lors porter le phosphore à Tétat de fusion. Je me sers à cet effet d'un bain-marie chauffé à Taide d*une petite lampe. Pour que le matras occupe toujours la même position, en flottant à la surface de Teau, je le fixe par le milieu, le col en haut, dans un trou pratiqué au centre d*une plaque de liège. Enfin, pour éviter Taction de la lumière, je surmonte le tout d*un cône de carton, tronqué par le haut.

Au bout de quelques heures, on commence à apercevoir dans la partie supérieure du matras, et jusque dans son col, de petits points brillants qui augmentent lentement, et finissent, au bout de deux ou trois jours, par se convertir en magnifiques arborisations cristallines qui en couvrent toute la surface, brillant avec des reflets

de toutes couleurs et un éclat comparable à celui du diamant ; ce qui s*explique facilement, attendu que le phosphore, ayant des propriétés électropositives aussi prononcées pour le moins que le carbone, doit posséder» comme lui, un pouvoir réfringent très-considérable. Quant à la forme des cristaux, ils appartiennent évidemment au système cubique. Plusieurs des petits cristaux isolés m*ont paru des cubes réguliers. J*y ai aussi reconnu des octaèdres. Indépendamment des cristaux appliqués contre les parois, j*y ai quelquefois vu de longues aiguilles saillantes ayant Taspect des feuilles de fougère.

Dans ces expériences, si le phosphore a été convenablement préservé de la lumière, il est du plus beau blanc; mais aussitôt qu'il est atteint, non-seulement par les rayons solaires, mais même par la lumière diffuse, il passe en quelques^ minutes au rouge grenat. Or, sous ce nouvel état, il conserve intégralement sa forme cristalline, sa transparence et son éoJat. On dirait de petits rubis. La forme cristalline est alors si peu altérée, que, si Ion replace Tappareil dans le bain-marie, de nouveaux cristaux parfaitement blancs viennent s*adapter aux cristaux rouges. 11 résulte de là que le phosphore rouge ne mérite pas la qualification d*amorphe sous laquelle on le désigne communément, en ce sens que ce caractère ne lui appartient point essentiellement et tient simplement à Timpossibilité où Ton est de faire cristalliser à posleriari tout corps qui, comme lui, est devenu infusible, insoluble et absolument fixe.

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