EN FRANCE ET EN CHINE, PAR M. L. LACROIX
< Les bons oo les maoTais effets de la monnaie de papier dépendent presqa'eotièrement do mode d'éfflissioo. > [Correspondant do f5 septembre 1866, article de M. Dopont-White sor Ut banquet et la guerre.)
Dans l*été de l*année 1720, la rue Vivienue était devenue le théâtre d*un concours aussi empressé et aussi tumultueux que l'avait été la rue Quincampoix dans l'automne de Tannée 1719. On commençait à s*y rassembler pendant la nuit, et quand le jour paraissait, Tencombrement devenait tel, qu*on y courait risque de la vie et qu'il y restait souvent des victimes sur le carreau. L'avocat Barbier, en vrai bourgeois de Paris, qu'il était, semble s'être donné la tâche de noter tous les incidents n^êmorables de ce nnouvement populaire, qui offrait un spectacle à sa curiosité. Il est vrai qu*il faillit un jour le payer cher, et il ne se retira de la cohue qu*à grand'peine. Mais enfin il avait vu et il pouvait porter
témoignage. Aussi nul ne décrit comme lui l'animation extraordinaire que présentèrent alors jour et nuit, pendant deux mois, les abords de la Banque, qui venait d*étre transférée à Thôtel de Nevers, un démembrement de rhôtel Mazarin, maintenant occupé par la Bibliothèque impériale, m Aujourd'hui, dit-il à la date du 9 juillet, j*ai passé à deux heures après mintiil me Vivienne. Il y avait déjà une douzaine de personnes assises par terre h la porte du jardin. Il faisait un beau clair de lune (1). n Au point du jour, la foule grossissait, et c'était une presse épouvantable, m Le manège qu*on fait à la Banque, dit encore le même témoin, est
incroyable C'est une tuerie affreuse, il n*y a point
de jour qu'il n'y ait quelqu'un d'étouffé, n Et encore : u Hier mercredi (c'était le 17 juillet), la rue Vivienne fut remplie de quinze mille âmes dès trois heures du matin. La foule fut si considérable, qu*il y eut quinze
personnes d'étouffées avant cinq heures Peu s*en
fallut que je ne fusse de ce nombre, n ajoute l'auteur, à peine remis du danger qu'il a couru. La vue de ces nombreux cadavres exaspéra la foule, et la journée du 17 (ut une journée d'émeute. Le peuple se porta d'abord an Palais-Royal, vociférant contre le Régent, qui m s'habillait pendant ce fracas, dit encore Barbief; il était blanc comme sa cravate, et ne savait ce qu'il demandait, n C'est à grand'peine qu'il apaisa ces furieux.
(1) Jownal de £arbi§r, 1. 1« p. 30.
Quant à Tauleur indirect de cette agitation» TEcossais Law» il feillit être victime de la fureur populaire. On cassa les vitres de son hôtel, et son carrosse fut mis en pièces. On alla même aux Tuileries porter un cadavre sous les fenêtres du roi enfant, et Villcroi, gouverneur de Louis XV, ne dissipa cette bande qu*eu lui distribuant de Targent.
Or, tout ce mouvement n*était, on le sait, que le résultat de la révolution financière opérée par le système de Law. Depuis trois ans, le régent, séduit par les promesses de ce brillant et habile aventurier, lui avait livré la France, sur laquelle il expérimentait tout à loisir, dont il bouleversait de fond en comble la constitution économique, tout en se persuadant qu*il la tirait de sa détresse, et qu*il relevait sa fortune. D*abord la nation s'était laissée faire, avec rindifférence d*un malade qui se sent condamné et qui se confie, faute de mieux, au premier charlatan qui lui promet guérison. Il est vrai qu*è son début, Law avait fait merveille. Il avait ranimé le crédit que les derniers désastres de Louis XIV avaient complètement ruiné ; sa banque avait facilité la circula-» ^ion des capitaux, et stimulé Tactivitè du négoce et des affaires. Mais, après avoir révélé la puissance du crédit à une nation encore novice dans remploi de ce puissant instrument du travail, il Tavait compromis par labus qu'il en avait fait, et la confiance exaltée qu*il avait inspirée d'abord s'était évanouie pour toujours. Autant on avait mis d'acharnement, au jour de l'illusion
— 3M — et de rivresse» è se disputer, en livrant tout son or, Jes valeurs ehimériqaes dont il inondait le paya ; éutaiil oà mettait désormais d*empreasemenl à se détNurrasser jde ces promesses, reconnues illusoires» pour ressaisir ees précieux écus qu^une séduction passagèrei avait fait , un instant délaisser. Les billets de banque, perdant 30 à 35 pour 100 dans le commerce^ tout le monde.aeoou4 rai t pour en obtenir le remboursement. Le peuple en avait les mains pleines, car on avait émis jusqu'à «les billets de 40 livres, pour faire parvenir le papier jttaqa*à lui. Cétaient donc les ouvriers qui souffraient le plus <ie la dépréciation, et qui assiégeaient la banque avee cet empressement tumultueux que nous venons 4e décrire. Mais les caisses de la banque étaient à sec; elle avait suspendu le paiement de tous les billets au-^dessus de 100 livres ; bientôt elle en vint à ne payer que ceux de 10 livres, et encore elle n'acquiltail que la valeur d*un billet à chaque parliculier. Enfin, après avoir coulé quelque temps goutte à gouUe, comme une fontaine qui se tarit, le robinet fut tout à coup fermé, et la banque suspendit tout à fait ses paiements. Dès-lors on se trouva sous le régime du cours forcé, et le billet de banque n'était plus que du papier-monnaie. Or, c'est ce qu'on avait prévu et redouté depuis longtemps ; et de là celte panique universelle, de là ceUe presse meurtrière aux portes de la banque, ces écrasements de corps humains dans les rues ; de là ces émeutes et ces fureurs populaires qui mettaient Tétat en péril et faisaient pâlir le chef du gouvernement.
AiiMi, dand l«i lotte (ii^toqnéé phr léiystéine de "Uk enftré le piipiër et Tslrgéhl, te papier était 'taintîu, et feët instrument d*éebange, qa*6fi avait tant précdniâé d*a« bord, sàecôtnbait ^ecablé sous le (toids d*uh diserédit universel. Repoussé Uë tous les marcfiés, il Véiili éga'«letnent de tciuteslës boursier» et cette première cfzpéri6nce,'fiiite saiifS honnêteté et sans mesure, avait coihpromis pouf longteilips son etilploi normal et constabt dans leâ transactions commerciales.
Mais pourtant est-ce dôhe Une chose impossible dé faire du papier le moyen ordinaire dès achats et des ventes, et sérait-il jusque-Ik satid ètenlple lqu*il ail été d*un usage paisibleniént accepté sur les marchés d'aucun peuple? Pour répondre à cette question, détournons un instant nos regards dé la France, sortons du tviii* siècle, transportons-nous à rexirémité du vieux continient, dans Templre chinois, au temps dé sa plus grande splendeur, et nous verrons se produire journellement des faits économiques tout contraires h ceux que nous offre Thistoire financière de la régence. Le papier, que la France rejette au xviii* siècle avec tant de répugnance, régne en Chine au xiii* et au xiv* siècle de notre ère, à Pexclusion des monnaies métalliques, dont Tusage est interdit; et les voyageurs occidentaux, chrétiens ou musulmans, témoins de cette smgularité, la signalent comme uoe merveille, et y voient une preuve delà supériorité d*état social de la Qiine sur leur patrie. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le voyage du cheik Ibn
Batoutab, qui visita le Céleste Empire ters le roiiîea do snr* siècle, sous le règne de Cboua-Ti, le dernier des prioces de la dynastie mongole on Ynen, qu'avait (ondée, en 1979, sur les ruines de la dynastie des Soog, le Gengbkbanide Khoubilal-Kban (t) :
M Les babiunu de la Chine, n'emploient dans leurs transactions commerciales ni pièces d*or ni pièces d'argent. Toutes celles qui arrivent dans ce pays sont fimdues en lingots, comme nous venons de le dire. Us vendent et ils achètent au moyen de morceaux de pa«> pier, dont chacun est aussi lai^ que la paume de la main, et porte la marque ou le sceau du sultan. Vingtcinq de ces billets sont appelés bâtieht^ ce qui revient au sens du mot dinar ou de pièce d*or chez nous. Lorsque quelqu*un se trouve avoir entre les mains de ces billets usés ou déchirés, il les rapporte à un palais dans le genre de Thôtel de la Monnaie de notre pays, où il en reçoit de nouveaux en leur place, et livre les vieux. Il n*a de frais d*aucune sorte à faire pour cela ; car les gens qui sont chargés de confectionner ces billets sont payés par le sultan. La direction dudit palais est confiée à un des principaux émirs de la Chine. Si un individu se rend au marché avec une pièce d argent ou bien avec une pièce d*or, dans le dessein d'acheter quelque chose, on ne la lui prend pas, et Ton ne fait aucune attention à
(f) Caoto, Hiffnirê univeruUê^ t. XI, p. 321, tradoeUoD Aroox, Mit. de i8i7.
lui, ju8qu*à ce qu*il Tait changée contre le bâliehi^ ou les billets, avec lesquels il pourra acheter ce qu'il désirera (1). «
A côté de ce curieux passage du voyageur musulman, il convient de citer le chapitre du livre de Marco Polo» où ce même système monétaire est décrit avec plus de détails, sinon avec plus d'exactitude. On sait que Marco Polo a visité la Chjne dans la dernière partie du xiu* siècle. Il y séjourna vingt ans, de 1375 à 1395, et, dans cet intervalle, il occupa pendant seixe ans de hautes charges à la cour, ayant été nommé conseiller privé et commissaire impérial par Khoubilal-Khan. Il ne s'agit donc pas ici d*un voyageur qui raconte è la légère ce qu'il a vu en courant ; c'est un homme bien informé, qui a examiné de près les choses, qui a vu fonctionner . le système dont il décrit le mécanisme et un tel témoignage mérite toute notre confiance.
Or, voici comment Marco Polo s'exprime au xcv* chapitre de sa relation. Je prends le texte récemment publié par M. Paulhier, en me permettant, pour plus de clarté, d*en modifier quelques expressions et d'en rajeunir l'orthographe.
u II est vrai qu'en cette cité de Cambalue est la Sèque du Grand Sire ; et est établie en telle manière, que l'on peut bien dire que le Grand Sire ait Tarcane parfaite-
(1) Ibo BttOQUb, Vtfyiig^, etc., t. IV, p. 289.
ment^êi %èlofa rafiOb ; ii«r^ Afaii fairis'ime tel Vfiontloië; cottime j6 vous dirivf, <|aè il Uit pt^îtàre tibtotééi d'arbres : c'est de mouriers dont les vers qui menjuèàt* les fe«illé§'{bm lu «oie. Efpretmeill Urte Mt^oree^èoMilil ^ui est eAtr&le fust de l'àrbrè «t l'etoree grosse dèhôHs; 'éi estUMche. El de teeite*e90SireesoiibtitMniiiifo^ papier le Mit 'touieDOfi^. BtiqUând oesdmitreies sont fiMies'i elles fcnt tnmchier «fn tel niati{èn}i<' lia moindre vàéi dani-itaselv et ràûtrè, on peu greigneiir; si vâul dënrigr6e vënisien d'argent ; et t^aotre.nn teûisiengrM d'argent...' et Tautre un besftnt â*<ir..'. et aiii^i vont joâ]0*à dtibesahs d*or (l^Ei tbbtês cèsichttnreté^ sont Mlées du séei du Seigneur. Et dib^i eti Mi faire de ^i ghiDde qUanilité chascun tirt» que rieniïë li cdoste, quepahroi^nt tout te' trésor du monde.
*^ Et quaiit ces cfaàrtretés sohf< firtei èA la^ manière que je vous ai conlé, si en fait faille tous Ses paiemens. Et les fait despendre à chascun par toutes ses provinees, et par tous ses règnes, et par toutes ses terres, et partout où il a povoir ne seigneurie. Et nuls, si chier comme il s*aime, ne les ose refuser; car il seroit de maintenant mis à mort. Et vous di que chascun les prend volentiers, pour ce que U où ils vont, sous la
(1) M. Pauthier, dans ane note sar ce texte de Marco Polo, évalae le demi-tonsel ou demi-sou tournois k près de 5 ceDttmes, le gros vénitien à 75 centimes, et le besanl d'or à 7 fr. 50 c. environ (Le livre de Marco Polo, p. 325).
seigneurie du Grant Kaan, les despendent et foDi leur paiement des marchandises que ils achatent et vendent, aussi bien comme si ils fussent de fin or, et encores que elles sont légères que ce qui vaut dix besans d*or ne pèse pas un.
, ti El encore sachiez que tous les nuirchanls qui ^ennent d*Ynde, w d*iwtres pais, qui port^ or ou argent, ou pierres ou perles, ne les ose^t v/endreà nul autre, en ceste cité, qu*RU Seigneur. Et il a doute barons élui^'sur ce, sage^ hommeset cognoissants de ce foire; ai que ceux les prisent, et le Seigneur les fait payer bien largement de ces cjbarlretes. Et eus les prennent moule volentiers; c^ ils ne (rouveroieni pas tant de nul f utre ; et Tautre est pour ce que ils sont paies dès maintenant. Et encore que ils puent avoir pour cette monnoie tout ce que ils veulent partout ; 9t est aussi plus légière à porter par chemin. Si que le Seigneur en achate tant ohasoun an, que c'est sans fin son tfésor : eti les paie de chose qui riens ne li couste, si comme vous avez eatendu. Et encore que plusieurs fois, en Tan, va son ban par la cité : que cbascuns qui avéra or, ou argent, ou pierres, ou perles, les porte à la sèque, et il les fera bien paier et largement. Si que ils les portent yolentiers, pour ce que ils ne irouveroient pas qi|i tai^ leur en donnast. Et en portent tant que c'est merveille.....
n El quant aucune de ces chartretes est gastée, si les portent à la sèque et en laissent trois du cent de change ; si prennent neuves. Encore ai autre baron, ou
- sn -
autre personne, qui qu'il fust, eusl besoin d*ar ou <rargent, ou de pierres, ou de perles, pour fiiire yessdleraents ou autres riches eboses, si va à la séque et achate tant comme il veut , et paie de ces chartreles.
n Or vous ai conté la manière et la raison pourqooy le Grant Sire doit avoir, et a plus de trésor que fous ceux du monde, dont vous avez bien ouy et entendu comment et la manière (1). n
Voilà donc deux témoins, séparés Tun de Fautre par un intervalle de plus d*^n demi-siècle, attestant Clément, aux deux extrémités de Thistoire de la dynastie mongole, Tusage, en Chine, du papier-monnaie et la pratique du cours forcé. Ce qui n*a été chez nous qu*un phénomène passager, se produisant dans des moments de gène ou de révolution, comme au temps de la Régence, et plus tard de la Terreur, devient ici une institution normale et permanente, qui se montre à Torigine d'une dynastie/ et qui la suit pendant toute sa durée. Il y a plus, cette pratique ne date pas des Mongols, qui n*ont fait que suivre en tout les traditions de Tadministration antérieure ; et si Ion consulte les annales de la Chine, on y voit que Tusage du papier-monnaie y était en vigueur bien avant la dynastie mongole, et qu'il a duré bien longtemps après elle.
En effet, lorsque ces barbares établirent leur domina-
(I) Le Livre de Marco Polo, c. ict, p. 3t9, édit. Paolbier.
lion sur la vieille société chinoise, il y avait déjà plusieurs siècles que le papier était devenu le rival de la monnaie métallique, et qu*il s*était engagé entre les espèces et les billets une lutte où, à travers les péripéties habituelles en pareilles circonstances, le papier finissait toujours par rester maître du terrain. D*après les annales de la dynastie mongole (1), Torigine de cette ijfinovation remonterait au ix* siècle. C'est en 807, sous la dynastie des Thang, que le gouvernement, se trouvant, par suite de la rareté de toute monnaie métallique, hors d*état de faire face aux besoins de Tadministration publique, imagina pour la première fois d*ordonner aux capitalistes de déposer leur numéraire et tous leurs métaux dans le trésor impérial, et de leur délivrer en échange des bons qu'on appela fey-isien^ ou monnaie légère^ qui circulèrent à la place des espèces, qu*on faisait disparaître pour laisser le champ libre à ces bons d'échange. Ce n'était pas encore précisément du papier-monnaie, puisque ces billets étaient remboursables à échéance, dans les chefs-lieux des principaux districts. Mais, comme le billet de banque de Law, ils ne tardèrent ps à se multiplier outre mesure, à baisser à proportion, et à ne plus se soutenir
(1) Yum-Sti, R. 93, fol. 90 et floivanU, cité par M. Paathier daus U Livré de Marco Polo, 1'* partie, p. 519, note I. — Voyei aossi le Mémoire êur le êyitème monétaire deê Chinoiê, de M. Ed. Biot, p. 7S. Extrait da Journal oêiaiigueg 3* lérie. ^
que par la protection du cours forcé, ce qui en fit véritablement du papier-monnaie, avec Tinévitable cortège d'inconvénients sociaux ci de violences administratives dont il est toujours accompagné.
Malgré ses dangiers et ses vices, le système fui maintenu. La pénurie habitiielle des finances publiques, hi rareté du puinéraire en faisaient comme im mal aéces* 8^n|. La toutcr-puissapce dont était investi le gouveroement en face d un peuple habitua à Tobéissapçe passive en rendait Tapplication possible et tpém^*- fecili^» et il traversa les siècles, se perpétuant de dynastie en. dynastie, depuis le règne dç Hian-Song, leconl^emporain de Charl^magne, jusqu à la grande dynastie des Miqg, la vingt et unième de la Cbine, qui expulsa tes Mongols au XIV* siècle, et ga^da le pouvoir jusqu'au .p^iMeu du xvii*. D*aborc| Les Ming eux mêmes a^t|èr«nt aussi Vusage du papier-rmonnaie, et ils s*enser\irenl. encore pendant plus de cent ans ; mais il fut supprimé dans le courant du xv* siècle, et cela d'une manière si radicale, qu'on tomba d'un excès dans l'autre, et que dans ce pays, où l'on avait si longtemps proscrit le numéraire, on vit disparaître non-seulement le papier-monnaie, mais tout signe représentatif de la monnaie, toute invention semblable à nos billets de banque. De sorte qu'aujourd'hui le commerce intérieur de la Chine, tout immense qu'il est, se trouve entravé par le défaut de crédit et de signes représentatifs du numéraire, d'un transport plus aisé et d'une circulation plus rapide.
Mais en somme, quoique ce système ail fini par tom* ber, la Chine n*en a pas moins consenti à le subir pendani prés de sepi siècles, car son apparition date de S07, et la dernière mention qui en soit faite est de Tannée 1489, sous Tempereur Hiao-Tsong (1).
Ches nous les cho$e9 ise sont passées tout autrement. L'expérience a été bientôt iSoiite, et les résultats ont été loin d'atteindre de telles extrémités. Nous n'avons eu ni la même résignation à supporter le papier-monnaie ni le même emportement à réagir contre lui et h repousser tout ce qui lui ressemble. Les excès et les abus du système de Law n*ont pas duré plus de quatre ans; et si le système est tombé, en jetant le papier dans un trèsgrand discrédit, cependant on n*en est pas venu à en abandonner Pusage et à oublier les services qu*il peut rendre. De même si, à la fin du xviu* siècle, pendant la Révolution, le papier reparut en France avec cours ibrcé, d*abord Texpérience ne dura pas plus de sepI ans ; et quand les assignats, quoique soutenus par 1^ force et garantis par la vente des biens nationaux, furent tombé» dans Tavilissement, leur chute n*a pa> empêché le crédit de renaiU'e et le billet de banque de prospérer.
Mais ce n*est pet une histoire du papier-monnaie en
(!) Ed. Biot» témoin «ur k ê^êiimê nwnitairê deê CkinaU, 4866 2B
France et en Chine que j'entreprends de raconter. Sans doate le sujet vaudrait bien la peine d*étre traité ; et aujourd'hui qu*on a tant de renseignements sur la vie intime des grands peuples du globe, qu*on est si curieux de faire Thistoire comparée de leurs principales institutions, je ne vois pas ce qui empêche qu*on écrive une histoire comparée des finances de toutes les nations qui ont eu des finances. Mais c*est la tâche d'un écrivain qui serait à la fois un économiste et un érudit. N*étant ni Tun ni Tautre, je ne me charge pas de Tentreprendre, et tout ce que je veux faire ici, c*est d*en esquisser un tout petit chapitre dont la première moitié est déjà faite par cette comparaison rapide des vicissitudes contraires de la destinée du papier-monnaie en France et en Chine, et dont la seconde, qui commence maintenant, a pour but de rechercher si, sous ceUe diversité de phénomènes qui donne une physionomie si différente è Thistoire financière de ces deux civilisations, il n*y a pas des lois communes, agissant partout de même, produisant des effets semblables par les mêmes causes, et permettant de donner une explication scientifique des contrastes apparents qui s'offrent à nous dans celte comparaison. On s*est trop fait à Tidée que les peuples des pays lointains vivent dans des conditions toutes différentes des nôtres, et que la Chine surtout, qui est à nos antipodes, et dont les habitants ont les yeux retroussés et le teint jaune, doit être en tout quelque chose d*insolite et d'extraordinaire, et que rien ne s'y puisse passer comme
chez nous. G*est là une erreur assez commune, mais il suffit d*un peu de réflexion pour la reconnaître et s*en affranchir. Comme, en général, les différences sont à la surface, et que les ressemblances se cachent au fond des choses, ce sont d*abord les premières qui sautent aux yeux, tandis qu'il faut du temps et de TaUention pour découvrir les conformités qu'elles recouvrent. Ainsi, à première vue, dans les rapprochements précédemment indiqués, on ne peut qu*étre frappé de ce contraste des scènes tumultueuses provoquées à Paris par la menace du papier-monnaie avec son usage régulier et paisible sur les marchés chinois, et tout d*abord on se sent déconcerté par cette opposition de phéno mènes qui semblent se contredire, relever de lois toutes différentes de leur nature, et qui, par leur contrariété même, pourraient faire concevoir des doutes sur la valeur des principes proclamés par la science écono^ mique.
Mais, en réalité, il n*en est rien, et cette crainte serait sans fondement. Malgré les différences et les contrastes des faits à l'extérieur, nous trouvons dans leur fond des lois semblables, que modifient seulement des circonstances et des accidents particuliers. Si le cours forcé n'est qu*un fait momentané en France, s'il est permanent en Chine, cela tient à ce qu'en France la cause qui le provoque, la force qui le soutient ne sont que faibles et transitoires, tandis qu'en Chine l'une et Taulre agissent d'une manière énergique et continue. Mais, de