‹ Une actrice en voyage, piéce en un acteChapitre 67 sur 80 · MO · texte numérisé non relu

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l^arl 61 d*Milre^ dans eeê deux civilitatioMi ûe sont tou^ jours les mêmes causes i|ui agisSeat, par les didiOei moyens ec avM les mêmes résullats» (Tes! aiost ifttO» ()uek que soient les temps et les lieui, la raison déterminante de rémission du papiet" représentant le ntmiéraire est toujours une détresse financière prodoitet soit par la guerre, Soit par des désordres întériours, qui poussent TEtat à se saisir des instruments de orédit qui sont k sa portée, à les enlever des mains de ceux qui les manient librement et a s*en approprier le monopole. Gomme rien ne limite et ne contrMe le pouvoir soove^ ihiio dans Tussge qu*il fait du papier, il ne larde pas k en abuser en le multipliant outre mesure, et il est tou<^ jours entraîné ii en foire du papier^monnaie avec cours feroé ; ee qui transforme une invention bienfaisante en M instrument funeste, un moyen de bien^^étre et de fortune en une sourde d'appauvrissement et de banqueroute, d*où naissent quelquefois des agitations sociales et des révolutions politiques. Telles sont les phases diverses que traverse toujours, d*une manière plus ou moins complète^ Thistoire du papier-monnaie, partout où il se produit, que re soit en France ou en Ghine (et Ion pourrait en dire autant de la Russie et de TÂngie^ terre) (1), et que sa durée soit d*un kistne ou de

{{) Jean-Baptiste Say, Cour$ complet tPéconomiê politique pta* tique, t. 1, p. iK3, édit. de iSiO.

plusieurs siècles. Les rapides sonsidéraiipfM qui vont suivre suffiront, je pense, b justifier ees assertions.

Une prenidre remarque à dire et que l'observation a vérifiée partout» e*€6t que, h l'origine, ce n'est jamais le gouvernement qui suscite et qui crée le crédit. Il nait, comme toute invention, de l'essor libre et spontané de Taclivilé humaine stimulée par le besoin, par la néces* stié, ces dem aiguiiloDi que Dieu a attachés aux flancs de rhumanilé pour la forcer à marcher et à agir. Le crédit existe donc, plos ou moins développé, dans toute société qui a atteint tin certain niveau de civilisation, e'est-à-dire qu*il s'y fait des afFaires, non plus seulement par réchange en nature ou en argent, qui sont les deux premières formes du commerce, mais aussi par la circulation d*un papier contenant des promesses de payement, auquel on croit (eredere , d*où crédit), et qui conserve celle^ confiance aussi longtemps qu'il ne la trompe pas et qu'il répond à ses engagements.

Ainsi, en Chine, longtemps avant l'émission de cette monnaie légère de Tan 807, dont le remboursement était garanti par les dépôts métalliques que les marchands durent verser au trésor impérial, on avait déjà imaginé dans le pays de Chu, le Sse-Tchuen acliiel, ou il n'y avait qu'une monnaie de fer aussi pesante que celle de Lycurgue, de la représenter par des obligations

— S8« — ou billets {t$y-ehy ou hun) qu*OD foisail circuler k sa place et qu'on pouvait échanger à terme contre ce massif numéraire, u Ce n*était pas une monnaie, dit le savant publidste chinois Matouanlin, dont toutes les définitions économiques sont si nettes et si justes (1), c'était simplement un moyen de transporter la valeur de la monnaie métallique, n Le service qu'elles rendaienl donna beaucoup de foveur, dans le pays, k ces premières obligations émises par une banque partieuUère. La première imitation qu'en fit le gouvernement, par la création, en 807, des bons appelés /êy-toîm, parait avoir été bien accueillie à cause des facilités qu'elle offrait au commerce. Cependant elle dura peu, et trois ans après elle fut supprimée, sans qu'on nous dise pourquoi. Je renvoie au mémoire de M. Ed. Biot le lecteur curieux de savoir par quelles ruses fiscales, par quels stratagèmes financiers, le gouvernement des Thang s'efforça de remédier à la pénurie métallique dont souffrait la Chine et à la gène continuelle du trésor.

A la fin du X® siècle, ce fut encore l'initiative privée qui releva le crédit. Il se forma alors une grande banque.

(I) Ed. Biot, Mémoire, etc. p. 9S. Matouanlio est aaiear d*ane graudc encyclopédie chinoise en cent volumes, publiée en 1322 sous Tempereur mongol Yng-Tsoung, et qui porte le titre de Recherches profoiidcg det monumentt laitics par lei doctes. Voir au tome X 2^ série du Journal aëiatique, deux articles de Klaproth sur l'ouvrage de Matouanlio.

fondée par une association de treize riches maisons du pays, émettant des kiao^Ueu^ sorte de billets à ordre ou lettres de change qui étaient payables tous les trois ans, et qui devaient avoir cours pendant soixante- cinq ans. Après avoir prospéré quelque temps, la Compagnie fit de mauvaises affaires et ne put remplir ses engagements. En 1017 cette grande banque tomba. Mais son exemple ne devait point être perdu, et en 1023 le gouvernement créa une banque de kioa-Ueu pour son propre compte, avec interdiction aux particuUers de faire aucun établissement de ce genre (1). Cette institution des Song dura autant que leur dynastie, qui occupa le trône pendant trois siècles (960-1360), jusqu'à Tapparition des Mongols. Et pendant cette longue période, les kiao-Ueu passèrent, à plusieurs reprises, par toutes les phases que subit en trois ans le papier de la banque de Law : émission exagérée, extravagante de billets, promesse de remboursement, ajournée, éludée sans cesse, suppression du remboursement, dépréciation continue des billets et chute défiuilive de ce papier devenu du papier-monnaie, coïncidant avec la décadence et la ruine de la dynastie des Song, qui ne put jamais relever ses finances, quoiqu'elle altérât sans cesse ses monnaies, quoiqu'elle renouvelât sans cesse son papier, qui se dépréciait aussitôt qu'il était émis. C'est

(1) Voyez Ed. Bioi, Mimoirûê, etc., p. 98.

— 88» — ainsi que les kiao-^tseUt anéantis par le diserédii oùîèi étaient tombés, sont remplacée, au XII* siècle, par dm hœi-lseu (conventions), qui inondèrent le pays comme un déluge, e( qui cédèrent la place à des yn-koumm (obligations d*argent) ; raines transformalîoDS, qui prolongent Tagonie des finances, mais qui ne les empdchem pas de mourik* un beau jour el d'entraîner àVeo ellea la dynastie qui avait vécu de ce régime.

Quant à la France, ce que nou6 avons vu de la ChÎK se reproduit trait pour trait dans la oriM financière qu*eile a subie sous là Régence. Là, en quelques années» nous trouvons dans notre histoire comme un abrégé de toutes les opérations, de toutes t^ fentes et de toutea les catastrophes qui emploient des siècles à ae déronler dans rhistoire de la Chine. Ainsi, en Prince comme dans le grand empire du Milieu, ce nV-sl pas TElai qai invente le crédit; il s*en empare dans un moment de détresse, et il le ruine en en abusant. Avant la banque royale, d'où il fait sortir une inépuisable avalanche de billets, il y avait la banque de Law, institution privée, dirigée d'abord avec beaucoup de prudence et de modération, et qui commença par rendre d'éminents services au gouvernement ei à la société. Et avant la banque de Law, à qui TEtat accorda le privilège d'émettre des billets au porteur, il y avait déjà depuis longtemps des banques particulières opérant avec la lettre de change, et faisant leurs affaires et celles du public, comme de simples maisons de commerce; genre d'industrie qui

— 3M — datait déjà de bien loin, puisque Thistoire constate que la lettre de change 8*introduit en France au temps de Philippe le fiel, vers la fin du Xlli* ou au eomroencement du Xl^" siècle. Ce qui nous montre que partout, en France comme en Chine, Tusage libre des insu-uments de crédit ei la circulation du papier comme signe représentatif de la monnaie précèdent toujours Temploi qu*en (ait le gouvernement, el qu*il s*écoule toujours un certain temps, plus ou moins long selon Tétat social et politique des nations, entre la première apparition des banques privées ei Tinstitutioii de ces puissantes machines qu*on appelle des banques royales.

Ainsi la loi d*aoalogie que nous avons signalée ne se dément pas une seule fois, à prendre la marche des choses daAs son etisemble, et ce que nous voyons se produire dans la civilisation de TAsie orientale, on est sûr de le voir se répéter è lextrémité occidentale du vieux eon*ineut. Il n*y a de difiereace, outre celle delà durée, que dans la date des évolutions que parcourent successivement ces deux sociétés, et, chronologiquement, la Qiine est toujours de beaucoup en avance sur l'Europe pour le développement de ses institutions de crédit, comme pour toutes Jes grandes expériences de la vie politique et sociale. Ainsi au IX*, au X* siècle de notre ère, lorsque TEurope sortait è peine de la crise des invasions barbares, la Chine retournait, après de longs bouleversements, sous le régiime de .runité politique et adaiinistraiive, qu elle avait déjà connue tme première fois dans les temps anciens.

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