‹ Une actrice en voyage, piéce en un acteChapitre 9 sur 80 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

uqfâae f«r de longuei armées, mie chaleur demeurée juvàMlei el d*acetteUUr ea même temps au sein de notre Gompagaiei ua Confrère ^i Tui un de mes élèves de prédilecUoD, el d*éure devant vous le parrain d*un jeune savant, qui perpétuera les traditions d*boniie«r el de seience,, à la plaee que lui lègue el à laquelle semble r»voîr appcèé M* le ptofesseur Simonin, eomme s*il voulait combler le vide que laisse au milieu de nous sa retraite prématurée.

Oui» Messieurs^ les hommes de science forment une famille imie, dans Inquelle la paternité inteMedueUa se transmet d*esprit en esprit : la sublime épiihète de père B^estreUe pas le plus souvent igoutée au nom vénéré du maître? Qui de nous a oublié notre regreué collègue, le père Haldal, qui nous a été enlevé plein de science et plein de jours? M. Simoma est aussi un des pères de Mile petite Eglise scientifique, l*£cole de Médecine de Nancy. Avec M. deHaldat, pendant de longues années, il tint d'une main vaillante le pavillon de TEnseignement supérieur à Nancy : ce drapeau, il le planta comme un jalon au haut de la tente, où plus tard furent appelées nos scBurs les Facultés. C*est là que ces deux mai .très, ces deux pères, nous donnèrent le pain de la science, k nous, ai4ourd'bul déjà <les aines; c'est là, qtt*à notre tour, notis avons eu Thonneur de le partager et de le disuribuer à de jeunes disciples, au nombre des4piels nous comptons, avec orgueil, M. Lallems&d, atûourd'bui notre collègue. C'est avec le bagage

LXIY

scientifique qu*il emporta de l'École de Médecine de Nancy, qu'il se présenta au concours des élèves des hôpitaux, qu*il parvint à cueillir la première palme parmi ses rivaux, et qu'il fut nommé le premier interne des hôpitaux de Paris.

C*est encore dans le souvenir des leçons de ses maîtres de Nancy, qu*il puisa le sujet de sa ihèse inaug^uraie, composition qui jeue un ^rand jour sur Tétiologie et le traitement des affections croupales.

Pardonnez-moi, Messieurs, si je rappelle un peu trop» peut-être, l'École de Médecine de Nancy. Pouvais-je, en présence de plusieurs de ses membres les plus distingués, oublier ce centre d'enseignement, quand Je vois le jeune professeur Lallemand s'asseoir dans le fauteuil du vénérable professeur Simonin, comme un petit-fils succède b son a!eu1.

Soyez-donc, Monsieur, le bienvenu parmi nous, vous qui venez de nous faire voir les conquêtes dont nous sommes redevables aux nouveaux moyens d'investigation scientifique.

Oui, Messieurs;, grâce aux développements considérables et aux secours puissants de la physique et de la chimie, l'étude des phénomènes de la vie a accompli des progrès surprenants qui, chaque jour, se multiplient davantage. Il est évident qu'aujourd'hui la médecine se dirige vers sa voie scientifique définitive. Par la seule marche naturelle de son évolution, elle abandonne peu à peu la région des systèmes, pour revêtir

de pins en plus la forme analytique el reiiU-er ainsi gndadlement dans la méthode dlnvestigailon» com- BMiae aux sciences naturelles.

Cette heureuse et fécoode impulsioa lui a surtout été imprimée par U. C. Bernard, dont renseignement au CoMége de France répand une si vive lunuére sur le monde médical.

Mais si» Monsieur, comme vous venez de le démon- Irer avec tant d*éclal, le microscope nous a révélé un monde nouveau, si la science de guérir lui doit d'im^ portantes découvertes, ne perdons pas de vue aussi quMI Guu nous garer des illusions que trop souvent il a prêtées à Tesprit de système. Quoi qu*en disent certaines personnes, le clinicien peut se passeur de son intervention pour établir le diagnostic de diverses formes morbides : ce n*est pas un arbitre suprême qu*on doive toujours invoquer. Sans doute, il nous a dévoilé la véritable nature des éléments anatomiques des altérations que la maladie laisse dans nos organes : mais bien souvent aosà ses données n*ont pas été confirmées par la dûuqae, c'est-à-dire par révolution naturelle des faits, et même plus tard il a été obligé d*abandonner ses prétentions de signaler, d'une manière indubitable, les élâments spécifiqjues du cancer, du tubercule.

Ce D*est pas. que je veuille déprécier Taide puissante da microscope, ni dénier les services quil rend tous les jMirs à la médecine pratique, je tiens seulement ici, eomme partout, à me défendre de Texagératlon, parce

que cette dernière asservit Tesprit etTempéche d'avancer dans la voie du progrès. Je crois, au contraire, que ce merveilleux mode d'expérimentation est appelé, dans l'avenir, à résoudre les problèmes qui intéressent le plus le monde médical. Ainsi, il répandra sur les maladies épidémiques la limiière qui éclaire les maladies parasitaires.

En montrant l'Acarus se creusant des galeries dans la peau et s'y multipliant à l'infini, en signalant les champignons qui envahissent les bulbes des cheveux, le microscope a anéanti les théories qui faisaient jouer un rôle à fa viciation de nos humeurs dans la genèse de certaines maladies cutanées. On ne peut plus maintenant croire aux répercussions qui suivent leur guérison : on ne doit plus craindre comme jadis, qu'une médication active n'en débarrasse trop rapidement lor*» ganisme ; on ne doit plus enfin les respecter comme un préservatif tutélaire qui en purifiant nos humeurs, notis met pour l'avenir à l'abri de tout danger.

Aujourd'hui donc, que la cause de ces maladies est connue et déterminée expérimentalement, l'empirisme a fui devant la science. En effet, dès que le microscope a çu signalé ces parasites, il a expliqué par leur mode d'évolution, la contagion des maladies qu'ils enfantent, les altérations qu'ils déterminent à la surface des téguments et la guérison qui n'est que leur destruction par des agents toxiques convenablement appliqués. Enfin, aujourd'hui il n'y a plus d'hypothèses à faire sur les

LXYtt

métastases des maladies parasitaires, ni de statistique à établir sur leur traitement. On guérit toujours et sans exception, quand on se place dans les conditions expérimentales connues pour atteindre ce but.

C*est au microscope» c'est à la méthode rigoureuse employée dans les sciences d'observation, que nous devons cette brillante conquête sur Tempirisme. Le jour n*est pas éloigné, Messieurs, où ce merveilleux instrument nous montrera les êtres vivants qui, une fois introduits dans noU*e organisme, produisent par leur évolution, ces maladies épidéniiques devant lesquelles h thérapeutique est impuissante, ou au moins ne combat qu*avec les armes aveugles de la routine. En effet, ici, nous ne sommes plus en possession de la cause, eonune dans les maladies parasitaires, nous ne pouvons donc lui opposer le remède, c'est-à-dire le toxique qui doit arrêter ces êtres dans leur développement. Mais je m'aperçois que je me laisse entraîner dans le monde des hypothèses , cependant mes espérances semblent légitimées par une découverte récente. En poursuivant la recherche de certaines altérations du système musculaire dans la fièvre typhoïde, Zenker n*a-t-il pas trouvé les trichynes, ces parasites dont le développement dans nos tissus produit une maladie analogue à la fièvre typhoïde. Cette manifestation morbide dont nous ne pouvions ni triompher, ni nous rendre compte, nous est maintenant connue par une voie ifirecte, et si nous n'avons pas trouvé le toxique qui

déMruiae le pa/rasite, nous connaissons au i](H>ins la voie p{f laquelle, il pénètre dans notre nUlieu intérieur, açqs pouvons dès. lors la lui fernier et prévenir rapparitipA d*un cruel fléau.

Pi]| o(ionient que la médecine (guidée par Vob3erva- UpPy 8*e9t. appuyée fermement sur la physiologie, ses al^ires ont cbanigé, elle a quitté les régions con|eelur^les et arbitraires pour entrer hardiment dans la voie de Tobservation rigoureuse des sciences naturelles.

Sans doute elle est loin d*avoir accompli les progrès de s.es[ soeiu*s, mais ce n*est pas d'un preinier effort qi|e ces dernières ont brisé les liens de Tempirisme qui les étreignaient è leur berceau. La complexité des phénomènes biologiques, la multiplicité et si je puis dire rentrecroisement des lois qui régissent les êtres organisés ne pernçiet pas à la médecine d'avancer d'un pas aussi rapide que les autres sciences qui ont» pour objet» des phénomènes plus simples.

Mais cet obstacle, tout puissant qu'il est, l'arrête moins que l'absence d'une méthode rigotu*eusemeni scientifique, et que certaines traditions amies du merveilleux, qui font dire que la médecine est un rameau détaché de Tarbre des sciences occultes. Car elle a admis de tout temps, et admet volontiers encore des forces mystérieuses, d'une puissance presque magique, qui régissent les êtres organisés, par des lois différentes de celles qui dominent les faits physiques et chimiques. Quand un phénomène inexplicable se présente.

Lin au lieu d^aVûteer léUr ignorance, comme tout savant doit le fSiire, les médecihs, remarque M. G. Bernard, ont lliabitude de dire : c*est la vie, sans paraître se douter que c*ést expliquer Tobscur par le plus obseur encore.

Sans doute, il y a pour les êtres vivants une forée spéciale qui ne se rencontre pas ailleurs, et qui préside à leur organisation, mais cette force ne saurait rien changer aux notions que nous nous faisons des propriétés de la matière organisée, matière qui, une foie créée, est dottée de propriétés physico-chimiques fixes et déterminées. La force vitale est donc une force organisatrice et nutritive, mais elle ne détermine en aucune façon les manifestations des propriétés de la matière vivante.

Aussi Ton Comprend aisément que Tesprit humain naturellement porté à la paresse, au lieu de se livrer à des recherches pénibles et souvent arides, pour arriver , à la connaissance des phénomènes biologiques, trouve plus commode de déclarer que la médecine n^est pas une science ; puisqu*à son dire, la nature des phéno*mènes vitaux ne permettra pas de fournir des données positives ; qu*elle s*apprend thoins par une transmission directe du professeur au disciple que par une sorte de révélation; qu'on la possède par une ihtuih'on qu*on appelle le tact médical ; en un mot, qu*on.nait médecin, tùihtùe on nait artiste.

lé né conteste pas qu*il puisse exister en médecine

LU

eomme dans les autres sciences pratiques , ce qu*0D appelle le tact ou le coup d'œil. Tout le monde sait, en effet, que Thabitude peut donner une connaissance empirique des choses capables de guider le praticien, quoiqu'il ne s*en rende pas toujours exactement compte au premier abord. Mais, on ne doit pas rester dans cette notion vague, puisque par Fobservation attentive et par Tétude on peut toujours arriver à se rendre compte de ce que Ton fait et parvenir par suite à transr mettre aux autres ce que Ton sait. D*ailleurs cette prétendue inspiration thérapeutique ne repose souvent sur d*autres données, que sur un fait fortuit, ou une coïncidence entre un médicament donné et un résultat observé : non ce n*est pas à Taide d*un sentiment qu*on arrive à la connaissance et à la cure des maladies. Je considère donc que l'inspiration des médecins qui ne s*appuicnt pas sur la science expérimentale, n*est que de la fantaisie, et c*est au nom de la science et de Fhumanité qu*il faut la proscrire.

Heureusement qu'il existe des esprits qui, plus positifs, se sont écartés de ceue voie commode. Us comprennent que dans Tétude des maladies, rien ne doit éUPe laissa au vague enthousiasme du devin ou à Tidéal de l'artiste, ils n'obéissent qu'à l'observation rigoureuse des faits et aux lois qui en découlent.

En effet, si au lieu d'une critique rationnelle, fondée sur des phénomènes et des lois qu'on peut reproduire à volonté, on invoque l'inspiration du seul sentiment,

la scieoce disparaît et fait place à la personnalité du médecin, qui, comme toutes les personnalités, ne peut se transmettre. C'est le privilège de Tartiste d'être sans aïeux dans Tinterprétation de son sentiment, comme il sera sans postérité ; mais la science et les découvertes des savants deviennent la propriété du disciple. Michel- Ange construira Saint-Pierre de Rome, mais il ne pourra révéler à son élève le don d'édifier un pareil chefd'oeuvre ; Newton découvrira les lois de la gravitation, ses disciples les connaîtront aussi bien que lui, et même avec leur aide ils deviendront peut-être plus savants que le maître, sans en avoir le génie.

Si donc le médecin admet le sentiment, l'inspiration^ il devient artiste; sa personnalité y gagne en importance, mais la science y perd en grandeur. Aussi combattre ces opinions, c'est favoriser le progrès de la vraie science et repousser du même coup, ce goût du merveilleux, qui fait souvent du médecin une idole qu'adorent ou que brisent des gens crédules ou ignorants : c'est en même temps faire sortir la médecine des limbes nébuleuses d'un art conjectural, comme on l'appelle encore, pouB l'élever sur le piédestal éclatant des sciences positives. Aujourd'hui donc, Lapîace en proposant l'entrée des médecins à l'Académie des sciences, ne dirait plus aux personnes qui s'en étonnaient alors, c'est afin qu'ils se trouvent avec des savants.

Page 1