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CHAPITRE XVIIl

Cedant arma togae.

Le titre de ce chapitre montre que cette question du gouvernement et de radministration par des militaires n’est pas une question neuve. Et, si l’homme avait sagesse de chercher dans la leçon du passé, lois pour l’avenir, le problème de savoir s’il est bon pour le Maroc oriental que la direction de la colonisation, c’est-à-dire des affaires pratiques, soit confiée à l’autorité militaire, on n’aurait point à le discuter, car l’événement ne le poserait pas.

Le militaire est un agent d’exécution. Les qualités pour l’exécution, généralement, sont exclusives des qualités pour la direction. Les nécessités politiques, surtout la financière, nous ont obligés parfois, dans les progrès de notre expansion coloniale, à confier la direction d’une affaire à l’iin de ces agents professionnels d’exécution.

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Il est même arrivé quelquefois que Ton n’eut point à s’en repentir. Il est vrai qu’il s’agissait alors d’exceptions comme celle des cas de M. Galliéni, deM. Lyautey pour l’Indo-Chine, Madagascar, et la bonne époque du Sud-oranais. Il est même également vrai que sans faire du paradoxe on pourrait discuter la question que si, en certaines de leurs besognes civiles, M. Galliéni et M. Lyautey ont brillamment réussi, au point d’en devenir illustres, c'est peut-être parce que ces militaires n’étaient militaires que le moins possible. Mais je me suis laissé dire par tel psychologue avisé que le façonnage professionnel du militaire, c’était un peu comme l’éducation des bons Pères ou la sypliilis; quelquefois ça disparaît ; on ne sait jamais si ça ne reviendra point. Car on a vu des militaires, pacifiques, lorsque la paix ne les gênait point, rendre une guerre nécessaire, dès qu'ils y découvraient leur intérêt.

Sans remonter aux lointains épisodes de la conquête algérienne, il suffît dépenser au Detlian, à Samory, à Bouamama, pour comprendre immédiatement les dangers qui menacent la paix, cette condition nécessaire de la colonisation, quand un territoire de colonisation est confié à l’autorité militaire.

Le colon, j’entends le vrai, non pas celui qui

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vit des colonnes, le colon, pour gagner de l’argent veut la paix, alors que pour gagner aussi de l’argent, cequi est une volonté permise à tout le monde, auxmilitaires comme aux simples marchands de farine, le soldat a besoin de la guerre. Il peut y mourir. D’accord. 11 y soulire toujours. J’en conviens. Mais il y gagne un peu plus d’argent, et par les compléments de solde, et par le grade supérieur qu’il a chaud de décrocher, et par le revenu que croix et campagnes ajouteront à la retraite. Alors, quand à la noble ambition de mourir pour la patrie, au généreux souci de soiitlrir pour la gloire, se.joint la bourgeoise envie de gagner un peu d’argent pour solder l’arriéré du mess ou du tailleur, ou pour avoir do quoi briller dans un voyagea Paris... eh! bien, il se crée dans tout le territoire militaire de colonisation une atmosphère de guerre bien dangereuse pour le colon pacifique. Et, si pou militaire que soit le chef, il est alors bien obligé de redevenir très militaire. Et c’est la guerre.

Et c’est un peu l’histoire de notre action récente au Maroc oriental.

Un jour, le gouvernement se décide à l’occupation d’Oudjda.

Elle a lieu sans coup férir.

C’est parfait. Mais trop simple. Et sans lauriers.

Uu’à cela ne tienne!... Et c’est la guerre des

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Beni-Snassen. Alors, c’est plus compliqué, ça coûte beaucoup d’arg'ent. H y a du san^. On sème de la haine. Mais on récolte un peu de lauriers. Et aussi de l’argent. Oh I très réglementaire. J’ai dit plus haut comment. Et je ne veux parler ici que de celui-là. Car il suffil, de montrer l’intérêt du militaire poùr la guerre, alors que le colon a besoin de la paix.

Mais cela est fait; liquidé; c’est le passé. Non, c’est aussi l’avenir.

Les troupes de rebut, comme la légion étrangère, les balaillons d’exclus et autres corps de discipline par lesquels nous occupons le pays, ont besoin « d’être en action » pour qu’on les tienne bien en main. Et cela joint aux causes déjà énoncées me permet de dire que si le haut commissaire de la République au Maroc oriental est un militaire, il y a toutes chances pour que la colonisation s’y trouve arrêtée souvent par la guerre. Si Taïeb à volonté recommencera dans ce pays la jolie comédie jouée si longtemps par son oncle dans le Sud-oranais. Est-ce possible? Oui. Je le sais. De même que je sais que jamais les Beni-Snassen ne nous auraient donné prétexte <le guecre si on n’avait pas vdulu cette guerre à Marnia. De même que je sais que le premier coup de fusil de la campagne ne fut point tiré par les Beni-Snassen, mais par nous. De même

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que... mais tout cela serait bien long. Et c’est inutile ici... J’en ai assQz dit pour que les gens d’affaires maintenant comprennent à quel point la sécurité de leurs entreprises dans le Maroc oriental exige que l’autorité n’y soit pas militaire. Et c’est vraiment excessif de voir dépenser de l’argent pour rendre la guerre nécessaire (oui, j’écris bien, je ne veux pas dire pour faire la guerre, mais pour la rendre nécessaire) alors qu’avec beaucoup moins on peut si facilement l’éviter.

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