Roudh-el-Karlas, traduit par A. Beaumier, p
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n’est quele premier des prêtres, le pouvoir sacerdotal étantdiviséentre les membres innombrables duclergé. Dans l’islamisme, il n'y a pas de prêtres, ou plutôt il n’y en a qu'un qui est le calife : en lui se réunit, se résume, se condense toute la puissance, toute l’autorité religieuse. Le sultan du Maroc est donc, aux yeux des fidèles, un être unique, une sorte de reflet viyant de la divinité. Sans doute le sultan de Constantinople lui dispute cette situation privilégiée ; mais peu importe! Est-ce que le caractère même de la papauté était affaibli, aux yeux des fidèles, à l’époque où il y avait deux papes à la fois? De ces deux papes un seul était le vrai, et je répète qu’en bonne théologie, des deux califes, le seul légitime est celui du Maroc.
Il faut tenir compte de toutes ces circonstances pour comprendre les motifs qui décident les souverains du Maroc à recevoir avec autant de hauteur qu’il leur est permis d’en déployer les ambassadeurs des puissances européennes. Trouvions-nous étrange que les papes soumissent à un cérémonial particulier jusqu'aux princes et aux rois qu’ils admettaient
: &n leur présence? Pourquoi ne pas excuser chez les
#asulmans ce qui a paru chez nous tout naturel? Les &ultans du Maroc se sont d’ailleurs toujours
montrés accommodants envers les Européens qu'ils
ont accueillis auprès d’eux, leur morgue musulmane étant tempérée par le sentiment de l’hospitalité. C'est ainsi qu'après avoir gagné la bataille d’Alarcos, digne pendant de celle de Zaläca, l’émir El Nasser ben el Mansour, apprenant que Sanche de Navarre s'était décidé à venir implorer directement sa clémence, fit appeler un de ses caïds, nommé Abou el Djyouch, et lui tint le discours suivant : « Abou el Djyouch, lorsque cet infidèle arrivera, il faudra bien que je le reçoive convenablement; mais s’il vient à moi et que je me lève pour aller au-devant de lui, j’agirai contrairement au sonna, qui défend de se lever pour un infidèle en Dieu très haut. D'un autre côté, si je ne me dérange pas et que tout le monde fasse comme moi, ce sera manquer aux égards de politesse qui lui sont dus; car il est grand roi d’entre les rois chrétiens, il est mon hôte, et il est venu me rendre visite. Je t’ordonne donc de te porter au milieu de la tente, et, lorsque l’infidèle entrera par une porte, j'entrerai, moi, par l’autre porte. Tu te lèveras aussitôt et tu me prendras pour me faire asseoir à ta droite ; tu offriraségalement l’autre main à l’infidèle et tu le feras asseoir à ta gauche, et tu te placeras toi-même entre nous deux pour nous sérvir d’interprète. » Le caïd Abou el Djyouch exécuta lit-
téralement les ordres de son inaître; et, lorsque l’émir et Sanche de Navarre furent assis, il dit à celui-ci: « Voici le prince des musulmans », et ils. échangèrent leurs salutations‘. On voit qu’il est avec le ciel et avec les califés des accommodements. Si les puissances étrangères refusent un jour de laisser leurs ambassadeurs se soumettre au cérémonial actuel de la présentation au sultan, l’exemple de l’émir El Nasser pourra servir de précédent pour trouver un moyen de respecter le sonna, qui défend de se lever pour un infidèle en Dieu très haut.
Quoi qu’il en soit, le 9 mai, à sept heures du matin, nous étions en selle, disposés à nous rendre au palais de Moula-Hassan et à lui présenter nos hommages suivant l’antique usage et d’après la mode du pays. Notre bataillon de harabas était sous les armes, prêt à nous escorter. Nous traversàmes la ville par la route où nous avions déjà passé, au milieu d’une foule immense qui nous regardait cette fois avec une sorte de respect, comme des gens sur le point de jouir de la vue bienheureuse et sacro-sainte du lieutenant de Dieu sur la terre. Nous arrivâmes ainsi jusque dans l’im-