‹ Une ambassade au MarocChapitre 16 sur 23 · LA FÊTE DES TOLBA · texte numérisé non relu

LA FÊTE DES TOLBA

« Depuis sa fondation, dit l’auteur du Roudh-el- Kartas, Fès a toujours été propice aux étrangers qui sont venus s’y établir. Grand centre où se réunissent en grand nombre les sages, les docteurs, les légistes, les littérateurs, les poètes, les médecins et les autres savants, elle fut de tout temps le siège de la sagesse, de la science, des études nouvelles et de la langue arabe, et elle contient à elle seule plus de connaissances que le Maghreb entier. » Ce jugement est d’une entière exactitude en ce qui concerne le passé; Fès, en effet, a joui longtemps d’une réputation littéraire et scientifique méritée; ses écoles “ont même été durant une assez longue période les

premières du monde ; c’est là que s’élaborait ce que

l’on a appelé la civilisation arabe, qui partait du Maroc pour briller en Espagne d’un éclat dont les reflets commençaient à éclairer l’Europe alors barbare. Mais, de cette gloire lointaine, il ne reste rien aujourd’hui; tout en est effacé, jusqu'aû souvenir. Ce qui frappe très vite lorsqu'on cause avec les hommes réputés les plus instruits du Maroc, c’est leur profonde, leur inimaginable ignorance, je ne dis pas seulement des sciences modernes, qu’ils réprouvent comme inventions de Satan, mais de leur propre histoire, mais des hommes et des choses qui ont donné jadis à leur pays une place prépondérante à la tête des nations marchant dans la voie du progrès. « On ne trouve rien dans les bibliothèques des mosquées, écrivait M. Tissot lors de son premier voyage à Fès, rien que de la théologie, et j’ai fait ouvrir des grands yeux aux savants de Fès en leur parlant d'Édrisi et d’Aboul'feda, qu’ilsne connaissaient même pas de nom. Aussi ai-je conquis à bon marché une réputation de science qui fait en ce moment le tour du Maroc. » Et, un autre jour, revenant sur le même sujet, 1l écrivait : « J’ai constaté une fois de plus l'ignorance de nos savants marocains : ils entassent fautes d'orthographe sur fautes d’orthographe dans la transcription des noms géographiques. Heureusement j'avais à ma disposition leurs anciens géo-

graphes, qu'ils ne lisent plus et dont ils connaissent à peine les noms. Ils ne savent nême plus qu’'Ibn- Batouta, un de leurs plus savants géographes du moyen âge, était né à Tanger. L’Orient n’est décidément qu’une ruine, — plâtrée tant mal que bien en Turquie et en Égypte, — mais destinée: fatalement à s'effondrer un de ces quatre matins‘. »

Et, de fait, si c’était la science qui maintint les édifices politiques, il y a longtemps que le Maroc : serait par terre avec tout l'Orient. Il n’y a plus trace de science véritable à Fès. Les bibliothèques de cette ville si fameuse pour ses écoles sont aussi vides que le disait M. Tissot. Lorsqu'on demande aux chérifs et aux tolba de la mosquée de Moula-Edriss ou de la mosquée El-Kairouayn combien de livres ils possèdent, ils répondent : « Oh ! nousen avons beaucoup! beaucoup. » Et, lorsqu'on les presse d’en préciser le . nombre, les uns disent huit mille, les autres trois cents, tout à fait au hasard, comme des gens qui ne savent pas ce qu’ils disent : personne n'arrive à un chiffre tant soit peu sérieux, parce que personne ne s’est occupé réellement des richesses intellectuelles de Fès. D’après les renseignements que j'ai pu recueillir, ces richesses ne sont en réalité ni grandes

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