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Thaleb eit lc singulier, tolba le plur:el

UNE AMBASSADE AU MAROC. 303 copiés, soit dans le costume, soit dans les manières. La nomination de ce sultan se fait, en principe, à l'élection, mais en réalité à l’encan; la charge est achetée par un étudiant plus riche que les autres, qui désire se donner quelques jours à lui-même l'illusion de la puissance et réaliser le rêve bien connu de Si j'étais roi/ Au reste, il ne se réveille pas de ce rêve, thaleb comme devant ; lorsqu’on a été sultan des tolba, on est exempté de tout impôt pour le reste de ses jours. Il vaut donc la peine d’acheter par un sacrifice cette précieuse faveur. Pourtant, le trône éphémère des tolba n’est jamais payé bien cher. Il avait coûté, cette année, 50 douros seulement. Mais ce n’est qu'une partie des ressources que leur fête annuelle procure aux étudiants pauvres. Quand le sultan est élu et entouré d’une cour, il a tous les signes extérieurs, tous les attributs de l’autorité souveraine; il marche seul à cheval, précédé de lanciers et de chasseurs de mouches, suivi d’un porte-parasol et d’une nombreuse escorte de méchouari. Il se promène ainsi, majestueusement entouré d’un peuple immense qui se précipite de toutes parts sur son passage. Il parcourt tous les quartiers au milieu des cris, du son des instruments, au bruit étourdissant de la poudre, pendant que sa suite fait la quête en faveur de la

corporation. Il va camper alors à l'extérieur de la ville, sous une tente pareille à celle de Moula-Hassan. Là, durant plusieurs jours et plusieurs nuits, ont lieu les scènes les plus extravagantes, auxquelles tous les habitants de Fès s’empressent d’assister. Un camp de curieux entoure bientôt le camp des tolba, en sorte qu'on croirait qu’une armée véritable est arrêtée aux portes de la ville. Pour terminerlesfêtes, il est de règle que le vrai sultan se rende en pompe et cérémonie auprès du sultan des tolba : celui-ci le reçoit à cheval, avecunair d’arrogance, et lui demande commentil ose se présenter, lui simple souverain du Maroc, auprès du plus grand prince de la terre, d’un prince qui a à sa disposition des armées de plusieurs millions de punaises, d'autant de poux, de puces et autres animaux malfaisants qu’il pourrait lâcher sur ses États. « Mais je suis indulgent, ajoute-t-il, et, si tu connais mon empire, je consens à l’épargner le fléau d'une épouvantable invasion. » Le vrai sultan fait un signe d’acquiescement. Alors le sultan des tolba, feignant d'être satisfait de cette soumission, dit à son confrère: « Puisque tu t'inclines devant ma puissance, je veux agrandir la lienne. Je te donne et fais hommage de tous les pays qui s'étendent depuis Bahr-el-Nil (l'Égypte)jusqu'à Bahr-el-Kébir (l'Océan), et depuis la Méditerrannée jusqu’au Soudan. Désormais tu seras

le plus grand des rois, et, pour sceller notre amitié, je le convie à faire la prière avec moi. » C’est le dernier

. mot de la puissance du sultan des tolba : il dit la prière devant le vrai sultan, puis il rentre dans la foule obscure, heureux toutefois d’être libéré d’impôts jusqu’à sa mort.

Ï1 va sans dire que Moula-Hassan fait don d’une splendide mouna au sultan des tolba et à toute la corporation. Les personnes riches de la ville imitent sa libéralité. D'ailleurs, pendant les semaines -de réjouissances carnavalesques de leur éphémère empire, les tolba ont mille moyens de solliciter des présents du public. Déguisés en méchouari, ils se promènent dans les bazars sous prétexte d’en faire la police. Ils s'arrêtent devant chaque boutique, demandant à vérifier les poids etles mesures; naturellement, après l’enquête, ils déclarent que les grammes devraient être des kilogrammes, les mètres des kilomètres, que ce qui vaut 100 francs devrait se vendre 5 sols; qu’il y a donc fraude, vol et coneussion, et qu’on ne saurait échapper que par une forte amende au châtiment que méritent tant de crimes. Ces plaisanteries, toujours les mêmes, n’en excitent pas moins la gaieté publique et n’en réveillent pas moins la charité. Les aumônes pleuvent dans la bourse vide des tolba. Ils fontune collecte suffisante

pour vivre jusqu’à l’année suivante. Ils adressent aussi des lettres-circulaires aux personnages influents etautres pour leur demander, sous forme de tribut, quelques cotisations. Je donnerai, comme exempledu genre d'esprit qui fleurit à l'heure actuelle dans le corps savant de Fès, une de ces lettres-circulaires reçue, il y a quelques années, par le fkhy de la légation de France, qui se trouvait à Fès avec une ambassade. On verra que cet esprit n’est point précisément de l’atticisme et que les Morocains n’ont rien gardé de la Grèce, dont jadis ils avaient importé chez eux la science et les arts.

El Haoussin el R'omari, prince des tolba Que Dieu l'assiste !

« Louange à Dieu unique!

»y Que Dieu répande ses bénédictions sur Notre Seigneur et Notre Maître Mohammed, sur sa famille et ses compagnons!

» À notre serviteur très agréable, le docte comblé de satisfaction, Sid-Ahmed-el-Badaoui, que Dieu vous fasse jouir de la sécurité, qu’il vous garde de tout mal et vous préserve de tout da'nmage.

» Le salut soit sur vous, ainsi qne la bénédiction et la miséricorde de Dieu Très-Haut de la part de

UNE AMBASSADE AU MAROC. 307 notre bon maitre, que Dieu le raffermisse et lui donne victoire ! | |

» Ensuite notre maïitre le prince des tolba, détenteur de toutes les faveurs et dispensateur de toutes les nobles vertus, vous ordonne de faire parvenir le présent écrit aux seigneuries généreuses, soutenues par la religion musulmane, voyageant en votre compagnie, c’est-à-dire venues d'Alger avec vous.

» Annoncez-leur que notre bienheureuse armée viendra camper dans la journée de samedi, s’il plaît à Dieu, sur les bords de l’Oued-Djouhar!, au milieu les populations des Beni-Bairout, des Beni-Beki et des Beni-Far?.

» Nous leur avons imposé, pour la subsistance de notre armée protégée de Dieu, une contribution incalculable et sans limites en dehors de la contribution frappée en faveur de Notre Seigneur, que Dieu le rende victorieux, etc.

» Ordonnez-leur l’abéissance et la soumission, afin qu’ils nous envoient mille étalons de la race chevaline, que montent les moustiques sellés avec des écorces de glands; — d'envoyer également mille pores bien gras pour la suite du sultan.

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