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adminislrative et financière; toutes les délibérations des assemblées sont soumises à sa révision; les comptes des dépulés lui sont adressés de trois mois en trois mois pour être vérifiés et apurés. Avant que la chambre ait statué, le consul, qui promulgue et rend exécutoires les décisions de l'assemblée, peut en suspendre l'effet, mais non leur en substituer d'autres ; investi des pouvoirs de police les plus étendus à l'égard des marchands, il ne gouverne pas la nation et doit se borner au contrôle de ses actes '. La gérance du consulat, avec la perception des droits spéciaux qui lui sont attribués, et l'adminislration du patrimoine national se poursuivent parallèlement, saus se confondre : « Ce sont deux branches distinctes du commerce, dit un mémoire, comme celles du Xil àRosetteet àDamiette *. « Le consul est même obligé d'associer les délégués des marchands à ses prérogatives judiciaires, au pouvoir dont il est investi déjuger les différends enlr-' Français, et il ne fait que présider le tribunal de la nation, où siègent à ses côtés les deux députés '.
Vivant sous ses propres lois, isolée de la population locale, soustraite en quelque sorte à la domination du souverain territorial, il semble que la nation va pouvoir s'adonner avec calme à ses paisibles occupations. Il n'en est rien cependant; son existence est semée d'épreuves, de luttes; ses privilèges sont considérables, mais précaires, et leur maintien est au prix d'un perpétuel combat. Dans toutes les Echelles, la contrée ou le
' Arrêts du conseil des 31 juillet 1G91 cl 27 janvier 1694, cités dans la Correspondance de la Chambre du commerce, t. V, J 703-1700. Archives des affaires élranjjères.
* Archives des affaires étrangères : Mémoires sur le commerce du Levant. 1717-1731.
* Ordonnance du 25 mai 1722.
26 l.A MISSIOX DU MARQUIS DE VILLENEUVE.
kliaii soiil toiijoui's disposés de manière à soiilenir une attaque. Il faut compter avec les accès de fanatisme, avec les fièvres subites qui s'emparent périodiquement de la multitude musulmane et la poussent furieuse contre la demeure des chrétiens, avec rinlentiou d'en forcer l'entrée de haute lutte ou de la réduire en l'enveloppant de flammes. Il faut des portes assex solides pour résister aux assauts de la foule, des murs assez épais pour braver l'incendie. La nation souleuait aussi d'autres sièges. Au premier bruit de peste, elle s'approvisionnait de vivres, s'enfermait dans son domaine, se barricadait, puis s'isolait pendant plusieurs mois de toute communication avec la ville contaminée. Parfois aussi elle émigrait tout entière et se choisissait une résidence temporaire dans quelque lieu élevé et salubrc des environs.
Aux fléaux intermittents, émeute, épidémie, se joignaient les difficultés permanentes, celles qui avaient pour cause la rapacité des officiers turcs, « cette passion enragée de « l'argent ' ^ , qui a fait le trait caractéristique du fonctionnaire musulman à toutes les époques. Aux yeux du pacha, gouverneur de la ville, de ses employés, des chefs de la milice, la caisse de la nation apparaissait comme une mine inépuisable, qui exerçait sur leur cupidité une étrange fascination. Tous découvraient mille moyens d'y puiser ; c'étaient d'abord, sous le nom de présents réclamés à titre d'usage, de véritables prélèvements; c'étaient souvent de plus brutales exigences. S'armant du plus frivole prétexte, parce qu'un Français était rentré à une heure tardive dans le domicile commun ou avait noué commerce de galanterie avec une femme
' Lettre déjà citée du Père de Saint-Ai<jnaii.
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tmquo, le pacha prononçait contre la nation tont entière des amendes tellement élevées et tellement fréquentes qu'il avait fallu inventer un terme spécial pour les désigner, et que le mot iVavanie est devenu dans notre langue synonyme de vexation arbitraire. D'autres fois, c'était le caprice d'un tyran provincial qui élevait les droits de douane sans motif et sans mesure. Dans ces divers cas, la nation ne se laissait point dépouiller sans se défendre : elle protestait, discutait, usait de ruse et d'intrigue, et entamait une lutte dont l'issue ne lui était pas toujours défavorable. Si les exactions se multipliaient et devenaient intolérables, elle avait recours à l'ambassadeur du Roi. S'armant du texte des capitulations, celui-ci sollicitait de la Porte un firman pour faire cesser l'abus signalé, l'obtenait souvent et veillait à son exécution. Les capitulations n'assurèrent jamais aux nations un régime stable et uniforme dans les diverses parties de l'empire, mais elles fournissaient à l'ambassadeur le moyen de poursuivre et de réprimer, ordinairement avec succès, des infractions locales sans cesse renaissantes.
Le groupement des marciiands eu nation, moyeu de surveillance à la fois pour l'autorité française et pour l'autorité turque, n'avait point pour effet d'obliger nos Français à poursuivre leurs opérations d'échange en commun et d'installer dans chaque Echelle une petite compagnie de commerce. Chaque négociant trafiquait pour son compte et à ses risques. La plupart d'entre eux agissaient comme commissionnaires des maisons de Marseille, qui achetaient les produits de nos provinces industrielles pour les expédier aux marchanf^s du Levant et les vendre par leur entremise. Il faudrait toutefois se garder de croire que cette opération se fît librement.
sans intervention de l'Etat ; c'est ici au contraire qu'éclate le triomphe de la réglementation oflicielle; tout a été prévu, rien n'est livré au hasard, et il nous faut quelque elt'ort aujourd'hui pour nous figurer au milieu de quels obstacles protecteurs, à travers quel dédale de prohibitions, nos marchandises se dirigeaient lentement des mains de l'ouvrier qui les avait fabriquées vers celles de l'acheteur définitif.
Une balle de drap sort-elle des ateliers du Languedoc ou de la Provence, à destination du Levant? Avant tout, il lui faudra subir la vérification d'un inspecteur spécial, chargé de s'assurer de sa qualité, et recevoir une estampille qui lui servira de laisser-passer '. Pour la porter en Turquie, il est interdit d'emprunter le territoire ou les navires d'un Etat étranger, même le port français le plus rapproché; elle ne pourra sortir que par Marseille, seule porte ouverte sur le Levant. A Marseille, nouvelle visite, nouvel estampillage^. Cependant la marchandise est embarquée sur l'un de ces bâtiments de toute dimension et de toute forme, vaisseaux, caravelles, goélettes, barques ou tartanes, dont les mâts se dressent en forêt autour des quais de la grande cité commerçante. Avant de partir, le capitaine devra demander un congé de l'amirauté, c'est-à-dire une permission de naviguer au Levant, qui ne lui sera accordée que pour un au \ Muni de cette licence, le navire s'apprête à mettre à la voile, lorsque l'établissement d'un tour vient le condamner à la patience. Le tour est une mesure que prend l'autorité pour empêcher une affluence trop grande de mar-
' Arrêts du conseil du 1<"^ septembre 1693 et du 16 mai 1714, ordonnance du 26 mars 1727.
- Ordonnance du 6 août 1727.
3 Ordonnance du 17 août 1684.
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chandises françaises dans les Kclielles et par suite une baisse sur les prix de vente, pour proportionner les envois aux besoins de la cousonunalion : elle consiste à oblijjer tous les navires en partance à prendre l'ang et à n'appareiller que successivement, à infervaMes r»'<]uliers '. Enlln notre navire voit arriver Tépoque (|ui lui a «'"lé assignée ; il n'alUMul plus (|u'un vent favorable ; soudain un ordre supérieur interdit momentanément tout commerce avec les Kclielles. Des pirates barbaresques sont signalés au large; ils guettent au passage nos bâtiments, et ceux-ci ne devront se mettre enroule que lorsque des frégates de guerre seront accourues de Toulon ou de llrest pour leur servir d'escorte -.
Sous cette protection, faisant partie d'un long convoi, notre navire pénètre entîn dans ces mers du Levant, qu'il a cru ne jamais atteindre. Là, il ne saurait choisir indifféremment un port pour débarquer la marchandise qui compose son chargement; il se peut que cet article ait été porté depuis quelque temps avec trop d'abondance à l'Echelle choisie, et que son introduction y soit momentanément interdite \ Qu'il se garde aussi bien d'amener à une Echelle des produits pour lesquels un port voisin a obtenu de la France une sorte de monopole; il est interdit aux nations de se nuire les unes aux autres et de se faire concurrence*. Enlin le navire a atteint un lieu de destination convenable : son déchargement est effectué, et sa cargaison est allée s'entasser dans le magasin national. Les
1 Inventaire, p. 15 et 17, années 1698-1704.
- \oir notamment l'ordonnance du C juillet 1729.
3 Archives des affaires élran;[èrcs : Chambre du commerce, t. XIII, année 1728.
'' Arrêt du conseil du 17 octobre 1711-1, portant rèjflement sur le commerce des Français dans les Echelles de Morée el d'Albanie.
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marchands auxquels elle est adressée pourront alors la débiter aux Orientaux, mais par l'intermédiaire d'un courtier oh censalj désigné par la nation, et dont les services sont obligatoires. Les marchands conserveront seulement la faculté de hxer le temps et les conditions de Topération, et encore le dix-huitième siècle devait-il se montrer à cet égard moins libéral que les âges précédents. L'exportation en France des produits du Levant est soumise à des restrictions moins nombreuses, mais non moins étroites; elle ne peut se faire que sur bâtiments français et par Marseille, sous peine de payer un droit exorbitant de vingt pour cent '. D'ailleurs, fondée sur des principes fixes et rigoureusement protecteurs, cette législation se modifie sans cesse dans l'application; elle cherche à accommoder ses règles aux nécessités ou aux dangers du moment, mais n'arrive qu'à varier les prohibitions, et le commerce ne fait que changer d'entraves.
Ces précautions surannées nous paraissent injustifiables; il faut reconnaître toutefois qu'imaginées pour faire face à des besoins disparus, elles atteignaient à peu près leur but. Depuis que Colbert avait résolu de le relever, si le commerce d'Orient n'avait jamais pris un brusque et rapide élan, il n'avait cessé de se développer d'un mouvement sûr et continu. Au commencement du dix-huitième siècle, toute une partie de l'industrie française travaillait presque exclusivement pour le Levant, et à ne prendre que l'article d'exportation le plus important, les draps tissés à Xarbonne ou à Toulouse allaient au delà des mers, à Constantiuople, à Smyrnc, en Egypte, composer ces costumes d'une fantaisie éblouissante qui apparaissaient à
1 Ordonnances de 1689, 1713, 1719.