‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 16 sur 61 · I A FRA\CE EX OUIEXT · texte numérisé non relu

I A FRA\CE EX OUIEXT

jamais en vain notre appui pour le défendre. A Tépoque où éclate la guerre de la successsion d'Espagne, lorsque Louis XIV tient tète à l'Europe coalisée, il sait se détourner de ses grandioses préoccupations pour défendre les catholiques d'Albanie contre une subite persécution ; il insiste, revient sans cesse sur ce sujet dans ses lettres à son ambassadeur ; il faut que celui-ci, sans se contenter d'agir auprès de la Porte, se moite en rapport avec les commandants du pays, les gagne ou les intimide'. Le consulat établi par la France à Durazzo, sur l'Adriatique, permet défaire passer aux tribus albanaises des secours et des encouragements, et les tient en communication avec le reste du monde latin.

Venise est demeurée reine de l'Adriatique. Elle a semé de ses colonies, images réduites d'elle-même, la côte orientale decettc mer; parCorfou et les îles Ioniennes, elle tient l'entrée — --—^ de ce vaste golfe, et les seuls ennemis qu'elle y craigne sont de nombreux pirates, cachés dans chacun dès repli où elle a négligé de planter son drapeau et d't Venise. Sur l'Adriatique môme, une seule vilj empire, c'est Raguse, et la France s'efforce

influence. Raguse est une république vassale , ,.^ . , .,,. tout temps nos rois se sont appliqués à assurer son Tn dêÇR^rP^^ dance, à intercéder eu sa faveur auprès de la puissance suzeraine, et à persuader le sultan de la protéger sans l'asservir. En (îrèce et dans les mers voisines, par une interversion singulière des rôles que la nature et les traditions semblent attribuer aux deux États, tandis que Venise se montre désormais sous un aspect belliqueux, la France se présente en amie,

' Arcliiies (les affiires ctrangires : Turquie, 1702-1704.

46 LA MISSIOX DU MARQUIS DE VILLEXEUVE.

paraît exclusivement occupée de négoce et préfère à de stériles conquêtes un pacifique établissement. De 1683 à 1699, le doge Morosini transforme en champ de bataille chacun des golfes de la Grèce, canonne Athènes, écrase le Parthéuon sous les bombes, prend d'assaut Xauplie, Patras, Xavarin ; sa rouge bannière n'apparaît que pour annoncer aux villes le pillage et l'incendie. Durant la même période, Louis XIV s'efforçait d'atténuer pour ces régions éprouvées les maux de la guerre ; il refusait à Venise le droit de déclarer en état de blocus le littoral tout entier et, affirmant de plus larges principes, chargeait notre marine marchande de porter aux villes turques, sauf à celles que l'eunemi avait régulièrement investies, les convois de blés et de riz d'Egypte formant leurs approvisionnements habituels'. Aussi les progrès de l'Islam dans ces parages ou ses retours offensifs profitent-ils à notre influence. Lorsqu'on 1717 la Morée revient à ses anciens possesseurs, après avoir passé vingt ans sous la domination de la République, nos consuls de Modon, de Coron et de Patras y rappellent promptemeni notre commerce et s'appliquent à justifier de nouveau le surnom qu'avait mérité jadis la contrée de " Pérou du Levant * » . Déjà la France a entouré d'une ceinture de comptoirs les grandes îles qui se sont détachées l'une après l'autre du domaine vénitien ; en Crète, elle a établi ses marchands dans les villes de la Cauée, de Retimo et de Candie ; à Chypre, elle a accaparé le commerce des soies et des laines ^.

^ Archives de la marine : correspondance entre le minisire et l'ambassadLHir de France à Venise.

* Archives des affaires étrangères : Mémoires sur le commerce du Levant, 1717-1731; lettre du consul de Modoa du 6 avril 1718.

3 Inventaire, p. 40.

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