LA FRANCE EM ORIENT
Sur la côte de Syrie, le Liban forme une citadelle de l'influence française. Sa population se compose principalement de Maronites et de Druses. Les premiers, plus nombreux et plus ricbes, sont catholiques; retranchés dans leurs villages à l'aspect de forteresses, protégés par leurs forêts, gouvernés par leurs cheicks et leur clergé, ils se reconnaissent tributaires de la Porte, mais en même temps, au nom de lointaines traditions, se déclarent vassaux de la couronne de France. L'une des dynasties de la montagne prétend tenir son investiture de Louis XIII; une autre revendique au profit de son chef, comme un honneur héréditaire, le titre de consul de Prance à Beyrouth. Nos rois n'ont garde de laisser prescrire cette quasi-souveraineté ; par lettres patentes renouvelées de siècle en siècle, en 1649, en 1737, ils déclarent prendre « en " leur protection et sauvegarde spéciale " la nation entière des Maronites '. Les consuls placés à Saïda et à Tripoli de Syrie nous servent de représentants auprès d'eux ; les cheicks ne quittent leurs demeures féodales, les évêques et les moines ne descendent de leurs inaccessibles monastères que pour conférer avec nos agents et recevoir leurs instructions ; la France prend une part active à l'élection du patriarche, s'immisce dans le gouvernement de toutes les parties de la nation. Au fond des vallées du Liban, on prie, on s'afflige, on rend grâces au ciel avec nous; la naissance ou le mariage de nos princes deviennent l'occasion de solennelles cérémonies et de bruyantes
' Voy. à la Cibliollièque nationale, département des imprimés, un opuscule contenant les lettres de protection accordées « anx archevêque de Tripoli, prélats et chrétiens maronites, par le roi de Franco Louis XIV y , et Il aux patriarches d'Antioche et à la nation des Maronites par rKmpereur et Roi Très-Cbrétien Louis XV ».
réjouissances ; en ces jours, la population est en fête et la poudre parle '. Protectrice attitrée des Maronites, la France ne néglige point les Druses; la sollicitude qu'elle témoigne pour leurs voisins n'a rien d'exclusif et ne l'empêche point de se faire aimer et respecter de toutes les tribus du Liban : " A ^t mon maître, à mon seigneur, à mon père " , écrit un émir druse en s'adressant à Louis \IV ".
■ Au delà de la montagne, dans la plaine fertile, la France entretient à Damas deux groupes de missionnaires qui commandent en son nom à une partie des habitants chrétiens. A l'entrée du désert, Alep est le lieu d'arrivée de toutes les caravanes et l'un des grands carrefours de l'Orient. De temps immémorial, le Roi y possède un agent, devenu l'un des prinpaux personnages de la cité. Cependant les Anglais et les Hollandais nous ont suivis à Alep, et même les premiers, grâce à leur industrieuse activité, sont parvenus à nous reléguer au second rang sur ce riche marché. Mais les catholiques du rite syrien forment une fraction notable de la population ; la tutelle que la France exerce sur eux compense l'avantage commercial des Anglais et rétablit l'équilibre \
En Palestine, Jérusalem est le lieu où se concentrent nos efforts; notre politique vient d'y remporter un succès signalé. Une lutte acharnée se poursuivait entre les Latins et les Grecs dans l'église même du Saint-Sépulcre, tantôt querelle de prêtres sourde et patiente, tantôt conflit à main armée qui ensanglan-
' Archives des affaires étrangères : rapports du consul de Tripoli en 1729 et 1730, insérés dans les Mémoires sur le commerce du Levant.
2 IJ. : Visite des Echelles, 1706.
Md. : ibid, 17.31.