‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 19 sur 61 · LA FRANCE F.N ORIENT · texte numérisé non relu

LA FRANCE F.N ORIENT

van; elle emploie alors le pouvoir de cet officier à briser la résistance de ses compagnons de voyage, les désigne ou les soustrait à la persécution du Persan, atteste ainsi sou crédit et impose sa scandaleuse autorité. En même temps, elle s'annonce à Ispahan tantôt comme alliée au sang royal de France, tantôt comme envoyée des princesses de Bourbon. Le bruit de sa venue se répand de toutes parts; le peuple s'empresse sur le passage de cette femme énergique, qui traverse le désert à dos de chameau, se présente le pistolet au poing et s'est composé une escorte d'hommes armés. Cependant, tandis qu'elle continue sa route, un agent plus sérieux s'est lancé sur sa trace. Averti de la mort de Fabre et de ses étranges conséquences, l'ambassadeur du Roi à Coustantinople a chargé son secrétaire Michel d'entrer en Perse et d'arrêter l'aventurière. Michel rejoint Marie Petit à Tauris, lui reprend la lettre royale dont elle s'est emparée et qui l'accrédite aux yeux des Persans, mais ne peut l'empêcher d'arriver jusqu'à la cour du Sofi, où elle excite une curiosité mêlée d'admiration. Eufin elle se décide à regagner la France. Arrivée à Marseille, elle est emprisonnée, et Ton s'apprête à la juger, lorsque le ministre Poutchartrain juge prudent d'éviter un éclat en suspendant l'instruction et en ordonnant la mise en liberté de l'inculpée. Compulsant les pièces du procès, Poutchartrain y trouve les éléments d'un roman à émouvantes péripéties et propose à Lesage de le composer; l'écrivain hésite à mettre en scène des personnages vivants, dont quelques-uns sont revêtus d'un caractère officiel, et refuse de fournir à la première ambassade française en Perse cet épilogue inattendu.

Le trait le plus singulier de l'aventure fut que Marie Petit, par son audace même , contribua au succès final de l'entre-

prise. Le désordre qu'elle avait suscité, en provoquant l'arrivée de Michel, avait rendu à la mission un véritable chef. Investi par le hasard du rôle primitivement attribué à Fabre, Michel voulut le remplir jusqu'au bout. Il ne se laissa décourager par aucun des obstacles qui entravèrent sa marche sur Ispahan, atteignit celte capitale, reçut audience du Sofi et négocia un traité de commerce. Sensible à l'avance qu'il avait reçue du premier roi de la chrétienté, Schah-Abbas II voulut y répondre et envoya à son tour un ambassadeur. En 1714, Méhémet- Riza-Khan parut à Paris et à Versailles. La hautaine singularité de ses allures et ses exploits galants amusèrent un instant la vieillesse attristée de Louis XIV. Xos ministres surent pourtant saisir le Persan an milieu de ses frivoles occupations et obtenir de lui d'utiles modifications au traité signé par Michel. Nos marchands furent admis désormais à pénétrer dans les Etats de son maître, tant par les frontières de l'empire ottoman que par le golfe Persique. Un consul fut désigné pour résider à Ispahan; un consul de Perse s'établit à Marseille. Des relations régulières allaient se nouer entre les deux Etats, lorsqu'une période de sanglante anarchie, succédant en Perse au règne glorieux des sofis, ferma momentanément cet empire au commerce de l'Europe. Néanmoins, par son traité, la France avait acquis un titre qui lui permettait de s'introduire dans l'Asie centrale et ne renonçait pas à en faire usage '.

Elle essayait en même temps de s'ouvrir la mer Noire. Jamais navire chrétien, franchissant les détroits, n'avait

' Archives des affaires étrangères : correspondance de Perse, 1706 à 1715. Bibliothèque nationale, n° 7200 du nouveau fonds français, mémoire du sieur Michel sur sa mission en Perse. — Cf. les articles publiés par M. Xapoiéon \ev dans la Nouvelle Revue du i."' février 1883 et dan» la Revue britannique d'avril 1885.

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