‹ Une ambassade française en Orient sous Louis XV;Chapitre 20 sur 61 · LA FRA\CE EX' ORIENT · texte numérisé non relu

LA FRA\CE EX' ORIENT

tléployé son pavillou sur ces eaux dont la jalouse défiance des musulmans interdisait l'accès. Louis XIV fit demander pour nos bâtiments le droit d'y naviguer; la Porte répliqua par un refus. ' Le Grand Seigneur, disaient les Turcs, ouvri- " rait plutôt aux étrangers les portes de son harem que «l'entrée de la mer Xoire '. » Cette réponse découragea nos marchands; elle n'arrêta point nos missionnaires. Par l'Asie Mineure et l'Arménie, ils atteignirent le Caucase et les Etats chrétiens situés au fond de la mer Noire. Un poste de Franciscains alla représenter la France à Tifiis; quelques relations s'établirent avec les peuplades de la Géorgie. Au nord de la mer Xoire, la France trouva un plus solide point d'appui. La grande presqu'île de Crimée formait le siège d'un Etat musulman, débris des hordes tartares qui jadis avaient foulé la Russie et asservi les tsars. Repoussés jusqu'aux bords de la mer, les Tartares s'y étaient retranchés et y formaient une nation toute militaire, sous le commandement d'un khan désigné par la Porte. De 1706 à 1710, les Jésuites abordèrent en Crimée ; ils y élevèrent des églises, ouvrirent des écoles, des hôpitaux, et méritèrent par leurs services la protection du khan; un jour, l'un d'eux reçut une patente qui l'accréditait en qualité de consul ; quelque temps après, les religieux s'effaçaient, se renfermant dans leurs fonctions ecclésiastiques, et laissaient la place à un agent régulier; là comme ailleurs, l'action religieuse avait devancé et préparé l'action diplomatique *.

Lue correspondance régulière s'ouvrit entre la cour de

•' SCHIVLER, t. l", p. 4V0.

' Lettres édifiantes, p. 98 et suiv.

Versailles cl le prince tartare; nos souverains lui écrivaient en le cjualifiunt de « roi des grandes hordes " ; il répondait avec Templiase orientale, comparant les prières qu'il adressait au Très-Haut en faveur de Sa Majesté à « des fleurs «dont l'odeur se formait de la sincérité de son amitié' '> . Ses sujets renchérissaient encore sur la prédilection que nous témoignaient les autres musulmans ; pour expliquer cette sympathie, ils invoquaient d'anciennes traditions, répandues parmi eux, d'après lesquelles le peuple des Francs aurait tiré son origine d'un rameau détaché de la grande famille tartare et transporté en Occident après de fabuleuses migrations. Notre consul, seul étranger admis à la petite cour de Batchi-Seraï, sentait au khan de médecin et de confident ; il participait à ses secrets et dictait souvent ses résolutions. Sa tâche consistait à associer les Tartares aux mouvements que la Porte exécutait d'après nos inspirations, à exciter ou à modérer leur ardeur, à émouvoir ou à retenir cette axant-garde tumultueuse de l'Islam. Ji'agence établie en Crimée prenait de plus en plus une importance politique, et ce dernier créé de nos postes consulaires d'Orient devenait à quelques égards une succursale de l'ambassade.

En assurant l'expansion de la France dans toutes les parties du Levant, Louis XIV s'était inspiré de l'exemple de ses devanciers; toutefois il avait apporté à cette œuvre l'esprit de gran-

1 Arcllives des affaires étrangères : Turquie, 1729.

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