LA FRANCE EX 0R1E\T
deuret de suite qui marquait toutes ses entreprises, et obtenu des résultats en harmonie avec la puissance des moyens employés. Sous son impulsion, agents, missionnaires, marchands avaient également concouru à multiplier et à développer nos établissements, triomphé d'obstacles réputés insurmontables et étendu à Tenvi le champ de leur activité. Il semblait désormais qu'à de longs efforts dût succéder une période de paisible et fructueuse jouissance. Cependant, c'est à l'époque où les difficultés de l'âge précédent avaient disparu, où le fanatisme des musulmans cessaitdc troubler nos opérations, qu'un péril nouveau et plus grave allait se déclarer. A peine acquis, les résultats du règne de Louis XIV se trouvèrent remis en question, et la France parut ne s'être élevée à un haut degré de crédit et d'autorité que pour en être aussitôt précipitée.
Jusqu'alors, nos seuls concurrents avaient été les nations marchandes de l'Occident; comme nous, elles arrivaient eu Turquie par la Méditerranée, dans un appareil pacifique, se présentaient en amies, sollicitaient des privilèges, mais n'avaient jamais songé à les exiger par la force. La décadence militaire des Ottomans, révélée à 1 Europe, laissa le champ libre à déplus redoutables rivaux; pour la première fois, une lutte d'influence allait s'ouvrir en Turquie entre les puissances continentales et les États maritimes. Dès la fin du dix-septième siècle, l'Autriche et la Russie ont fait leur apparitiou, la première au pied des IJalkans, la seconde sur les bords de la mer Noire ; dans les années qui suivent la mort de Louis XIV, l'une cl l'autre commencent cà exercer en Orient une action efficace et continue, et c'est l'épée à la main, à la tête d'armées toujours prêtes pour l'attaque, qu'elles dictent leurs volontés à la Porte, lui imposent des concessions et lui
arrachent des privilèges. Elles annoncent même l'intention de bannir à leur profit les Turcs de l'Europe, procèdent à l'avance au partage de l'Orient, prétendent s'assurer par la conquête ce domaine où la politique seule nous avait introduits et où elle nous maintenait, et, en y fondant leur domination, menacent d'y détruire notre influence.
Le 12 septembre 1683, jour où Jean Sobieski, appelé au secours de Vienne aux abois, précipita sa vaillante cavalerie sur les bataillons du grand vizir et, par cette attaque imprévue, détermina à la retraite les Turcs plutôt étonnés que vaincus, marque une date décisive dans l'histoire de l'Europe orientale ; c'est l'instant où la puissance musulmane, stationnaire depuis un demi-siècle, commence définitivement son mouvement de recul. L'irruption des Turcs jusqu'aux portes de la capitale autrichienne n'était que le suprême effort d'une activité qui s'épuise; elle peut se comparer à ces vagues que l'on voit, quand déjà la mer se relire, se soulever brusquement avec une force inattendue, recouvrir pour un instant la plage abandonnée, s'y abattre et mourir. A partir de la délivrance de V ienue, le reflux de l'Islam se dessine et se précipite. De 1683 à 1688, les troupes du sultan semblent prises de panique; masses molles et confuses, elles flottent devant l'ennemi et cèdent au premier choc ; les batailles ne sont que des poursuites; d'un rapide élan, les armées impériales descendent le cours du Danube, enlèvent Budc, Temesuar, Belgrade, s'aventurent jusqu'au seuil de la péninsule des Balkans. Dans les douze années de guerre qui suivirent, si les Turcs retrouvèrent quelque énergie et ressaisirent parfois l'avantage, leurs succès, mêlés de revers, ne leur rendirent qu'une partie des provinces perdues; la paix de Carlovitz, en 1()99,