LES DKBUTS DU\; AMBASSADEUR
peine debombardemeiil, des réparations, des promesses solennelles pour l'avenir et nn acte de soumission public envers la France. Tunis céda imniédiatenient; dès que les vaisseaux se furent embosscs devant la Goulette, le bey et son conseil acceptèrent toutes nos exi<jences, la restitution des Français enlevés, même sous pavillon neutre;, la délivrance, à tihc de satisfaction, de vingt aulres esclaves de dilférentes nations, lo [layement d'une indemnité, l'envoi d'une ambassade solennelle pour demander pardon au Roi '. La paix fut rétablie à ces conditions; puis l'escadre se dirigea vers Tripoli, où elle eut affaire à des adversaires moins faciles.
Resserrée entre la Méditerranée et le désert qui, dans cette brûlante région, vient affleurer la côte, plus encore que Tunis, Tripoli trouvait dans la mer seule sa richesse et sa ressource; il semblait que la nature eut réduit cette ville à n'être qu'un nid de pirates. Son gouvernement se composait d'un pacha nommé par la Porte, d'un bey désigné par les principaux chefs de la milice et de ces officiers eux-mêmes; l'ensemble de ces autorités formait ce qu'on appelait « la « république de Tripoli «. Comme la qualité de bey et celle de pacha étaient alors réunies sur la tête du même personnage, M. de Grandpré ouvrit avec lui des pourparlers par l'intermédiaire du consul de France, mais celui-ci ne montrait point le sang-froid etl'inlrépiditédontnos agents en Afriqueavaient jadis donné de mémorables exemples. Le souvenir du consul Levacher, attaché par les Algériens à la bouclie d'un canon et lancé vers nos vaisseaux comme un sanglant défi, hantait son esprit.
1 Voir l'exposé des conditions de la paix pnblié sous forme de récit officiel, Dibiiothèiiue nationale, département des imprimés. Tous les détails qui suivent sont extraits des archives de la marine.
96 LA MISSIOX DL M A It Q L I S UK V i I.I.E X E U V E .
Pour lacililcr la négocialion, le coinniandanl de l'escadre offrit d'envoyer à terre l'un de ses ol'llciers, si le ])ey consentait à livrer son propre fils en otage. Le consul s'acquitta de cette commission en tremblant de tous ses membres, après avoir déposé son testament à bord; il re\int pourtant, mais avec un refus : « Nous ne craignons par les bombes, disait le bey, et
« nous n'avons pas d'argent à donner; si les Français veulent
« la guerre, nous l'acceptons volontiers; une fois allumée, elle
« sera éternelle. «
Malgré cette arrogance, M. de Grandpré hésitait encore à ouvrir le feu, car les ordres du ministre lui recommandaient de n'employer la force qu'en cas d'absolue nécessité. Cependant l'escadre remarquait à terre, sur les remparts et dans les forts, un mouvement menaçant; on entendait des clameurs, des coups de feu, le tumulte d'une ville qui s'apprête au combat: sur la plage, des burnous voltigeaient. Pour répondre à ces dispositions hostiles, nos matelots demandaient à faire parler la poudre; nos jeunes officiers brûlaient d'assister à une action de guerre. Tout semblait favoriser nos opérations; le temps était calme, le ciel pur, la mer immobile sous l'ardent soleil de juillet; le bombardement fut résolu. Pendant une semaine, les galiotes vinrent chaque soir s'embosser à une portée de fusil du rivage; là, elles poursuivaient jusqu'au matin '; leur sérénade' i habituelle. Pendant le jour, les Français constataient les effets de leur artillerie; ils comptaient les murs percés, les bâtiments effondrés, les colonnes de fumée qui montaient des mosquées et des bazars. Parfois ils apercevaient dans la mer, se dirigeant vers les vaisseaux à la
^ Lettre de l'un des officiers de l'escadre. Archives de la marine.